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BALI,
Premier contact,
le
5 septembre 1999.

Nouveau départ vers l'Est. Levé à point
d'heure : vers cinq heures trente pour respecter les horaires imposés
par les compagnies aériennes. L'Est est à vingt-trois heures
de déplacement. Un Est lointain. Le paradis est toujours lointain,
et ce n'est en définitive pas trop exiger d'un candidat à
la vie rêvée. C'est ce qu'annoncent les prospectus depuis
une trentaine d'années. Et ça marche. Les touristes affluent.
Les autorités locales se demandent même s'il ne va pas falloir
remédier au flot pour préserver le paradis qui, comme chacun
sait, est réservé à une élite. C'est ce que
disent et redisent les prospectus, alors! ***
Bali. C'est là, mon actuel Est lointain
Départ pour rejoindre le rêve ou ce que l'on prétend
tel. Avion pour Amsterdam ; escale ; vol pour Kuala Lumpur ; escale ;
dernier saut vers Den Pasar. Douane et visa cumulés, un sourire
en plus, se règlent sans vraiment que je m'en rende compte. Deux
pas plus loin, vers l'un des nombreux guichets. Le change est scandaleusement
avantageux après la crise asiatique de 1998 (je vais découvrir
par la suite que, pour compenser, les prix ont été multipliés
par trois, ce qui au regard des touristes ne change rien mais la population,
elle, le ressent très sérieusement). La monnaie a perdu
les deux tiers de sa valeur par rapport aux monnaies occidentales. J'en
prends conscience devant le tas de billets qu'une jeune femme souriante
*** me tend en échange
de deux cents dollars. Trois fois ce que j'attendais. Les guides ne sont
pas encore à jour! Saut rapide vers le guichet des taxis afin de
prépayer la course. Je ne souhaite pas dès l'arrivée
discuter les prix. D'ailleurs comment discuter, je n'ai pas encore mes
marques. Cela s'apprend rapidement, comme un mal nécessaire. A
l'exception de nos pays, et encore, le marchandage est un sport qu'il
est de bon ton de pratiquer. Pour les uns c'est une expression d'intérêt
porté à l'autre, pour les autres, c'est une façon
de se défendre afin de ne pas être trop plumé par
rapport à l'échelle normale des prix pratiqués dans
le pays. L'Afrique du nord m'en a imposé la pratique.
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Première impression : la foule des rabatteurs est là. Le
sourire est de connivence. A chacun son métier, loin de toute agressivité.
La chaleur humide est au rendez-vous aussi. Il est deux heures de l'après-midi
(six heures de moins qu'en France). Quantités de souvenirs me remonte
à l'esprit, j'en refuse le contenu. Je ne veux pas commencer à
comparer. C'est une manie trop française. New Delhi
en beaucoup
moins pauvre. C'est plus fort que moi, ça passe le filtre.
Le temps est long pour expliquer où je veux aller. Ce n'est pas
évident. Je ne vais pas comme tout un chacun à Kuta, la
plage où s'entassent les charters. Je vais vers un point que j'ai
choisi sur plan, en direction du premier temple que je souhaite voir :
Pura Ulu Watu *** qui domine
la mer, dans la péninsule de Bukit. Ce point de première
chute est tentant. Imaginez comment résister au nom évocateur
de Mr Ugly's Boys. Il a l'avantage à mes yeux d'être loin
de toute civilisation et proche à pied de Ulu Watu. C'est bien
loin de tout sans doute, le chauffeur ne connaît pas. Il s'engage
tout de même dans la direction supposée en une course-poursuite
avec tout ce qui le précède. Il double dans des conditions
qui, en apparence, laissent assez peu d'espoir de survie ; c'est du moins
ce qu'affirment les guides touristiques. La conduite est une occupation
trop sérieuse pour laisser aux concurrents une seule chance. Chacun
s'y emploie avec une conviction inébranlable. C'est à celui
qui ne cédera pas. Et ça passe. Ils roulent à gauche,
en plus. Ce n'est pas fait pour rassurer. Manque d'habitude.
Mon idée de tourner le dos à la ville paraît saugrenue
au fur et à mesure que nous nous éloignons. Nous allons
au-devant de rien dans un paysage de plus en plus pelé. La luxuriance
est dans notre dos. Une bien bonne idée sur plan. Un désastre
sur place. Pour égayer le tout, après une longue attente
et la recherche d'une âme qui vive au Ugly's, une petite fille affublée
de son petit frère qu'elle tire par la main répond : no
à la question : room? Bien! Un peu imprévu après
vingt-trois heures à courir la planète. Comprend-elle l'Anglais?
Sans doute puisqu'elle dit no. A moins que?
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Il reste donc le stop pour retrouver un lieu qui soit plus passant. Des
cheveux blancs, ras, le pouce levé, le sac au dos. Un spectacle
en soi. Eh bien ça fait rire, mais c'est efficace tout de même.
Quelques camions débordants passent, une voiture, encore des camions,
enfin une autre voiture avec une place encore libre. Le temps de comprendre,
le conducteur s'arrête bien plus loin. Sa femme doit lui dire de
faire marche arrière à cause des cheveux blancs. Ceux que
cela dérange n'ont qu'à rouler sur la voie droite et les
usagers dans leur bon droit sur le bas-côté. C'est tout simple.
C'est naturellement ce qui se passe.
Mes hôtes : Monsieur, madame et un autre couple revenant d'Ulu Watu.
Explications en sabir ou quelque chose de ce type : moi, aéroport,
taxi, Ubud. Ok, va pour l'aéroport. De temps à autre, par
petites touches, au milieu de la conversation qui se poursuit en balinais,
(du moins je le suppose puisque je suis bien incapable de faire la différence
entre indonésien et balinais) le chauffeur parle d'aller vers Ubud,
puis un peu plus tard négocie le prix de la course... en voiture
privée... ; mais pardon, dit-il, en passant déposer madame
et les amis, chez moi Made (le chauffeur, propriétaire aussi d'un
petit magasin d'alimentation). En gros et en anglais sabir, cela donne
: aéroport?...; taksi? ; démo? (transport en commun peu
cher)...; réponse : démo, c'est moins cher, alors démo...;
Aéroport? ; Ubud? ; Ubud...; 100 000 roupias?...; quoi!!! ; non
50 000...; 75 000?...; accord pour 70 000. En définitive le prix
du taxi, avec un coca en plus, prélevé dans le frigo du
magasin. Qu'importe la dépense, modeste (environ 65 francs), Made
est sympathique et moi je suis sur les rotules. Il cherche à gagner
plus et à rendre service aussi. Il parle de ses enfants, deux garçons,
21 et 16 ans, de son travail, dans le catering à l'aéroport
(comme beaucoup il cumule, les études des enfants coûtent
cher). Avant d'atteindre le but, il me propose son numéro de téléphone
pour passer une soirée avec lui et les siens, dans sa modeste maison,
"propre et gratuit", avant mon départ pour la France.
Pourquoi pas?
Cette entrée en matière me rappelle (bien difficile de rester
vierge de tout souvenir) celle que j'ai vécu au Népal lors
de ma rencontre avec Lodo, le moine bouddhiste, pendant que nous
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attendions un avion en retard. Un don du ciel, qui donne dès l'abord
une bonne note au pays et démontre la sympathie de ses habitants.
Est ce ici aussi une question de Karma? Peu importe. Cela rend la vie
heureuse.
Direction Ubud, *** après
le petit tour dans les faubourgs de Den Pasar, route encombrée,
mais peu, dit-il, car c'est dimanche (ça promet pour les autres
jours), errance au milieu des champs de riz en eau dans la forêt
près d'Ubud où nous tombons sur la fin d'une cérémonie
de crémation. ***
Arrivés trop tard pour participer. A peine débarqué
et déjà en pleine matière. Je quitte Made sur le
pont qui enjambe le Cerik, à côté du musée
que l'artiste espagnol Blanco s'est consacré à lui-même
et où il est possible de l'apercevoir en chair et en os avec son
béret rouge sur la tête. Sa fille vient de fermer son hôtel,
pour cause de transformation. C'est bête quand un quidam comme moi
veut y loger. Mon petit sac (7 kg dont deux de linge et le solde en livre
et en ordinateur) sur le dos, je monte, au sens premier du terme, vers
le centre, bien décidé à découvrir un lieu
attirant par son cadre et par son calme et
à prendre le plus
rapidement possible une douche. Faire un pas chargé ou non transforme
en fontaine presque jaillissante.
Je le trouve du premier coup, ce lieu, attiré par une nouvelle
montée bien raide qui annonce des bungalows.***
Là, tout paraît réuni : d'un côté, un
précipice (restons modestes, petit), de l'autre des rizières
d'un vert tendre, un jardin tout en longueur plein de fleurs où
se répartissent sans se marcher sur les pieds des bungalows du
type greniers à riz, une piscine, pas de taille olympique, qui
ne me servira sans doute pas beaucoup... Du coup, je me mets à
négocier, de tout mon charme et j'en ai dans ce cas là,
avec le responsable Putu (qui veut dire premier né) encore trop
jeune sans doute pour résister. Ca y est, j'ai un pied-à-terre.
Sans doute celui que je garderai pendant ce voyage : une terrasse couverte,
autour, de la verdure et des fleurs ; à l'arrière, vue sur
les rizières depuis le premier étage ***;
à l'avant, vue sur les arbres et le ravin. Et le calme!
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Un luxe pour un pays où, dedans, on vit comme dehors puisque les
fenêtres sont de grandes baies sans vitres (mais avec moustiquaires)
pour favoriser la ventilation, malgré les pales qui brassent l'air.
Je vais tranquillement me mettre au diapason pour trouver le rythme qui
convient à un pays équatorial avec climat tropical. Et lire
beaucoup pour commencer à comprendre. Je ne vois pas d'autre façon
de procéder à défaut de connaître la langue.
Pour ce qui est des gens cela viendra vite. C'est le secret des voyages
en solitaire.
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