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vers Khajuraho,
le 20 octobre 2000.
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Ce matin, à quelques kilomètres d'Orchha, comme un cadeau,
en passant le pont qui enjambe la Betwa, tous les palais et les temples
apparaissent dominant le pays plat. Etonnante vision dans ce qui est une
steppe ou une savane, le mot exacte me manque. Cette vision a dû
tenter plus d'un envahisseur et tant qu'il a été tout puissant
cette apparition a fait craindre et respecter le prince.
Entre Orchha et Khajurâho, la route traverse des paysages tantôt
désolés, tantôt cultivés sur de grandes étendues.
Le pays a dû être volcanique il y a bien longtemps ; des amas
de rochers souvent dans un équilibre précaire surgissent
des cônes arasés.
Quatre heures de sauts et d'écarts dans un taxi Ambassador, de
quoi imaginer sans trop d'erreur d'approximation l'état de délabrement
des individus transportés dans un bus régulier pendant plus
de cinq heures. Ce n'est pas en définitive sur le budget des transports
que l'on doit tenter de faire des économies lors que l'on parcourt
l'Inde qui n'est pas desservie par le chemin de fer. Ceux-là sont
lents - 50 km heure en moyenne -, mais ils ont l'avantage de rouler sur
des voies de fer. Difficile dans ce cas d'aligner trous et bosses qui
rendent les routes épuisantes.
J'ai eu une intuition en me demandant quelle serait l'atmosphère
de Khajurâho. Rien à voir avec Orchha. À peine le
pied hors de la voiture et déjà une horde respectable se
démène pour me vanter le meilleur hôtel du coin (celui
qui rapporte la plus grosse commission), le meilleur transporteur pas
cher (commission incluse), le meilleur guide, le meilleur tout ce que
la terre de Khajurâho peut porter. Et les Dieux savent qu'elle porte
les temples les plus célèbres des éditions en couleur
sur papier glacé. ***
Il n'y a pas un livre d'image sur l'Inde sans qu'y apparaisse l'inévitable
enlacement qui fait voir ou imaginer ce que la nature enferme et plus
encore fantasmer. Aller si loin pour regarder ce qu'on n'a souvent plus
la force de réaliser chez soi ou, mieux encore, sourire d'un air
entendu de ce qu'on voit au premier degré sur un temple. Ces indiens
de notre moyen-âge, ils y vont fort. Je ne peux rien dire de plus
pour le moment
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puisque mon après-midi s'écoule à attendre
des liaisons chaotiques avec internet. Que de patience pour prendre des
nouvelles du monde. Le monde en revanche, très préoccupé,
ne paraît pas en réclamer avec trop d'insistance. Voilà
ma façon agréable de repousser au lendemain ce que je n'ai
pas du tout envie de faire le jour même sous un soleil toujours
de plomb et dans le ronron des caméscopes.
Je réserve les éventuelles découvertes pour demain
matin 6 heures, au lever du soleil. Moment sacré où j'imagine
toute la statuaire faisant le don de soi à Surya pour que se poursuive
la création de monde. Vision, sans aucun doute possible, plus proche
de celle des artisans qui ont magnifié la perpétuation du
cosmos.
***
Alain Daniélou : le chemin du labyrinthe ; éditons du Rocher
Khajurâho
Il existe des lieux sacrés où " souffle l'esprit ".
C'est dans ces lieux que les gens viennent en pèlerinage à
la recherche de miracles. On y construit des temples. Parfois, ces lieux
se trouvent abandonnés depuis des siècles, les sanctuaires
sont en ruine ou même ont disparu. Pourtant, lorsque la lune entre
dans une de ses " maisons " particulières du zodiaque,
des foules immenses s'y assemblent. Des marchands de toutes sortes et
des amuseurs s'y rendent aussi. Ces fêtes ont lieu tous les ans,
ou bien tous les quatre ans, certaines deux fois par siècle. On
les appelle des Hélas. Elles font penser aux pardons bretons. La
célèbre Kumbha méla (fête de l'Aquarius) a
lieu tous les douze ans.
L'antique ville morte de Khajurâho, à l'époque où
nous y campions pour de longues périodes pour photographier les
sculptures des temples, était un lieu d'ordinaire totalement désert.
Lors de la méla annuelle, les alentours des temples se couvraient
en quelques jours d'une multitude de charrettes, de tentes, de petits
étals de marchands ambulants, de bateleurs, de faiseurs de tours,
de menus foyers où l'on cuisait des galettes. Des pèlerins
y arrivaient à pied de toute la région avoisinante. Il n'y
venait pas de prêtres. On n'y pratiquait ni rites ni cérémonies,
et pourtant affluait une foule d'humbles gens qui, par une sorte de réflexe
ancestral, revenait périodiquement rendre visite à un lieu
bénéfique et sacré.
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