RAMAYAN
de Tulsi Das
V
24.
ACCUEIL DE RAM A VIBHIKHAN
[V. 42-46]
Ayant échoué dans sa dernière tentative
pour convaincre Ràvan de rendre Sità à Ràm
avant qu'il ne soit trop tard, Vibhikhan déserte le camp des
Ràkhasas et va trouver Ràm de l'autre côté
de l'océan. Cette démarche paraît suspecte aux singes
alliés de Ràm - mais le Seigneur accueille à bras
ouverts celui qui vient prendre refuge auprès de lui.
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Dès lors que Vibhikhan laissa Ràvan,
Celui-ci resta tel un infortuné, dépourvu de majesté
(1)
Tout joyeux, Vibhikhan s'en vint trouver Raghunàyak
Le coeur frémissant d'espérance ...
" Voici que je vais contempler le lotus de ses pieds
Si doux, si beaux, source de joie,
Ces pieds dont le seul contact jadis libéra l'épouse du
Sage !
Et qui sanctifièrent la forêt Dandak !
(1). Allusion à la libération d'Ahalyà,
v. supra, 6.
" Ces pieds dont Jànaki portait l'empreinte dans son coeur
Tandis qu'ils foulaient la terre à la poursuite d'une gazelle
!
Ces pieds semblables à un lotus épanoui dans le Lac de
l'âme de Shiva ! :
Ah ! Quel bonheur sera le mien quand je les contemplerai ! "
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Ainsi, le coeur plein de tendres pensées,
Vibhikhan se hâtait de traverser la mer ...
Quand les singes l'aperçurent de loin,
Ils supposèrent qu'il s'agissait d'un important messager de l'ennemi.
L'ayant mis sous bonne garde, ils vinrent trouver leur roi
Et l'informèrent de son arrivée
" Écoute, Raghurài, dit Sugriva,
Le frère de Ràvan est venu Te voir "
" Qu'en penses-tu, mon ami ? " demanda Ràm -
Le roi des singes alors Lui répondit : " Écoute,
0 Roi des hommes,
Sans limites est la ruse de ces Rôdeurs-de-nuit,
Qu'est-il donc venu faire ici, ce magicien ?
" Le coquin est sans doute venu nous espionner :
Il convient donc de l'enchaîner et de le garder prisonnier, voilà
mon avis !
- " 0 mon ami, répondit Ràm, ton idée est
judicieuse
Mais j'ai fait, Moi, le serment de rassurer tous ceux qui viennent à
Moi en suppliants ! "
(1). Pour Tulsi-dàs, le dieu Shiva est un grand
dévot de Ràm, v. Introd., pp. 7-8.
Les paroles du Seigneur réjouirent le coeur de Hanuman, qui
songea :
" Vraiment l'Adorable aime ses dévots avec la tendresse
d'une mère ! "
" Ceux qui repoussent un suppliant
parce qu'ils le jugent malfaisant,
Ceux-là en vérité sont vils et pécheurs
ils ne méritent pas même un regard
!
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" Je ne repousserai pas un être qui vient à moi en
suppliant
Quand bien même il aurait tué des brahmanes sans nombre
!
Dès qu'une créature Me contemple face à face
La souillure d'innombrables existences est abolie pour elle !
" Un méchant n'est-il pas spontanément enclin
A se détourner de Moi ?
Si celui-ci a le coeur si mauvais
Pourquoi rechercherait-il ma présence ?
" Seul un être à l'âme pure sait Me trouver,
Car l'hypocrisie et la fourberie Me font horreur ...
Même si le Démon-aux-dix-têtes l'a envoyé
ici pour nous espionner,
Nous ne risquons rien, 0 Roi des singes !
" 0 mon ami, Lakshman ne pourrait-il, en un seul instant,
Tuer tous les démons du monde ?
Mais si celui-ci est terrifié, si c'est en suppliant qu'il est
venu,
Je le protégerai même au prix de ma propre vie !
" Quoi qu'il en soit, amenez-le moi ici ! "
dit le Trésor de grâce en souriant.
- " Gloire au Très compatissant ! " s'écria
le singe
et il partit avec Hanumàn et Angad.
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Les singes donc allèrent chercher Vibhikhan
Et courtoisement ils l'amenèrent en présence de Raghupati
:
De si loin que Vibhikhan aperçut les deux frères
Un spectacle digne de réjouir les yeux, s'il en fût !
Contemplant la merveilleuse beauté de Ràm,
Il resta comme pétrifié, fixant sur Lui ses yeux grand
ouverts,
Regardant ses longs bras, les larges yeux en forme de lotus
Et le corps bleuté de Celui qui dissipe la crainte des dévots,
Sa carrure de lion, sa large poitrine
Et son visage dont l'éclat aurait fasciné d'innombrables
dieux Amour
Les yeux pleins de larmes, Vibhikhan tremblait de tous ses membres
Cependant, affermissant son coeur, il lui adressa ces douces paroles
:
" 0 Maître ! je suis, moi, le frère de Ràvan,
Je suis né de la race des démons, 0 Toi, le Protecteur
des dieux !
Je suis naturellement porté au mal, mon corps est un corps impur,
Épris des ténèbres comme le hibou !
" Mais ta renommée est venue jusqu'à
moi :
tu es Celui qui dissipes la crainte des renaissances
Sauve-moi, sauve-moi ! Toi qui abolis la souffrance,
toi qui donnes la joie aux suppliants ! "
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Ce disant, Vibhikhan se prosterna à ses pieds ...
A cette vue, le Seigneur se leva aussitôt, plein de joie,
Touché de cette humble prière,
Il prit Vibhikhan dans ses bras et le serra sur son coeur !
Ràm l'embrassa comme s'il eût été Lakshman,
puis le plaça à son côté
En disant des paroles faites pour rassurer son dévot :
-" Dis-Moi, 0 Prince de Lankà, comment vas-tu, toi et les
tiens ?
Tu fais ta demeure en un lieu bien néfaste !
" Nuit et jour Tu vis au milieu des méchants,
0 mon ami, comment donc as-tu fait pour rester pur ?
Car je sais tout de ta noble conduite,
De ta grande bonté, de ton horreur du mal !
" 0 Très-cher ! Le ciel nous préserve de la compagnie
des méchants !
Mieux vaudrait encore vivre en enfer ! "
- " 0 Raghunàyak ! Dès lors que j'ai contemplé
tes pieds
Et que Tu m'as fait grâce comme à ton propre serviteur,
tout est bien pour moi ! "
Car nul être jamais
ne peut trouver la paix de l'âme
Tant qu'il n'a pas renoncé aux désirs de ce
monde, source de douleur,
pour s'attacher aux pieds de Ràm !