Rencontre d'Espaces



 

INDE

Au long du Gange sacré

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23 septembre 2000
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Bhojwasa, le 23 septembre 2000.













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6 heures trente à nouveau. Pas de grasse matinée après une aussi grasse nuit. Ce matin, ce ne sont pas les militaires, mais un troupeau de japonais doublé d'un troupeau identique de mulets. Une bonne partie du troupeau humain porte un masque antipollution. Faut-il être japonais pour transporter sa pollution avec soi ? Sa phobie polluée. Un Japonais ne voit-il pas, ne sent-il pas ? Enfin, à presque 4000 mètres qui est pollué ? À moins que ces trucs blancs sur le nez et la bouche ne filtrent les Dieux ? Dans ce cas, plus qu'utiles, nécessaires. Je loue les Dieux et surtout Ganga de ne les avoir pas rencontrés hier. Aurais-je eu la sagesse indienne de les effacer du paysage ? Rien n'est moins certain.
Le grand beau, pour redescendre sur la terre de Gangotri. Descendre paraît tellement plus facile ? Ce qui a échappé à la montée se découvre au retour. La montagne est belle, pleine de couleurs qui se superposent en couches successives. *** Les rocs gris, l'eau grise, puis les premiers verts gris, les verts tendres, puis les verts sombres des cèdres. Toute une palette enluminée de jaune, de rouge, de rouille, du bleu et du blanc du ciel. Et cet éternel roulement de Ganga. Un roulement qui envahit la vallée, présent partout sans interruption. Les cafés où l'on se repose devant un tchaï brûlant ; le café des cousins Singh. Déjà le temple rouge perdu dans les cèdres sur fond de bleu. *** Déjà Gangotri, le temple, les cèdres. *** La route vers la terre est bien plus rapide à atteindre que la montée aux cieux. À peine le temps de s'en rendre compte et, tout est déjà passé. Déjà souvenir. Modeste condition que celle de l'homme. À peine au ciel, il retombe sur la terre. Il retrouve son état, emprunt toutefois d'une petite musique indélébile : le roulement de Ganga.

Comme les pèlerins qui ont accompli le rituel, *** je n'ai plus rien à faire ici. Le temps est passé. La réalité m'attrape à la gorge. Pas d'autre transport vers la plaine que le plus ancien, le plus déglingué des bus. Il doit faire la navette vers Uttarkashi depuis que la route existe.

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En aussi mauvais état qu'elle. À eux deux, ils laissent le voyageur - c'est un bien grand mot - pantelant au bout de 90 km, incrédule de 5 heures d'aventure entre route effondrée et précipices au raz des pneus, bousculades sans nom pour défendre son terrier... et grande scène, devant un aréopage médusé, avec un sâdhu irascible qui ne supporte pas que l'on refuse de se faire écraser le visage avec son sac crasseux. J'évite le pugilat de peu en tenant ferme à bout de bras une main vengeresse. Le sâdhu se lasse le premier, le majeur en grand écart ; mon œil plus torve que le sien, démoniaque. Les voyages forment, les voyages nord-africains surtout. Ils apprennent que pour vaincre, il reste à attaquer le premier sans considération aucune. Et rester calme.
À la nuit tombée, deux kilomètres avant Uttarkashi, libéré, rompu, je cherche mon chemin pour atteindre le guest home de mes rêves, signalé par les deux américaines de Bali. It's marveless!!!!. Dans la nuit difficile de juger. Les indiens se révèlent une fois de plus pleins de bonne volonté. En de grands gestes, ils me poussent toujours plus en avant dans la nuit et le grand noir. Tout là-bas la lumière appelle. Monal, la perdrix des neiges, attend son hôte. Crasseux, fleurant bon le suint, la poussière accumulée dans le bus sans vitres, et le relent des autres. Ruisselant. Une vraie cour de miracles à moi seul. Une rampe d'escaliers interminable ; un vieux petit monsieur aimable m'accueille dans un anglais impeccable. Toute la maison est pour moi seul. Pour un jour et demi et pour deux nuits.

Après la rudesse de la montagne et l'archaïsme du confort, je retrouve des marques connues. Vraie chambre, vraies fenêtres avec moustiquaires donnant sur des parterres fleuris et de l'herbe, de la vraie, vrai lit aux draps propres (en fait un drap selon les habitudes, mais une chambre double utilisée par un simple permet d'organiser un lit à doubles draps), une

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salle de bain avec ce qu'il faut et de l'eau. Une terrasse couverte, des fauteuils, une table base ; une salle à manger où l'on me sert. Le luxe dont j'avais oublié l'existence. Et surtout une température digne de ce nom, aimable.
Le tour du propriétaire, le lendemain matin confirme mon impression. Monal exprime un véritable charme. La maison et le jardin sont perdu au milieu des rizières et des arbres sur une route qui ne dessert que les maisons environnantes. Depuis le toit, la vue est reposante. La campagne, une vraie campagne de montagne avec pour fond d'écran Ganga et son roulement sourd. *** De ces lieux dont je me dis qu'ils voudraient que je m'y arrête pour un temps indéterminé. De l'électricité, une bibliothèque, une bonne cuisinière pour me découvrir toutes les subtilités des cuisines indiennes, un hôte érudit, patient pour m'enseigner par l'exemple ce que les livres ne peuvent révéler. Une sorte d'abbaye retirée du monde et en résonance avec lui. ***
Une journée et demie, deux nuits goûtées avec délice. Seul, avec le seul appel "Alan" à l'heure des repas pour m'informer que ma part du repas familial vient d'être déposée par l'eurasien tout revêtu de courbettes sur la table de "ma" salle à manger et la vie de tous les jours que les paysans partagent avec l'étranger. *** - *** - ***
Convaincu de ma "vieillesse" et de mon incapacité à reprendre 6 à 7 heures de chaos dans les reins (150 km), je repars vers Rishikesh en taxi. Le barattage en taxi est déjà à la limite du supportable. Mon vieil hôte lui est plus direct, il ne peut imaginer utiliser un bus. C'est au-dessus de ses forces et du supportable. Parole d'Indien qui me met du baume au cœur. Et me rassure.

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