Rencontre d'Espaces




 


INDE 2001-2002


Au long du Gange sacré
Varanasi - Bénarès

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RAKSASA

Jean Varenne

 

 

 

Au long du Gange sacré : Varanasi - Bénarès

(21 septembre - 1er décembre 2001 -- 15 janvier - mars 2002)





RAKSASA

Parmi les innombrables êtres intermédiaires entre les hommes et les dieux, la mythologie hindoue connaît diverses classes de démons réunies sous l'appellation générique de "raksasa" (gardien). Leur origine est mal définie : on dit parfois que ce sont des dieux déchus, punis pour quelque faute grave ; plus souvent les textes les tiennent pour des hommes "grands pécheurs" et condamnés à assurer pour un temps leur fonction démonielle (dans ce cas le raksasa s'acharne à découvrir celui qui doit le remplacer et, pour cela, à détourner les hommes du droit chemin) ; il est rare que l'on tienne les démons pour des êtres qui destinés à le rester pendant toute la durée du cycle cosmique. En tant qu'incarnation du mal, ils sont, en effet, le signe de la dégradation du dharma (la norme universelle, la loi morale et religieuse, l'ordre cosmique). Le mal, certes, est nécessaire pour punir les méchants et induire les justes en tentation, mais il n'en pas moins un scandale, une rupture de l'ordre des choses ; il porte en lui-même sa propre condamnation. Aussi les raksasas sont-ils à la fois tourmenteurs et tourmentés : peut-être souffrent-ils plus que les pécheurs qu'ils torturent. Et tous les courant de bhakti ("dévotion ardente") s'accordent à penser que le dieu de bonté (Vishnu, Krishna, etc.) sauve les pécheurs et les démons aussi bien que les justes. On interprète, par exemple, l'épopée du Ramayana comme une oeuvre de salut opérée par Rama (incarnation de Vishnu) pour délivrer le démon Ravana de sa condition mauvaise. L'enlèvement de Sita (femme de Rama) par Ravana devient la felix culpa qui justifie l'intervention rédemptrice de Vishnu : le trait qui perce le coeur de Ravana vaincu est la manifestation de la grâce puisqu'il est lancé par Rama. Ravana sauvé monte au ciel en chantant les louanges du dieu sauveur.
Quant à la mythologie des raksasas, elle est riche et pittoresque compte tenu de l'imagination déployée par les auteurs de contes populaires, de ballades, d'oeuvres littéraires de toutes sortes, qui, aidée par les théologiens, sont attentifs à terroriser les pécheurs éventuels. Toutes les façons possible de tourmenter le corps et l'âme sont illustrés par l'existence de tel ou tel type de démons ("ébouillanteurs", "dévoreurs", "brûleurs", entre autres) A ceux-ci s'ajoutent les êtres mauvais qui, assure-t-on, parcourent la surface de la terre dans le dessein de faire souffrir "gratuitement", sans référence au pécher ; les vampires, par exemple, sont des "âmes en peine", laissées sans sépulture religieuse, qui boivent le sang des vivants pour subsister ; d'autres vivent une existence de fantômes, d'ogres, de loup-garous. Pour se protéger des démons, l'homme doit se le rendre favorables par des oblations et mieux encore s'en défendre par des amulettes, des incantations ; inversement, le sorcier peut les prendre à son service grâce à des pratiques de magie noire. Face aux démons, cependant, le refuge suprême est la sauvegarde offerte en permanence aux hommes pieux par Agni (dieu du feu), dont la flamme pacifique brille éternellement au foyer domestique.

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