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C'est le nom d'un palais juste au nord d'Assi. ***
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J'y vais souvent m'asseoir dans la loggia mauresque qui domine le fleuve.***
Le palais est transformé en chambres universitaires qu'habitent
des étudiants en musicologie à la BHU. Je n'y avais pas
mis les pieds depuis quelques jours pour éviter le gardien brailleur
dont le plus grand bonheur est de se poster à quelques centimètres
de mon espace vital et de hurler en hindi comme s'il s'adressait à
une foule.
Ce matin, je ne fais guide pour Catherine une étonnante Flamande
qui aime notre langue et pour une suissesse alémanique qui parle
un français châtié. Il manque Erella; la secrète
artiste israélienne. ***
- *** (souvant
deux photos valent mieux qu'une ! ) J'ai envie de leur faire découvrir
"mes" lieux que les passants ne pratiquent pas par manque
de curiosité ou de culot. Le gardien doit dormir, nous avons
la paix.
Trois étudiants occupent la loggia. L'un, qui me voit souvent,
me fait fête, son ami enchaîne. En moins de temps qu'il
ne faut pour le dire nous nous retrouvons tous dans la chambre de l'ami
: la chambre idéale, la 13 A, l'une des deux qui encadrent la
loggia et ouvrent sur le grand salon et dominent le fleuve. Ce qui fut
le grand salon du palais d'Alain Daniélou pendant une grande
partie du temps qu'il a vécu à Bénarès.
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Pour notre bonheur, mon ami Sunil Kumar Shukla , le flûtiste ***
et son ami-parent Shio Kumar Shukla, tabliste ***
entament, assis à terre, un concert. Une offrande au matin, classique,
suivie d'une musique folk, nous tiennent sous le charme pendant plus
d'une heure. Tout une heure pour notre plaisir et pour le plaisir de
nous faire plaisir. Nous étions venus là pour voir défiler
les enfants des écoles rassemblés pour un millenium ***
; deux indiens spontanés (et cela est d'autant plus remarquable
qu'habituellement les brahmanes qui n'en ont pas l'obligation évitent
les contacts avec les étrangers) deux vrais artistes nous ont
donné leur culture. Pour le bonheur de partager.
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Bernard Pierre : Le Roman du Gange, pocket 2974
"La musique indienne exprime une idée, décrit
un sensation, suscite un état d'âme. Sa mélodie
faite d'émotion est en rapport avec le temps (aube, jour, crépuscule,
nuit), avec les sentiments des êtres, associés tout à
la fois à une divinité et une couleur : ainsi Rudra, seigneur
de la colère, le rouge. Improvisation savante, elle ne connaît
pas de partition. Quand un Ravi Shankar crée une composition,
en vérité il recrée sans cesse, sans jamais se
répéter, au contraire d'un exécutant occidental
qui, à chaque concert, reprend à la lettre son concerto
de Mozart. Improvisation savante, certes, mais qui doit obéir
à des règles inflexibles et précises. Cette musique,
qui s'apparente à la musique arabe ou turque, est fondée
en effet sur un système infiniment complexe de gammes...
Le concert peut commencer qui va durer deux ou trois heures et même
beaucoup plus. En réalité il ne débutera vraiment
que dans trente ou quarante minutes, car les musiciens se cherchent,
pareils à ceux de nos orchestres qui accordent leurs instruments,
attentifs au maître qui semble tâtonner jusqu'au moment
où naîtront le thème et ses variations. Alors les
mélomanes, assis par terre et déchaussés, entreront
dans un état parfait de réceptivité. Mais attention,
pas de sons hachés, la composition doit être continue à
l'instar de la création divine ; pas de dissonances non plus
: de mauvais augure, elles peuvent provoquer des catastrophes."
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