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Ascètes et
austérités : Alexandra David Néel
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Au long du
Gange sacré : Varanasi - Bénarès
Alexandra David Néel
A quoi tendent ces pratiques ? Il ne faut pas croire que ceux qui s'y livrent cherchent à expier leurs péchés ou à faire pénitence pour ceux d'autrui. L'idée de péché, au sens où les chrétiens l'entendent, est totalement étrangère aux sadhous hindous. Depuis une très haute antiquité, les Indiens ont cru à la valeur des austérités comme moyen d'acquérir des pouvoirs supranormaux, voire même à élever un humain au rang d'un dieu. Si nous écartons les charlatans qui ne cherchent qu'à en imposer au public, il est certain que la conduite extravagante des sadhous qui s'infligent des tortures - et il en est de bien plus cruelles que celles que je viens de décrire - visent à l'un des deux buts énoncés ci-dessus. Les histoires hindoues sont pleines d'exemples d'ascètes qui, par la force de leur tapasya (austérité), font trembler les dieux dont ils convoitent la place. Et nous y voyons ces derniers tendre des pièges à leurs émules pour leur faire interrompre le cours de leurs austérités, les faire déchoir et par là les éloigner de l'état divin. Pour bien comprendre cette crainte des dieux de se voir supplanter, il convient de savoir que, d'après les théories indiennes, la situation d'un dieu n'est pas " à vie ", la position du plus grand d'entre eux : Iswara lui-même, ressemble plutôt à celle d'un fonctionnaire, nullement inamovible, qu'un plus digne que lui d'occuper son siège peut l'y remplacer. Cette crainte que les dieux ont des hommes, nous la voyons dénoncée dans le Brihad Aranyakopanishad mais, là, ce n'est point l'ascète qu'ils redoutent, c'est l'homme éclairé qui sait que les dieux n'ont pas une existence séparée de la sienne. " Celui qui croit : je suis un autre que la déité que j'adore ; elle est un autre que moi ; celui-là les dieux se servent de lui comme d'un animal. Comme un troupeau sert à la nourriture d'un homme, de même chaque homme entretient l'existence des dieux. Il n'est pas agréable aux dieux que les hommes connaissent cela. " Pourquoi ? On se rappellera ce qui a été expliqué au chapitre II, les dieux sont nos créations, que le culte qui leur est rendu et la foi que l'on a en eux tiennent en vie. La crainte que le dieu a de l'homme se retrouve exprimée de façon anthropomorphique dans la Genèse : " L'Eternel Dieu dit : Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous par la connaissance du bien et du mal. Maintenant (prenons garde) qu'il n'avance la main et ne prenne aussi de l'arbre de vie et qu'il n'en mange et ne vive toujours. "Vivre toujours" c'est accéder à l'immortalité et, par là, s'égaler aux dieux. |