|
KABIR
Le fils de Ram et d'Allah
II. L'AVEUGLEMENT
Divisions
(1)
En tous est la Lumière, le Verbe et la Maya
Qui a produit les Dieux Brahma, Vishnou, Shiva.
Ces Trois ont séparé les mâles et les femelles
Dont aucun ne connaît son principe, ni sa
fin !
La maison de Brahma possède quatorze toits :
Brahma, Vishnou, Shiva ont construit les trois
mondes !
Ils ont ensuite créé microcosme et macrocosme,
Six philosophies et quatre-vingt seize sortes
d'êtres.
Dans le sein maternel, nul n'a lu les Védas :
Le Turc n'est pas né circoncis !
Surgissant d'une matrice, on vit paraître sa tête,
Et chaque homme a pris forme selon son karma propre
!
Dans tes veines, dans les miennes, il ne coule qu'un seul sang
Et c'est la même vie qui nous anime tous
!
Puisqu'une mère unique nous a tous engendrés,
Où avons-nous appris à tant nous
diviser ?
(2)
Tu jeûnes pour plaire à Dieu,
Puis tu tues pour flatter ton palais.
Tu vis pour toi sans nul souci des autres :
Pourquoi perds-tu ton temps à bavarder
?
Ô Cadi, ton Dieu unique est en toi, Il est toi,
Mais tu ne sais ni méditer, ni réfléchir
pour Le trouver !
Prends garde, insensé, car tu es né en vain !
Le Livre dit : " Allah est Vérité " ;
Il n'est ni mâle, ni femelle !
A quoi sert de lire et de relire
Si tu ne Le connais dans ton coeur !
Allah vit caché en chacun :
Médite bien cela !
Y n'y a qu'un seul Dieu pour l'Hindou et le Turc,'
Dit Kabir à voix haute !
(3)
Ô frère, d'où viennent ces deux maîtres du monde
?
Qui donc t'a détourné du droit chemin
?
Allah, Ram, Karim, Keshab, Hari, Hazrat :
Qui donc leur a donné ces noms ?
Les bijoux sont créés à partir du même or,
Mais leur nature est une.
Que l'on dise namaz ou que l'on dise puja,
On a créé deux mots pour dire la
même chose !
Il est Mahadev et Il est Mohammed ;
Brahma et Adam sont un !
Qui est l'Hindou ? Qui est le Turc ?
Tous deux vivent sur le même sol !
L'un lit le Véda, l'autre le Khutbah ;
L'un est mollah, l'autre est pande.
Chacun porte un nom différent,
Mais tous deux sont pots faits d'une même
argile !
Dit Kabir : tous se sont égarés,
Et nul n'a trouvé Ram.
L'un tue une chèvre, l'autre tue une vache ;
Et à se disputer, ils ont gâché
leur vie !
(4)
Ô Cadi, à quoi bon cette nouvelle exégèse ?
Qu'as-tu donc compris au Coran
jour et nuit tu prêches les masses
Quel que soit le sens qui t'apparaisse !
Sûr de toi, tu veux me circoncire,
Mais cela je le refuse, ô frère !
Si telle était la volonté d'Allah,
Alors tous les hommes naîtraient circoncis
!
Si le circoncis devient Turc,
Qu'en est-il de sa femme ?
Si ta moitié ne peut être circoncise,
Tu restes donc à moitié Hindou !
Si le cordon fait le brahmane,
Qu'en est-il de sa femme ?
Si de naissance elle est servante,
Pourquoi goûter ce qu'elle cuisine ?
D'où viennent les Hindous ? D'où viennent les Turcs ?
Qui donc leur a montré un chemin différent
?
Interroge ton coeur, ton coeur à toi :
Où est ce paradis ? Qui donc y est allé
?
Au lieu de t'égarer, médite, médite sur Ram :
Pourquoi montrer, ô fou, autant de fanatisme
?
Dit Kabir, tu es perdu, ô mon ami,
Si tu n'implores la protection de Ram !
(5)
Crois-tu que les castes sont nées du Créateur ?
La naissance est le fruit des actes !
Né shudra, tu meurs shudra.
Tu portes le cordon sacré dans un monde
illusoire !
Si ta mère est brahmane, tu te prétends brahmane :
Pourquoi venir au monde en sortant d'une matrice
?
Si tu nais d'une mère turque , tu te proclames turc :
Pourquoi n'es-tu pas né déjà
tout circoncis ?
Le lait d'une vache noire est-il donc différent
De celui d'une vache jaune ?
Abandonne ton orgueil et ta folle Prétention :
Ô mon frère, dit Kabir, récite
le Nom de Ram !
(6)
Quand tu étais dans la matrice, alors il n'y avait ni clan, ni
caste !
Car tous les hommes sont nés de la semence
de Brahma !
Dis-moi, pandit, comment es-tu devenu brahmane ?
Tu passes ta vie en vain si tu t'appelles ainsi
!
Si tu es brahmane, né d'une mère brahmane,
Pourquoi es-tu né comme les autres ?
Qui t'a fait brahmane ? Qui m'a fait shudra ?
Suis-je fait de sang impur et toi fait de lait
pur ?
Dit Kabir, celui qui est établi en Brahman,
Celui-là, je l'appelle un brahmane !
(7) Je me suis tant de fois agrippé à leurs pieds,
Je les ai tant de fois supplié en pleurant.
Les Hindous ne veulent pas renoncer aux idoles,
Ni les Musulmans à tout leur fanatisme
!
Exhibitionnisme spirituel
(8)
0 pandit, tu ne sais que mentir !
Si en répétant " Ram ", tout le monde est sauvé,
En répétant " sucre ",
on a la bouche sucrée !
Si en disant " feu ", on se brûle le pied,
En disant " eau ", on est désaltéré
!
Si en disant " manger ", on est rassasié,
Tous auraient transcendé ce monde !
Le perroquet en cage répète le Nom de Dieu
Sans rien connaître de Sa Grandeur !
Mais qu'un jour il se sauve dans la jungle,
Et il n'en garde plus le moindre souvenir !
Pourquoi prendre le Nom de Ram,
Sans Le voir, sans Le toucher, sans L'éprouver
?
Si en disant " richesse ", on devient riche,
Qui serait encore pauvre ?
Ta dévotion à toi, ce sont les charmes de Maya :
Tu n'as que railleries pour les dévots
de Hari !
L'homme dont Ram, dit Kabir, n'est point l'unique amour
Tombe poings et pieds liés dans les geôles
de la Mort !
(9)
0 Saints, le monde est fou !
Si je dis la vérité, tous veulent me mettre à mort
!
Ils n'aiment que les mensonges !
J'ai vu tant de bigots, accomplissant les rites :
A chaque aube, ils se baignent.
Ils adorent des pierres et ainsi perdent leur âme :
Ils sont en proie à l'ignorance !
J'ai vu tant de " Pirs " et tant d'" Amis de Dieu "
Ils lisent tous le Coran, leur Livre.
Ils se font des disciples pour adorer des tombes :
Que savent-ils de Dieu ?
En posture de Yoga, menton à la poitrine,
Mais leur mental est dévoré d'orgueil
!
Ils adorent des images de cuivre et de pierre,
Et ils sont fiers de leurs pèlerinages
!
Ils portent rosaires et calottes
Et des marques sacrées sur le front et
les bras !
Ils chantent couplets et poèmes sans connaître leur Soi !
L'Hindou dit : " Ram est mon Aimé ! "
Le Musulman : " Rahman est mien ! "
Ils se combattent à mort :
Nul n'a compris le secret !
De porte en porte, ils vont en donnant des mantras,
Tout fiers d'un tel honneur !
Gurus et disciples s'égarent et à la fin s'affligent !
Dit Kabir : écoutez-moi, ô Saints,
Tous sont en proie à l'illusion !
Quoi que je dise, nul ne m'entend,
Ils tombent l'après l'autre dans le cycle
des vies !
(10)
Allah, Ram : tels sont tes Noms !
Tu es le Seigneur de ceux envers qui Tu es clément
!
Pourquoi donc incliner ton crâne rasé à terre ?
A faire des ablutions, crois-tu te purifier ?
Qui répand le sang en cachant ses péchés,
Celui-là, tu l'appelles un pur !
Pourquoi baigner son corps et se laver les dents ?
Pourquoi se prosterner à la mosquée
?
Celui qui prie avec un coeur impur,
A quoi lui sert d'aller jusqu'à La Mecque
!
L'Hindou observe le jeûne du onzième jour,
Le Musulman le mois du Ramadan :
Si Dieu n'existe que les jours saints,
Alors qui donc existe tout le reste du temps ?
" Hari est à l'est ! " ; " Allah est à l'Ouest
! "
Cherche-le dans ton coeur : là est Karim, là est Ram !
Si Khoda est dans la mosquée,
Alors qui est présent dans le reste du
monde ?
Si Ram est dans l'idole ou dans le lieu sacré,
Nulle part ailleurs on ne Le trouverait !
Ne dis pas que le Véda et le Coran se trompent :
Lui seul se trompe qui ne réfléchit
pas !
En tous les corps il n 'y a qu'Un
Seule la dualité te perd !
Tu les as tous créés mâles ou femelles,
Et tous les êtres sont les formes que Tu
prends.
Kabir est le fils d'Allah et de Ram :
Il est mon Guru, Il est mon Pir !
(11)
Si en marchant tout nu on s'unit à Hari,
Les daims dans la forêt alors sont délivrés !
Qu'importe que tu sois nu ou bien vêtu de peau
Si tu ne reconnais le Suprême en toi-même ?
Si on devient parfait en se tondant le crâne
Le mouton est sauvé et nul n'est égaré !
Et s'il suffit de garder sa semence
Alors pourquoi l'eunuque ne serait-il sauvé ?
Dit Kabir : écoute-moi ô frère,
Sans le Nom de Ram, qui donc est délivre ?
(12)
Ô pandit, tu t'es égaré en lisant les Védas,
Et tu n'as pas compris le secret de ton moi !
Tes prières quotidiennes, les six formes de piété,
Voilà en quoi pour toi se résume
la sagesse !
D'âge en âge, tous récitent la Gayatri :
Qui donc ainsi a trouvé le salut ?
Si on te touche, tu cours te purifier :
Dis-moi, qui donc est pire que toi
A faire des actes pieux, tu te gonfles d'orgueil
Et tu cours à ta perte !
Celui dont le Nom même détruit l'orgueil
Que va-t-il faire du tien ?
Rejette tout attachement et tout orgueil de race
Et ne vise d'autre but que la seule délivrance
!
Coupe le désir à la racine, détruis-en la semence,
Et alors seulement tu seras délivré
!
(13)
Ceux qui délivrent de pieux discours
Se lèvent tôt le matin afin de mieux
mentir !
Du matin jusqu'au soir ils débitent des fables
Leur coeur est un nid de mensonges !
Ils ne connaissent rien du mystère de Ram :
Védas et Puranas, voilà leur religion
Dont ils ne suivent même pas toutes les prescriptions !
Le monde est un feu où ils brûlent
à jamais !
Bien qu'ils chantent les louanges de l'Un Non-Qualifié,
Tous se sont égarés !
La poussière retourne à la poussière,
Et l'air retourne à l'air !
(14)
Ô Derviche, renseigne-moi :
Comment s'habille le Roi ?
Quelles sont ses allées et venues ?
Comment faut-il Le saluer ?
Je t'interroge, ô Musulman :
Son habit est-il rouge, jaune ou bien multicolore
?
Cadi, pourquoi agir si vilainement ?
A tous tu leur ordonnes de massacrer des buffles
Qui t'a dit d'égorger des chèvres ou des volailles
Et de brandir une arme ?
Toi qui es sans pitié, tu te prétends un Pir,
Et pour tromper le monde tu récites des
versets !
Dit Kabir : l'un se dit descendant du Prophète ;
Il erre et le monde avec lui.
Le jour, il jeûne ; la nuit, il tue. Tantôt le jeûne,
tantôt le culte :
Comment tout cela peut-il plaire au Seigneur ?
(15)
Si ton coeur n'est pas pur, tu n'iras pas au ciel !
Crois-tu te purifier grâce à de l'eau
sacrée ?
Qu'importe si tous y croient : cela ne sert à rien,
Car c'est Ram et Lai seul qui sonde tous les curs
!
Adore Ram : Il est l'Unique !
Sers le Guru : Lui seul te purifie !
Si en plongeant dans l'eau, on trouvait le salut,
Les grenouilles sont sauvées qui plongent
tout le jour !
Dans le cycle des vies, ce sont eux les grenouilles
Qui toujours et toujours retombent dans la matrice
!
Si tu as le coeur dur, l'enfer sera ton lot
Quand bien même tu irais mourir à
Bénarès !
Mais si un Saint de Dieu s'éteint à Magahar,
Tous ses disciples sont délivrés
!
Il n'est ni jour, ni nuit, ni Védas, ni Shastras,
Là où demeure le Sans-Forme !
Ne te laisse plus troubler par les folies du monde,
Dit Kabir, et n'adore que Lui seul !
(16)
Ils portent de longues robes de trois mètres et demi,
Et des cordons sacrés de trois fils enroulés.
A leur cou pendent de grands rosaires,
Et à la main des pots de cuivre.
Ne les appelez plus les Saints de Dieu,
Mais les bandits de Bénarès !
Je n'aime guère ces saints qui dévorent
De pleins paniers de sucreries !
Ils récurent leur pot et vont manger à part ;
Ils lavent le bois avant de l'allumer.
Pour faire deux âtres, ils creusent la terre
Mais n'hésitent pas à dévorer
un homme entier !
Ils s'estiment pollués s'ils voient un intouchable ;
Ils se croient pieux alors qu'ils sont pécheurs
!
Ils se pavanent d'un air hautain,
Et causent la ruine de leur famille !
Où leur mental les mène, ils se hâtent,
Et agissent à leur guise !
Dit Kabir : qui trouve le vrai Guru
Ne prend plus naissance en ce monde !
(17)
Fou que tues, pandit !
Si tu n'invoques pas Ram,
Tu es perdu et tes proches avec toi !
Tu charges ton mental de Védas et de Puranas,
Comme un âne que l'on charge de santal !
Tu n'as pas saisi le Nom de Ram,
Et tu veux traverser l'océan de la vie
!
Ta religion à toi, c'est le meurtre des bêtes :
Où donc est l'impiété ?
Tu prétends être un sage,
Mais qui donc est boucher ?
Te connais-tu toi-même, aveugle que tu es ?
Et tu voudrais guider les autres !
Tu fais commerce d'un savoir illusoire,
Et ainsi gâches ta vie !
Narad et Vyas le disent,
Demande à Shukdev aussi.
Dit Kabir : répète le Nom de Ram,
Et alors tu seras délivré !
(18)
Ô Saints, j'ai vu leurs deux chemins !
Hindous et Turcs sont sourds :
Ils ne connaissent que leur palais !
L'Hindou jeûne le onzième jour
Avec des noisettes et du lait.
Il surveille ce qu'il mange mais non point son mental,
Et dès le lendemain il dévore de
la viande !
Le Turc jeûne et prie à l'heure :
Il crie tout haut le Nom d'Allah !
Comment irait-il au paradis ?
Le soir venu, il abat des volailles !
Hindous ni Turcs n'ont la pitié au coeur.
L'un tue d'un seul coup et l'autre saigne à blanc :
Dans le feu des passions tous se sont égarés
!
Pour l'Hindou et le Turc il n'y a qu'un chemin,
Celui qu'a indiqué le Sadguru,
Dit Kabir : écoutez-moi, ô Saints,
Crier " Ram " ou " Khoda ",
cela revient au même !
(19)
Qui ne connaît pas Ram est prisonnier du doute
Et ne peut échapper aux filets de la Mort
!
Tu restes toujours fier du sang de ta lignée
Quand bien même tu naîtrait comme
sadhu ou yogi !
Sage, érudit, héros, poète ou bienfaiteur,
Nul n'a pu déraciner l'orgueil !
A lire et à relire Védas et Puranas,
En as-tu pour autant été illuminé
?
Comment le fer peut-il se transmuer en or
Avant d'avoir touché la pierre philosophale
?
Qui n'a pu s'éveiller en cette vie
Le pourra-t-il après la mort ?
Prisonnier des concepts qui ici-bas furent tiens,
Quel repos crois-tu donc trouver dans l'au-delà
?
Quoi que tu fasses, tu penses toujours avoir bien fait !
Même les yeux grands ouverts, ils s'égarent :
A quoi bon, dit Kabir, vouloir leur faire comprendre
?
(20)
Ne dis pas que le Véda et le Coran se trompent
Lui seul se trompe qui ne médite sur eux
!
Tu dis : " Dieu est Omniprésent ! "
Pourquoi égorges-tu Ses créatures
?
mollah, tu prêches la justice de Dieu,
Oubliant l'injustice qui habite en ton coeur !
Tu attrapes une volaille et la taille en morceaux :
Au nom de quel Dieu consacres-tu l'argile ?
Inaltérable en elle est la lumière divine
Quel est ce sacrifice ?
En te lavant les mains, crois-tu te purifier ?
Tu te rinces la bouche, puis te prosternes à
la mosquée !
Avec un mental fourbe, à quoi sert de prier ?
A quoi sert, dis-le moi, d'aller à la Kaba
?
L'infidèle est celui qui, tout comme toi, ne peut
Ni voir le Dieu Pur, ni connaître Ses mystères
!
Dit Kabir : tu as perdu le chemin du ciel,
Et te complais en enfer !
(21)
Le faux sadhu porte le même habit qu'un sage,
Sans rien connaître du secret !
Le poids pèse autant que l'or,
Sans avoir sa valeur !
(22)
Ô mollah, pourquoi crier si fort :
Crains-tu qu'Allah soit sourd ?
Celui que tu appelles tout haut,
Cherche-Le dans ton coeur !
(23)
Habiter au bord du Gange
Et boire l'eau sacrée,
Tout cela est inutile, dit Kabir,
Si tu ne gardes Dieu en ton coeur !
(24)
Pourquoi ces bains, pourquoi ces ablutions,
Si ton mental en reste impur ?
Même le poisson dans l'eau
Ne peut changer d'odeur !
(25)
A quoi bon être un sadhu
Portant quatre rangs de grains sacrés ?
A quoi tout cela sert
Lorsque tu poiles en toi les penchants les plus
noirs !
(26)
Ni les grains du rosaire, ni la marque sacrée
Que tu poiles sur le front ne peuvent te délivrer
!
Crois-tu en te rasant de près
Ne plus être soumis à la dualité
!
(27)
D'âge en âge, tu égrènes ton chapelet de bois
Sans pouvoir arrêter la ronde du mental
!
Laisse donc un instant se reposer tes doigts,
Et apprends à rouler le rosaire du mental
!
(28)
Rouler entre ses doigts les grains du chapelet,
Rouler sa langue entre ses dents,
Qui ose baptiser cela méditation
Si ton mental s'envoie dans toutes les directions
!
(29)
Ton chapelet de bois, ô Kabir te querelle :
" Pourquoi donc m'égrener ? Roule plutôt ton mental
! "
(30)
Trois pèlerins s'en sont allés
Avec un coeur impur.
Loin de se purifier,
Ils se sont chargés d'encore plus de péchés
!
(31)
Les voyez-vous se prosterner dans les temples ?
A quoi cela sert-il, vous dis-je,
S'il n'y a l'hommage rendu
Au Dieu caché dans le temple du coeur ?
(32)
Pourquoi donc te raser le crâne :
Quel tort t'ont fait tes cheveux ?
Y vaudrait mieux que tu tranches le mal, ô frère,
Qui s'attache au mental et te souille !
(33)
Se laver, se récurer :
A quoi bon tout cela ?
Combien y a-t-il, en ce monde, de saints
Qui soient au-delà du pur et de l'impur
?
(34)
Exhiber fièrement un chapelet de bois,
A quoi cela te sert ?
Apprends donc à rouler le rosaire du mental,
Et le monde en sera tout empli de lumière
!
(35)
En route pour la Kaba, j'ai croisé le Seigneur.
Celui-ci me gronda : " Qui a prescrit cela ? "
Souvent pour la Kaba, hélas, je suis allé !
Dieu, en quoi ai-je péché ? Le Pir ne m'a rien dit !
Superstitions
(36)
Hé ! Pandit, ô Très Pur, avant de boire, prends garde
Car ta maison de terre contient tout l'univers !
Là sont morts par millions les glorieux Yadavas,
Là sont morts par milliers les hommes et
les ascètes !
A chaque pas que tu fais, tu foules des prophètes,
Tous tombés en poussière !
Poissons, tortues et crocodiles, tous ont mis bas dans l'eau
Et l'eau charrie du sang !
La rivière suit son cours, emportant avec elle
Des hommes et des bêtes les corps décomposés
!
Os et moëlle se dissolvent,
Et de là vient le lait !
Tu t'assieds, ô pande ; avant de boire, prends garde :
Ce pot de terre te souille !
Le Véda et le Livre ne sont que de vaines fictions :
Rejette-les, ô pande !
Dit Kabir, écoute-moi, pande :
Voilà tes oeuvres pies !
(37)
Hommes au mental borné,
Comme Peau se mêle à Peau,
Kabir retournera à la poussière
!
Si le Mithila est ton Pays,
Tu dois mourir à Magabar !
Qui meurt à Magahar ne verra pas la mort :
Mourir ailleurs serait faire honte à Ram
!
" Qui meurt à Magabar devient un âne", crois-tu
:
Tu as perdu ta foi en Ram !
Qu'est-ce que Kashi, qu'est-ce la terre désolée de Magahar
Si Ram est dans mon coeur ?
Si Kabir quitte son corps à Kashi
Nul honneur n'en reviendra à Ram !
(38)
Le monde entier adore un dieu crée de pierre :
Qui s'attache à la pierre se noie dans le courant !
(39)
Si l'on trouvait Dieu dans les statues de pierre,
J'adorerais une montagne !
Toi qui mouds la farine, Ô meule, pour nous nourrir,
N'est-il pas mieux que je t'adore ?
(40)
Les saints se sont tous égarés :
Ils adorent Celui aux quatre bras
Mais Kabir adore celui
Dont nul ne peut compter les bras !
|