Rencontre d'Espaces



 

INDE

Au long du Gange sacré

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Varanasi (Bénarès)


26 octobre 2000
au 15 novembre

Dala Chata
2 et 3 novembre 2000
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Varanasi (Bénarès), du 26 octobre au 15 novembre 2000.
Dala Chata, 2 et 3 novembre 2000






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À moins d'être très organisé et de prendre des notes sur le champ, il est à peu près impossible de s'y retrouver dans toutes les fêtes qui se suivent les unes après les autres en octobre et en novembre. Qui sait s'il n'en est pas toute l'année ainsi. À peine une fête terminée, les lampions, pour parler occidental, encore sur place, là où ils ont fini par tomber et déjà se profile une autre fête.
Une grande fête complètement différente me dit-on.
Moi, je vois une nouvelle fête qui draine autant de monde que la précédente, dès trois heures du matin, comme la précédente, et qui laisse les aires jonchées des offrandes et de tout ce qui est tombé là avant que le balayeur ne les pousse en tas dans des nuages de poussière.
Je découvre la fonction du balayeur d'Assi, un grand solide bonhomme qui manie son balai de paille de riz avec une vigueur peu commune. Il soulève la poussière en des nuages compacts qui recouvrent tout et garde devant lui tout ce qui n'a pas pu s'envoler. Très efficace pour les bronches du bienheureux qui survit. Il ne supporte pas les remarques des plus délicats que la poussière recouvre. Tout n'est qu'une question de patience, le nuage finira par retomber et tout ira bien, alors de quoi se plaindre. À part cet inconvénient de taille qui oblige à se déplacer au gré du balai, les tas de ce qu'il n'a pas la force de faire voler sont impressionnants. À croire qu'une ville tout entière a campé sur les marches et sur les placettes pendant des lustres. Lendemain d'une nouvelle fête.

Dala Chatha (2 et 3 novembre). Fête en deux temps. Un soir fut ; un matin suivit.

Les femmes arrivent en groupes familiaux suivis de quelques hommes qui, pour une fois, portent sur leur tête des paquets impressionnants. Cette fête est celle des femmes et des enfants à laquelle semble se joindre les jeunes mariés. Depuis les matins, les plus prudentes ont envoyé des émissaires pour clore d'une corde un espace restreint. La place est rare au plus proche de l'eau, elle appartient aux premiers venus. Lorsque les femmes s'installent dans l'après-midi, à temps pour rejoindre leur concession, plus personne ne peut entrer ; l'espace

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devenu privé. On interroge du regard pour pénétrer, traverser et rejoindre son propre emplacement.
L'étrange(r) que je suis muni de son appareil inconnu ici (un numérique) bénéficie de tous les privilèges. Celui d'entrer, de sortir, de passer chez les voisines, accueilli avec des sourires de charme *** , aidé même, pour descendre dans l'eau sans glisser et fixer (avec autorisation toujours et vue ensuite de l'image grâce à l'écran de l'appareil, ce qui toujours soulève l'enthousiasme) des instants de partage. *** Car comme presque toujours ces humains avec une gentillesse confondante acceptent nos bizarreries. Pour saisir le plein sens de ce charme discret mais néanmoins très efficace, je laisse imaginer un homme perdu au milieu d'une foule de femme bornée par les eaux du Gange, sauf pour celles qui ont décidé que l'Eau seule pouvait les accueillir. *** - *** Féerie de la couleur des saris, des offrandes, fleurs, fruits, bambous (dont je ne comprends pas le sens) plantés en bouquet, des parfums d'encens, des rires et des courses vites interrompues des enfants.
Pendant ce temps de loin le conducteur du rickshaw me surveille comme pour vérifier que tout se passe bien ; lui paraît moins rassuré que moi. Je vois ce à quoi il ne peut accéder. ***

Vers 17 heures 30, le Prahlad ghât (tout au nord de la ville) n'est plus qu'une marée féminine dans laquelle les hommes tiennent le second rôle, modestement en retrait (une fois n'est pas coutume). L'attente devient palpable. Un événement va se produire que chacun attend sans impatience. Le temps va à son temps, les femmes attendent à son rythme connaissant bien le leur, celui qui va avec les saisons. ***
La lumière change, passe de l'or à l'argent. Le soleil aborde les vapeurs du bas du ciel. La foule se lève. Boule rouge dans un tulle diaphane, le soleil frôle l'horizon. Les femmes tendent les bras vers Surya qui quitte le jour. Tout est silence tendu d'amour dans la nuit qui tombe d'un coup.

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La nuit est courte, très courte.
Les premières femmes arrivent dès 2 heures 30 pour rejoindre les concessions que des hommes de la famille ont gardé toute la nuit pour le grand instant du matin. Il y a eu un soir, pour que soit un matin. Jusqu'à 4 heures sous le balcon que ma chambre perchoir, la ville vit comme au grand jour. Autant vivre de même, les boules Quiès ne résistent pas à des milliers de femmes qui sont en fête. Après 4 heures, les retardataires tentent encore de passer en grandes bousculades. Elles ne savent pas qu'il existe des passages dérobés que j'ai repérés depuis longtemps pour échapper à mes (pour)suivants de toutes sortes, vendeurs, bavards, curieux et quémandeurs, lorsque par hasard je suis pressé.

***

Comme la veille, je me promène dans la foule, celle d'Assi, cette fois. Cette foule se transforme au gré de ses aventures. Identique et à tout moment dissemblable. Une vraie vie humaine imprévisible. Les femmes se baignent, préparent les Puja, l'œil rivé sur la rive Est du fleuve qui se dessine et prend place.
Le jour de gris passe au clair, un léger rose accroche une touche. Toutes les femmes sont debout, dans l'eau, sur la rive d'alluvions, sur chaque marche et sur chaque plate-forme du ghât, comme un fleuve immobile, encore gris. Le rose se change en rouge nimbé de brume, cette lumière particulière du Gange à l'aurore. À la seconde où le soleil point en une courbe rose-orange, une immense clameur d'un instant emplit tout l'espace devenu bras tendu vers l'astre Dieu, Surya. Pure émotion de toute une foule qui salue la vie naissante en Ganga. Sans doute instant archaïque de la fécondation de l'eau primordiale par le principe créateur. Alliance de la lumière et de l'eau. Antique création du monde. Sublime création.

Personne ne peut me donner d'explication. Les lettrés détenteurs du savoir védique ne participent pas à la cérémonie. Pas un prêtre pour donner les Tika et recevoir les oboles

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propitiatoires ; seules des femmes, des jeunes filles, des enfants, des jeunes hommes auprès de jeunes femmes et quelques hommes en retrait.
En moins d'une demi-heure les ghât se vident. La foule se disperse en un énorme chaos.
La vie de tous les jours reprend son cours. Les habitués retrouvent leur place avec retard. Les pandit commencent à officier. Un tout autre jour.

 

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