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Varanasi (Bénarès),
du
26 octobre au 15 novembre 2000.
ici et maintenant
169
Le soleil se couche lentement sur le fleuve. Depuis la terrasse d'un
palais de Tulsi ghât, je regarde la vie qui coule.
D'un coup, tout s'estompe. Je ne vois plus, du côté d'Assi
ghât, qu'un homme et une femme. Il descendent lentement vers le
fleuve. Le femme en sari rouge marche à la droite de l'homme.
De l'un et l'autre émane une dignité si forte qu'elle
a capté mon attention malgré la distance. Ils poursuivent
leur chemin. Il est trop tôt pour la puja du soir.
La femme s'arrête sur un petit monticule d'alluvions.
Je ne sais toujours pas ce qui se passe. Il émane de cette femme
une tension palpable, violente ou abandonnée, je suis incapable
de le dire. C'est un cri silencieux. Je l'entend, il me traverse.
L'homme poursuit son chemin du même pas. Il porte sur ses deux
bras, devant lui, un fardeau blanc.
Un cri silencieux ; je ne suis pas certain encore.
Il arrive à l'eau, se penche. Il y dépose son fardeau.
Un pécheur descend de la barque devant laquelle l'homme est à
présent debout, droit. Il attend.
Je sens la déchirure. Elle envahit réellement l'espace
qui nous sépare.
Le pécheur accomplit quelques gestes. Il monte dans la barque,
le père le suit. La barque quitte la rive et s'éloigne
vers le centre du fleuve.
La mère debout sur la rive n'a pas bougé d'un pas. Antigone,
statufiée.
Le père est debout dans la barque qui s'éloigne avec,
dans l'eau, le long de son bord, le fardeau blanc.
Quand le temps est venu, le pécheur range les rames. Le père
sans hésiter prend sur le plat bord arrière ce que je
comprends alors être une grosse pierre et la jette à l'eau.
La barque fait demi tour, revient vers la rive.
Le père descend, il rejoint sa femme. Sans se retourner, le père
et la mère remontent le ghât et s'éloignent.
Ils viennent d'accomplir le rite d'immerger dans Ganga, la Mère
éternelle, leur enfant de moins de neuf ans, mort, que le feu
n'a pas à purifier.
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