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Bénarès
... "J'ai compris peu à peu que c'est dans l'amour de l'uvre divine, de la beauté des corps, et dans l'intensité du bonheur et du plaisir que l'on est le plus proche de l'état divin. Le masochisme chrétien ne mène pas à la sagesse mais à l'inhumanité, la cruauté, l'hypocrisie." ... ... "Peu à peu, je pénétrais dans des formes de pensée si subtiles, si complexes et si difficiles que j'avais parfois l'impression de toucher les limites de mes facultés mentales, de ma capacité de comprendre. Je me trouvais plongé dans une société où tous les concepts de la nature de l'homme et du divin, de la morale, de l'amour, de la sagesse, étaient si profondément différents de ceux du monde où j'étais né qu'il fallait faire table rase de tout ce que l'on croyait savoir, de toutes ses habitudes mentales ou conventions. Les valeurs n'auraient pas été plus différentes si j'avais été transporté par miracle dans l'Egypte de Ramsès II." ... ... "Shiva est le dieu de l'univers, le seigneur des créatures, des arbres, des animaux aussi bien que des hommes. Dans ses temples, on vénère le phallus dressé, source de vie, mais aussi symbole de la volupté, du plaisir, image de l'état divin. Shiva est Sat-ChitAnanda, " Existence, Intellect et Volupté ". Les hommes construisent des sanctuaires pour l'honorer, mais son véritable temple est la nature, la forêt, où il apparaît parfois sous la forme d'un adolescent lubrique et nu. C'est dans la forêt que se pratiquent les rites d'initiation shivaïte, jamais dans les temples. Ce dieu était bien celui que je cherchais obscurément et pressentais depuis mon enfance." ...
... "Dans le monde hindou, le " savoir " est considéré avant tout comme un héritage que l'on reçoit et que l'on a le devoir de transmettre, en y ajoutant, si l'on en est capable, quelques éléments pour le développer, le mettre à jour. Cette notion donne à celui qui a été jugé digne de ce fardeau une grave responsabilité morale, particulièrement dans le choix de ses disciples. Le savoir est un sacerdoce. Il est des formes de savoir qu'il n'est pas bon de transmettre à des êtres ambitieux et irresponsables. Le grand problème du savant est de trouver le disciple, le réceptacle (pâtra) digne d'en recevoir le dépôt." ... ... "Le système social des hindous a été conçu dans le but de préserver l'intégrité des espèces humaines, de trouver pour chaque groupe humain, religieux, ethnique, racial, une place assurée. L'Inde a toujours été le refuge des minorités indigènes ou étrangères. C'est le seul système qui ait su établir une société tolérante multi-raciale, multi-religieuse, multi-culturelle que musulmans et chrétiens ont vainement cherché à détruire. Comme tout système, le système indien a des défauts, mais il mériterait d'être sérieusement étudié au lieu d'être présenté comme une abomination par des gens qui n'en ont jamais rencontré les heureuses victimes. Cette attitude est typique d'un esprit occidental qui invertit les problèmes et semble se complaire dans des notions imprécises." ...
... "Il existe une société
des femmes et une société des hommes dont les préoccupations,
les intérêts, les divertissements sont distincts et se complète.
Le couple, de plus en plus isolé dans le monde moderne, est une
anomalie et forme une prison dont les enfants sont les premières
victimes. ... "L'homme est un donneur de semence
comme le figuier mâle. Il pourrait donner naissance à des
milliers d'enfants. La procréation n'est qu'un accident de parcours
dans sa vie sexuelle. Sur des millions de gènes, quelques-uns seulement
servent à la reproduction. Le reste est gaspillé aux hasards
de l'aventure et du plaisir. Havelock Ellis avait scandalisé son
époque en écrivant : " L'homme est naturellement polygame.
" Répondant aux critiques, il avait ajouté : "
Je n'ai jamais rencontré un homme qui n'ait eu des relations avec
plusieurs femmes. Je mentionne simplement un fait d'expérience.
" Il aurait pu dire plus exactement : " l'homme est par nature
polyvalent. " Dans l'Inde traditionnelle, un garçon a étudié
dès l'âge de six ans, à l'école, les textes
du Kama sutra qui expliquent tous les secrets des jeux de l'amour et leurs
variantes. Ces divertissements sont très importants car on leur
attribue un aspect mystique lié aux pratiques du yoga tantrique
dans lesquelles les rapports avec l'épouse ne sont pas admis, sauf
pour les exercices préliminaires. Le puritanisme agressif des Indiens
modernes est dû entièrement à l'influence britannique.
Raymond, qui s'était laissé entraîner par jalousie
à épouser Radha, était pourtant conscient de la valeur
magique des différents actes sexuels. Il écrivait : "
J'ai toujours une certaine méfiance à l'égard de
l'accomplissement d'actes trop conformes à la nature animale des
choses. " (Bénarès, 3 novembre 1948.) ... "J'avais appris en Inde que le premier devoir de tout homme est de comprendre sa propre nature, les données fondamentales de l'être que l'on est et de les réaliser de son mieux. Le second devoir est de respecter la nature des autres. C'est pourquoi il ne peut exister sur aucun plan de règles morales générales, tout au plus des conventions sociales qui n'ont aucune valeur sur le plan de la réalisation humaine ou spirituelle de l'individu. Nul ne doit chercher à paraître autre que ce qu'il est par sa naissance, ses aptitudes ou le rôle qui lui est dévolu comme individu ou comme espèce, ni de chercher à imposer à d'autres un comportement qui pourrait faire obstacle à leur épanouissement."... Extrait d'un Upanishad : |