Rencontre d'Espaces



 

INDE

Au long du Gange sacré

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Varanasi (Bénarès)


26 octobre 2000
au 15 novembre

Madeleine de B. :
un rayon de lumière
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Varanasi (Bénarès), du 26 octobre au 15 novembre 2000.
Madeleine de B. : un rayon de lumière




 

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C'est à cette dame que j'aimerais dédier ce voyage en Inde, si je ne savais que sa modestie en eut à souffrir. Elle en est la raison découverte.
De retour à Sahi guest house (pour que les plus perspicaces retiennent ce lieu exceptionnel à Assi ghât *** ) après un de mes périples matinaux, devant Ma chambre, sur Mon fauteuil, à Ma table, sur Mon territoire !, une petite femme fragile, l'œil clair, les cheveux de neige qui s'excuse d'avoir envahi Mon espace. Heureuse invasion.
Je n'aurais pas osé interpeller Madeleine - forme de timidité qui parfois coupe mes élans - à cause de son côté bien au-delà du bcbg et de son œil d'aigle. Ce genre de femme qui de toute évidence sait qui elle est, d'où elle vient et où elle va d'un pas décidé, me coupe les ailes de l'approche. Sans doute est-ce une protection instinctive, la crainte non pas de la découverte réciproque de deux êtres qui passent, mais plutôt le regret, déjà, de devoir quitter un des dons de la vie. Car il m'est évident, dès le premier coup d'œil, celui du maître des lieux qui regarde un nouvel occupant envahir son espace, que la dame, survenue il y a deux jours, diffère de celles que l'on rencontre au coin d'un salon, le petit doigt levé, une tasse à la main, débitant des fadaises politiquement correctes. Elle connaît parfaitement les codes et les usages, sa façon un peu hautaine d'apercevoir le dit ; quant à son regard perçant, il m'épargne pas celui qu'il regarde. La séduction mondaine ne fait pas partie de son jeu de vie et les codes sociaux ne sont pas ce qui remplit sa tasse de thé. Elle a ses codes : "je suis, et voilà comme je suis. C'est ainsi et bien ainsi". Pas de vanité, de l'orgueil - comme chacun sait l'orgueil n'est pas un péché mais le simple constat objectif de soi qui se compare sans fausse pudeur - de l'orgueil des êtres qui avancent de leur mieux sans tenir compte des bla-bla qui s'acharnent autour d'eux.
Que dire à une telle dame qui partage par hasard votre table du petit-déjeuner ! Que peuvent se dirent deux individus qui, sans doute à ce moment précis, souhaitent poursuivre leurs pensées sans paroles. Tel est le miracle (j'insiste !) de la vie qui décide où et quand. Même si elle ne dit jamais le pourquoi. Il n'y a jamais de pourquoi ; il y a seulement, c'est ainsi. Et c'est

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bien ainsi. L'ainsi échappe à tout raisonnement et pour qui sait le saisir, les questionnements deviennent inutiles. Que dire à Madeleine ? Je sais à présent son prénom, je le lui ai demandé pour le lui donner parce que c'est ainsi. Cela coule de source. Pas une seconde je ne me suis posé la question :"cela se fait-il ou pas ?" Cela se fait : ici et maintenant.
Que dire à Madeleine et qu'entendre d'elle ? Il se dit des mots qui n'ont pas besoin d'être définis pour être saisis dans leur profondeur et leur richesse. Fragile Madeleine ? Certes. Les défis au corps, ceux de l'esprit de servir, imposent la vie au corps et ce corps resplendit de lumière. Madeleine, c'est la lumière, la pleine lumière. Ce qu'elle dit ? Ce sont des extravagances qui scandaliseraient les salons des "de quelque chose" et de beaucoup d'autres engoncés dans leurs prév(t)entions, carcans de leur survie et quotidien de leur stérilité.
Ce que j'écoute de toute ma sensibilité, bien au-delà des mots discrets, c'est le scandale d'une vie consacrée à l'amour de celui qui est mon frère ou ma sœur, qui est le plus petit d'entre les miens. Une lumière laïque imprégnée des grands messages humains, au-delà des chapelles. Une vie à faire ce qu'elle ne souhaite pas toujours et qu'elle doit faire, une action généreuse qui dépasse et qui commande. Une vie écartelée entre ceux qui ont des droits sur son amour. Une vie de combat portée par un caractère trempé et par Arnaud, l'irremplaçable. Car en plus cette dame qui a fait profession de foi en l'humain, aime ! Elle ne se contente pas de "ses œuvres", elle assume aussi sa vie de mère scandaleuse d'enfants et foncés et clairs (ses enfants indiens, les premiers et ses propres enfants).
Enfin, elle est de ce genre d'humain inclassable qui affole les bonnes gens en général peu porté sur une bonté qui ne les concerne pas immédiatement, qui choque par sa parfaite conscience de ce qui ne se fait pas pour des raisons de castes occidentales, qui continue le combat sans attendre les honneurs réservés à ceux qui frétillent sur le devant de la scène (je pense très précisément à ceux qui, un jour ont eu une idée généreuse avant d'en faire un fonds de commerce pour le bonheur de média ; ils sont nombreux et parfois en passe de sainteté romaine). De ce genre humain, qui, simple exemple, part de ce pas à Delhi pour sortir de

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prison une Indienne pauvre de Pondichéry, de ses connaissances (tout est donné pour celui qui veut savoir plus et qui sait, participer) qui a eu la malencontreuse idée de mendier dans la rue (ce qui est formellement interdit !) pour ne pas mourir de faim. La sortir de là est pratiquement impossible, empêcher Madeleine dans sa démarche l'est tout autant.
Si Madeleine n'était pas de cette trempe comment vivraient les 1500 enfants scolarisés, les lépreux que l'on abandonne et à qui elle donne travail et dignité et comment la ferme, qui nourrit l'essentiel de ce monde, tournerait-elle ? Inutile de le lui demander. Elle ne répondra pas.
Elle sait : "Tout est, ici et maintenant. Et que la Lumière vous accompagne !"


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