Rencontre d'Espaces



 


INDE 2001-2002


Au long du Gange sacré
Varanasi - Bénarès

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RAMAYANA

de TULSI DAS

Texte traduit du hindi
par
Charlotte VAUDEVILLE

Les Belles Lettres
Paris


Avant-Propos
Introduction

Analyse de la légende de Ràma

Livre I

 1. : Prologue : Apologie pro domo.
 2. : La majesté du Nom divin.
 3. : Cortège nuptial du dieu Shiva.
 4. : Égarement et repentir du sage       Nàrad.
 5. : Vision miraculeuse de Kausalyà.
 6. : La délivrance d'Ahalyà.
 7. : Ràm célèbre la beauté de Sità.

Livre II

 8. : Mantharâ et Kaikeyi complotent        l'exil de Râm.
 9. : Ràm accepte l'exil.
10. : Sita implore la faveur de suivre         son époux.
11. : Passage de la Gangà.
12. : Rata le Voyageur et le peuple        de la forêt.
13. : La vraie Demeure de Ràm.
14. : Humble requête de Bharat.
15. : Hospitalité des habitants des         bois.
16. : Soumission de Bharat.
17. : Vie pénitente de Bharat à        Ayodhyà.

Livre III

18. : La démone Shùrpanakhà.
19. : Lamentations de Ràm sur la         perte de Sità.
20. : La Femme, principal obstacle        dans la voie du Salut.

Livre IV

21. : Description de la saison des         pluies et de l'automne.

Livre V

22. : Entrée de Hanumàn à Lankà.
23. : Incendie de Lankà.
24. : Accueil de Ràm au démon         Vibhikhan.
25. : Ràm donne une leçon à l'Océan.

Livre VI

26. : Construction du pont sur         l'Océan.
27. : Discussion sur les taches de la         lune.
28. : Batailles devant Lankà.
29. : Ràm abat Ràvan.

Livre VII

30. : La vie humaine, chance unique        de salut.
31. : Qui est le plus cher au cœur de         Ràm ?

 

GLOSSAIRE

Texte brut

 

 

 

 

 

RAMAYAN
de Tulsi Das


 


III

20.

LA FEMME, PRINCIPAL OBSTACLE SUR LA VOIE DU SALUT
[III. 41-44]

 

Les lamentations de Ràm au bord du lac Pampà avivent le remords de sage Nàrad, qui jadis avait maudit le Seigneur Vishnu ... Il se rend lui-même auprès de Lui et l'interroge sur les raisons qui Le poussèrent jadis à empêcher son mariage (voir supra, 4). Ràm répond par une diatribe sur le danger mortel qu'est la Femme pour quiconque cherche le salut - danger dont Il veut délivrer ses dévots. De tels propos peuvent étonner dans la bouche d'un héros qui vient de s'épancher en lamentation sur la perte de sa bien-aimée - mais, pour Tulsi, tout ce qu'accomplit le Seigneur est un effet de sa Màyà et s'Il égare ses serviteurs c'est pour mieux les guérir.

 

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Apercevant un bel arbre à l'ombre fraîche,
Raghurài s'y assit en compagnie de son frère :

Tous les dieux et les grands sages vinrent lui rendre visite
Et puis s'en retournèrent chez eux, non sans avoir chanté ses louanges.
Le Miséricordieux resta assis à cet endroit, tout heureux
Contant à son frère mainte belle légende ...

1. Le texte dit bien " extrêmement content " : faut-il comprendre que le lieu lui plaisait extrêmement (et qu'il avait provisoirement oublié la perte de Sità) - ou que cette douleur ne perturbait en rien sa sérénité essentielle ?


Voyant le Seigneur séparé de sa bien-aimée,
Nàrad en éprouva un cuisant chagrin dans son cœur :
" C'est à cause de ma malédiction, songeait-il,
Que Ràm doit porter un tel fardeau de douleur !

" Il faut que je me rende auprès de ce gracieux Seigneur
Car jamais je ne trouverai pareille occasion ! "
Là-dessus, prenant son luth en main,
Nàrad s'en vint à l'endroit où le Seigneur était assis à l'aise

D'une voix mélodieuse, il se mit à chanter la geste de Ràm,
De son mieux, avec grande tendresse ...
Comme il se prosternait devant Ràm, celui-ci le releva
Et le garda longtemps serré sur son coeur !

Il lui fit accueil et le fit asseoir à son côté
Tandis que Lakshman lui lavait les pieds avec déférence.

  Comprenant que le Seigneur
    était tout à fait bien disposé envers lui,
  Nàrad, joignant les mains,
    lui adressa cette instante prière :

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" Écoute, 0 Raghunàyak, au corps gracieux, au cœur généreux,
Toi qui es facile - et pourtant difficile - à atteindre, Toi qui répand les faveurs,
0 Maître, accorde-moi la grâce que je vais te demander
Bien qu'elle Te soit connue à l'avance, O Toi qui pénètre les cœurs.
Ràm lui répondit : " 0 Sage, tu connais ma nature :
Comment pourrais-je jamais me détourner de mes dévots ?
Il n'est rien qui me tienne tant à coeur
Que tu ne puisses me le demander, 0 grand Sage !

" Il n'est rien que je ne sois prêt à accorder à mes dévots :
Ne te départis jamais de cette confiance ! "
Tout joyeux, alors, Nàrad lui dit :
" Voici la faveur que j'ose implorer de Toi :

" Si nombreux que soient les noms de mon Seigneur,
Plus glorieux les uns que les autres, comme l'affirment les Écritures,
Puisse le nom de " Ràm " surpasser tous les autres,
Semblable au Chasseur qui extermine les funestes oiseaux du Péché

  " Puisse le Nom de Ràm briller comme la pleine lune
    dans la Nuit lumineuse de la Foi,
  Et puissent tes autres noms scintiller comme des étoiles
    au Ciel très pur des âmes saintes ! "

  " Ainsi soit-il " répondit Raghurài,
    l'Océan de compassion -
  Alors Nàrad, le coeur en fête,
    se prosterna aux pieds de son Seigneur.

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Comprenant qu'il avait la faveur de Raghunàth,
Nàrad le questionna de nouveau en termes respectueux :
" 0 Ràm, lui dit-il, lorsque Tu envoyas ta Màyà pour m'égarer,
Écoute, 0 Raghurài !

" Alors je désirais ardemment me marier
Pour quelle raison, 0 Maître, m'en as-Tu empêché ? "
- " Écoute ' 0 Sage, je te l'expliquerai volontiers :
Ceux qui M'adorent, Moi seul, et ne placent qu'en Moi leur confiance

" Je les protège sans cesse avec vigilance
Comme une mère veille sur son enfant !
Que le petit enfant courre s'emparer du feu ou d'un serpent,
Sa mère l'en empêche pour le sauver,

" Par contre, quand l'enfant est devenu grand,
Sa mère l'aime encore - mais elle le traite autrement...
Les sages sont comme mes grands fils
Et les dévots qui n'ont point de confiance en eux-mêmes sont mes petits enfants

" Ceux-ci je les protège Moi-même, les autres se protègent tout seuls,
Mais tous ont à se garder du Désir et de la Colère :
Les vrais savants savent cela, c'est pourquoi, eux aussi m'adorent
Et tout en détenant la sagesse, ils ne renoncent pas à la dévotion !

  " Désir, colère, cupidité, orgueil
    composent l'armée redoutable de l'Égarement,
  Mais parmi eux tous, le plus terrible ennemi,
    c'est encore la Femme, cette incarnation de l'Illusion !

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" Écoute, 0 Sage, ce qu'enseignent les Védas, les Purànas et les saints :
La Femme est comme le Printemps dans la forêt de l'Illusion,
Comme l'Été brûlant, capable d'assécher les sources et les étangs
De la prière, des pieuses observances et des austérités !

" Elle est la Saison des Pluies qui revigore les grenouilles
De la concupiscence, de la colère, de l'orgueil et de la jalousie,
Elle est l'Automne qui fait s'épanouir en masse
Les nénuphars des mauvaises pensées !

" Elle est l'Hiver qui afflige et détruit
Tous les champs de lotus du Dharma,
Et la Femme est encore la Saison des frimas (1)
Qui fait reverdir l'arbre Javàsa (2) de l'égoïsme !

" La Femme est semblable à la nuit sombre et funeste
Favorable aux hiboux du péché,
Semblable à un hameçon mortel
Aux poissons de la conscience et de la force d'âme !

  " La Femme est la racine de tous les maux,
    source de tourments et de malheur,
  Voilà pourquoi, 0 sage, sachant tout cela,
    j'ai empêché ton mariage ! "

1. La saison des frimas (sisira) suit l'hiver et précède le printemps (vasanta).
2. Un arbre dont la particularité est de se dessécher à la saison des Pluies.