Rencontre d'Espaces



 

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Au long du Gange sacré

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Varanasi (Bénarès)


26 octobre 2000
au 15 novembre

avant la mousson
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Varanasi (Bénarès), du 26 octobre au 15 novembre 2000.
avant la mousson






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À la fin de la mousson, en août, la rivière, comme on dit ici, envahi tout le lit de son cours, submerge les ghât et parfois se répand dans les parties les plus basses de la ville partout accrochée à sa falaise. Bénarès regarde sa rivière depuis son perchoir, elle domine son fleuve, elle s'y mire et comme Ganga, elle se sait éternelle. Les caprices de sa rivière ponctuent les années et l'on marque les records pour se confirmer en dernier ressort que la ville défie le temps. Shiva y règne en Dieu tout puissant ; il détruit et construit. Il protège la ville : elle est tout entière sa résidence.

En août, le fleuve devient si large que les immenses plages d'alluvions de la rive Est qui font face à la ville disparaissent. Seul un trait lointain de verdure se dessine, comme si, devenue vaisseau, la ville regardait au loin la terre ferme et les arbres jaillissent des eaux. Ce n'est pas difficile à imaginer, la vue magnifique s'éloigne et s'agrandit. Elle donne plus de place encore à la sérénité calme qui sourd. La ville regarde l'éternité qui coule, certaine d'en faire partie. Immergée dans le temps impassible. Orgueilleuse de sa destinée, certaine de défier le temps, elle s'abandonne. Que Shiva fasse et défasse, s'Il le veut, à Lui de consacrer sa puissance. À Lui de construire et de détruire, à Lui de faire le temps. À Bénarès, les habitants se sentent dégagé de tout. Certains, on ne sait pourquoi, construisent, puis regardent comme tous les autres la lente dégradation des constructions humaines sans jamais plus intervenir. Par respect, par devoir, par abandon, par ennui ? *** - *** - *** La mousson détruit moins que les hommes qui ne voient pas pourquoi ils maintiendraient ce que Shiva doit irrémédiablement détruire. Et cependant en ruine, la Beauté se sait éternelle comme l'eau qui coule au pied de la falaise de ses ghât.

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Le temps passe, les ghât submergés sortent petit à petit de l'eau sous les couches de limons. *** L'eau, qui se retire inexorable, oblige les hommes de peine à découvrir les marches de leur gangue à grands coups de jets d'eau sous pression. L'eau pompée de la rivière y retourne entraînant les alluvions et tout ce que la ville y a jetées pêle-mêle : les fleurs d'offrandes tout comme les poubelles et les rebuts. La sensibilité occidentale s'en émeut : comment peuvent-ils à ce point polluer le fleuve sacré dont ils boivent l'eau. Notre vision du monde ne sait pas que le beau et le laid, le bien et le mal sont une seule et même approche de ce monde, seul le degré diffère. Sans le laid, le beau ne peut pas exister. *** Si l'eau est sainte et pure, elle est aussi polluée. Il faut le comprendre et tout devient clair, simple, évident. Comme Shiva, tout est son contraire. Bénarès est éternelle ; elle existe parce que son contraire existe aussi. Elle est en ruine, mais elle est éternelle. N'est-ce pas le contraire de la ruine ? Elle est abandonnée à l'incurie des hommes, mais n'est-elle pas par Kashi, la Lumineuse, la Beauté. La pègre y pullule, les saints hommes aussi dont le regard est lumineux. ***
La rivière est fleuve immense en août ; les mois passent qui la tirent vers son centre. Les hommes l'accompagnent tant qu'ils le peuvent, pan de ghât après pan, sous la pression de l'eau.
En avril, une barque est à peine nécessaire pour la traverser. Les ghât de pierre deviennent des escaliers qui buttent sur les limons qui sèchent. L'eau sans force n'emporte plus les déchets. Le feu de Surya les dessèche. Les pèlerins et les habitants accomplissent leur chemin pour se purifier dans l'eau sainte que nous n'osons plus regarder. Nous ne savons pas regarder, nous ne savons que voir au premier degré. Borgnes.

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