Rencontre d'Espaces



 

INDE

Au long du Gange sacré

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Varanasi (Bénarès)


26 octobre 2000
au 15 novembre

Tulsi ghât :
les jeunes brahmin
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Varanasi (Bénarès), du 26 octobre au 15 novembre 2000.
Tulsi ghât : les jeunes brahmin






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Aravind Kumar Dubey

Une peau claire, un visage fin sont une quasi-certitude de l'état social de l'individu. Habillé, la question se pose ; torse nu pour des raisons religieuses ou plus prosaïquement pour se laver, la réponse est donnée. Si l'individu porte un "janeu", cordon qui lui barre le torse depuis l'épaule gauche jusqu'à la hanche droite, il y a toute chance qu'il soit un brahmin, à moins qu'il ne soit chhatrya. La réponse définitive à la question "est-il un brahmin ?" n'est donnée que par le mépris avec lequel il regarde la populace qui l'entoure.
Tous les brahmin ne réagissent pas comme cela, heureusement. Il ne fait pas de doute qu'un nombre certain d'entre eux sont des individus de qualité. Malheureusement trop nombreux sont ceux qui ne connaissent que le mépris. Ils sont de la race des prêtres. Enfin, ils le furent. Que sont-ils devenus ? Trop souvent des outres vides qui sonnent le creux. À partir de ma seule observation, je ne me permettrais pas un jugement aussi sévère. Et pourtant !

Chaque matin et chaque soir lorsque je me promène le long des ghât, je les regarde officier. Du moins ceux qui travaillent. Ils ressemblent sous leur parasol à des (tiroirs) caisses enregistreuses. Je te bâcle un rite et je t'assomme à la sortie, toi pauvre benêt qui ne peut te passer de moi et de ma science. À ce niveau, ce n'est plus une connaissance. La connaissance est réservée à tous les brahmin qui font honneur à leur caste, pas à ces commerçants prospères qui étalent leur ventre affaissé. Je réagis avec la violence qu'inspire le mensonge honteux. Les pèlerins avec leur foi toute simple, celle que l'on disait autrefois du charbonnier, ne peuvent pas se passer de leur entremise. C'est le monopole qui rend odieux.
Cela c'est pour les brahmin qui travaillent, enfin qui officient. Pour les autres, parlons de ceux que j'observe tout à loisir depuis le sommet du palais délabré qui leur sert de gîte. Il y a là toute une bande de jeunes brahmin en bonne santé, la peau claire et lisse, le ventre déjà replet, la jambe poilue, dont la fonction est de ne rien faire, pas plus avec la tête qu'avec les doigts. J'ai cru pendant quelques jours qu'ils profitaient comme toute l'Inde des vacances de Diwali. Que non ; les vacances sont terminées et cette belle jeunesse poursuit sa vie à jouer

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au paon du haut de son perchoir, à papoter et à se tourner les pouces. La nourriture leur parvient directement d'une des nombreuses distributions de charité. Leur flemme crasse leur interdit de faire plus que de s'enrouler une serviette autour des reins, sauf lorsqu'ils décident d'aller se montrer, et, ils compissent leur villégiature plutôt que de faire les quelques mètres nécessaires pour se libérer la vessie comme tout le monde dans quelque recoin de la rue. Levé avant eux ce matin, j'ai sans doute eu une absence. Je me demande s'ils se sont lavés. *** Ce serait un comble pour la caste qui prétend à la pureté. Tout fout le camp.*** Mais leur mépris pour tout ce qui n'est pas eux reste grand au point que les étudiants (ceux qui le soir viennent prendre l'air à Assi, tout proche de l'Université), grommellent des paroles peu aimables lorsque je les branche sur le sujet.
La caste qui a eu autrefois sa raison d'être, exerce de moins en moins les fonctions de prêtrise mais prétend continuer à monopoliser les fonctions de pouvoir et d'argent. C'est du moins ce qui disent haut et fort ces jeunes travailleurs intellectuels qui viennent des castes les moins favorisées et qui entrent à l'université grâce aux quotas qui leur sont réservés. La loi du nombre finira par l'emporter. 60 % de la jeunesse universitaire n'est pas de ce monde des brahmanes. C'est une question de temps. Les monopoles stérilisants finissent par disparaître entraînés dans leur chute par la crasse que fabriquent les privilèges qui n'ont plus de sens. La révolution est en route même si pour certains, elle tarde à venir dans ce pays où pourtant le temps ne compte pas.

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