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INDE Varanasi (Bénarès) |
Bénarès. 134 Bernard Pierre ; "Le Roman du Gange", pocket 2974.
... "Bénarès, création divine, un croissant de lune épousant la rive gauche du fleuve. Bénarès, ville fort ancienne, fondée peut être six ou sept cents ans avant J.-C. Bénarès, la Très Sainte, aux deux mille temples et sanctuaires. Bénarès, don précieux de Shiva, où le Gange atteint l'apogée de son destin sacré... Bâtie en amphithéâtre sur le versant d'une colline de cinq kilomètres de long, perchée, assure-t-on, sur une pointe du trident de Shiva qui la surveille du haut de ses Himalaya, elle est aux hindous ce que Rome, Jérusalem et la Mecque sont aux chrétiens, aux juifs et aux musulmans. Voilà pourquoi tout croyant se doit d'aller, au moins une fois dans sa vie, à Bénarès, qui s'est créée, fait remarquable, face au soleil levant, ce Soleil jugé par les hindous comme la première manifestation physique du pouvoir divin, comme la véritable expression symbolique de la Vérité Finale" ... 135
Elle est la concentration du monde, de ses beautés et de ses
laideurs.
Arrivé depuis 8 jours, je suis incapable d'en parler de façon
cohérente. Au point même que chaque fois que je tente, je
sèche ; l'écran reste blanc et je m'immerge dans le fleuve
qui coule en face de moi. 136--------------------------------------- Encore des images, toujours des images. Il faut s'en contenter, je n'ai rien d'autre sous la main. Deux points de repère reviendront souvent dans le texte, Assi ghât et Tulsi ghât. Tout au sud de la ville, là où par le bonheur du hasard, j'ai jeté mon dévolu. Je campe à Assi ghât, au premier étage d'un vieux palais qui survit en chambre d'hôtes. Assi ghât est une forme d'équilibre qui tient du miracle. *** Plus tout à fait la ville, ce n'est pas encore un village. Une partie du ghât a disparu un jour, emportée par le fleuve lors d'une trop forte mousson ; le minéral cédant la place aux alluvions une partie des berges a retrouvé sa vie champêtre. Les buffles ponctuels viennent s'y baigner le matin et le soir tout comme les humains. Ils y ruminent aussi, méditatifs, pendant que les mêmes humains laissent au temps suivre son cours sans le perturber.
Quelques arbres pour la fraîcheur, pas plus qu'il n'en faut comme
pour rappeler que les arbres sont si rares le long des ghât que
l'on finit par en oublier l'existence. Un temple au sommet de ses marches,
quelques échoppes de villages, les marchands de "tchaï",
à peine une touche d'exotisme touristique créée par
l'éternelle silver shop, une note sérieuse avec le marchand
de livres d'art, une mare verte dernier reste de la crue, quelques maisons
de tôles et de bâches en plastique. 137------------------------------------ En huit jours, j'ai trouvé tout juste le temps, par deux fois,
- hélas, trois fois, hélas !!! - de m'éloigner de
mon port d'attache pour découvrir que la ville, dès que
l'on s'éloigne des ghât, est l'enfer le plus terrible que
l'on puisse imaginer. ***
La traverser du sud vers le nord ou aller au centre relève de la
folie douce. Qui veut se faire une idée de ce que sera sa vie de
damné pour l'éternité doit tenter l'expérience.
L'individu un tant soit peu raisonnable abandonnera sur le champ toutes
ses turpitudes pour éloigner l'angoisse insupportable de devoir
vivre rien qu'une heure cette éternité-là. L'expérience
peut rendre saint
, enfin pas trop tout de même pour rester
humain de la tête aux pieds. |