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L'ashram qu'avait construit quelque riche admirateur pour Ma Ananda
Moyi, grande parmi les grands de la pensée spirituelle, domine
le ghât qui porte son nom. C'est à deux pas d'Assi ou à
quelques ghât de distance, comme l'on veut. Les constructions
dominent le Gange ***
et j'imagine que Ma, lorsqu'elle était là, conversait
avec Ganga depuis la cour qui embrasse la vue.Comment ne pas vouloir
retrouver son esprit qui, sans doute, souffle encore ?
Rencontre ratée. Ils ont confisqué son sourire légendaire.
On n'entre plus dans l'ashram qu'à heure fixe, pour se rendre
au temple suppositoire ouvert à 17heures. Du temple, je n'en
ai rien à faire. Rien n'est plus ennuyeux que les humains déifiés
par leurs fidèles. Il y a de grands précédents,
certes. Pardonnables à la rigueur à cause des siècles
écoulés et du besoin de chacun d'apporter sa pierre pour
défigurer le message dans sa simplicité. Là, je
crois rêver. Je dois montrer patte blanche pour glisser un pas
vers le bureau des "entrées" (vers où, je me
le demande ?) où gratouillent deux vieillards transparents que
la poussière recouvre. La désolation à l'état
brut. Je dis, j'explique. Je demande peu. Je souhaite entrer dans la
cour ouverte devant moi pour un instant "écouter" les
paroles de Ma Ananda, là où sans doute elle en a prononcé
quelques-unes et qui sont des trésors de sagesse.
Je parlemente, je redis. Enfin tout ce que l'humain normalement constitué
comprend sans schéma particulier. En désespoir de cause,
je suis prêt à repartir tant le mur des petits vieux est
épais. Comprennent-ils l'anglais ? Je finis par en douter. Tout
à coup, par lassitude, - qui sait ?- on me laisse entrer là
où je suis déjà, un gardien du temple (en fait
de la cour) sur mes talons déchaussés.
La cour est désertée, abandonnée. De pauvres photos
jaunissent derrière des barreaux. Ma est enfermée, inutile,
son message séquestré. Est-ce pour des raisons de droits
d'auteur ? Ou de droit de divinité ?
Dix-sept heures ! Temple. Puja à la nouvelle déesse.
Sans moi. À quoi sert une déesse de plus ? Les hommes,
ces hommes sont ridicules et stupides, bornés. Ma est privée
de son regard, de sa parole. Ma, je dois l'admettre est morte.
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Devenue objet utile et lucratif de piété.
De rage (encore du chemin à faire), je quitte les lieux et refuse
sec de remplir la main tendue. Ah, si elle pouvait revenir nettoyer
ce conservatisme béat des dévots satisfaits.
Je redescends avec difficulté les marches trop hautes. Je dois
être grotesque. Un enfant monte en sautillant de marche en marche.
Hilare de me voir hésitant. Nous nous croisons. Ses yeux expriment
une joie intense de jeune animal en vie.
Bernard Pierre Le Roman du Gange, pocket 2974
"...Les fidèles accomplissent le darsham,
littéralement la "vision". Les Hindous pensent en effet
qu'être en présence d'un homme saint, d'un dieu ou bien
voir l'un et l'autre, les toucher, leur rendre hommage, suffit à
vous conférer une partie de leurs vertus. Le gourou commence
par bénir les dons en nature qui lui sont offerts. Cette nourriture,
la prasad, sera partagée entre les fidèles à la
fin de la darsham. Auparavant, le maître aura consacré
l'offrande de lumière ou arati, une flamme sur laquelle chacun
passe la main. Tout au long de la cérémonie, des chants
et des litanies entrecoupées de sermons ponctuent la darsham..."
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