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131 Le 26 octobre en début de soirée, j'arrive
à Varanasi (Bénarès), après 11 heures de route.
À peu près dans le même état qu'à Gangotri,
en septembre. Rompu. Rajjej est un "phénomène" intéressant.
C'est le rabatteur de l'hôtel Zen où je logeais. Il tient
de l'homme-orchestre. Il rabat, renseigne, trouve tout à la demande,
discute les prix et dit simplement : "tu me donnes, si tu veux, un
peu de ce que tu gagnes et tout le monde est content". Et tout le
monde est content. Moi le premier. 131---------------------------------------- La suite de sa garde du corps me donne à constater
qu'il dit ce qu'il pense, tel qu'il le pense et qu'il agit tout aussi
naturellement, au risque de surprendre ou d'étonner. S'il veut,
il demande (cf. la suite) et attend la réponse. De l'autre, il
attend de même. Tout cela est simple et naturel ; pourquoi faire
compliquer comme nous faisons si souvent. 132---------------------------------------- presque neuve - du moins bien retapée. Le prix, celui
de l'avion car je n'ai pas d'autre solution que de payer le retour ...
et lorsque je donne mon accord fuse une demande simple : "j'ai gagné
500 roupies sur le prix (ce qui est exact et même 800 roupies compte
tenu du tarif "légal" pour les touristes), est-ce que
je peux venir à Bénarès que je ne connais pas, pendant
une journée ou deux". C'est "oui". "Si c'est
oui, je souhaite 100 rps par jour (le double de ce qu'il gagne nourri
et logé) pour remplacer ce que je vais perdre ici si le patron
me laisse partir. Garder le taxi coûte 500 roupies par jour et 200
pour défrayer le chauffeur (qui gagne en fait 800 rps par mois
et 50 rps en plus pour ses repas quand il se déplace) mais comme
ça nous verrons ensemble ce qu'il faut voir". L'idée
est excellente à plus d'un titre. Rajjej par son naturel reposant
est attachant, sa présence me simplifiera la vie avec un chauffeur
qui ne parle pas l'anglais, sur place à Bénarès,
il m'évitera les éternelles discutions pour tout et rien.
De toute façon, il gagne sa vie sur ce que j'économise.
La suite ? Onze heures agrémentées d'arrêts
aux bons endroits et de nourritures à un prix que je n'ai jamais
encore pu obtenir. 133---------------------------------------- Nous partageons donc la même chambre en toute quiétude
et sympathie sans que cela pose d'autre question particulière ou
de regard en coin. Que l'on imagine les beaux sentiments - vive la culpabilité
- dans notre douce France, devant un monsieur aux cheveux blancs qui partage
sa chambre avec un garçon de 22 ans ! De quoi en faire tout un
roman spécialisé. Ici c'est : fais ce que tu veux ; pour
le reste ou pas le reste, c'est ton problème. C'est naturellement
pour cela que les officiers de sa gracieuse majesté britannique,
la bouche pincée en cul-de-poule, parlaient de murs
ma
chère
bestiales. Heureusement que la plupart ne connaissaient
pas Khajurâho. Bref, nous partageons puisque tout le monde est d'accord.
À la fin de la première journée, après la ville et sa folie, le temple d'Or et ses ruelles moyenâgeuses, Sarnath, ses jardins, ses temples et la peur blessante de la police pour un faux guide, le cinéma (sans moi), les rues (idem)... Rajjej, épuisé de nouveautés, de bruits et de fureurs, demande si j'accepte qu'il reparte plus tôt que prévu vers Khajurâho. S'il reste, il va tomber malade de peur et de fatigue dans une ville qui le dépasse et qu'il n'imaginait même pas. Il rêve de retrouver le calme de son village après la grande expérience de sa vie : celle de savoir qu'il est heureux à Khajurâho. Nous nous quittons à 4 heures trente du matin. 134-------------------------------------- Chemin de partage et de joie. Rajjej, extraordinaire leçon
vivante de simplicité qui "réconcilie et unifie la
tête, le cur et les viscères" - pour nous du moins,
eux c'est déjà fait - comme dit cette merveilleuse femme
de lumière qu'est Madeleine de B, rencontrée ici. |