Rencontre d'Espaces



 


INDE 2001-2002


Au long du Gange sacré
Varanasi - Bénarès

retour au sommaire Dieux et Humains
retour au sommaire général





KABIR

Le fils de Ram et d'Allah

Poèmes présentes et traduits
du hindi
par
Yves Moatty

Les Deux Océans
Paris

 

 

Anthologie des Poèmes

La Voie de Kabir

V. La Voie de l'Union (Yoga)

Le Yoga de l'action
(Karma Yoga)
Le Yoga du corps
(Hatha Yoga)
Le Yoga de la Connaissance de Soi
(Jnana Yoga)
Le Yoga de la répétition du Nom
(Japa Yoga)
Le Yoga de l'Amour
(Bhakti Yoga)
Amour
Séparation
Union nuptiale

Notes

(retour Kabir)

 

 

 

KABIR
Le fils de Ram et d'Allah


 


V. LA VOIE DE L'UNION (YOGA)

 

LE YOGA DE L'ACTION (KARMA YOGA)


(1)
Dans ma demeure, jour après jour, je tends le fil :
A ton épaule est le cordon sacré !
Toi, tu lis les Védas et chante la Gayatri,
Mais le Seigneur est dans mon coeur !

" Sur ma langue est Vishnou, dans mes yeux Narayan,
Et dans mon coeur Govinda ", dis-tu !
Mais alors, quand la Mort vient frapper à ta porte,
Pourquoi donc, insensé, implorer Mukunda ?

Nous sommes le troupeau, toi tu es le Pasteur
Qui nous guide de naissance en naissance.
Jamais tu ne nous mènes au pâturage céleste :
Quel sorte de maître es-tu ?

Toi tu es un brahmane et moi un tisserand :
Peux-tu saisir ma connaissance à moi ?
Toi tu mendies près des grands de ce monde :
Méditant sur Hari, je ne connais que Lui !

(2)
Qui connaît le secret de ce tisserand ?
Il a tendu mille fils sur la trame du karma.
De la Terre jusqu'au Ciel sur son métier il tisse,
Avec Soleil et Lune pour navette du Souffle.

Et il tisse toujours, quand aura-t-il fini
Le voile immaculé de l'Esprit ?

Fil fin ou fil grossier, bon ou mauvais karma,
Dit Kabir, il tisse avec amour l'Ultime Réalité !

(3)
Comme elle est fine l'étoffe adroitement tissée !

Quelle est la chaîne, quelle est la trame,
Avec quels fils l'étoffe est-elle tissée ?
Ida et Pingala sont la chaîne et la trame,
Et Sushumna le fil qui sert pour le tissage !

Il y a huit lotus qui sont les huit rouets,
Cinq éléments et trois gunas composent le tissu !
En dix mois le Seigneur a tissé cette étoffe,
Et pour parfaire son oeuvre Il frappe et Il refrappe !

A vêtir cette étoffe, ils Pont tous profanée
Qu'ils soient dieux, hommes ou sages !
Mais Kabir en a pris si grand soin
Qu'il la rend telle qu'elle est !

(4)
Nul n'a compris le secret de ce tisserand.
Du monde entier il a fait son cadre
Et il a tendu sa trame.

Toi, tu récites Védas et Puranas
Quand, moi, j'étends ma trame et tisse quelque pièce.

Du Ciel et de la Terre, j'ai fait mon métier ;
Du Soleil et de la Lune, ma navette.

Amidonnant la chaîne, je l'ai tendu droite
Et mon mental fut pacifié.
Le tisserand a reconnu sa maison,
Il a reconnu Ram dans son coeur

Dit Kabir :le métier s'est brisé,
Il a tissé son fil avec le fil de Ram.

(5)
Ne remets à demain ce qu'aujourd'hui tu peux faire,
Et fais dès maintenant ce qu'aujourd'hui tu dois faire.
Quand la Mort viendra te faucher,
Alors que pourras-tu faire ?

(6)
Compte sur toi-même plutôt que sur les autres.
Pourquoi te faudrait-il mourir de soif
Quand l'eau traverse ton jardin ?

(7)
Accomplis ton devoir sans jamais hésiter
Et ainsi tu seras pleinement comblé !

(8)
Qu'aurais-je donc pu faire ? je n'ai jamais rien fait !
Et mon corps, qu'aurait-il pu faire ?
Rien n'a été fait si ce n'est par Hari :
Par la grâce de Hari, Kabir est devenu Kabir !

(9)
Mendier vaut-il mieux que mourir ?
N'allez donc pas mendier !
Plutôt mourir que mendier :
Mendiants et moribonds se ressemblent !


LE YOGA DU CORPS (HATHA YOGA)

(10)
Après la mort du corps, où s'en va l'âme ?
Comment retourne-t-elle au Verbe originel ?
Lui seul le sait qui a trouvé Ram,
Mais il se tait comme le muet qui goûte au sucre !

Voilà la connaissance qu'a délivré Krishna :
Concentre-toi sur l'artère Sushumna !

Que ton guru soit tel que tu n'en cherches plus !
Que ta demeure soit telle qu'ailleurs tu n'erres plus
Médite de telle façon qu'il n'en soit plus besoin,
Et enfin meurs en sorte que tu ne meures plus !

Le Gange et la Jamuna se mêlent à contre-courant :
Sans eau baigne-toi au confluent des trois fleuves !
En enfer mène le désir :n'aime que la vérité !

Les cinq éléments se sont mêlés en toi :
De la même façon ne soit qu'un en Hari !
Dit Kabir :méditant sur l'Être Immense,
Pénètre en ce lieu d'où nul ne revient plus !


(11)
L'alambic céleste distille l'élixir
Qui rend la force à mon corps.
Celui-là est véritablement ivre
Qui trouve la connaissance en buvant l'élixir.

J'ai rencontré Celui qui donne l'élixir,
Et je passe chaque jour dans l'ivresse de la joie.
J'ai reconnu l'Être Suprême :
Dans mon coeur, je L'ai réalisé.

(12)
Révélation et Tradition sont mes boucles d'oreille,
Et l'Empyrée mon vêtement.
Dans la caverne du Vide, j'ai fixé ma demeure :
Libre de tout rituel, telle est ma Voie.

Ô mon Roi, je suis Yogi et Bhairagi :
La mort ne m'atteint pas, ni la séparation.

L'univers est mon cor et la cendre du monde
Mon unique bagage.
Par ma méditation, j'ai transcendé le temps ;
Libre de tout lien, je suis omniprésent.

Mon mental et mon souffle sont les gourdes du luth,
Accordé pour toujours par la déesse des Arts.
Les cordes sont immobiles et ne se brisent pas,
La musique du silence s'élève sur la Vina.

Extasié, mon mental s'est absorbé dans l'Un,
Et il ne danse plus au rythme de la Maya.
Qui a compris mon Jeu pénètre l'essence des choses,
Et le cycle des vies plus jamais ne l'enchaîne !

(13)
Mets le mors et la bride au mental indompté !
De ta nature originelle, chausse donc l'étrier !
Sur la selle de l'éveil, enfourche le fier coursier
Et, abandonnant tout, galope au firmament !

Au galop jusqu'au ciel ! Et si tu regimbes,
Prends garde à la cravache de l'Amour absolu !
Dit Kabir :les habiles cavaliers
Fuient le Véda et le Coran !

14)
Pour Lui Shiva souffrit l'angoisse de la séparation
Et se couvrant de cendres il devint un Yogi.
Même le Serpent Cosmique n'a pas pu Le comprendre,
Et maintenant l'Époux révèle Ce qu'il est !

Médite ainsi sur moi et au bout de six mois
Tu auras la vision !
Que je prenne cette forme ou que J'en prenne une autre,
Bien que toujours caché, en tous J'ai ma demeure !

Dit Kabir avec force :tous se sont égarés !
Nul ne prend garde, ami, à ce que je peux dire
Et nul n'échappera au filet de l'erreur !

(15)
Le yogi mortifie son corps
Mais ne sait contrôler son mental.
Celui qui maîtrise son mental
Obtient sans peine tous les pouvoirs !


LE YOGA DE LA CONNAISSANCE DE SOI (JNANA YOGA)

(16)
Qui veut sauver sa tête la perd
Et qui la perd la sauve,
Comme la mèche d'une lampe qui, quand elle est mouchée,
Donne bien plus de lumière !

(17)
Ô Kabir, comme un caillou sur le chemin,
Bannis tout orgueil de ton coeur !
Qui se fait tout petit rencontre le Seigneur !

(18)
Le bateau coule par mille trous d'eau.
Qui est léger se sauve ; qui porte un poids se noie !

(19)
Toute couleur provient d'une autre couleur,
Et pourtant toutes les couleurs sont une.
De quelle couleur est l'âme ?
A toi de le trouver !

(20)
Celui qui se connaît soi-même
Est perdu dans l'Un.
Dit Kabir, si tu te connais toi-même,
Tout ce qui va et vient disparaît !

(21)
Dans ton mental est Mathura, dans ton coeur Dvaraka,
Et dans ton corps Kashi.
Dans ce corps aux dix ouvertures,
Brille une étincelle divine !

(22)
Qui brûle sa demeure la délivre,
Mais qui veut la sauver la perd !
J'ai vu une grande merveille :
Qui meurt de son vivant peut faire mourir la mort !

(23)
Qui me connaît, je le connais :
Ne prête nulle attention au monde, ni aux Védas !

(24)
Quel miroir gît dans les replis du coeur ?
Il ne reflète pas Sa Face !
Si la dualité ronge ton coeur obscur,
Dissipe-la et que paraisse le Seigneur !

LE YOGA DE LA RÉPÉTITION DU NOM (JAPA YOGA)

(25)
Quand deux lumières se mêlent, elles n'en forment plus
qu'une
Tu es mort si le Nom n'embrase pas ton coeur !

O mon Dieu, que Tu es sombre et beau
Mon coeur est enlacé au tien !

Celui qui trouve un Saint atteint la perfection :
Grâce au pouvoir du Nom, il reste uni à Dieu,
Tout en jouissant du monde !

Les gens pensent :" Ce n'est qu'un chant ! " ;
Ce chant en vérité est pure méditation,

De même qu'à Bénarès on donne
Au mourant les dernières instructions !

Concentré sur le Nom, qui L'écoute et Le chante
Sans nul doute, dit Kabir, atteint la délivrance !

(26)
Pour échapper au feu, j'ai trouvé l'eau du Nom :
L'eau de Ram a calmé le brasier de ce corps !
Certains vont dans les bois pour vaincre leur mental,
Mais sans boire l'eau de Ram, nul ne peut trouver Dieu !

Le feu embrase le monde, et les dieux comme les hommes :
Le serviteur de Ram est sauvé par cette eau !
L'Océan de la Vie devient lOcéan de la joie ;
Tous peuvent aller y boire :l'eau ne s'épuise pas !

Dit Kabir :adore, adore donc le Seigneur
Dont le Nom est cette eau qui étanche ma soif !

(27)
Dans le mien et le tien le monde est enchaîné ;
Mais Kabir, grâce au Nom, est libre de tout lien !

(28)
Comme une étoile à l'aube, ainsi passe le monde :
Seul le Nom ne passe pas, que Kabir a saisi !

(29)
Répète le Nom de Dieu qui consume les péchés
Comme l'étincelle détruit un gros tas d'herbes sèches !

(30)
Rois, princes et mendiants, tous sont grands
Qui prennent le Nom de Dieu.
Mais celui qui Le prend sans esprit de profit
Celui-là, dit Kabir, est le plus grand de tous !

(31)
Celui qui prend le Nom a trouvé le secret
De toutes les Écritures !
Mais, sans le Nom, il va droit en enfer
Quand bien même il aurait toute la science des Védas !

(32)
Les pécheurs sont sauvés, s'ils invoquent le Saint Nom !
Ne quitte point, dit Kabir, le doux refuge du Nom !

(33)
Le Nom de Dieu est comme la pierre philosophale.
Semblable au vil métal, le mental est lavé de sa lèpre.
La pierre magique du Nom le transmue en or pur !

(34)
Si tu peux dérober le Nom,
Empare-toi de Lui.
Car quand vient la Mort,
Où fuir, sinon dans le regret ?

(35)
Innombrables sont les Noms de Celui
Qui n'a ni commencement ni fin !
Qu'importe le Nom par lequel tu L'adores,
Dit Kabir et rien d'autre !

(36)
De part en part, ce monde est impur :
Le Nom sacré, Lui seul, est pur !
Ami, n'oublie jamais la quête de l'Amour :
Qu'importe les faux pas, va où ton coeur te mène !

(37)
Rien ne vaut en ce monde sans le Nom rédempteur ;
Sans le Nom, tout plaisir est stérile !
Inutile le paradis d'Indra !
Inutile la demeure de Vishnou !

(38)
Celui qui connaît le chapelet du souffle
A chaque inspir, à chaque expir récite le Nom !
Lui seul est libéré des naissances et des morts
Dont le cycle roule jusqu'à la fin des temps !

(39)
Seul le Nom conduit à la forme de l'Un sans forme
Auquel aspire tout vrai chercheur
Lorsque la grande Forme se fixe dans le coeur,
L'homme n'a plus d'appétit pour les plaisirs du monde !

(40)
Avec la luxure s'enfuit le Nom,
Avec le Nom s'enfuit la luxure !
On ne trouvera jamais ensemble
La lumière avec les ténèbres !

(41)
Si tu oublies le Nom de l'Un
Et t'attaches aux noms de multiples petits dieux,
Tu seras comme le fils de la prostituée
Qui n'a pas de père pour lui porter secours !

(42)
Souviens-toi du Seigneur,
Souviens-toi de Son Nom !

Libéré du cycle des vies,
L'éternité se fera ta demeure !

(43)
Ils sont tous misérables en ce mondé :
De qui peut-on dire qu'il est riche ?
Tu as trouvé le vrai trésor, dit Kabir,
Si ton coeur bat avec le Nom de Ram !

(44)
A invoquer Ton Nom, je suis devenu Toi
Il n'y a plus en moi nulle trace d'un " je ".
A ton Nom, je me suis offert :
Où se tournent mes yeux, je ne vois plus que Toi !

(45)
Souviens-toi du Seigneur, sois comme la jeune fille
Qui porte sur la tête une cruche pleine d'eau,
Qui le long du chemin, çà et là, se dodine
Mais toujours garde la cruche en parfait équilibre !

LE YOGA DE l'Amour (BHAKTI YOGA)

Amour

(46)
A lire tant de livres tous se sont égarés,
Et nul n'est devenu un vrai pandit.
Et pourtant il suffit, pour devenir pandit,
De lire les quelques lettres qui forment le mot Amour.


(47)
Ce qui vient puis s'en va,
Cela n'est pas lAmour.
Heure après heure ce qui demeure,
Cela s'appelle l'Amour.

(48)
L'Amour ne se cueille pas comme une fleur,
L'Amour ne se vend pas dans les échoppes.
Si d'Amour tu es en quête, que tu sois prince ou gueux,
Offre d'abord ta tête.

(49)
Ô Kabir, beaucoup prennent place
Autour du brasier de l'Amour.
Mais seul se désaltère de son nectar
Celui qui offre sa tête.

(50)
Peux-tu désirer le doux nectar d'Amour
Sans renoncer à ton orgueil
je n'ai jamais vu, ni entendu dire
Que dans un seul fourreau pénètrent deux épées !

(51)
On ne peut à la fois
Aimer et le monde et l'Amour,
Si tu veux aimer l'Amour,
Cesse d'aimer le monde !

(52)
Envie, colère, luxure :
Il n'y a pires obstacles sur la voie de l'Amour
Seul celui qui oublie caste, clan et famille
Peut se laisser poiler par le suprême Amour !

(53)
Ô Kabir, n'aie plus goût aux plaisirs de la vie :
N'aie d'amour que pour Dieu !
Naître à l'état humain est une chance rare :
Ne la gaspille pas !

(54)
L'homme dont le coeur est empli de lui-même,
Ce coeur est sans Amour.
Mais le coeur du dévot de lAmour est en peine :
Il adore le Seigneur et il s'oublie lui-même !

(55)
Étroit comme le fil de l'épée
Est le chemin qui mène au Bien-Aimé.
Une fois sur le sentier de l'Amour,
Ne laisse pas le monde t'obstruer le passage !

(56)
Ne ris plus, ô Kabir, et apprends à pleurer :
Voudrais-tu sans pleurs trouver ton Bien-Aimé !

(5 7)
Qui a jamais trouvé le Seigneur dans les rires ?
C'est dans les pleurs qu'Il se révèle !
Si dans les rires tu pouvais Le trouver,
Qui donc serait encore séparé du Seigneur ?

(58)
Un coeur sans Amour est un coeur sec,
Semblable au ghat de crémation.
Ce corps, tel un soufflet, prend Pair et le rejette
Mais il n'a, comme lui, pas un souffle de vie !

(59)
L'Amour est l'échelle de la délivrance
Que les Saints s'empressent d'escalader
Celui qui tarde à connaître l'Amour
De naissance en naissance court après son regret.

(60)
Écoutez-les parler d'amour,
Mais qui connaît l'Amour, le véritable Amour ?
Les larmes de joie coulent et coulent sans cesse
Que verse nuit et jour l'amour ravi d'Amour !

(61)
Demeure toujours en Dieu comme le poisson dans l'eau :
Hors de l'eau le poisson ne peut vivre un instant !

(62)
La femme fidèle n'adore nul autre que son Époux ;
Le lionceau meurt de faim mais ne mange pas de l'herbe !

(63)
La femme fidèle n'adore nul autre que son Époux,
Mais la femme adultère court après tous et ignore l'Un !

(64)
Le Seigneur est mon Maître, c'est Lui qui me protège :
Honte à l'Époux si l'épouse reste nue !

(65)
Je cherche l'amant mais ne le trouve point.
Lorsque deux coeurs s'enflamment le fiel devient nectar !

(66)
Où que tombe sa graine, lAmour ne périt point :
L'or garde sa valeur même dans un tas d'ordure !

(67)
Que tu sois renonçant ou maître de maison,
Ce qui compte c'est l'Amour derrière les apparences !

(68)
Mecque, Médine, Dvaraka, Badrinath, Kedarnath,
Ces noms sont vides, dit Kabir, sans lAmour dans le coeur !

(69)
Un feu ardent est facile à supporter,
Il est facile de marcher sur le fil de l'épée.
Mais l'Amour absolu qu'il faut garder pour Dieu
Est chose presque impossible !

(70)
Étrange en vérité est la quête d'Amour :
Qui la narre n'en connaît point la fin ;
Qui la connaît devient muet,
Et du merveilleux conte il ne peut souffler mot !

Séparation

(71)
Vient-il :il ne part plus ; ,
Part-il :il ne revient plus.
L'Amour est une histoire incompréhensible :
Comprends-la avec le coeur,

(72)
Séparation, séparation :
Puissante est la séparation.
Si ton coeur ne connaît l'angoisse de la séparation,
Y n'est qu'un ghat de crémation !

(73)
Quand bien-même il se brûlerait bec et langue,
Ce qu'il attrape, il ne le lâche pas !
Qu'y a-t-il de si doux dans les charbons ardents ?
Et pourtant l'oiseau Chakor les avale !

Fou d'amour pour la Lune, l'oiseau Chakor
Avale les charbons ardents !
Dit Kabir :si grand est son amour
Que ceux-ci ne le brûlent pas !

(74)
Séparé de son époux la nuit,
L'oiseau Chakor le rejoint à l'aube.
L'âme séparée de Ram jamais ne le rejoint
Ni de jour, ni de nuit !

(75)
Quel amour reste longtemps caché
Dans les replis du coeur ?
Même si des lèvres pas un mot ne filtre,
Des yeux tant de larmes le trahissent !

(76)
Herboriste, éloigne-toi, je t'en prie
Tu ne peux rien pour moi !
Guérir ne peux, tu le sais,
Que par l'amour de mon Aimé !

(77)
Sur le bord du chemin se tient l'âme anxieuse ;
Dès qu'elle voit un passant, elle court l'arrêter :
" Dis-moi donc, ne sais-tu rien de mon Aimé ?
Dis, quand reviendra-t-Il s'unir à moi ? "

(78)
Coquillage, coquillage :
Dans la mer, tu as soif !
De l'océan- Mais non !
D'une goutte de pluie !

(79)
Dit Kabir :ô Seigneur, viens donc avant ma mort !
Quand le fer tout rouillé est devenu poussière,
La pierre philosophale a perdu son usage !

(80)
A scruter Ton chemin, mes yeux se sont brouillés :
A T'appeler, ô Ram, ma langue s'est désséchée !

(81)
Serpent " Séparation ", tu bondis pour me mordre :
" Mors donc où il te plaît ! ", dit mon âme sans broncher !

(82)
Je brûlerai ce corps, le réduirai en cendres :
Que jusqu'à mon Aimé s'élève la fumée !
D'une pluie de baisers viendra-t-Il me sauver
Du feu qui me consume ?

(83)
Pour écrire Ton Nom, ô Ram, je brûlerai ce corps :
Mes cendres seront l'encre,
Et mes os seront plume pour composer ma lettre !

(84)
Mon corps sera la lampe et mon âme la mèche :
Grâce à l'huile de mon sang, je verrai mon Aimé !

(85) Seigneur, je vais vers Toi, c'est Toi seul que je veux :
Ta compassion pour moi est infinie, je sais.
Le corbeau qui s'envole revient sur le navire :
Tu es toujours de même mon unique refuge !

Union nuptiale

(86)
Je me suis teinte des couleurs de l'Amour ;
Les cinq vertus sont là, invitées à la noce.
Avec Ram, j'ai tourné autour du feu rituel,
Et mon âme en est tout enflammée d'amour !

Chantez, jeunes épousées, un bel épithalame.
J'ai vu venir à moi le Roi Ram, mon Époux !

Sur la fleur de mon coeur se dresse l'autel nuptial,
Et Brahma y récite l'hymne de la connaissance.
Le Roi Ram est mon Époux :
Bien grande est ma fortune !

Sages et déités, et les dieux par millions
Sont venus assister à la noce !
L'Être Immense est mon Dieu et mon Unique Époux,
Et Y m'a, dit Kabir, emporté avec lui !

(87)
Le Roi Ram est venu me sauver :
Par-delà la naissance et par-delà la mort,
J'ai trouvé la Délivrance !

Libéré des cinq péchés mortels,
J'ai rejoint la société des Sages.
Devenu Son esclave, je n'ai plus sur les lèvres
Que Son Nom au goût de nectar !

Le Sadguru est venu me sauver
De l'océan du monde !
Me voici tout épris de Ses pieds de lotus,
Et Y a établi Sa demeure dans mon coeur !

Les braises ardentes du désir se sont éteintes,
Et, grâce au Nom, mon coeur est débordant de joie !
Sur la terre et sur l'eau, le Seigneur est présent :
Où que tombent mes yeux, Y est dans tous les cœurs !

Il est Lui-même l'auteur de Sa propre adoration :
Si tel est ton destin il sera tien, ô frère !
Et s'Il t'octroie Sa grâce, tout te réussira
Le Seigneur de Kabir est l'Ami du pauvre !

(88)
Mes yeux ne voient que la lumière de mon Aimé :
A vouloir la sonder, j'en fus illuminé !
(89)
L'Amour ne connaît ni règles, ni raison, ni barrière.
Si le mental est extasié d'Amour,
Qui reste pour compter les jours ?

(90)
Kabir a serré sur son coeur la coupe de l'Amour.
Dans chaque pore de son corps, elle s'est infiltrée :
Nulle drogue maintenant ne m'est plus nécessaire !

(91)
J'ai essayé tous les remèdes,
Mais nul n'est plus puissant qu'Amour
Si une seule goutte tombe dans ton corps,
Elle pénètre chaque pore et le transmue en or !

(92)
Qui connaît le secret de l'Amour
Ne sera pas surpris par la mort !
Comme l'eau coule dans l'eau,
Ce tisserand s'est coulé en Dieu !

(93)
Le lotus est dans l'eau et dans le ciel la lune
Et l'Aimé toujours proche de l'amant !

(94)
Ayant banni mon moi, je vis en mon Aimé :
Qui voudrait croire, Amour, ton histoire ineffable !

(95)
Mes yeux seront la chambre et mes prunelles la couche :
Baisse, le jour de tes noces, le rideau de tes cils
Pour cacher ton Amour et mieux gagner Son coeur !,

(96)
Mes yeux rougis d'A mour ne veulent plus de collyre :
Seul l'Aimé, ô Kabir, a droit d'y pénétrer !

(97)
Prends refuge en mes yeux, viens que je T'y cache :
Je suis seul à T'y voir et je ne vois que Toi !

(98)
Dès que naît Amour, l'âme pleure d'être séparée ;
Mais ta blessure, Amour, ébranle le Bien-Aimé.
Bien-Aimé, tu éveilles l'âme de son sommeil :
Maintenant, Ô Seigneur, elle est un avec Toi !

(99)
Quand j'étais, Dieu n'était pas :
Et maintenant Dieu est, mais moi je ne suis plus.
Étroit est le sentier de l'Amour :
On ne peut y cheminer à deux !
(100)
L'âme est-elle en l'Aimé ou bien l'Aimé en l'âme?
L'âme est l'Aimé et je ne sais si dans mon corps
Est l'âme ou bien l'Aimé