Rencontre d'Espaces



 

INDE

Au long du Gange sacré

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Varanasi (Bénarès)


26 octobre 2000
au 15 novembre

Rewa Khodj
(60)

 



Varanasi (Bénarès), du 26 octobre au 15 novembre 2000.
Rewa Khodj






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C'est le nom d'un palais juste au nord d'Assi. *** - *** J'y vais souvent m'asseoir dans la loggia mauresque qui domine le fleuve.*** Le palais est transformé en chambres universitaires qu'habitent des étudiants en musicologie à la BHU. Je n'y avais pas mis les pieds depuis quelques jours pour éviter le gardien brailleur dont le plus grand bonheur est de se poster à quelques centimètres de mon espace vital et de hurler en hindi comme s'il s'adressait à une foule.
Ce matin, je ne fais guide pour Catherine une étonnante Flamande qui aime notre langue et pour une suissesse alémanique qui parle un français châtié. Il manque Erella; la secrète artiste israélienne. *** - *** (souvant deux photos valent mieux qu'une ! ) J'ai envie de leur faire découvrir "mes" lieux que les passants ne pratiquent pas par manque de curiosité ou de culot. Le gardien doit dormir, nous avons la paix.
Trois étudiants occupent la loggia. L'un, qui me voit souvent, me fait fête, son ami enchaîne. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire nous nous retrouvons tous dans la chambre de l'ami : la chambre idéale, la 13 A, l'une des deux qui encadrent la loggia et ouvrent sur le grand salon et dominent le fleuve. Ce qui fut le grand salon du palais d'Alain Daniélou pendant une grande partie du temps qu'il a vécu à Bénarès. ***
Pour notre bonheur, mon ami Sunil Kumar Shukla , le flûtiste *** et son ami-parent Shio Kumar Shukla, tabliste *** entament, assis à terre, un concert. Une offrande au matin, classique, suivie d'une musique folk, nous tiennent sous le charme pendant plus d'une heure. Tout une heure pour notre plaisir et pour le plaisir de nous faire plaisir. Nous étions venus là pour voir défiler les enfants des écoles rassemblés pour un millenium *** ; deux indiens spontanés (et cela est d'autant plus remarquable qu'habituellement les brahmanes qui n'en ont pas l'obligation évitent les contacts avec les étrangers) deux vrais artistes nous ont donné leur culture. Pour le bonheur de partager.

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Bernard Pierre : Le Roman du Gange, pocket 2974

"La musique indienne exprime une idée, décrit un sensation, suscite un état d'âme. Sa mélodie faite d'émotion est en rapport avec le temps (aube, jour, crépuscule, nuit), avec les sentiments des êtres, associés tout à la fois à une divinité et une couleur : ainsi Rudra, seigneur de la colère, le rouge. Improvisation savante, elle ne connaît pas de partition. Quand un Ravi Shankar crée une composition, en vérité il recrée sans cesse, sans jamais se répéter, au contraire d'un exécutant occidental qui, à chaque concert, reprend à la lettre son concerto de Mozart. Improvisation savante, certes, mais qui doit obéir à des règles inflexibles et précises. Cette musique, qui s'apparente à la musique arabe ou turque, est fondée en effet sur un système infiniment complexe de gammes...
Le concert peut commencer qui va durer deux ou trois heures et même beaucoup plus. En réalité il ne débutera vraiment que dans trente ou quarante minutes, car les musiciens se cherchent, pareils à ceux de nos orchestres qui accordent leurs instruments, attentifs au maître qui semble tâtonner jusqu'au moment où naîtront le thème et ses variations. Alors les mélomanes, assis par terre et déchaussés, entreront dans un état parfait de réceptivité. Mais attention, pas de sons hachés, la composition doit être continue à l'instar de la création divine ; pas de dissonances non plus : de mauvais augure, elles peuvent provoquer des catastrophes."

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