RAMAYAN
de Tulsi Das
III
20.
LA FEMME, PRINCIPAL OBSTACLE SUR LA VOIE DU SALUT
[III. 41-44]
Les lamentations de Ràm au bord du lac Pampà
avivent le remords de sage Nàrad, qui jadis avait maudit le Seigneur
Vishnu ... Il se rend lui-même auprès de Lui et l'interroge
sur les raisons qui Le poussèrent jadis à empêcher
son mariage (voir supra, 4). Ràm répond par une diatribe
sur le danger mortel qu'est la Femme pour quiconque cherche le salut
- danger dont Il veut délivrer ses dévots. De tels propos
peuvent étonner dans la bouche d'un héros qui vient de
s'épancher en lamentation sur la perte de sa bien-aimée
- mais, pour Tulsi, tout ce qu'accomplit le Seigneur est un effet de
sa Màyà et s'Il égare ses serviteurs c'est pour
mieux les guérir.
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Apercevant un bel arbre à l'ombre fraîche,
Raghurài s'y assit en compagnie de son frère :
Tous les dieux et les grands sages vinrent lui rendre visite
Et puis s'en retournèrent chez eux, non sans avoir chanté
ses louanges.
Le Miséricordieux resta assis à cet endroit, tout heureux
Contant à son frère mainte belle légende ...
1. Le texte dit bien " extrêmement content
" : faut-il comprendre que le lieu lui plaisait extrêmement
(et qu'il avait provisoirement oublié la perte de Sità)
- ou que cette douleur ne perturbait en rien sa sérénité
essentielle ?
Voyant le Seigneur séparé de sa bien-aimée,
Nàrad en éprouva un cuisant chagrin dans son cur
:
" C'est à cause de ma malédiction, songeait-il,
Que Ràm doit porter un tel fardeau de douleur !
" Il faut que je me rende auprès de ce gracieux Seigneur
Car jamais je ne trouverai pareille occasion ! "
Là-dessus, prenant son luth en main,
Nàrad s'en vint à l'endroit où le Seigneur était
assis à l'aise
D'une voix mélodieuse, il se mit à chanter la geste de
Ràm,
De son mieux, avec grande tendresse ...
Comme il se prosternait devant Ràm, celui-ci le releva
Et le garda longtemps serré sur son coeur !
Il lui fit accueil et le fit asseoir à son côté
Tandis que Lakshman lui lavait les pieds avec déférence.
Comprenant que le Seigneur
était tout à fait bien disposé
envers lui,
Nàrad, joignant les mains,
lui adressa cette instante prière :
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" Écoute, 0 Raghunàyak, au corps gracieux, au cur
généreux,
Toi qui es facile - et pourtant difficile - à atteindre, Toi
qui répand les faveurs,
0 Maître, accorde-moi la grâce que je vais te demander
Bien qu'elle Te soit connue à l'avance, O Toi qui pénètre
les curs.
Ràm lui répondit : " 0 Sage, tu connais ma nature
:
Comment pourrais-je jamais me détourner de mes dévots
?
Il n'est rien qui me tienne tant à coeur
Que tu ne puisses me le demander, 0 grand Sage !
" Il n'est rien que je ne sois prêt à accorder à
mes dévots :
Ne te départis jamais de cette confiance ! "
Tout joyeux, alors, Nàrad lui dit :
" Voici la faveur que j'ose implorer de Toi :
" Si nombreux que soient les noms de mon Seigneur,
Plus glorieux les uns que les autres, comme l'affirment les Écritures,
Puisse le nom de " Ràm " surpasser tous les autres,
Semblable au Chasseur qui extermine les funestes oiseaux du Péché
" Puisse le Nom de Ràm briller comme la pleine
lune
dans la Nuit lumineuse de la Foi,
Et puissent tes autres noms scintiller comme des étoiles
au Ciel très pur des âmes saintes
! "
" Ainsi soit-il " répondit Raghurài,
l'Océan de compassion -
Alors Nàrad, le coeur en fête,
se prosterna aux pieds de son Seigneur.
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Comprenant qu'il avait la faveur de Raghunàth,
Nàrad le questionna de nouveau en termes respectueux :
" 0 Ràm, lui dit-il, lorsque Tu envoyas ta Màyà
pour m'égarer,
Écoute, 0 Raghurài !
" Alors je désirais ardemment me marier
Pour quelle raison, 0 Maître, m'en as-Tu empêché
? "
- " Écoute ' 0 Sage, je te l'expliquerai volontiers :
Ceux qui M'adorent, Moi seul, et ne placent qu'en Moi leur confiance
" Je les protège sans cesse avec vigilance
Comme une mère veille sur son enfant !
Que le petit enfant courre s'emparer du feu ou d'un serpent,
Sa mère l'en empêche pour le sauver,
" Par contre, quand l'enfant est devenu grand,
Sa mère l'aime encore - mais elle le traite autrement...
Les sages sont comme mes grands fils
Et les dévots qui n'ont point de confiance en eux-mêmes
sont mes petits enfants
" Ceux-ci je les protège Moi-même, les autres se
protègent tout seuls,
Mais tous ont à se garder du Désir et de la Colère
:
Les vrais savants savent cela, c'est pourquoi, eux aussi m'adorent
Et tout en détenant la sagesse, ils ne renoncent pas à
la dévotion !
" Désir, colère, cupidité, orgueil
composent l'armée redoutable de l'Égarement,
Mais parmi eux tous, le plus terrible ennemi,
c'est encore la Femme, cette incarnation de
l'Illusion !
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" Écoute, 0 Sage, ce qu'enseignent les Védas, les
Purànas et les saints :
La Femme est comme le Printemps dans la forêt de l'Illusion,
Comme l'Été brûlant, capable d'assécher les
sources et les étangs
De la prière, des pieuses observances et des austérités
!
" Elle est la Saison des Pluies qui revigore les grenouilles
De la concupiscence, de la colère, de l'orgueil et de la jalousie,
Elle est l'Automne qui fait s'épanouir en masse
Les nénuphars des mauvaises pensées !
" Elle est l'Hiver qui afflige et détruit
Tous les champs de lotus du Dharma,
Et la Femme est encore la Saison des frimas (1)
Qui fait reverdir l'arbre Javàsa (2) de l'égoïsme
!
" La Femme est semblable à la nuit sombre et funeste
Favorable aux hiboux du péché,
Semblable à un hameçon mortel
Aux poissons de la conscience et de la force d'âme !
" La Femme est la racine de tous les maux,
source de tourments et de malheur,
Voilà pourquoi, 0 sage, sachant tout cela,
j'ai empêché ton mariage ! "
1. La saison des frimas (sisira) suit l'hiver et précède
le printemps (vasanta).
2. Un arbre dont la particularité est de se dessécher
à la saison des Pluies.