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Les hasards qui ne peuvent pas en être.
Shivala ghât : Vivekânanda et Râmakrishna
Mission
Depuis quelques jours, je suis absorbé, quand j'en trouve le
temps au milieu de ce tourbillon qu'est la vie, par la lecture des conférences
prononcées par Vivekânanda, disciple de Râmakrishna,
à Londres dans les années 1895. Ce grand penseur hindou
me frappe pas sa capacité à faire la synthèse entre
son monde et le nôtre et la clarté avec laquelle il aborde
les sujets spirituels si souvent rendus abscons par les penseurs. À
le lire on se prend à se croire intelligent tant ce qu'il dit
est compréhensible.
Et
par hasard alors que je cherche la German Backerie pour une
fois goûter un petit-déjeuner continental, je tombe au
détour d'une ruelle sur la pancarte Vivekânanda et Râmakrishna
Mission, section Varanasi. La grille est fermée. À peine
je m'y présente un vieux pandit (prêtre) tout branlant,
comme s'il m'attendait, ouvre et d'un geste paternel me prie d'entrer
dans la cour de l'ashram.
Statufié en marbre blanc, Vivekânanda attend impassible
que se termine la préparation des offrandes à sa divinité.
Un jeune brahmin récite les Veda troublé par une présence
qui lui fait perdre le fil. Il ne sait plus trop s'il doit psalmodier
ou sourire à l'étranger ignorant qui tente d'envahir le
saint des saints et qui comprenant sa bévue s'assied, écoute
et regarde intrigué la "sur" faire sa petite
cuisine d'organisation. Et que je te mets une touche de rouge sur une
petite poupée que je viens d'habiller et que je t'accroche une
fleur sur la tête d'une statue et que et que. Une vraie ménagère
que l'il impassible de celui qui ne se voulait pas plus qu'un
homme, ignore. Je suis certain en revanche qu'il regarde en coin et
s'amuse d'entendre l'apprenti pandit. Cela a un côté si
humain dans le "pourrait mieux faire". J'entends la statue
dire : "est-ce moi ce marbre blanc, froid et déifié
; pourquoi toutes ces babioles à mes pieds glacés ?"
Je grave l'image sans le son. ***
Le vieux pandit absorbé dans ses pensées redescend sur
terre lorsqu'il découvre impressionné les résultats
numérisés sur l'écran de mon appareil de photos
et redevenu enfant entonne : "que c'est beau, que c'est beau".
Ses yeux voient son guru reproduit à l'identique.
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Il en appelle à témoin qui a son tour s'émerveille
(c'est la sur rangeuse). Le moinillon hésite, il voudrait
voir. Las, il se doit aux Veda.
Quand je quitte la cour tranquille, le vieux pandit prend ma main droite,
y dépose un petit sachet de papier plié. Ce sont les sucreries
que l'adorateur reçoit après sa puja. Le pandit dans sa
grande sagesse sait que je suis venu rendre hommage à un grand
spirituel que j'admire. Le hasard qui n'existe pas.
Giorgio Manganelli : Itinéraire indien, éditions
Le Promeneur
... "Pourtant Vivekânanda devait être
un personnage singulier : un grand organisateur, un démagogue
du vedânta et même un homme plein d'humour. À présent,
il est célébré sur son ile par un abri contenant
un dessin poli de la syllabe sacrée AUM ; dans ce lieu, il faut
se taire et ôter ses chaussures, et éventuellement méditer.
Il dut un jour expliquer en Amérique la différence entre
l'Occident et l'Inde. Il déclara à son auditoire : "
Ici en Amérique, si un gangster veut former une bande, il doit
en premier lieu trouver un objectif raisonnable : une banque à
dévaliser, un train à attaquer. En Inde, cette méthode
ne le mènerait à rien, on ne l'écouterait même
pas. En Inde, il devrait commencer par émettre de vagues prophéties,
prêcher, citer les Veda et la Bhagavad-Gîtâ ; pour
finir, il lui faudrait inventer une quelconque métaphysique,
en bricoler une, et tant mieux si elle est hautement improbable. À
ce stade, former une bande et passer à la délinquance
mondaine serait un jeu d'enfant. En Inde, ajoutait-il, on ne mange,
ne dort et ne marche que religieusement."
En Inde, hors de la religion, point de salut. L'Inde n'est pas l'Occident
et ne peut le devenir. À Bombay, près de la Porte des
Indes, une statue célèbre ce prophète digne et
replet, et, sur son socle on peut lire la citation suivante : "
Vous, divinités de ce monde ! Pécheresses ! Tromper l'homme
de cette manière représente un péché, une
insulte au genre humain. Levez-vous, lions, cessez de vous prendre pour
des moutons ; vous êtes des âmes
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immortelles, de libres esprits, éternels et saints,
et non de la matière, des corps ; la matière est votre
esclave, non l'inverse."
Très beau, n'est-ce pas ? Cela ne manque pas de finesse, un peu
trop grandiloquent peut-être." ...
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