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LA
DOCTRINE DES PÀSHUPATÀ L'enseignement de Lakulishà Pashupati (le Seigneur des animaux) Ishvarà-Kartri-Vàdà Kàranà (la
cause) |
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Au long du
Gange sacré : Varanasi - Bénarès
Le Destin du Monde d'après la Tradition Shivaïte
LA DOCTRINE DES PÀSHUPATÀ
Lakulishà est considéré comme le dernier représentant de la tradition primordiale, le dernier des Voyants, des Rishi qui apporta de nouveau aux hommes un message de sagesse qui pourrait permettre de retarder l'échéance fatale de la fin du Kali Yugà. Il n'est pas nécessairement le seul car, au même moment du cycle, d'autres voix, en d'autres lieux, se sont élevées pour tenter de mettre un frein à la folie des hommes. Leur enseignement a été dévoyé comme l'a été dans l'Inde celui de Lakulishà. Mais ce qui en subsiste est suffisant si nous avons le courage de renverser les tendances du monde actuel, de renoncer aux absurdes idéologies religieuses, morales et sociales qui nous masquent la réalité, pour permettre à une partie de l'humanité de survivre encore quelques temps et à certains de traverser l'apocalypse et de participer à l'aurore d'un monde nouveau. La doctrine enseignée par Lakulishà reprend sous une forme imagée et populaire les principes des Darshanà, des voies de la connaissance, et propose des modes de conduite adaptées à la phase finale du Kali Yugà. " Les textes concernant la doctrine des Pàshupatà, exposée par Lakulishà, sont regroupés dans une série d'essais appelée Lakuldgamà Samayà (résumé de la tradition de Lakulishà). Les adhérents de cette philosophie sont connus sous les noms de Làkulà, Pàshupatà ou Kàlàmukhà (Têtes Noires). Lakulishà reprend intégralement les traditions rituelles et morales du Shivaïsme ancien et s'appuie également sur la philosophie matérialiste du Vaishéshikà et la logique du Nyàyà. " (R. Sakhare, History and Philosophy of Lingayat Religion,p. 212-214.) On n'a pas jusqu'à présent découvert de textes rituels ou philosophiques des Pàshupatà antérieurs à Lakulishà. Par contre il existe plusieurs ouvrages composés plus tard par des Pàshupatà qui résument les anciens textes. Parmi ceux-ci les principaux sont le Pàshupatà Sûtrà et son commentaire par Kaundinyà appelé le Paizchàrthà-Bhàshyà; la Ganà Kàrikà de Haradattà et son commentaire la Ratnà tikà par Bhàsarvajîià; l'Ishvarà-Kartri-vàdà (le pouvoir créateur de l'être divin) de Bonteyà Muni qui prêcha la doctrine de Lakulishà en pays Andhra au XI° siècle; le Shaddarshanà samucchayà (résumé des six approches philosophiques) de Ràjashekharà (1350); le Shaddarshanà samucchayà de Haribhadrà avec un commentaire par un auteur jaïna appelé Gunaratnà (c. 1375). Dans le Sarvà darshanà-samgrahà (Histoire des systèmes philosophiques) de Sàyanà-Màdhavà XIV° siècle) le chapitre sur le " Nàkulishà-Pàshupatà Darshanà " est un des meilleurs exposés de la doctrine.
Dans l'ancien Shivaïsme, le principe créateur est vénéré
sous la forme de Pashupati, le " Seigneur des animaux ". Pati,
le Berger, est le Créateur et le Souverain du monde. Pashu, le
bétail comprend tous les êtres créés, les
dieux, les esprits, les animaux, les hommes. Pàshà, le piège,
est le monde apparent, matériel, illusoire, dans lequel les êtres
vivants sont emprisonnés.
Selon la doctrine des Pàshupatà, " Pati, le maître
du troupeau, est omniprésent. Il n'est pas limité par
le temps ni confiné en un lieu de l'espace. (1). Le mot Mantrà est utilisé ici pour désigner des formules, dans le sens mathématique du mot, qui sont à la base de toutes les formes du créé. En Yogà le mot Mantrà correspond à une formule sonore qui est l'expression verbale d'un archétype qui représente un état d'être, éventuellement une divinité et permet de l'évoquer.
Pashu, les animaux des troupeaux, incluent les êtres subtils que nous appelons des dieux, des génies, des démons, ainsi que toutes les espèces animales y compris les hommes. Certains de ces êtres ont pour mission de gérer le développement de chacune des espèces. Ce sont les génies proches de nous avec lesquels la perception animiste et les rites nous permettent d'entrer en contact. Les différents niveaux de la création semblent séparés et indépendants l'un de l'autre et pourtant forment une continuité indivisible. Chaque être vivant perçoit un aspect particulier de la création. Il agit comme témoin d'une des multiples facettes du jeu divin, l'un des miroirs dans lesquels le créateur contemple son oeuvre. Le champ (Kshétrà) de chaque témoin est limité, c est pourquoi l'animal (pashu), c'est-à-dire l'être vivant (jîvà), est aussi appelé Kshétràjîià (celui qui connaît le champ) c'est-à-dire l'aspect du monde qu'il est destiné à percevoir. Il représente un fragment de la conscience universelle emprisonné dans une demeure corporelle.
Le piège Pàshà n'est autre que le monde apparent.
La conscience (chaitanyà) est le principe de la perception. Elle
est sans limites dans Pati, le Patron, mais elle est limitée
dans les êtres vivants, les bêtes (pashu) emprisonnés
dans les mailles (jàlà) du piège (pàshà). C'est le piège qui isole la conscience individuelle de la conscience universelle. Il est donc à l'origine de la personne humaine. Lorsque les obstacles que crée le piège sont enlevés, la conscience individuelle se dissout dans la conscience universelle.
La doctrine philosophique des Pàshupatà enseignée
par Lakulishà est appelée Ishvarà-Kartri-Vàdà
(le pouvoir créateur de l'Etre Souverain). Cette doctrine est
mentionnée, au IX°siècle, par Shankaràchàryà
dans son commentaire des Brahmà-sûtrà (II. 2. 37). Nous en trouvons une analyse dans l'un des principaux textes des Pàshupatà, la Ganà-Kàrikà de Haradattà et son commentaire par Kaundinyà, le Paizcharthà-Bhàshyà (commentaire des cinq sujets). Ràmànujà attribue cette philosophie à la tradition des Kàlàmukhà, la secte des " Têtes noires " à laquelle appartenait Lakulishà. Cette doctrine est divisée en cinq parties appelées Kàranà (la cause), Kàryà (l'oeuvre), Kalà (la divisibilité), Vidhi (la méthode), Yogà (le lien), Dukhàntà (la fin de la souffrance). Kàranà (la cause) est le nom utilisé pour évoquer
le Principe Souverain (Ishvarà) qui crée, soutient et
détruit l'univers. Shivà (le Bienveillant) ou Pati (le
Maître) sont les noms employés pour désigner ce
Principe causal dont le monde est issu. Sous son aspect destructeur
il est appelé Bhaïravà (le Terrible). " Un des aspects de la doctrine des Pàshupatà,
telle qu'elle est exposée par la Ratna-tikà et le Panchdrthà-bhàshyà,
est l'indépendance (svatantratà) absolue du créateur
qui agit sans tenir aucun compte des actions humaines (karmàdinirapékshà).
Cette doctrine est en rapport avec le déterminisme (Niyati) de
Gosàlà. " (David N. Lorenzen, The Kàpàlikas
and Kàlàmukhas, p. 190-191.) Le principe créateur (Kartri) est indépendant de toute loi (dharmà) cosmique ou morale. Il ne peut être influencé par les actions (karmà) des êtres créés. La récompense des mérites est une gràce, un don des dieux et non pas une rétribution automatique des actions. Kàryà (l'oeuvre) représente le monde, la matière
et la vie. Kàryà, la substance du créé, est
formée de trois composantes appelées Vidyà (la connaissance),
Kalà (la divisibilité, la multiplicité) et Pashu
(l'animal, l'être vivant). Vidyà, sous la forme de la conscience,
(Chit, correspondant au Mahat du Sàmkhyà), est omniprésente
dans l'oeuvre en tant que celle-ci est une émanation du Créateur
et inséparable de lui. Le Principe Souverain a deux aspects. L'un est manifesté et
composite (sakalà), l'autre transcendant et indivisible (nishkalà).
Sous sa forme composite l'Etre Divin est immanent, présent en
toutes choses et a donc de multiples facettes ou aspects. Sous ses deux aspects, le Principe Souverain possède des pouvoirs
sans limites de connaissance Ufiànà-shakti) et d'action
(kriyà-shakti). C'est à son aspect composite, correspondant au Purushà du Sàmkhyà, qu'appartiennent les qualités de souveraineté (patitvà), d'existence (sattvà), de Principe initial (adyatrà), de n'être issu de rien d'autre (ajatvà). C'est cet aspect qui est à l'origine des " éléments constitutifs du monde apparent", les Tattvà, envisagés par le Sàmkhyà. Les autres aspects de la doctrine de Lakulishà concernent non plus la nature du monde mais celle de l'homme et les règles de son comportement. La méthode est divisée en quatre sections appelées Padà (pieds). Ces sections sont Kriyà (les choses à faire, les actes méritoires) Charyà (les pratiques), Yogà (l'union) et Jnànà (la connaissance). Selon la Padmà Samhità (III. 1.6.) Kriyà, le devoir,
l'action rnéritoire, concerne essentiellement la construction
de sanctuaires et la fabrication d'images. Le temple est un Mandalà, une figuration géométrique
des archétypes, des graphes qui sont à la base des structures
de l'univers, comme de celles de l'être humain. L'architecture sacrée, basée sur le symbolisme des nombres,
les diagrammes géométriques des Yantrà, l'orientation
par rapport aux constellations du zodiaque et les données astrologiques,
joue un rôle essentiel dans la communication entre les différents
états d'être, entre les hommes et les dieux (Voir A. Daniélou,
Le temple Hindou.) C'est dans l'image qui se trouve au centre du sanctuaire que l'on
peut évoquer par la puissance des Mantrà, des formules
magiques, la présence réelle de la divinité. Le Kali Yugà est l'àge du culte des idoles. C'est à travers l'architecture du temple et les images des dieux basés sur des diagrammes magiques que s'établit le plus aisément un contact entre l'homme et le surnaturel. C'est au début du Kali Yugà que le dieu Shivà a enseigné aux hommes la musique, la danse, la sculpture, l'architecture, les arts du bronze et du fer. On peut, dans toutes les civilisations, retracer l'origine de l'architecture
sacrée et la notion du Grand OEuvre à l'influence du Shivaïsme
protohistorique à partir des monuments mégalithiques qui
se rencontrent partout où s'est répandue l'influence dravidienne.
La construction de temples et la vénération des images
a été longtemps reprochée aux Shivaïtes "
idolàtres ". Le culte des images était inconnu des
peuples nomades et guerriers, survivants du Trétà Yugà
qui s'efforcèrent partout de détruire sanctuaires et idoles
avant de les adopter eux-mêmes. Les Hébreux iconoclastes
renversèrent le Veau d'Or et ruinèrent les temples de
Baal - (Le rapprochement s'impose entre le Baal biblique et Bàlà
(l'adolescent) l'autre nom de Skandà, chef de l'armée
des dieux, fils et doublet de Shivà, que l'on vénère
sous la forme du taureau) - comme, plus tard, les Arabes islamisés
ont détruit les temples de l'Inde et les Chrétiens brisé
les images des dieux romains avant de remplir leurs églises de
statues de Vierges et de Saints. " Il n'existe aucune trace dans les textes védiques de
l'édification de temples ou de la vénération d'idoles.
Les sacrifices védiques étaient accomplis (et le sont
toujours) sous des abris temporaires, les Mandapà érigés
pour cette occasion et détruits ensuite. La construction de temples et la vénération d'images
sont par contre un aspect fondamental du Shivaïsme. " (M.
R. Sakhare, History and Philosophy of Lingayat Religion, p. 172.) La maçonnerie et le compagnonnage en Occident sont des survivances
des anciennes corporations de constructeurs de temples et peuvent nous
donner une idée de ce que sont les valeurs morales et le soutien
social d'une tradition artisanale. Après la destruction des cités de l'Indus par les Aryens,
l'architecture sacrée avait disparu dans l'Inde. On rencontre
seulement de petits sanctuaires, faits de quelques pierres entourant
un Lingà, dans les montagnes ou des lieux isolés. Beaucoup
plus tard, ce sont les Bouddhistes qui construisirent à nouveau
des Stupà, des tumulus recouvrant des reliques, inspirés
des anciens dolmens. Ce n'est qu'à partir du renouveau shivaïte que la construction
des temples reprit son essor sur la base des traditions dont les corporations
artisanales avaient préservé les secrets. A l'époque de Harshà (606-647) mais déjà
à l'époque Guptà ont été construits
des temples Pàshupatà presque partout dans l'Inde y compris
le Kapishà (Nouristan afghan). Ils sont mentionnés par
le pèlerin chinois Hsüan Tsang. Dans les régions où l'influence de Lakulishà fut la plus forte, du Rajputana à l'Orissa et dans le sud de l'Inde, vont être construits un nombre extraordinaire de temples tels que ceux d'Ellora, Elephanta, Bhuvaneshvar, Khajuraho et, dans le sud, ]3adami, Aihole, Chidambaram, Conjivaram, Madura, etc. qui sont parmi les plus beaux monuments du monde, et sont les témoins d'une époque d'exaltation religieuse qui fait penser à ce que devait être, un peu plus tard, l'àge d'or des cathédrales en Occident, influencé probablement par les architectes de l'Inde fuyant les invasions musulmanes (Voir Alain Daniélou, Le Temple Hindou). Dans les textes du Shivaïsme, le Yogà est défini
comme " l'établissement d'une relation entre l'être
individuel et l'être universel par la porte (dvàrà)
du conscient (chittà) ". Selon la Ratnà tikà, " le Yogà est la méthode
qui permet de réaliser l'identification de l'être vivant
(jîvà) avec l'être total ou Principe Souverain (Ishvarà)
("Chittadvàréna Atméshvarà sambandhàhéturyogah.") On établit cette relation en premier lieu par la répétition de Mantrà, de formules verbales qui évoquent les archétypes qui constituent la nature de certains aspects de l'être divin. Cette préparation est suivie du Dhyànà, la concentration mentale, et des autres pratiques (karmà) du Yogà qui conduisent à la maîtrise des différentes facultés et énergies qui constituent la personne humaine. Dukhàntà (la fin de la souffrance) Le sixième sujet auquel s'intéresse la doctrine de Lakulishà
est appelé Dukhàntà, la " fin de la souffrance
". Elle concerne le destin des êtres au-delà de la
vie. Selon Kaundiyà, Dukhàntà est de deux sortes,
personnel (sàtmakà) et impersonnel (anàtmakà). Dans la forme personnelle réalisée par les Siddhi (les
pouvoirs du Yogà) l'être humain peut dépasser la
condition animale et, devenant un être subtil, s'unir à
Shivà (Rudra sayujyà). Dans sa forme impersonnelle (anàtmakà) le moi cesse d'exister et les différentes composantes de l'être vivant se dissolvent dans les principes universels dont ils sont issus. |