RAMAYAN
de Tulsi Das
2.
LA MAJESTÉ DU NOM DIVIN
[I 19-21 ; 23-26 ; 28-29 ]
Une importante partie du Prologue traite de l'infinie
grandeur et puissance du Nom divin, en particulier du " Nom"
par excellence qu'est le Nom de RAM (sanscrit Ràma) formé
de deux syllabes ra et ma dont le pouvoir salvifique est infini . Tulsi-dàs
voit dans le Nom, sous la forme du mantra (formule magique) rà-ma,
une hypostase de la divinité. C'est ce mantra que le dieu Shiva
lui-même a fait sien. Tulsi-dàs va jusqu'à affirmer
que le Nom de Ràm est supérieur à Ràm Lui-même
et enfin que Ràm Lui-même ne peut comprendre la grandeur
du Nom ! En effet, tandis que Ràm en personne n'a pu sauver qu'un
nombre restreint de créatures vivantes, le pouvoir salvifique
de son Nom est infini. En composant ce long poème en langue vulgaire,
tout imprégné du Nom sacré, Tulsi met le salut
à la portée de tous : tous ceux qui le chanteront ou l'entendront
chanter seront sauvés, comme le pauvre Tulsi-dis lui-même,
par 1a puissance du Nom.
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Je rends hommage au Nom de Ràm, le Nom de Raghubar,
Ce Nom qui contient en lui-même Feu, Soleil et Lune,
Qui est l'essence des trois dieux Brahmà, Hari et Hara, le souffle
même du Véda,
Sans qualités, non pareil, Trésor de vertus !
C'est la Formule sacrée que répète Shiva,
Celle qu'il enseigne, à Kàshi, pour trouver le salut
Le dieu Ganesh lui-même sait bien la grandeur du Nom,
En vertu duquel lui-même est invoqué en premier (1) !
Le premier Poète (2) a connu la puissance du Nom,
Lui qui fut purifié pour l'avoir répété
à l'envers !
Ayant appris de Shiva que ce Nom valait mille noms divins,
La déesse Bhàvani se mit à le répéter
devant son Bien-aimé :
Hara se réjouit de voir sa tendresse pour Hari
Et il fit son propre ornement de ce joyau entre les femmes !
Lui-même Shiva, connaît bien la puissance du Nom,
Par laquelle le Poison, pour lui, se changera en ambroisie (3) !
0 Tulsi ! La dévotion envers Raghupati est comme
la saison des Pluies,
ses dévots comme de jeunes plants de
riz,
Et les deux syllabes du Nom de Ràm
comme les mois de Shràvan et de Bhàdon
!
(1) Cf. Glossaire, Ganesh.
(2) Le premier poète, àdikavi, désigne Valmiki,
l'auteur présumé du grand Ràmàyana sanscrit
; la légende voit en Vàlmiki un brigand converti à
la dévotion vishnouite, cf. Glossaire.
(3) Allusion au mythe du Barattement de la Mer-de-lait, cf. Glossaire,
Mer-de-lait.
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Ces deux syllabes radieuses
Telles les deux yeux du corps de l'alphabet, douces aux dévots,
Faciles à invoquer, versant le bonheur à tous,
Sont gage de prospérité en ce monde et de salut dans l'autre
!
Douces et belles à dire comme à entendre,
Chères au coeur de Tulsi comme Ràm et Lakshman !
Quand on les prononce, la piété semble le distinguer
Mais par nature elles ne font qu'un, comme l'âme individuelle
et le Soi suprême
Unies comme les jumeaux divins, Nara et Nàràyana,
Protectrices universelles, apportant aux dévots le salut,
Elles sont les boucles précieuses aux oreilles de Dame Dévotion,
Soleil et Lune immaculés, versant la joie au monde !
Elles rassasient en flattant la langue, comme le nectar de la Délivrance,
Telles la Tortue (1) et le Serpent (2), elles soutiennent la terre,
Enivrantes comme le bourdonnement de l'abeille au lotus du coeur des
dévots,
Délicieuses comme les noms de Hari et de Haldhar (3) à
la langue de Jasumati (4) !
0 Tulsi ! Les deux syllabes du Nom de Ràm
étincellent de feux :
L'une est le dais, l'autre le diadème
couronnant toutes les lettres de l'alphabet
!
(1). Lors du célèbre "Barattement
de la Mer-de-lait (cf. Glossaire) décrit dans l'épopée
et la purànas, le dieu Vishnu lui-même prit la forme d'une
tortue (kasyapa).
(2). Shesh (cf. Glossaire) ou Ananta, roi des Nàgas ou Serpents
divins, est un symbole d'éternité ; il survit à
la conflagration générale (pralaya) qui met fin à
un kalpa. Il soutient l'univers sur ses mille têtes et sert de
couche au dieu Vishnu pendant son sommeil cosmique
(3). Hari, autre nom de Vishnu désigne ici son principal avatàra,
Krishna, le dieu-pasteur, censé être le frère cadet
du dieu agreste Balaràm ou Haladhar ("Porteur de charrue").
(4). Jasumatin est un autre nom de Jashoda (skt Yasodà), épouse
de Nanda, chef de village des pasteurs où Krishna fut élevé
et mère adoptive des deux frères divins.
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Le Nom et celui qui le porte sont, croit-on identiques
Mais leur tendresse mutuelle est celle du Maître et du Serviteur
!
Nom et Forme ne sont-ils pas tous deux attributs du Seigneur.
Ineffable, sans commencement, accessibles seulement à l'intelligence
parfaite ?
C'est péché que de demander lequel est le plus grand,
Seuls, les saints peuvent peser leur valeur :
Or la Forme leur paraît dépendante du Nom,
Car sans le Nom, la Forme reste inconnaissable !
Nulle forme particulière ne peut être sans le nom,
Quand bien même on la tiendrait dans sa main
Mais on peut, sans voir la Forme, méditer sur le Nom
Alors la Forme, elle aussi, pénètre dans le cur
avec l'amour !
Ineffable est ce mystère du Nom et de la Forme :
L'on peut cri goûter la douceur mais non l'exprimer !
Le Nom est le noble Témoin du Qualifié et du Non-qualifié
(1),
L'habile Interprète qui introduit à l'intelligence des
deux !
0 Tulsi ! Placez le Nom de Ràm sur vos lèvres
telle une Lampe sertie de pierres précieuses,
Pour qu'au dedans comme au dehors
resplendisse la lumière !
(1).Saguna, "qualifié" et nirguna "
non-qualifié" sont les deux aspects de Brahman, q. v. Glossaire.
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Le Qualifié et le Non-qualifié sont les deux aspects de
l'Être suprême,
Ineffable, insondable, éternel, incomparable,
Mais, à mon sens, le Nom est plus grand que l'Un et l'Autre,
Par sa propre vertu, il a subjugué les Deux !
Que les justes ne voient pas là une pieuse hyperbole :
Je parle selon ma foi, mon amour, la ferveur de mon cur :
Que le feu reste caché dans le bois (1) ou qu'il se manifeste,
il est 1e même
C'est le même feu purificateur - ainsi le découvre celui
qui sait discerner !
L'une et l'autre Forme reste inaccessible, mais on obtient les Deux,
par le Nom,
C'est pourquoi je dis que le Nom est plus grand que le Brahman et que
Ràm !
Omniprésent, éternel, unique est le Brahman,
Il est Être, Intelligence, Joie sans limites.
Mais bien que ce Seigneur impassible demeure au fond de leur âme,
Les créatures de ce monde restent affligées, misérables
Tandis que par l'apparition du Nom, par la pratique du Nom,
L'Absolu se manifeste, telle une Gemme précieuse !
Infinie est la majesté du Nom
qui transcende même le Non-qualifié
:
Oui, ma conviction à moi, c'est que le Nom de Ràm
est plus grand que Ràm lui-même
!
(1). Dans la conception brahmanique traditionnelle,
le feu est immanent dans le bois : dans le sacrifice védique,
il est produit par le frottement de deux morceaux de bois (arani)
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Ràm a pris un corps humain pour le salut de ses dévots,
Pour donner la joie aux saints, il endure la douleur (1),
Mais tous vont répétant le Nom avec amour
Et ainsi tous les dévots accèdent aisément à
la joie parfaite !
Ràm n'a sauvé une seule épouse d'ermite (2),
Mais le Nom, Lui, a sauvé des myriades d'êtres pervers
:
Pour le bien des sages, Ràm a anéanti la fille de Suketu
(3)
Avec son fils et toute son armée.
Mais le Nom, Lui, abolit toutes les fautes et les souffrances de ses
dévots
Comme le Soleil chasse la nuit !
Ràm a brisé l'arc de Shiva (4),
Mais l'éclat du Nom abolit la crainte des renaissances !
Ràm a sanctifié la forêt Dandaka (5),
Mais le Nom, Lui, a sanctifié des coeurs sans nombre :
Ràm a anéanti l'armée des Rôdeurs-de-nuit
Mais le Nom a lavé toutes les souillures de l'âge Kali
!
(1).L'auteur fait sans doute allusion aux souffrances
endurées par Ràm lorsqu'il fut séparé de
son épouse bien aimée, Sità. L'idée qu'un
avatàra souffre volontairement par amour de ses dévots
n'en est pas moins nouvelle, et rarement exprimé dans la littérature
dévotionnelle hindoue.
(2). Il s'agit d'Ahalyà, l'épouse du sage Gautama, changée
en rocher par la malédiction du sage et délivrée
par le contact des pieds de Ràm ; l'épisode est développé
dans le Ràmàyan, I, 210-211, cf. infra VI.
(3).Il s'agit de la Ràkshasi Tàrakà, cf. Glossaire
; le fils de Tàrakà est le démon Màricha,
cf. Glossaire
(4).Lors du fameux épisode du svayamvara de Sità, où
Ràm brise l'arc de Shiva, qu'aucun des prétendants princiers
n'a pu soulever, faisant ainsi éclater sa gloire, v. Ràmàyan,
I, 240 ff.
(5).Une terrible forêt infestée de démons où
Ràma et Sità errèrent longtemps durant leur exil,
cf. Glossaire.
Ràm a fait don du salut
a une femme Shabari (1) et à un vautour
(2),
Mais le Nom a sauvé des pêcheurs sans nombre
et les Védas chantent sa louange !
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Ràm - tout le monde le sait - prit sous sa protection
Sugriva aussi bien que Vibhikhan (3),
Mais le Nom a gracié une foule d'êtres misérables
:
Le monde et le Véda en rendent témoignage !
Ràm réunit une armée de singes et d'ours
Pour construire, à grand-peine un pont sur l'océan,
Mais par la seule invocation de son Nom, l'Océan de l'Existence
est asséché :
Hommes au coeur droit, réfléchissez-y bien !
Ràm abattit Ràvan et toute sa parenté sur le champ
de bataille
Et puis il retourna dans sa cité en compagnie de Sità,
Il devint le souverain d'Ayodhyà, sa splendide capitale
Tandis que dieux, sages et ascètes exaltaient sa gloire par de
doux chants.
(1).Allusion à la visite de Ràm à
l'ermitage de la femme ascète dite "Shabari", cf ;
Glossaire. V. Ràmàyan, III, 34-36.
(2).Le vautour, oiseau impur s'il en fût, est ici Jatàyu
(cf. Glossaire), qui, blessé à mort par Ràvan dans
un combat inégal pour lui arracher Sità, reçu avant
de mourir la bénédiction de Ràm, auquel il révéla
l'auteur du rapt, v. Ràmàyan, III, 30-32.
(3).Le singe Sugriva, allié de ràm, qui assura sa victoire
sur son frère Vàlin, est, par nature, un être impur.
C'est aussi le cas pour le Ràkshasa Vibhikan (cf. Glossaire),
frère de Ràvan, qui devint l'allié et le grand
dévot de Ràm, cf. infra 24.
Mais les dévots, eux, rien qu'en invoquant le Nom avec amour,
Sans effort, ont écrasé l'armée redoutable de l'Erreur
:
Ils vont de ci et de là, tout égarés, absorbés
dans leur béatitude :
Par la grâce du Nom, ils sont libérés de toute anxiété
!
Oui, le Nom est plus grand que le Brahman et que Ràm,
il est bénédiction des bénédictions,
Ce mystère, Shiva le comprend,
lui qui ne prit pour lui que le Nom dans la
geste infinie de Ràm (1)
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C'est par la vertu du Nom que Shiva est devenu l'Immortel,
Le dieu auspicieux entre tous, sous son aspect repoussant !
Shuka et Sanaka et tous les autres grands ascètes, sages ou yogis,
Par la grâce du Nom ont goûté la béatitude
infinie (2) !
Narad a connu la gloire du Nom
Et il est devenu aussi cher à Hari et Hara que Hari est cher
au monde,
Quand Prahlàd (4) invoqua le Nom, le Seigneur lui fit grâce
Et ainsi il devint le premier d'entre les dévots !
(1).Shiva ne récite pas la geste infinie de Ràm,
mais il répète sans cesse son Nom, dont il a fait son
japamantra personnel, cf ; supra, st. 19 et 26
(2).La strophe contient une énumération traditionnelle
des "grands dévots" (mahàbhakta) de ràm,
dont le dieu Shiva est le premier, et le' second le célèbre
sage Shuka, principal récitant du Bhàgavata-Puràna.
(3).Le musicien divin Nàrad est un grand dévot de Vishnu,
cf. Glossaire.
(4).Prahlad, qui apparaît dans les Purànas comme une sorte
de martyr de la dévotion vishnouite, est sans doute le plus fréquemment
cité parmi les "grands dévots" ; on y trouve
aussi Dhurva, qui devint l'étoile polaire, le "Fils-du Vent",
le singe Hanumàn, allié et dévot de ràm
dans le Ramàyana ; le brigand Ajàmil, qui fut sauvé
en appelant son fils "Nàràyana" (un nom de Vishnu,
l'éléphant (Gajendra) et la Prostituée (Pingalà)
: il convient de notre que, à l'exception de Hanumàn aucun
de ces mahàbhaktas ou "grands dévots" de Vishnu
n'a n lien particulier avec Ràm ou avec le Nom de Ràm
(cf. Glossaire).
Dhruva (4) aussi, dam sa détresse répéta le Nom
de Hari
Et il s'acquit ainsi, à jamais, un lieu exalté !
Le Fils-du-Vent (4) en invoquant le Nom qui purifie,
Plaça Ràm lui-même à sa merci !
Ajàmil (4), le grand pêcheur, l'Éléphant
(4) et la Prostituée (4)
Par la puissance du Nom de Hari, trouvèrent le salut
Jusqu'à quand m'évertuerai-je à proclamer la gloire
du Nom ?
Ràm lui-même ne peut chanter dignement la puissance du
Nom
En cet âge Kali, le Nom de Ràm est l'Arbre-des-dêsirs,
source de tonte félicité :
C'est en l'invoquant que " Tulsi-dàs "
jadis chanvre (1) malfaisant
s'est mué en la plante sacrée,
Tulsi (2) !
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Qu'on l'invoque de bon ou de mauvais cur, en colère ou
négligemment (3),
Son Nom verse la félicité tout à la ronde :
J'invoque donc ce Nom et je me prosterne aux pieds de Ràm
En chantant sa louange !
(1).Il s'agit du bhang (canabis indica) plante considérée
comme impure puisqu'on en extrait un breuvage enivrant.
(2).La plante Tulasi, une variété de basilic (ocymum sacrum)
est sacrée pour tous les vishnouistes ; elle est considérée
comme l'épouse du dieu Vishnu. Il est probable que le nom de
Tulasi-dàsa, lit. "le serviteur de Tulasi" fut assumé
par le poète lorsqu'il renonça au monde pour se consacrer
à la dévotion Vishnouite.
(3).La croyance en l'efficacité du Nom divin, quelle que soit
la disposition de celui qui le prononce est typiquement vishnouite ;
elle est étayée par un certain nombre de légendes,
telle que celle d'ajàmil (cf. Glossaire, mais Tulsi-dàs,
en tant que dévot, ne croit pas à la valeur de l'invocation
qui ne serait pas inspirée par la confiance en l'amour.
Lui dont la bonté ne se lasse pas de faire grâce
Me viendra-t-Il pas me guérir ?
Car c'est un bon Maître que Ràm et je ne suis que son méchant
serviteur,
Mais le Trésor de compassion me protège pour ce qu'Il
est, Lui !
Le monde et le Véda affirment que c'est le propre d'un bon maître
Que de prêter l'oreille à l'humble prière, de reconnaître
la tendresse,
Qu'on soit riche ou pauvre, villageois ou citadin,
Savant ou ignorant, digne ou non de respect !
Poètes habiles ou maladroits, hommes ou femmes,
Tous exaltent leur souverain, chacun à sa manière :
Si le souverain est saint, sage et vertueux,
Reflet de Dieu, plein de miséricorde,
Il prête l'oreille à leurs paroles, reconnaissant leur
dévotion et leur tendresse,
Et il les honore tous avec de douces paroles :
Telle est la conduite qui sied aux princes de ce monde,
Et Ràm, le Seigneur du Kosala, est la Sagesse suprême !
Oui Ràm se plaît à reconnaître un amour sincère,
Mais en est-il au monde de plus sot et de plus vicieux que moi ?
Ràm pourtant, dans sa miséricorde,
saura préserver l'amour de son mauvais
serviteur,
Lui qui fit flotter des pierres sur l'eau (1)
et prit pour ministres des singes et des ours
!
(1). Lors de la construction do Pont-sur-l'Océan,
v. Ràmàyana, VI, 1.6.
Tous me disent Ton serviteur
et moi-même j'y souscris - et Ràm
endure cette dérision
Que Lui, le Seigneur, l'Époux de Sità
ait un Tulsi-dàs pour serviteur
!
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Grande est mon insolence, détestable mon pêché,
Digne de faire horreur à l'enfer même !
Moi-même, je tremble en y songeant,
Pourtant Ràm, Lui, ne s'en est jamais offensé un instant
!
Mon maître a jeté sur mes fautes un regard de mansuétude,
Il a loué ma dévotion et l'amour de mon coeur :
Je ne crains pas de le dire, quoiqu'il puisse arriver,
Ce coeur-là est bon, où Ràm trouve sa joie !
Le Seigneur ne garde pas mémoire de nos fautes
Mais jamais Il n'oublie ce qu'on a dans le coeur :
Ce même crime pour lequel, tel un chasseur, il abattit Vàlin
N'avait-il pas été aussi commis par Sugriva ?
Et Vibhikhan aussi commit le même crime (1),
Ràm pourtant jamais ne lui en tint rigueur,
Au contraire, Raghubar lui rendit hommage devant Bharat
Et Il fit sa louange dans l'assemblée royale !
(1).Ce crime consiste à combattre son propre
frère : on sait que Ràm intervient dans la lutte entre
les deux singes Sugriva et Vàlin, et tua Vàlin à
la prière de son allié Sugriva. Quant au grand dévot
(Vibhikhàn), il trahit son frère Ràvan et passa
au camp de son ennemi Ràm.
Lui, le Seigneur, assis sens l'arbre,
eux des singes perchés sur les branches
- et Il en fit ses égaux !
Dit Tulsi, où donc trouvera-t-on
un Maître si plein de bonté ?
0 Ràm, c'est de ta bonté
que dérive toute bonté !
Et puisqu'il en est ainsi en vérité
Tulsi lui-même est justifié, à
jamais !