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Pierre Amado,
professeur à l'Ecole des Hautes Etudes, directeur de recherche au CNRS
La triade hindoue :
Trimurti (qui a trois formes), triade représentant les trois manifestations
de l'Etre sous la forme de Brahmâ, Vishnou et Shiva.
Chacun est associé à une fonction cosmique spécifique.
Brahmâ qui maintient l'équilibre entre deux principes opposés,
Vishnou qui préserve et Shiva qui désintègre.
Brahmâ
C'est le créateur de l'Univers. Il est né des eaux primordiales.
Il est généralement représenté assis sur une
fleur de lotus (l'un des noms du lotus est abja, "né de l'eau").
Il est barbu et il a quatre têtes, tournées vers les quatre
horizons (il est le maître des quatre horizons). Il porte toujours
une aiguière contenant de l'eau primordiale, et ses trois autres
mains portent généralement un sceptre, un rosaire et le
livre du Véda, dont il est l'auteur. Il a pour monture une sorte
d'oie sauvage, considérée comme le symbole de la pureté
de l'âme. Dans la tradition vishnouite, on le représente
souvent comme sortant du nombril de Vishnou. Il se manifeste dans le monde
par la parole, que symbolise son épouse Sarasvatî. Brahmâ
est curieusement un dieu sans adeptes et presque sans temples.
Vishnou
C'est le protecteur, celui qui maintient l'Univers, personnification de
la bonté et de la compassion. Il est, avec Shiva, l'une des deux
divinités qui ont le plus de fidèles. Il tient toujours
dans l'une de ses mains un disque représentant la roue du destin,
qu'il peut utiliser, en le lançant dans l'espace, comme une arme
redoutable. Dans les trois autres, il tient généralement
une conque marine, une massue et une fleur de lotus.
Il est souvent représenté couché sur un serpent lové
(le serpent de l'Eternité) qui le protège de son quintuple
capuchon et qui flotte sur les eaux primordiales dans lesquelles l'Univers
vient d'être résorbé. Vishnou rêve le prochain
cycle cosmique, cependant que Lakshmi, son épouse, lui masse les
pieds. De son nombril sort une fleur de lotus sur laquelle trône
Brahmâ qui se prépare à créer à nouveau
l'Univers. LA monture de Vishnou est l'aigle à tête humaine.
Vishnou intervient dans le monde en "descendant" du ciel sous
la forme d'un avatar (descente), chaque fois que le dharma (Bon Ordre
de l'Univers) se dégrade. Il y a traditionnellement dix avatars
de Vishnou.
Shiva
C'est le "Grand Dieu" (Mahadeva) terrible car son troisième
il voit la réalité (alors que nous ne voyons que les
apparences) et il peut détruire tout ce qui n'est qu'illusion.
Par crainte, on le nomme Shiva (propice) ou Shankar (qui donne la paix)
mais il a bien d'autres noms (1008 traditionnellement). Il est souvent
représenté comme un ascète (Mahayogi, le grand yogi)
et l'une de ses caractéristiques constantes est précisément
son haut chignon de cheveux tressés. Il est aussi "roi de
la danse" ou Natarâja, dansant au milieu d'un cercle perpétuel
de la destruction et de la re-création. Il tient alors d'une main
le tambour (en forme de sablier) de la vibration créatrice et,
d'une autre, le feu qui brûle les illusions, cependant qu'il piétine
le démon de l'ignorance.
Parmi ses attributs figure toujours un trident. Il a souvent un collier
de serpents et, dans sa chevelure d'ascète, un croissant de lune
et la déesse Ganga dont il calme les flots tumultueux avant de
l'offrir au monde. Shiva est généralement vêtu d'une
simple peau de tigre (ou de léopard). Il est symbolisé par
le lingam et sa monture est le taureau Nandi. Shiva n'agit pas directement
dans le monde. Il intervient par l'intermédiaire de sa shakti (énergie
active) qui se manifeste et est vénérée sous différentes
formes féminines : Parvâtî, Kâlî ou Durgâ.
Les trois grandes déesses du panthéon hindou
Aux trois grands dieux de la Trimurti correspondent trois grandes déesses
qui sont leurs épouses et qui leur sont liés par des liens
de parenté : Lakshmi, épouse de Vishnou, et Sarasvati,
épouse de Brahmâ, sont filles de Shiva et de Parvâtî,
sans toute fois être nées de leur union charnelle. Parvâti
elle-même est la réincarnation d'une première épouse
de Shiva, Sati, modèle de fidélité.
Parvâtî ou la femme parfaite
La forme féminine associée à Shiva est la plus riche
en signification. Parvâti est la "fille de la montagne",
la fille de l'Himalaya. Elle est Devi, la "déesse", pour
les hindous la femme par excellence (parfaite mère et épouse),
la déesse mère, épouse de Shiva dont elle est la
shakti, l'énergie cosmique en action dans le monde. Sous cette
forme, elle est généralement représentée assise
à la gauche de Shiva Mahadeva, "le Grand Dieu", dans
la pose du repos royal : une jambe repliée sur son siège
ou sa monture -fleur de lotus, trône ou encore le taureau Nandi-
, avec un lotus dans la main gauche. Elle est la mère de Ganesh
et de Kartikeya, le dieu de la guerre. Mais la shakti de Shiva se manifeste
sous d'autres formes : Kâlî, Durgâ ou encore Gauri.
Kâlî "la noire" est la plus populaire. Durgâ,
"l'inaccessible", est monté, selon les formes qu'elle
prend, sur un tigre ou sur un lion offert par son père, l'Himalaya
; ses dix bras ont été armés par les dieux pour qu'elle
triomphe de Mahishasura, le "démon-buffle" du mal qui
s'empare du monde. Elle a la couleur de l'aurore et on l'invoque dans
son cur quand on sent le démon du mal monter en soi. Sa célébration,
la Durga Puja, est la principale fête religieuse du Bengale, mais
elles est plus connue dans le reste du pays sous le nom de Dusserah. Quant
à Gauri, "la Blanche", ou Annapurna, "plénitude
de la nourriture", elle donne à l'homme toute la nourriture
dont il a besoin. Parvâtî est souvent représentée
avec un paon, parfois avec une chouette.
Lakshmi ou la prospérité
Appelée parfois Shri, Lakshmi (bonne fortune) est la fille de Shiva
et de Parvâtî, mais, comme Sarasvati, Karttik (Subrahmanyam)
et Ganesh, elle n'est pas le fruit de leurs ébats. Elle est la
déesse de la fortune et de la prospérité, et elle
est vénérée dans toutes les échoppes et tous
les commerces. Le jour de sa fête, Diwali, la fête des lumières,
les commerçants célèbrent son culte devant leur coffre-fort.
Dans les familles, avec de la pâte de riz, on dessine l'empreinte
de ses pas depuis la rue jusqu'à l'intérieur de la maison
pour l'inciter à suivre le chemin. Elle est assise sur une fleur
ouverte de lotus et elle porte souvent un lotus dans deux de ses mains.
Elle est souvent flanquée de deux éléphants, qui,
de leur trompe, l'arrosent d'eau, signe d'abondance. Son époux
est Vishnou, avec lequel on la vénère souvent sous la forme
d'une seule divinité, Lakshmi-Narayana. Elle est la mère
de Kana, dieu de l'amour.
Sarasvati ou la connaissance
Comme Lakshmi, Sarasvati (qui est comme l'eau) est la fille de Shiva et
Parvâtî. Elle est la déesse de la connaissance, des
lettres, des arts et des sciences. Elle est blanche, joue de la vina,
et dans ses deux autres mains tient un rosaire et un livre, comme Brahmâ,
dont elle est l'épouse. Au lieu du livre, elle porte parfois une
lampe à huile, lumière de la connaissance. On la représente
toujours avec un cygne, symbole de la discrimination : dans la tradition
le cygne, quand il boit du lait, est capable de boire la crème
et de laisser l'eau. Sarasvati est vénérée par tous
les artistes, les écrivains, les scientifiques. C'est la déesse
honorée de tous les étudiants.
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