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Varanasi (Bénarès),
du
26 octobre au 15 novembre 2000.
les veuves
205
Assi possède quarante veuves le long de ses marches. ***
Tous les soirs avant la tombée du jour, le même homme arrive
avec un grand panier rempli de quarante coupelles de terre. Il les remplit
d'une louche d'huile ou de beurre clarifié, il descend les veuves
accrochées par une corde coulissante au sommet de leur perche
fichée dans un trou de la pierre. Il allume la mèche de
chaque coupelle, la dépose au fond du panier et le remonte au
sommet de son mât de bambou, il attache la corde. En général
il termine son travail au moment où la nuit devient noire.
Alors les quarante veuves du haut de leur perchoir déversent
sur le ghât une lumière pâle et tremblante qui dure
une grande partie de la soirée. C'est l'hommage rendu aux veuves
qui autrefois se précipitaient sur le bûcher funéraire
de leur mari. Chaque soir elles apportent une lumière douce qui
perce le panier. Qui sait encore le sens de ces lumières falotes
perchées entre terre et ciel qui tous les soirs précèdent
et suivent le feu sacré que le pandit offre à Ganga? Qui
entend les voix de sati. Elles sont là, quarante qui parlent
d'une voix douce pour rappeler à qui sait encore un temps qui
n'est plus.
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