KABIR
Le fils de Ram et d'Allah
LA VOIE DE KABIR
" Ton image est dans mes yeux, Ton Nom sur mes
lèvres,
Ta demeure dans mon coeur, où donc Te caches-Tu ?"
(Al Hallaj)
" Dans l'indifférencié et en l'absence
de voie,
qui donc est libéré, où et comment ? "
(Abhinavagupta)
" Plus on va loin,
moins on connaît"
(Lao
Tseu)
IV. LA DISCIPLINE SPIRITUELLE (SADHANA)
LA QUÊTE DE LA VÉRITÉ
Vérité
(1)
Je n'ai ni encre, ni papier, ni plume la main :
D'âge en âge, je délivre mon message éternel
(2)
Mon langage vient de l'Est :
Nul ne peut le comprendre.
Lui seul peut me comprendre
Qui est un pur Oriental !
(3)
Aimer la vérité est la meilleure ascèse,
S'adonner au mensonge le péché le plus vil
Dans le coeur de l'homme épris de vérité
Est la demeure de Dieu.
(4)
Qui ne maîtrise sa langue et n'a la vérité au coeur,
Ne le fréquente pas, sous peine de tracas !
(5)
L'homme en proie à terreur refuse la vérité,
Et il préfère errer de taverne en taverne,
Délaissant le lait pur déposé à sa porte
!
(6)
Illusoire comme un rêve est la vie de celui
Qui ne réfléchit pas, sourd à la vérité
!
Trésor
(7)
Le feu ne peut Le brûler, ni le vent Le sécher,
Nul voleur ne peut s'en approcher!
Que le Nom soit ton unique trésor,
Lui seul ne périt pas!
J'ai le Seigneur pour unique richesse,
Lui qui porte le monde est le seul vrai trésor!
Au service du Seigneur, tu trouveras la joie
Que rien d'autre ici-bas ne saurait procurer!
En quête de ce trésor, les quatre fils de Brahma,
Le dieu Shiva, lui-même, ont vainement erré!
Garde Vishnou en ton coeur, Narayan sur ta langue,
Et la Mort plus jamais ne viendra te faucher!
Car l'amour et la gnose sont le seul vrai trésor
Que te donnent les paroles du Guru!
Comme l'eau arrête le feu, le mental est éteint,
La prison de l'erreur et de la peur détruite !
Toi qui es prisonnier des richesses d'ici-bas,
Sonde ton coeur, dit Kabir, réfléchis à cela
Tu possèdes éléphants et chevaux par millions :
Moi, j'ai Dieu pour unique richesse !
(8)
A l'étal des légumes, n'expose pas de diamants :
Ramasse ton ballot et passe ton chemin !
(9) Au marché, un diamant était tombé à
terre,
Et c'est là qu'il gisait tout couvert de poussière.
Bon nombre d'inconscients tout près de lui passèrent,
Mais seul le connaisseur sut le voir et le prendre !
(10)
Chevaux, éléphants, chars, bannières flottant au
vent :
Mieux vaut encore mendier, dit Kabir,
Si le jour se passe avec le Nom de Ram !
(11)
Troupeaux, éléphants, chevaux et pierres précieuses,
Toutes les richesses d'ici-bas,
Tout cela n'est que poussière, ô frère,
A côté de la richesse inaltérable de la joie !
(12)
Du fond de l'océan, le plongeur
A ramené un lot de perles.
Penses-tu trouver des perles
Sans quitter le rivage ?
Énigme
(13)
Ô Avadhu, qui déchiffre ce chant,
Celui-là est mon Guru.
Sans tronc, l'arbre se dresse ;
Sans éclore, il porte des fruits !
Sans langue, le chanteur chante ; sans pieds, il danse ;
Et sans mains, il joue de la musique !
Il n'a ni forme, ni contours :
Seul le Sadguru peut te le révéler !
En suivant le chemin du Poisson, tu trouveras l'Oiseau :
Telle est la méditation de Kabir !
Gloire à l'Être Cosmique, Suprême et Sans limites
!
(14)
Un enfant est né d'abord et puis la mère,
Le guru se prosterne aux pieds du disciple !
Écoute cette merveille, ô frère,
Le lion broute sous les yeux de la vache !
Le poisson saute au sommet de l'arbre,
Et le chat fait fuir le chien !
L'arbre est sous terre, les racines dans le ciel ;
Il porte fleurs et fruits !
Monté sur le cheval, le buffle fait paître le troupeau
;
Sans le boeuf, le chargement arrive à la. maison !
Dit Kabir : qui trouve le sens de ces paroles
S'unit à Ram et se voit révéler tous les mystères
!
(15)
Une dispute en moi sème le trouble, ô Ram :
Qui a compris cela obtient la délivrance !
Le Créateur est-il grand ou Cela qui le créa ?
Le Véda est-il grand ou la source d'où il vient ?
Le mental est-il grand ou Celui qui l'apaise ?
Est-ce que Ram est grand ou celui qui connaît Ram !
Dit Kabir, je suis tout perplexe :
Le lieu saint est-il grand ou l'humble pèlerin ?
LA VÉRITABLE ASCÈSE
Éthique
(16)
Calomnie, calomnie, vous tous, calomniez-moi :
La calomnie pour vous est une douce chose !
Tu es mon père, tu es ma mère, ô calomnie !
Qu'au Nom Sacré de Dieu s'accorde ton mental :
Grâce à la calomnie, tu vas au Paradis !
Comme l'eau pure au lavoir. emporte l'impureté
La calomnie nettoie l'homme qui a le coeur pur !
Qui me calomnie est pour moi un ami
Et c'est vers lui que voient toutes mes pensées !
Il porte mon fardeau
Et il m'est aussi cher que la vie !
Calomnie, calomnie, je t'aime, ô calomnie,
Depuis que grâce à toi mon salut est acquis !
La calomnie, Kabir, est la voie la meilleure :
Qui calomnie se noie et se perdant me sauve !
(17)
Déposant tout orgueil, tu obtiens le bonheur !
N'aie cure de ce qu'on dit de toi :
Que toujours dans ton coeur le Soi ait sa demeure !
(18)
Écoutez la voie de la vertu
Et soyez sourd à celle du vice.
Soyez aussi judicieux que le cygne
Qui ne goûte que le lait sans même toucher à l'eau
!
(19)
Les sens n'ont pas de loi, ils égarent leur roi
Et lui font abdiquer sa souveraineté.
Discipline tes sens, car ils sont la cause
De tous les maux du royaume !
(20)
A celui qui a faim, donne autant que tu peux :
Offre-lui de bon coeur, et vois en lui ton Soi !
(21)
De toutes les vertus la compassion est reine :
Védas et Puranas enseignent la compassion.
(22)
Tout meurtre est un péché :
Prendre la vie est le plus grand péché.
A chaque acte sa rétribution
Et tu devras en rendre compte.
(23)
Le parfum du santal s'élève et emplit l'air,
Et partout se répand comme une douce odeur
La renommée du Saint.
(24)
Tout le monde fuit l'odeur d'une mauvaise réputation :
Qui donc voudrait s'asseoir auprès d'un tas de fèces ?
(25)
Celui qui comprend la nature d'autrui
Garde toujours l'esprit ouvert.
Y ne se laisse pas souiller
A imiter des voies mauvaises.
(26)
Cherchant quelque mauvais garçon,
Je n'en ai point trouvé.
Regardant en moi-même,
Je n'ai trouvé pire que moi !
(27)
Sois libre de tout souci :
Celui qui pourvoie à tout est grand
Les animaux des champs, les oiseaux et les insectes
N'ont ni réserve, ni grenier !
(28)
La terre supporte qu'on la bêche,
Et la forêt qu'on la coupe.
Le Sadhu supporte les mauvaises paroles :
Nul autre n'en est capable.
(29)
Avec l'Ordre Cosmique est la compassion,
Mais où est la passion est aussi le péché.
Si la colère te gagne, la mort est proche ;
Mais le Seigneur est là où se trouve le pardon !
(30)
La femme et l'or, il est facile d'y renoncer ;
Mais non point l'ego, l'orgueil, la jalousie !
(31)
Qui renonce à Maya, qu'il renonce à l'orgueil :
L'orgueil dévore tout et perd les plus grands sages !
(32)
Haute et pure dans le ciel est la goutte de pluie,
Mais arrivée à terre elle est toute souillée !
L'homme s'égare s'il n'est pas en bonne compagnie,
Et perd toute sa valeur comme la cendre dans le four !
(33)
Ne recherche jamais de mauvaise compagnie :
Une barre de fer ne peut t'emporter sur la mer !
Tombant sur un plantain, une coquille, un serpent,
La goutte de pluie est camphre, perle ou poison !
(34)
Quand tu aurais toute la science du monde,
Et écouté tous les poèmes et les couplets,
Tu finiras en enfer, cela est certain,
Si tu n'as pas la compassion !
(35)
Qui pourrions-nous aimer ? Qui pourrions-nous haïr ?
La fourmi et l'éléphant sont les enfants de Dieu !
(36)
Si l'on t'injurie, ne réponds rien :
Garde ton calme, tourne la tête.
Une insulte entraîne mille insultes :
Seul le silence peut désarmer l'insulte !
(37)
Prends garde à ne rien critiquer,
Même la chose qui te semble des plus insignifiantes :
Un grain de poussière dans l'oeil
Peut causer bien du tourment !
(38)
Si leur frère est en faute,
Voyez comme ils se moquent !
Ils en oublient leurs propres fautes
Dont on ne sait ni le début, ni la fin !
(39)
Si ta barque prend l'eau
Tu rends l'eau à deux mains !
Si ta maison regorge d'or,
Donne donc des deux mains !
(40)
Si tu es homme véritable, médite sur Dieu.
Si tu as des richesses, donne aux nécessiteux.
Si tu es sage, fais le bien :
Là se trouve tout le fruit de la vie !
(41)
Qui parsème ton chemin d'épines,
Pour lui sème des fleurs !
Toi, tu récolteras des fleurs,
Lui, un trident d'épines !
(42)
N'inflige aucune souffrance aux faibles
Puissants sont leurs soupirs !
Même le soufflet sans vie du forgeron
Fond l'acier le plus dur !
(43) En bons termes avec tous,
Prêt à parler de tout,
Ne contredis personne,
Mais demeure en toi-même !
(44)
Ô Kabir, que l'orgueil n'ait pas de prise sur toi :
Épargne tes moqueries au pauvre !
Vous naviguez tous deux sur le même océan :
Nul ne sait quel sera son destin !
(45)
0 Palmier, à quoi te sert ta haute cime ?
Tu ne donnes même pas d'ombre aux oiseaux,
Et ton fruit est hors d'atteinte !
(46)
Si tu veux renoncer, renonce à toute chose :
Toute chose est à Dieu, non à toi, dit Kabir !
(47)
Qui va lentement va sûrement :
Doucement, doucement, ô mon âme !
Jour après jour avec amour, le jardinier arrose l'arbre :
Mais le fruit ne paraît que si vient la saison !
(48)
Dit Kabir, l'éléphant qui sait attendre
Mange toujours à sa faim :
Mais le chien pour sa pitance
Erre de porte en porte !
(49)
Veau coule vers le bas :
Qui a soif se penche.
Qui ne baisse la tête,
Arrogant, meurt de soif !
Désir
(50)
Que périssent Maya, le corps et le mental,
Persistent les désirs, dit le serviteur Kabir !
(51)
Étouffez le serpent nommé Désir :
Son venin infeste le monde entier !
Se contenter de son sort, voilà le contrepoison :
Il n'est de plus grand mantra que puisse donner un guru !
(52)
Mets fin au désir, tu mets fin aux tracas :
Si tu es sans désir, tu es le roi des rois !
Nourriture
(53)
Si ta nourriture est lourde, ton mental sera lourd.
Selon ce que tu bois, ton discours sera ou non pâteux.
(54)
Jeûner le onzième jour, délaisser toute nourriture,
Sinon drogue et tabac, cause plus de mal que de bien !
Silence
(55)
Tous parlent de la douceur, mais qu'elle en est l'essence ?
Il n'est plus grande douceur que celle du doux silence !
(56)
Il est doux de parler,
Il est amer d'agir.
Mais si tu dois agir, ne parle pas en vain
Et le poison deviendra nectar !
(57)
Les mots n'ont pas de prix pour qui sait parler
Il faut savoir parler avant d'ouvrir la bouche !
(58)
Ne parle que si tu es sans ego,
Donnant la paix aux autres, te pacifiant toi-même !
LE VERBE DE DIEU
Le Maître spirituel (GURU)
(59)
Qui meurt de son vivant renaît
Et se fond dans le Vide.
Qui vit dans le monde sans être du monde
Ne sombre plus dans l'océan de l'existence !
Ami, c'est un tel lait qu'il te faut baratter !
Confiant dans le Guru, stabilise ton mental
Et bois le nectar !
Sa flèche transperce l'âge noir, dur comme le diamant,
Et partout se répand la lumière !
Les liens de l'erreur tranchés, l'illusion de Maya dissipée,
L'opulence pour toujours revient dans la maison !
Sur l'arc tendu ne vibre pas de flèche :
Ô frère, ce monde est transpercé par le Guru !
Le cerf-volant voltige dans les dix directions,
Mais le Guru tient ferme la ficelle !
En pleine contemplation, le mental se dissout dans le Vide
Et la dualité s'enfuit !
Dit Kabir : lui seul voit le Suprême
Qui médite sur le Nom de Ram !
(60)
Même si la terre était papier,
Et tous les arbres plumes,
Et les sept océans l'encre,
Tout cela ne pourrait rendre gloire au Guru !
(61)
Le corps est une plante vénéneuse,
Le Guru une source de nectar !
Si pour trouver le Maître il faut donner ta tête,
Ne marchande pas !
(62)
Adore ton Guru, car il est la racine
De toutes formes d'adoration !
Arrosant la racine, par là-même tu arroses
Les feuilles et les branches !
(63)
Concentrant mon mental sur le Guru,
J'ai vu le Soi divin en chaque créature !
(64)
J'ai vu venir à moi et Govinda et mon Guru
Et me suis demandé : " Qui donc vais-je adorer ? "
C'est toi, ô mon Guru, toi le Guide béni
Qui m'a mené à Dieu !
(65)
J'ai partout rencontré des Gurus,
Mais nulle part de vrai disciple.
J'ai dit des poèmes par milliers
Pour éveiller ton âme !
(66) A vouloir suivre le monde et les rites des Védas,
Je m'étais égaré.
Mais voilà qu'en chemin j'ai reçu la lumière
Des mains du Sadguru !
(67)
Je m'étais revêtu de tant d'atours nouveaux :
L'illusion de l'ego n'en fut point dissipé !
Ayant réalisé le Guru Véritable,
J'en fus tout entier transmué !
(68)
Qui a plus à donner que le Guru ?
Qui a plus à mendier que le disciple ?
Ce que donne le Guru,
C'est toute la richesse des trois mondes !
(69)
Le disciple véritable donne tout au Guru.
Le Guru véritable ne prend rien au disciple !
(70)
Si le disciple reçoit comme vérité
Les paroles que prononce le Guru,
Alors s'ouvre devant lui le chemin
Qui seul détruit l'ignorance !
(71)
Que peut faire le disciple
Quand le maître est aveugle ?
L'aveugle guide l'aveugle,
Tous deux tombent dans un puits !
(72)
Celui qui prend le Guru pour un simple mortel,
Ô Kabir, celui-là est aveugle !
Y erre et souffre sans cesse
Dans ce monde et dans l'autre !
(73)
Ni guru véritable, ni disciple authentique,
Ils ont été floués par le jeu de l'ego !
Ayant pris place sur un bateau de pierre,
Tous deux sombrent avec lui !
(74) Cela n'est pas connu, cela n'est pas compris :
Tous marchent sans la gnose !
Si l'aveugle guide l'aveugle,
Qui montre le chemin ?
(75)
Ta sagesse, tu la gâches à instruire l'insensé !
Même en le savonnant, le savon reste noir !
(76)
Le Brahmane et le guru du monde, non celui des sadhus :
Il est mort, étouffé, sous le poids des Védas !
(77)
Le doute dévore le monde :
Nul ne dévore le doute !
Lui seul dévore le doute, celui qu'a transpercé
La parole du Guru !
La Société des Sages (SATSANG)
(78)
Ô Kabir, reste donc en compagnie des Saints :
Ils t'imprègnent comme l'échoppe du marchand de parfums
!
Même s'il ne t'en donne point,
Tu jouis de la fragrance qui partout se répand !
(79)
Ne perds une occasion de fréquenter les Saints :
En restant avec eux, tout obstacle se dissipe !
Saisis cette occasion, elle peut être unique :
C'est une chance rare que naître à l'état d'homme
!
(80)
Les diamants ne se trouvent pas en sacs,
Ni les plants d'encens en rangs.
Les lions ne vivent pas en bandes,
Ni les Sadhus en groupes !
(81)
Rares sont les plants d'encens dans la forêt,
Rares les héros dans une armée,
Rares les fonds marins où se cachent les perles,
Plus rares encore les Saints parmi la masse des hommes !
(82)
Rares sont les vrais Sadhus
Qui montent jusqu'en haut du Palmier.
Si tu y accèdes, tu possèdes le fruit,
Mais si tu glisses, tu te romps l'échine !
(83) Si tu vois un Sadhu, que t'importe sa caste :
Vois plutôt s'il est sage !
C'est l'épée qui donne sa valeur à l'épée
Et non la gaine, mon frère !
(84)
Les arbres, les lacs, les grandes âmes et la pluie
Viennent tous ici-bas pour le profit du monde !
(85)
Si tu rencontres un Saint, c'est Dieu que tu rencontres
Car il n y a entre eux aucune différence !
Que ce soit en pensées, en paroles ou en actes,
Tous les deux ne font qu'Un !
(86)
Le Sadhu véritable est celui qui reste
Indifférent aux injures,
Immuable au milieu des vagues de la colère,
Et regarde les critiques passer comme le vent.
(87)
Le Sadhu est un fleuve dont l'eau vive est l'amour :
Dans ces flots, lave ton corps !
Dit Kabir : Ô mon frère, lave et purifie-toi
En te plongeant dans la société des Sadhus !
(88)
Ne demande à personne ni sa caste, ni son rang :
Celui qui Joue Hari appartient à Hari !
(89)
Le Saint est mon Soi, je suis le corps du Saint :
je vis parmi les Saints, comme la pluie dans la nue !
Verbe (SHABDA)
(90)
Révélé d'âge en âge, mon Verbe est
Vérité.
Nul n y prête attention : médite bien cela !
(91)
Sans le Verbe, il n'y a que profondes ténèbres :
Dis-moi donc quel chemin prendre ?
La porte du Verbe, ils ne l'ont pas trouvée,
Et ils tâtonnent comme des aveugles !
(92)
J'ai pleuré pour ce monde : nul ne pleure avec moi.
Lui seul pleure avec moi qui a compris le Verbe !
(93)
Le Verbe du Guru contient toutes les pensées.
Et tous, sages et savants, s'épuisent à le comprendre
:
Même les Védas ne peuvent en cerner les limites !
(94)
Le Verbe, d'où vient-il ? Où a-t-il sa demeure ?
J'aime le Verbe, dit Kabir, qui fait voir l'Invisible !
(95)
Toute pratique est vaine et tout mantra futile :
Ne te laisse pas prendre à leur piège !
Tant qu'il n'a pas réalisé le Verbe,
Le corbeau ne peut se transformer en cygne !
(96)
Si tu saisis le Verbe, ton essence originelle,
L'océan se fond dans la goutte,
Et la partie contient le tout,
Comme la graine l'arbre immense !
(97)
Par le Verbe du Guru s'ouvre pour toi la Voie
Sur lui médite sans cesse !
Et si tu as des yeux pour voir, vois
Que sans lui tien ne peut aboutir !
(98)
Dans les cinq éléments, l'invisible se cache :
Bien peu l'ont découvert grâce au Verbe du Guru !
(99)
Je suis de ce pays sans caste, ni classe, ni race :
Tous sont un dans le Verbe, sans la moindre distinction !
(100)
Lorsque tout meurt : le japa, l'ajapa
Et le son primordial lui-même,
Alors l'âme s'unit au Verbe, devenant immortelle !