Rencontre d'Espaces



 

INDE

Au long du Gange sacré

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Varanasi (Bénarès)


26 octobre 2000
au 15 novembre

les hasards
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Varanasi (Bénarès), du 26 octobre au 15 novembre 2000.
les hasards






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Les hasards qui ne peuvent pas en être.

Shivala ghât : Vivekânanda et Râmakrishna Mission
Depuis quelques jours, je suis absorbé, quand j'en trouve le temps au milieu de ce tourbillon qu'est la vie, par la lecture des conférences prononcées par Vivekânanda, disciple de Râmakrishna, à Londres dans les années 1895. Ce grand penseur hindou me frappe pas sa capacité à faire la synthèse entre son monde et le nôtre et la clarté avec laquelle il aborde les sujets spirituels si souvent rendus abscons par les penseurs. À le lire on se prend à se croire intelligent tant ce qu'il dit est compréhensible.
Et… par hasard alors que je cherche la German Backerie pour une fois goûter un petit-déjeuner continental, je tombe au détour d'une ruelle sur la pancarte Vivekânanda et Râmakrishna Mission, section Varanasi. La grille est fermée. À peine je m'y présente un vieux pandit (prêtre) tout branlant, comme s'il m'attendait, ouvre et d'un geste paternel me prie d'entrer dans la cour de l'ashram.
Statufié en marbre blanc, Vivekânanda attend impassible que se termine la préparation des offrandes à sa divinité. Un jeune brahmin récite les Veda troublé par une présence qui lui fait perdre le fil. Il ne sait plus trop s'il doit psalmodier ou sourire à l'étranger ignorant qui tente d'envahir le saint des saints et qui comprenant sa bévue s'assied, écoute et regarde intrigué la "sœur" faire sa petite cuisine d'organisation. Et que je te mets une touche de rouge sur une petite poupée que je viens d'habiller et que je t'accroche une fleur sur la tête d'une statue et que et que. Une vraie ménagère que l'œil impassible de celui qui ne se voulait pas plus qu'un homme, ignore. Je suis certain en revanche qu'il regarde en coin et s'amuse d'entendre l'apprenti pandit. Cela a un côté si humain dans le "pourrait mieux faire". J'entends la statue dire : "est-ce moi ce marbre blanc, froid et déifié ; pourquoi toutes ces babioles à mes pieds glacés ?" Je grave l'image sans le son. ***
Le vieux pandit absorbé dans ses pensées redescend sur terre lorsqu'il découvre impressionné les résultats numérisés sur l'écran de mon appareil de photos et redevenu enfant entonne : "que c'est beau, que c'est beau". Ses yeux voient son guru reproduit à l'identique.

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Il en appelle à témoin qui a son tour s'émerveille (c'est la sœur rangeuse). Le moinillon hésite, il voudrait voir. Las, il se doit aux Veda.
Quand je quitte la cour tranquille, le vieux pandit prend ma main droite, y dépose un petit sachet de papier plié. Ce sont les sucreries que l'adorateur reçoit après sa puja. Le pandit dans sa grande sagesse sait que je suis venu rendre hommage à un grand spirituel que j'admire. Le hasard qui n'existe pas.

Giorgio Manganelli : Itinéraire indien, éditions Le Promeneur

... "Pourtant Vivekânanda devait être un personnage singulier : un grand organisateur, un démagogue du vedânta et même un homme plein d'humour. À présent, il est célébré sur son ile par un abri contenant un dessin poli de la syllabe sacrée AUM ; dans ce lieu, il faut se taire et ôter ses chaussures, et éventuellement méditer. Il dut un jour expliquer en Amérique la différence entre l'Occident et l'Inde. Il déclara à son auditoire : " Ici en Amérique, si un gangster veut former une bande, il doit en premier lieu trouver un objectif raisonnable : une banque à dévaliser, un train à attaquer. En Inde, cette méthode ne le mènerait à rien, on ne l'écouterait même pas. En Inde, il devrait commencer par émettre de vagues prophéties, prêcher, citer les Veda et la Bhagavad-Gîtâ ; pour finir, il lui faudrait inventer une quelconque métaphysique, en bricoler une, et tant mieux si elle est hautement improbable. À ce stade, former une bande et passer à la délinquance mondaine serait un jeu d'enfant. En Inde, ajoutait-il, on ne mange, ne dort et ne marche que religieusement."
En Inde, hors de la religion, point de salut. L'Inde n'est pas l'Occident et ne peut le devenir. À Bombay, près de la Porte des Indes, une statue célèbre ce prophète digne et replet, et, sur son socle on peut lire la citation suivante : " Vous, divinités de ce monde ! Pécheresses ! Tromper l'homme de cette manière représente un péché, une insulte au genre humain. Levez-vous, lions, cessez de vous prendre pour des moutons ; vous êtes des âmes

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immortelles, de libres esprits, éternels et saints, et non de la matière, des corps ; la matière est votre esclave, non l'inverse."
Très beau, n'est-ce pas ? Cela ne manque pas de finesse, un peu trop grandiloquent peut-être." ...

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