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INDE Varanasi (Bénarès) les bruits du corps |
Ici, le corps est présent, il se fait entendre par une variété presque infinie de sons, ceux qui nous choquent et tous ceux que nous avons oubliés. Nous ne savons même plus qu'ils existent. Qui se souvient du bruit profond de se racler la gorge dans tous les coins et recoins en un savant travail qui relève de l'art consommé ? Qui sait encore qu'ensuite la collecte précautionneuse doit remonter vers la voie normale d'évacuation plutôt que d'être ingérée honteusement et sans bruit ? Chacun connaît le bruit grossier du crachat qui suit, mais qui est capable, au-delà du dégoût civilisé de remarquer la précision du tir et le bruit flasque de l'arriver au but ? Un seul exemple parmi tant d'autres pour nous rappeler que le corps existe dans son entier et non pas dans sa vision épurée sans saveur, ni odeur, ni musique. Ennuyeux et banal, juste bon à ignorer ou à utiliser avec précaution après l'avoir bien stérilisé au point de le rendre invisible. 187------------------------------------------ Il m'aura bien fallu vingt ans pour me salir les mains. J'avais auparavant complètement oublié que le savon n'est pas pour les chiens. Que les mains ne sont là que pour prendre puisque c'est leur office et que prendre salit aussi. Mais avant de se salir que de joies, celles de la découverte du monde qui nous entoure. Les bruits du corps, du sien et de celui des autres. Preuve de vie et preuve de toutes les joies de la vie. Notre dégoût civilisé n'est-il que l'expression de notre peur de vivre ? De cette peur de vérifier que le beau côtoie le laid, que les opposés sont légions normales et qu'au fond de nous grouille le meilleur et le pire qui sont un tout. Nous. Grande leçon que celle du rot intempestif. Chacun des bruits devrait être décrit, approfondi et détaillé en une symphonie. Mauvais goût ; provocation pure ? Pourquoi pas ? Et alors !
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