Rencontre d'Espaces



 

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Au long du Gange sacré

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Varanasi (Bénarès)


26 octobre 2000
au 15 novembre

Bénarès
(26)

 



Varanasi (Bénarès), du 26 octobre au 15 novembre 2000.






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Bénarès.

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Il est dit d'elle : "Kâshî est sainte, rayonnante de lumière, subtile du Divin comme l'est le lingam du temple d'Or ; Kâshî est ce lingam lui-même ; elle est un immense lingam de lumière, lumineuse et illuminante, symbole de la Sagesse suprême, place où l'Etre est réalisé. Kâshî est Brahman".


Bernard Pierre ; "Le Roman du Gange", pocket 2974.

... "Bénarès, création divine, un croissant de lune épousant la rive gauche du fleuve. Bénarès, ville fort ancienne, fondée peut être six ou sept cents ans avant J.-C. Bénarès, la Très Sainte, aux deux mille temples et sanctuaires. Bénarès, don précieux de Shiva, où le Gange atteint l'apogée de son destin sacré... Bâtie en amphithéâtre sur le versant d'une colline de cinq kilomètres de long, perchée, assure-t-on, sur une pointe du trident de Shiva qui la surveille du haut de ses Himalaya, elle est aux hindous ce que Rome, Jérusalem et la Mecque sont aux chrétiens, aux juifs et aux musulmans. Voilà pourquoi tout croyant se doit d'aller, au moins une fois dans sa vie, à Bénarès, qui s'est créée, fait remarquable, face au soleil levant, ce Soleil jugé par les hindous comme la première manifestation physique du pouvoir divin, comme la véritable expression symbolique de la Vérité Finale" ...


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Khâshî, "Le Lumineux", la ville de Shiva, que nous disons Bénarès et à qui le nouveau nom de Vanarasi a été donné pour rappeler que là confluent la Varuna, au nord, l'Assi, au sud et le Gange. Trois dénominations pour une même ville qui en mériterait des milliers d'autres pour la cerner.
Tout et le contraire de tout ont été dit, écrit, filmé. Les amours folles, les détestations irraisonnées, jamais l'indifférence. Khâshî ne se définit pas. Elle est depuis toujours. Eternelle. Elle n'est pas de ce monde, elle survivra au monde. Pour que le monde poursuive sa route. Tout comme le monde, vérité et mensonge à la fois, belle et détestable. Elle est Shiva, la dualité pure.

Elle est la concentration du monde, de ses beautés et de ses laideurs.
À peine j'en parle et déjà les images affluent, toutes faites. Tellement vraies qu'elles coulent de source, évidence irréfutable. Qui a pu parler de cette ville alanguie le long du Gange sans passion, de façon clinique ? Si le spécimen existe, je souhaite le rencontrer ou à défaut le lire.

 

Arrivé depuis 8 jours, je suis incapable d'en parler de façon cohérente. Au point même que chaque fois que je tente, je sèche ; l'écran reste blanc et je m'immerge dans le fleuve qui coule en face de moi.
Levé à 3 heures du matin, 4 heures, 5 heures, sans même sentir la fatigue, je me poste dans l'un des nombreux observatoires que je découvre dans la ville que je me construis et je regarde sans fin l'immuable éternellement changeant, totalement fasciné, déjà absorbé. Comme une vague qui va et qui vient, identique dans son mouvement et à chaque seconde différente sans que l'on puisse dire ce qui est de ce qui a été, ce qui est de ce qui sera, ce qui sera de ce qui a été. Aussi immobile que le tourbillon qui fascine et engloutit.

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Encore des images, toujours des images. Il faut s'en contenter, je n'ai rien d'autre sous la main.

Deux points de repère reviendront souvent dans le texte, Assi ghât et Tulsi ghât. Tout au sud de la ville, là où par le bonheur du hasard, j'ai jeté mon dévolu. Je campe à Assi ghât, au premier étage d'un vieux palais qui survit en chambre d'hôtes. Assi ghât est une forme d'équilibre qui tient du miracle. *** Plus tout à fait la ville, ce n'est pas encore un village. Une partie du ghât a disparu un jour, emportée par le fleuve lors d'une trop forte mousson ; le minéral cédant la place aux alluvions une partie des berges a retrouvé sa vie champêtre. Les buffles ponctuels viennent s'y baigner le matin et le soir tout comme les humains. Ils y ruminent aussi, méditatifs, pendant que les mêmes humains laissent au temps suivre son cours sans le perturber.

Quelques arbres pour la fraîcheur, pas plus qu'il n'en faut comme pour rappeler que les arbres sont si rares le long des ghât que l'on finit par en oublier l'existence. Un temple au sommet de ses marches, quelques échoppes de villages, les marchands de "tchaï", à peine une touche d'exotisme touristique créée par l'éternelle silver shop, une note sérieuse avec le marchand de livres d'art, une mare verte dernier reste de la crue, quelques maisons de tôles et de bâches en plastique.
Et devant soi, qui prend l'essentiel de l'espace, le Gange dont la décrue découvre les berges comme pour accentuer l'impression de douceur. *** Assi ghât est sans aucun doute pour le moment encore un ghât béni de Shiva. Les fureurs de la ville l'épargnent. Déjà trop loin du centre pour y concentrer les touristes et sans doute pas assez passant pour certains sâdhu, si peu saints, qui cherchent l'innocent trop perdu dans ses fumées artificielles pour comprendre qu'on se moque de lui. Juste assez de rabatteurs pas trop collants pour ne pas perdre le contact avec la réalité. Une vie simple et complexe qui demande plusieurs existences pour en faire, peut être, le tour.

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En huit jours, j'ai trouvé tout juste le temps, par deux fois, - hélas, trois fois, hélas !!! - de m'éloigner de mon port d'attache pour découvrir que la ville, dès que l'on s'éloigne des ghât, est l'enfer le plus terrible que l'on puisse imaginer. *** La traverser du sud vers le nord ou aller au centre relève de la folie douce. Qui veut se faire une idée de ce que sera sa vie de damné pour l'éternité doit tenter l'expérience. L'individu un tant soit peu raisonnable abandonnera sur le champ toutes ses turpitudes pour éloigner l'angoisse insupportable de devoir vivre rien qu'une heure cette éternité-là. L'expérience peut rendre saint…, enfin pas trop tout de même pour rester humain de la tête aux pieds.
C'est tout ce que je peux dire de façon un peu suivie, déjà de venu citoyen de Khâshî, préoccupé par l'instant. Ici et maintenant. Est-ce cela l'Eternité de Bénarès sous le regard de Shiva et de Parvati ? ***

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