Rencontre d'Espaces



 

INDE

Au long du Gange sacré

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Varanasi (Bénarès)


26 octobre 2000
au 15 novembre

coquetterie matinale
(30)

 



Varanasi (Bénarès), du 26 octobre au 15 novembre 2000.
Tulsi ghât : coquetterie matinale.






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L'observation apporte des plaisirs insoupçonnés.
L'indien mâle est coquet. Cette sympathique tendance est à l'origine d'un petit métier à temps partiel. La boutique ouvre de 6 heures à 9 heures environ. Elle est tenue, du moins celle que j'observe, par une petite vieille toute défaite qui ne cherche plus à donner le change. Elle est comme elle est, et ses messieurs ont à s'en contenter. Se contenter de quoi me direz-vous ? C'est tout simple, il fallait y penser. Du moins pour nous de l'Occident. Ici, c'est un métier à part entière relevant du privilège des vieilles dames. Pour les jeunes, ce serait osé.
Donc l'Indien est coquet et comme de plus il est souvent très beau, cette tendance ne gâche rien, bien au contraire. Notre homme arrive, pour sa toilette, vêtu d'un tissu court sanglé sur les reins et descend les marches de son ghât matinal pour s'immerger avec une gourmandise évidente.

Cela se savoure de se tremper dans une eau très habitée. Le savon travaille avec ardeur de la tête au nombril et des cuisses aux pieds. Pas la moindre de ces parcelles qui ne soit malaxée avec plaisir. Cela dure bien plus qu'il ne faut sous nos contrées. Est-ce pour être certain que le savon tuera toutes les bactéries qui saturent l'eau? Le plongeon qui se prolonge lui aussi, laisse peu d'espoirs, les bactéries ont tout le temps d'attaquer (elles sont 250 000 fois supérieures au nombre requis pour parler d'eau pure !).

Puis notre homme entame une conversation avec ses copains qui font trempette autour de lui. Arrive le temps de l'habillage gymnique qui suit immédiatement le lavage du tissu qui jusque la cachait le slip kangourou (très à la mode et venté sur des panneaux publicitaires peints à la main). Cela tient de la haute voltige : le pagne lavé devient serviette de pudeur pendant que tombe le kangourou et que monte à la place pour les uns un nouveau caleçon et pour les autres le pantalon. La pudeur est sauve.

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Arrive, alors, le grand moment. Le mâle propre et fringant accourt chez la vieille dame protégée sous son parasol. *** Et là, il emprunte peigne et miroir pour remettre en ordre sa chevelure qu'il entretient avec un soin jaloux. Cela dure et cela dure. Toute une oeuvre se construit pour mettre à la juste place la mèche de jais souple, la courbe qui souligne le front et les yeux. Rien n'est épargné pour parfaire l'œuvre, source de séduction.
La vieille dame pose alors avec délicatesse, le tika à l'endroit même qui achèvera le chef d'œuvre. Les dévots de Shiva, eux, se marquent en trois lignes d'une poudre de grès discrète sur le front et les bras. Tous glissent une piécette à la vieille dame et certains de leur beauté séductrice remontent le ghât vers la ville et leurs conquêtes.


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