RAMAYAN
de Tulsi Das
V
23.
INCENDIE DE LANKA
[V. 24-26]
Hanumàn se laisse prendre par les Ràkshasas,
qui, sur l'ordre de Ràvan, entreprennent de lui brûler
la queue en symbole de dérision avant de le renvoyer à
Ràm. Mais le singe, usant de son pouvoir magique, leur échappe
et il incendie Lankà avant de sauter dans l'océan. Ensuite
seulement il se rendra dans le bosquet d'Ashoka pour donner à
Sità le message de Ràm.
" Un singe place sa fierté dans sa queue :
trempez donc du drap dans l'huile
Enroulez-le autour de sa queue
et mettez-y le feu !
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" Le singe s'en retournera privé de sa queue
Et, dans sa stupidité, il nous ramènera son maître
!
Ainsi je pourrai moi-même jauger la vraie valeur,
Tant vantée, de celui-là ! "
En entendant ces paroles, le singe sourit en lui-même, songeant
:
" On dirait que Sarasvati elle-même se met[de mon côté
(1) ! "
Quant aux démons, obéissant à l'ordre de Ràvan,
Ils se mirent derechef à l'uvre ...
(1). C'est Sarasvati, déesse de l'éloquence,
qui a inspiré ces paroles à Ràvan.
Le singe, pour s'amuser, allongea tant et tant sa queue
Que tout le drap et toute l'huile de la ville y passèrent !
Tous les citoyens alors de s'assembler pour jouir du spectacle
Et de lui lancer des coups de pied en se gaussant de lui !
Battant le tambour et frappant dans leurs mains,
Ils lui firent faire tout le tour de la ville - puis on mit le feu à
sa queue...
Dès que Hanumàn vit sa queue enflammée
Il assuma une forme minuscule,
Puis, s'échappant de ses liens, il bondit sur un pinnacle doré
A la grande terreur des femmes des démons !
A cet instant les quarante-neuf vents, déchaînés
par Hari,
se mirent à souffler tous ensemble,
Et le singe, poussant un énorme éclat de rire,
grandit en rugissant jusqu'à toucher
le ciel
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Gigantesque était son corps, mais infiniment léger
Et il allait bondissant de palais en palais !
Toute la cité était en feu, les gens étaient éperdus
En voyant craquer et bondir de toutes parts des flammes sans nombre
!
" Ah ! Papa ! Maman ! les entendait-on crier,
Qui donc peut nous sauver maintenant ?
Ne disions-nous pas que celui-là n'était pas un vrai singe
Mais quelque dieu déguisé en singe ?
" Voilà ce qu'il en coûte d'insulter un saint :
Notre cité brûle toute entière, comme si elle était
sans protecteur ! "
En un instant la ville entière fut consumée
Seule échappa aux flammes la maison de Vibhikhan ...
- " 0 Girijà (1) ! Hanumàn était le messager
de Celui-là
Qui créa le feu - c'est pourquoi lui-même ne brûla
pas ! "
Ayant ainsi réduit toute la ville en cendres,
Hanumàn fit un plongeon dans la mer :
Il y éteignit sa queue enflammée
et se remit de ses fatigues
Et puis il s'en vint trouver la fille de Tanaka
et se tint debout devant elle, les mains jointes.
(1). C'est le dieu Shiva qui parle, s'adressant à
son épouse, Girijà (Pàrvati).