Rencontre d'Espaces



 

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Au long du Gange sacré

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Varanasi (Bénarès)


26 octobre 2000
au 15 novembre

Ma Ananda Moyi
(44)

 



Varanasi (Bénarès), du 26 octobre au 15 novembre 2000.
Ma Ananda Moyi






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L'ashram qu'avait construit quelque riche admirateur pour Ma Ananda Moyi, grande parmi les grands de la pensée spirituelle, domine le ghât qui porte son nom. C'est à deux pas d'Assi ou à quelques ghât de distance, comme l'on veut. Les constructions dominent le Gange *** et j'imagine que Ma, lorsqu'elle était là, conversait avec Ganga depuis la cour qui embrasse la vue.Comment ne pas vouloir retrouver son esprit qui, sans doute, souffle encore ?
Rencontre ratée. Ils ont confisqué son sourire légendaire.
On n'entre plus dans l'ashram qu'à heure fixe, pour se rendre au temple suppositoire ouvert à 17heures. Du temple, je n'en ai rien à faire. Rien n'est plus ennuyeux que les humains déifiés par leurs fidèles. Il y a de grands précédents, certes. Pardonnables à la rigueur à cause des siècles écoulés et du besoin de chacun d'apporter sa pierre pour défigurer le message dans sa simplicité. Là, je crois rêver. Je dois montrer patte blanche pour glisser un pas vers le bureau des "entrées" (vers où, je me le demande ?) où gratouillent deux vieillards transparents que la poussière recouvre. La désolation à l'état brut. Je dis, j'explique. Je demande peu. Je souhaite entrer dans la cour ouverte devant moi pour un instant "écouter" les paroles de Ma Ananda, là où sans doute elle en a prononcé quelques-unes et qui sont des trésors de sagesse.
Je parlemente, je redis. Enfin tout ce que l'humain normalement constitué comprend sans schéma particulier. En désespoir de cause, je suis prêt à repartir tant le mur des petits vieux est épais. Comprennent-ils l'anglais ? Je finis par en douter. Tout à coup, par lassitude, - qui sait ?- on me laisse entrer là où je suis déjà, un gardien du temple (en fait de la cour) sur mes talons déchaussés.
La cour est désertée, abandonnée. De pauvres photos jaunissent derrière des barreaux. Ma est enfermée, inutile, son message séquestré. Est-ce pour des raisons de droits d'auteur ? Ou de droit de divinité ?
Dix-sept heures ! Temple. Puja à la nouvelle déesse.
Sans moi. À quoi sert une déesse de plus ? Les hommes, ces hommes sont ridicules et stupides, bornés. Ma est privée de son regard, de sa parole. Ma, je dois l'admettre est morte.

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Devenue objet utile et lucratif de piété. De rage (encore du chemin à faire), je quitte les lieux et refuse sec de remplir la main tendue. Ah, si elle pouvait revenir nettoyer ce conservatisme béat des dévots satisfaits.
Je redescends avec difficulté les marches trop hautes. Je dois être grotesque. Un enfant monte en sautillant de marche en marche. Hilare de me voir hésitant. Nous nous croisons. Ses yeux expriment une joie intense de jeune animal en vie.


Bernard Pierre Le Roman du Gange, pocket 2974

"...Les fidèles accomplissent le darsham, littéralement la "vision". Les Hindous pensent en effet qu'être en présence d'un homme saint, d'un dieu ou bien voir l'un et l'autre, les toucher, leur rendre hommage, suffit à vous conférer une partie de leurs vertus. Le gourou commence par bénir les dons en nature qui lui sont offerts. Cette nourriture, la prasad, sera partagée entre les fidèles à la fin de la darsham. Auparavant, le maître aura consacré l'offrande de lumière ou arati, une flamme sur laquelle chacun passe la main. Tout au long de la cérémonie, des chants et des litanies entrecoupées de sermons ponctuent la darsham..."

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