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Jean Varenne
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Au long du
Gange sacré : Varanasi - Bénarès
Parmi les innombrables êtres intermédiaires entre les
hommes et les dieux, la mythologie hindoue connaît diverses classes
de démons réunies sous l'appellation générique
de "raksasa" (gardien). Leur origine est mal définie
: on dit parfois que ce sont des dieux déchus, punis pour quelque
faute grave ; plus souvent les textes les tiennent pour des hommes "grands
pécheurs" et condamnés à assurer pour un temps
leur fonction démonielle (dans ce cas le raksasa s'acharne à
découvrir celui qui doit le remplacer et, pour cela, à
détourner les hommes du droit chemin) ; il est rare que l'on
tienne les démons pour des êtres qui destinés à
le rester pendant toute la durée du cycle cosmique. En tant qu'incarnation
du mal, ils sont, en effet, le signe de la dégradation du dharma
(la norme universelle, la loi morale et religieuse, l'ordre cosmique).
Le mal, certes, est nécessaire pour punir les méchants
et induire les justes en tentation, mais il n'en pas moins un scandale,
une rupture de l'ordre des choses ; il porte en lui-même sa propre
condamnation. Aussi les raksasas sont-ils à la fois tourmenteurs
et tourmentés : peut-être souffrent-ils plus que les pécheurs
qu'ils torturent. Et tous les courant de bhakti ("dévotion
ardente") s'accordent à penser que le dieu de bonté
(Vishnu, Krishna, etc.) sauve les pécheurs et les démons
aussi bien que les justes. On interprète, par exemple, l'épopée
du Ramayana comme une oeuvre de salut opérée par Rama
(incarnation de Vishnu) pour délivrer le démon Ravana
de sa condition mauvaise. L'enlèvement de Sita (femme de Rama)
par Ravana devient la felix culpa qui justifie l'intervention rédemptrice
de Vishnu : le trait qui perce le coeur de Ravana vaincu est la manifestation
de la grâce puisqu'il est lancé par Rama. Ravana sauvé
monte au ciel en chantant les louanges du dieu sauveur. |