RAMAYAN
de Tulsi Das
LIVRE II
8.
MANTHARA ET KAIKEYI COMPLOTENT L'EXIL DE RAM
[II. 11-22]
Tulsi-dàs traite à sa manière le
célèbre épisode où la servante bossue Mantharà
réussit à persuader sa maîtresse, la reine Kaikeyi,
mère de Bharat et marâtre de Ràm, d'exiger de son
royal époux l'exil de ce dernier, à la veille du jour
où le roi s'apprête à le faire sacrer afin de l'associer
au trône. Pour Tulsi-dàs, la simple bassesse humaine ne
saurait expliquer la tragédie : la perversité de Mantharà
est inhérente à sa condition misérable de bossue,
femme et esclave par surcroît ... De plus, elle est manipulée
par Sarasvati, elle-même poussée au crime par la troupe
des dieux, aussi bêtes que méchants. Quant à Kaikeyi,
elle aime sincèrement Ràm, mais c'est une femme bornée
et crédule, capable de tous les excès dès lors
que sa jalousie est enflammée. En arrière-plan de ce dialogue,
d'une densité tragique, se profile l'ombre sinistre d'un Destin
aveugle qui exige le sacrifice de Ràm et le malheur de tous les
siens.
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C'était un concert d'instruments de toute sorte,
Indescriptible était l'allégresse qui régnait en
ville !
Tous appelaient de leurs voeux le retour de Bharat
Afin qu'il pût, lui aussi, jouir d'un tel spectacle !
Dans les maisons et les boutiques, dans les rues et les ruelles, aux
carrefours,
Hommes et femmes s'interrogeaient l'un l'autre :
" Quand viendra demain ? Quand donc viendra ce jour béni
Où le Créateur (1) comblera tous nos vux ?
Quand verrons-nous enfin, pour la joie de nos coeurs,
Ràm assis sur son trône d'or avec Sità à
son côté ? "
Mais tandis qu'ils attendaient tous, brûlants d'impatience,
Les dieux perfides cherchaient le moyen de contrarier leur désir
!
Les réjouissances d'Ayodhyà leur déplaisaient,
à eux,
Comme aux brigands déplaît le clair-de-lune ...
Ils appelèrent donc la déesse Shàradà (2)
et l'ayant saluée courtoisement,
Ils se jetèrent à ses pieds en la suppliant :
" 0 Mère, Vois notre grande détresse
!
aujourd'hui même, trouve un moyen
Pour que Ràm renonce au trône et s'exile dans
la forêt
il y va de l'intérêt de tous les
dieux ! "
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Oyant cette prière, Shàradà fut consternée
et elle songea tristement
(1). Vidhi ou Vidhàtà le Créateur
ou l'Organisateur du monde, lequel se confond souvent avec le Destin
(daiva), est un autre nom du dieu Brahmà, cf. Glossaire.
(2). Shàradà est un autre nom de
Sarasvati, déesse de l'éloquence, de la poésie
et de la musique ; c'est en tant que déesse de l'éloquence
que les dieux sollicitent ici son concours : elle doit conférer
à Mantharà le don de convaincre Kaikeyi.
" Vais-je donc tomber comme une froide nuit d'hiver sur un champ
de lotus ? (1) "
Ce que voyant, les dieux s'efforcèrent de la rassurer :
" 0 Mère, lui dirent-ils, tu ne feras aucun mal !
" Raghurài, en effet, est inaccessible à la douleur
comme à la joie :
Ne connais-tu pas toi-même sa majesté divine ?
Quant aux autres, simples créatures, leurs joies et leurs peines
dépendent de leurs propres oeuvres (2) :
N'hésite donc pas à te rendre à Ayodhyà
pour le salut des dieux ! "
A force de supplications, ils firent céder Shàradà
Et elle partit pour Ayodhyà en se disant : " Qu'ils sont
vils, ces dieux !
Haute est leur demeure, basse leur conduite,
Ils ne peuvent souffrir la gloire d'un autre qu'eux ! "
Mais ensuite, songeant aux prouesses futures de Ràm
Et à l'empire qu'elle-même exercerait ainsi sur tant de
poètes (3),
Elle se réjouit dans son coeur et se rendit au palais de Dasharath,
Telle une constellation malfaisante et funeste !
(1). Comme la froideur d'une nuit d'hiver fait se flétrir
les lotus épanouis, ainsi l'intervention de Shàradâ
va changer en désespoir la joie des citoyens d'Ayodhyà.
(2). De leur karma, c'est-à-dire des mérites ou démérites
accumulés par les actes accomplis dans leurs vies antérieures.
Il est intéressant de voir que cette croyance traditionnelle
dans l'hindouisme est ici donnée comme un argument spécieux
mis dans la bouche de dieux pervers et égoïstes.
(3). Shàradà, patronne des poètes, se verra glorifier
par les poètes sans nombre qui désormais chanteront le
geste de Ràm, l'immortelle légende du Ràmàyana
. cela vaut bien une entorse à ses principes !
Or, parmi les servantes de Kaikeyi,
il s'en trouvait une au cerveau obtus, nommée
Mantharà :
Shàradà en fit un vase d'infamie
et après lui avoir égaré
l'esprit, elle s'en alla...
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Voyant les préparatifs qu'on faisait en ville
Et entendant résonner de joyeuses musiques,
Mantharà demanda aux gens de quelle fête il s'agissait,
En entendant parler du sacre de Ràm, la rage la mordit au cur
!
Cette femme de naissance vile, au coeur méchant,
Chercha le moyen de ruiner ce projet la nuit même,
Telle une chasseresse (1) sournoise qui, en apercevant un rayon de miel,
Médite sur le moyen de s'en emparer !
Toute en pleurs, donc, Mantharà s'en vint trouver la mère
de Bharat
" Qu'est-ce donc qui te désole ? " lui demanda la reine
en souriant...
Mais l'esclave ne répondit que par des soupirs
Et, à la manière des femmes, elle se mit à sangloter
!
Souriante, la reine lui dit : " Tu as trop de caquet !
Lakshman t'aura donné une bonne leçon, je parie ! "
Même alors elle resta muette, cette esclave perfide
Et continua de soupirer comme une femelle de serpent (2) !
(1). Une Kiràti, c'est-à-dire une femme
de la tribu sauvage des Kiràtas (cf. Glossaire), habitants des
forêts qui vivent de pêche, de chasse et de brigandage.
(2). Allusion à la façon dont le cobra, lorsqu'il se dresse,
alarmé ou excité, enfle son cou comme s'il soupirait.
La reine alors s'alarma et lui dit
" pourquoi donc ne parles-tu pas ? "
Serait-il arrivé quelque chose au roi, à Ràm,
à Lakshman ou à Shatrughna ?
A ces mots, le coeur de la bossue s'enflamma
de rage
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Ah ! Madame, pourquoi me donnerait-on des leçons ?
Ai-je, moi, les moyens d'être insolente ?
Qui donc, hormis Ràm, a des raisons de se réjouir aujourd'hui,
Lui que le roi s'apprête à associer au trône ?
" Ah ! vraiment, le Destin a grandement favorisé Kausalyà
Elle-même, à cette vue, ne peut contenir sa fierté
!
Pourquoi donc ne vas-tu pas, toi aussi, contempler ces préparatifs
somptueux
Dont la vue m'a si fort affligée ?
" Ton propre fils est à l'étranger, mais tu ne te
fais pas de souci,
T'imaginant que ton époux est en ton pouvoir ...
C'est que tu aimes bien trop ton repos et ton lit
Pour daigner t'apercevoir de l'hypocrisie du roi ! "
En entendant ces tendres paroles, la reine, qui savait sa méchanceté,
La réprimanda en disant : " Assez ! tais-toi ! Va-ten !
Si tu recommences à parler de cette manière, peste que
tu es,
Je te fais arracher la langue ! "
(1). A cause de l'affection pour Ràm que trahissent
les paroles mêmes de la reine.
Puis se souvenant que les bossus, les borgnes et les boiteux
sont méchants et pervers par nature,
Surtout lorsque ce sont des femmes ou des esclaves,
la mère de Bharat dit à Mantharà
en souriant
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" 0 Femme à la parole douce ! je n'ai voulu que te donner
un avertissement
Je ne t'en veux pas le moins du monde !
Bienheureux, béni ce jour
Où ce que tu m'as appris s'accomplira !
" Que l'aîné soit le maître et que ses cadets
lui soient soumis,
Telle est bien la noble coutume dans la dynastie du Soleil (1) :
Si vraiment Ràm doit être sacré demain,
0 mon amie, demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai (2) !
" Ràm chérit sincèrement toutes ses mères
A l'égal même de Kausalyà (3)
Et il a pour moi une tendresse particulière :
J'en ai eu la preuve !
" Si le Créateur m'accorde une autre vie,
Puissé-je encore avoir Ràm pour fils et Sità pour
bru !
Ràm en vérité m'est plus cher que la vie :
Pourquoi donc t'affliges-tu de son sacre ?
(1). La dynastie de. Raghu descend du Soleil, v. Glossaire,
Raghu.
(2). Pour te remercier de m'avoir apporté cette bonne nouvelle
et en signe de réjouissance.
(3). En fils parfait, Ràm chérit toutes les épouses
de son père comme ses " mères ".
Je t'en conjure par Bharat, dis-moi la Vérité,
cesse de dissimuler et de mentir !
Dis-moi donc pourquoi tu te désoles ainsi
en ce jour d'allégresse ? "
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" J'ai eu mon compte la première fois, répartit la
Bossue :
Pour parler à nouveau, il me faudrait une langue de rechange
!
Malheureuse tête que la mienne ! Bonne à être tranchée,
Puisqu'en parlant pour votre bien, je vous ai offensée !
" Le Destin m'a fait naître difforme et esclave :
On récolte ce qu'on a semé, on reçoit ce qu'on
a donné (1)
Que l'un ou l'autre règne, qu'ai-je à y perdre ?
Est-ce cela qui d'esclave me fera reine ?
" Mais à cause de mon détestable caractère,
Je n'ai pu souffrir votre disgrâce
C'est ainsi que j'ai laissé échapper un mot ou deux :
Pardonnez-moi, Madame, j'ai eu grand tort ! "
En entendant ces paroles mielleuses et sournoises,
la reine, qui était femme et d'esprit
faible,
Fut victime du stratagème des dieux
et, prenant son ennemie pour une amie, lui fit
confiance.
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Affectueusement, la reine se mit à questionner longuement la
Bossue,
(1). Conformément à la loi du karma, qui
fixe le sort d'un chacun, cf. supra, st. 12 et Glossaire.
Telle une biche ensorcelée par le chant d'une chasseresse (1)
!
Son esprit s'égara - c'était écrit -
Tandis que l'esclave se félicitait d'avoir réussi son
coup !
" Vous m'interrogez maintenant, lui dit-elle, mais je n'ose parler
:
Ne m'avez-vous pas traitée de " vilaine peste ? "
S'étant ainsi acquis la confiance de la reine à force
de ruses,
La Bossue parla enfin, telle une planète funeste dans l'horoscope
d'Ayodhyà !
" 0 Reine ! Vous me dites que Ràm et Sità vous sont
chers,
Et il est bien vrai que Ràm vous chérissait ...
Mais cela, c'est du passé ! Ces jours ne sont plus !
Les circonstances peuvent changer les amis en ennemis :
" Le Soleil n'est-il pas le Protecteur de la race du Lotus ?
Pourtant, si l'eau vient à manquer, il le réduit en cendres
...
Votre rivale à vous cherche à vous déraciner :
Usez donc d'un stratagème comme d'une barrière pour vous
protéger !
" Vous vous savez la favorite et vous ne vous souciez
de rien,
croyant le roi en votre pouvoir !
Mais en dépit de ses paroles tendres, le roi a l'âme
noire
et vous êtes si naïve !
(1). Le terme ici employé est sabari (savari),
une femme de la tribu sauvage des Savara (cf. Glossaire) ; les gazelles
sont censées être si sensibles au chant et à la
musique qu'il est possible de les immobiliser et de s'en emparer par
ce moyen.
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" La mère de Ràm est rusée et sournoise,
Elle a saisi l'occasion de placer son mot :
Si le roi a envoyé Bharat chez son grand-père,
C'est à l'instigation de la mère de Ràm, sache-le
!
" Toutes les autres épouses du roi me servent de leur mieux,
se dit-elle,
Seule la mère de Bharat s'enorgueillit du pouvoir qu'elle a sur
le roi ! "
Vous êtes une épine au coeur de Kausalyà, Madame,
Mais les gens astucieux savent dissimuler leurs plans !
" Le sacre de Ràm ! Voilà une chose digne de la
dynastie !
Il y a de quoi réjouir le monde, et je m'en réjouis moi
aussi,
Mais je tremble quand je songe à l'avenir
Puisse le Ciel faire retomber le châtiment sur la coupable ! "
C'est ainsi que Mantharà pervertit le coeur de la
reine
à force de mensonges,
Lui contant mainte histoire de rivales jalouses
pour attiser sa colère !
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Cédant à la fatalité, la reine se laissa convaincre
Et elle interrogea Mantharà encore et encore, la conjurant de
parler !
" Que m'interroges-tu" répondit la Bossue : Tu n'as
pas encore compris ?
Même les bêtes brutes savent distinguer ce qui leur est
bon ou nuisible !
" Voilà bien quinze jours que les préparatifs sont
en train
Et c'est aujourd'hui seulement que tu apprends la nouvelle (1) de moi
!
Mais comme je suis nourrie et habillée à ton service,
Je te dois la vérité - sinon je serais coupable !
" Si ce que je te dis n'est pas la pure vérité,
Que le Créateur me punisse !
Si Ràm est sacré roi demain,
C'est que le Destin aura semé pour toi une semence de malheur
!
" Traçant une ligne sur le sol, je le proclame de toutes
mes forces :
0 Très chère ! Tu seras comme une mouche tombée
dans le lait (2) !
Si tu veux rester au palais, toi et ton fils,
Il vous faudra accepter la servitude : pas d'autre moyen !
" Comme jadis Kadrù tourmenta Vinatà
(3),
ainsi Kausalyà te tourmentera
Bharat sera jeté en prison
tandis que Lakshman deviendra le bras droit
de Ràm "
20
Oyant ces terribles paroles, la fille du roi Kekaya
Resta sans voix, séchant de frayeur !
Inondée de sueur, elle tremblait comme un bananier,
Ce que voyant, la Bossue se mordit la langue !
(1). Bien entendu, la nouvelle est toute fraîche
: le roi vient juste de prendre sa décision. Mantharà
ment sans vergogne.
(2). Qu'on attrape aussitôt pour la jeter sur le sol.
(3). Sur la rivalité de Kadrù et de Vinatà, les
deux épouses du sage Kasyapa, cf. Glossaire, Kadrù.
Elle se mit à conter à la reine toute sorte d'histoires
fallacieuses,
En l'exhortant à reprendre son sang-froid :
Victime du Destin, Kaikeyï s'attacha à cette mauvaise femme
Et se mit à chanter ses louanges - prenant la grue (1) pour un
cygne
Écoute, Mantharà, tu as raison :
Mon oeil droit ne cesse de cligner (2)
Chaque nuit je fais des rêves de mauvais augure,
Mais j'ai été assez folle pour ne pas te le dire !
" 0 mon amie, que faire ? Je suis si bornée
que je ne saurais distinguer ma droite de ma
gauche !
Pour moi, jusqu'à ce jour, j e n'ai jamais fait de
mal à personne :
pour quel crime le sort me frappe-t-il si cruellement
?
21
" Plutôt retourner chez mon père et y vivre ma vie
entière,
Que de jamais subir le joug d'une rivale !
Celui que le sort livre au pouvoir de son ennemi,
Mieux vaut pour lui la mort que la vie ! "
Ainsi la reine s'épanchait en lamentations ...
La Bossue alors ourdit un stratagème bien féminin :
" Pourquoi donc parler ainsi, comme si vous étiez résignée
à votre défaite ?
Non ! Votre bonheur conjugal ne cessera de croître !
1. A propos de la grue, cf. supra, I st. 9 et Glossaire,
Baka.
2. Le clignement de l'oeil gauche est de bon augure pour une femme et
celui de l'oeil droit est de mauvais augure ; c'est le contraire pour
un homme.
" Quant à celle qui vous a voulu tant de mal
Elle récoltera le juste châtiment de son crime ...
0 Maîtresse ! Depuis que j'ai ouï parler de ce dessein pervers,
J'ai perdu l'appétit et le sommeil !
" J'ai consulté les astrologues et eux, tirant une ligne
sur le sol (1),
M'ont assurée que Bharat régnerait, sans le moindre doute
!
Donc, 0 Très-chère, suivez le plan que je vais vous indiquer
:
Le roi, en effet, vous a des obligations ... "
- " Je me jetterais dans un puits si tu me le demandais
!
j'abandonnerais même mon époux
et mon fils !
Parle donc ! Tu vois ma détresse :
pourquoi ne le ferais-je pas, si c'est pour
mon salut ? "
22
Prête à faire de la reine un odieux sacrifice,
La Bossue aiguisait le couteau de la trahison sur la pierre de son propre
coeur,
Mais la reine ne voyait pas le malheur qui s'approchait d'elle,
Semblable à la bête du sacrifice occupée à
brouter l'herbe verte !
Douces à l'oreille mais funestes dans leurs effets étaient
les paroles de Mantharà
Comme un miel imprégné d'un terrible poison :
" 0 Maîtresse, dit l'esclave, ne vous souvient-il pas
De cette histoire que vous m'aviez contée ?
(1). Expression qui sert à souligner la solennité
d'une affirmation.
" Ces deux faveurs que le roi vous avait promises,
Réclamez-les aujourd'hui même pour dissiper votre angoisse
Qu'il donne à votre fils le royaume et à Ràm l'exil
dans la forêt,
Otant ainsi à votre rivale tout sujet de se réjouir !
" Mais avant de parler faites bien jurer au roi, par Ràm,
de vous accorder ces faveurs
Afin qu'il ne puisse faillir à son serment !
Et agissez cette nuit même - sinon il serait trop tard ...
Chérissez mon conseil plus que votre propre vie ! "
Ayant ainsi tendu son horrible embuscade, la misérable
dit à la reine :
" Allez à la chambre-du-courroux
(1),
Préparez avec soin toute l'affaire
et ne vous fiez pas trop vite à la parole
du roi ! "
(1). La " Chambre-du-courroux " désigne
apparemment un recoin où une femme se retire pour bouder.