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INDE Varanasi (Bénarès) crémations |
Rabindra Nâth Tagore, Sadhana.
pour A. 190-------------------------------------- Les indiens s'arrêtent et regardent le spectacle que leur offre les bords du Gange. Les indiens, qui en dehors des heures matinales s'assaillent sur les marches des ghât, passent le temps à regarder ce qui s'offre comme pour tuer le temps. Ils s'assaillent là aussi et commentent le poids des bûches, la richesse du linceul, le manque de savoir faire du fils aîné perdu dans des rituels que les dom (très basse caste chargée des crémations) lui soufflent et parlent sans doute d'autre chose. Non pas blasés mais la mort fait partie de la vie. Sans mort, il n'y aurait pas de vie ! Sagesse orientale qui ne connaît pas en apparence l'émotion des pleurs sur soi. On ne pleure jamais que sur soi, rarement sur le cadavre. Les touristes ***
, en revanche, cherchent les vues dominantes pour mieux voir, fascinés
par eux-mêmes que les flammes consument. Ils sont à la
fois terrifiés et sadiques. Indécents de voyeurisme borné.
Ils ne pensent pas une seconde à celui ou à celle que
la flamme purifie et libère de son corps. Ils se regardent, ils
se cherchent dans les flammes pour apercevoir une partie d'eux-mêmes
que le rougeoiement découvre. Ils se regardent horrifiés
et ne peuvent se libérer de leur vision. Les observer confirme
ce que je sens intuitivement : une vision morbide, destructrice, désespérée.
Alors que par la mort même la vie poursuit son cours ! 191---------------------------------------- A., vous, qui dans votre colère, affirmez tout
savoir de la vie, - il n'est pas d'âge pour tout savoir, mais
l'âge sans doute ouvre le cur à la modestie et à
l'incertitude -, savez-vous que la mort n'est qu'un instant de la vie,
l'ultime qui justifie la vie ? Bernard Pierre : Le Roman du Gange ; pocket 2974 "...Un grand silence, un feu crépitant, des flammes qui dans la nuit s'élèvent comme des torches, de lourdes fumées, une odeur âcre, pénétrante, de chair brûlée que ne parviennent pas à dissiper les senteurs d'encens et de bois de santal... On n'incinère pas tous les défunts et sont abandonnés au Gange ou enterrés les sannyasins, ces hommes saints (généralement ensevelis en posture de méditation, les jambes croisées), les enfants de moins de deux ans, les filles non mariées, les morts de maladie comme la variole ou le choléra, les membres de certaines castes, certaines sectes, certaines castes, tels les tailleurs de pierre, les menuisiers, les chaudronniers, les forgerons, les orfèvres. D'une grande sobriété, d'une grande dignité, cette cérémonie de la crémation... Amené le plus tôt possible après le décès sur un simple brancard de bambou, enveloppé dans un linceul blanc pour les hommes et rouge pour les femmes, le cadavre est plongé dans le Gange pour une dernière purification, entre ses lèvres on fait couler une gorgée d'eau. Puis le corps est placé sur le bûcher, recouvert de bois par les aides de très basse caste et aspergé 192----------------------------------- de ghi - le beurre clarifié - pour faciliter la combustion. Torche à la main, tournant cinq fois autour pour rappeler les cinq éléments constitutifs de l'univers - la terre, l'eau, le feu, l'air et l'éther - le fils aîné ou le plus proche parent mâle enflamme le bûcher en présence des membres de la famille à l'exclusion souvent des femmes. Après que l'ardente crémation ait emporté l'âme du défunt, les cendres reçoivent une nouvelle aspersion d'eau du fleuve. On les confie au Gange où les parents prendront un bain purificateur..." |