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LE MYSTERE DU CULTE DU LINGA A. Daniélou - SHIVA : LE PRINCIPE CREATEUR, ET PRAKRITI : LA NATURE DU MONDE - LE LINGA ET LA SYLLABE D'ADORATION AUM - PURUSHA
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Au long du
Gange sacré : Varanasi - Bénarès
A. Daniélou
SHIVA : LE PRINCIPE CREATEUR, ET PRAKRITI : LA NATURE DU MONDE
Selon la Mandukya Upanishad, " le principe appelé Shiva représente l'état de paix absolue, qui est le quatrième stade ", le stade transcendant de l'être (7). (7). Le quatrième stade est celui qui est au-delà des états de veille, de rêve et de sommeil profond, au-delà des limites du créé. L'univers étant limité à trois dimensions, la quatrième représente ce qui est au-delà de l'univers apparent. Le principe appelé Shiva représente donc l'Être
suprême, l'Esprit suprême, origine de l'univers, la lumière
absolue par laquelle tout ce qui existe apparaît. Il n'y a pas de jouissance sans existence ni d'existence sans jouissance.
En parlant de " l'existence comme d'une jouissance qui s'illumine
elle-même ", la jouissance est présentée comme
distincte de l'aspect physique du plaisir ; et en disant que "
l'existence est une forme de jouissance ", l'existence est affranchie
de la notion d'inertie. " La matrice universelle, dont sont nées toutes les matrices individuelles, c'est-à-dire la mère universelle, est appelée la Nature (Prakriti) et moi, je suis le père, Shiva, le phallus qui donne la semence, la vie. " C'est donc la Nature originelle, en union avec l'Être suprême qui, comme une mère et un père, une matrice et un phallus, procrée tout ce qui existe. Et c'est de la même manière que, dans le monde, quand ils désirent s'assurer une descendance, les hommes fécondent les femmes. D'après un texte des Védas, l'Être suprême
réfléchit : L'Être suprême, désirant une progéniture, la multiplicité, féconde la Nature (Prakriti). " Il désira. " Le désir, qui prend la forme d'une volonté de procréer, est le premier Eros surnaturel. Uni à la Nature par ce désir, l'être divin procrée des mondes innombrables. Ce désir fait partie de lui. " Le désir est un aspect de l'être présent en toute chose. " (Bhagavata Purâna) Dans le monde aussi, le but de l'amour, de la sensualité, du
désir, est une recherche du bonheur (Ananda). Ce désir
trouve sa finalité dans la jouissance érotique. Les choses
ne sont désirables que dans la mesure où elles causent
un plaisir. C'est pourquoi le bonheur absolu se rencontre dans l'amour
de l'Être absolu, supérieur à toute jouissance,
car rien ne peut le troubler, alors que l'amour d'autres objets n'est
qu'un amour relatif et fugitif. (8). Ici par femme, on entend " la chose dont on jouit ". La virilité et la féminité absolues n'existent pas dans le monde manifesté où toute chose est un mélange de ces deux principes. Chaque fois que surgit le désir de jouir, ceci provient du principe mâle alors que la chose dont on jouit représente le principe femelle. Si l'on considère le désir éprouvé par la femme envers un homme et le plaisir qu'elle ressent, c'est elle qui est le principe mâle et lui le principe femelle. C'est dans le mental, pacifié par l'apaisement du désir, que se laisse entrevoir la volupté qui est la nature de l'âme. Par rapport au plaisir éprouvé, la femme n'est qu'une cause secondaire et c'est une illusion qui la fait considérer comme une source de plaisir ou comme étant elle-même le plaisir. Car, de même que quelqu'un qui a pris du poison trouve un goût sucré aux feuilles amères du citronnier sauvage, de même c'est seulement sous l'influence d'une illusion qu'une femme de chair apparaît comme entourée d'une aura de félicité. L'objet réel de l'amour, du plaisir et du désir, est la volupté pure qui est la nature de l'Être divin. Pourtant l'amour et le plaisir sont réels puisque l'être individuel est un fragment de l'Être total. Voilà pourquoi on dit que seul l'Être divin mérite l'amour, un amour dans lequel celui qui aime et l'objet de l'amour ne sont pas distincts l'un de l'autre. Amour, joie, plaisir, sont tous des aspects de l'Être universel. Tout l'univers est issu de ce plaisir, de cette joie, de cette jouissance qu'on retrouve donc forcément en toute chose. Et puisque la joie et l'amour sont omni-présents, on peut dire que la femme est une forme matérialisée du bonheur. Elle peut, par conséquent, être un objet d'amour. Toutefois l'amour réel, qui est immatériel, ne devrait s'adresser qu'à un être immatériel (Nirupadhika). Dans la vie quotidienne, les choses sont soit utiles, soit nuisibles, permises ou interdites, alors que dans l'Être transcendant il n'y a pas de limites. Il existe des formes de joie et d'amour physiques qui sont acceptables alors que d'autres sont à éviter. Les divinités, leur beauté et leur attrait sont utiles et les aimer est bénéfique, tandis que la beauté des prostituées est dangereuse et leur amour doit être évité. Le lait le plus pur, gardé dans un vase souillé, est pollué ; de même le plaisir et l'amour deviennent mauvais sous l'influence de contacts impurs. Aussi le plaisir et l'amour qu'on trouve dans les choses interdites par la morale sont-ils à éviter. En principe, le plaisir et l'amour nous rapprochent du divin. La joie et l'amour sont présents partout, mais on doit établir une différence entre, d'une part l'amour pour des femmes perverses, bien que le divin soit aussi présent en elles mais souillé par l'impureté de la luxure et de la passion, et d'autre part cet amour d'une autre nature qui s'adresse à l'Être et que l'on appelle dévotion ou foi.
Mais l'attraction que Krishna (9) (somme et essence de toute beauté,
de toute douceur, personnification de tout le nectar de la volupté)
éprouve au contact de Râdhâ (la divinité qui
n'est qu'un aspect de lui-même et qui préside à
sa manifestation) est l'amour de l'amour. C'est la flèche par
laquelle Eros se blesse lui-même. (9). L'obscurité de l'ignorance est dissipée par deux astres : la lune, dont la lumière est plaisante et agréable, et le soleil dont la lumière est blessante et brûlante. Pour faire allusion à cette comparaison, on a donné l'épithète de lunaire (Chandra) aux avatars de Rama et de Krishna. (10). il est resté en position de yoga pendant cent ans pour obtenir ce qu'il désirait, c'est-à-dire la possibilité de renaître fille de bouvier, Radha était donc sa propre manifestation, c'est en ce sens qu'il était l'amour de l'amour.
(12). Les sages (ou Rishis) devenant trop puissants
grâce à leurs pratiques ascétiques inquiétèrent
les Dieux qui leur envoyèrent des Apsaras, des nymphes merveilleuses
qui finirent par avoir raison de leur vertu. Lorsqu'elle apparaît, cette beauté se manifeste parfois sous les traits féminins de Lalitâ ou sous l'aspect de Krishna. Le nombre seize, qui représente la plénitude, est le symbole de la totalité d'existence, de conscience et de joie (sat-chit-ânanda). C'est pourquoi on représente l'Être divin en qui tout aboutit comme un adolescent de seize ans (13). (13). La numérotation indienne n'est pas décimale mais fondée sur une base de 16. Le nombre 16 représente la perfection. La pleine lune a seize digits, après l'âge de seize ans commence le déclin. C'est pourquoi on considère que les dieux ont toujours seize ans, c'est-à-dire sont parfaits. " Parfois Lalitâ, la volupté primordiale, prend une forme masculine et devient Krishna. Elle ensorcelle alors le monde par le son de sa flûte. " (Tantrarâja) Dans l'Être suprême, essence de la joie, de la beauté
et du bonheur, au-delà du créé, de la Nature (Prakriti),
apparaît la notion d'être deux : Shiva et sa partenaire
appelée Pârvatî ou Shakti. Ils représentent
le dualisme qui surgit dans l'immensité indifférenciée
(le Brahman), sous la forme d'une Energie, Shakti, source de mondes
innombrables. Ce dualisme apparaissant dans l'immensité indifférenciée,
est symbolisé par le phallus et le vagin. Le phallus, signe apparent
du principe mâle, représente l'Homme-cosmique (Purusha
(14)) l'oeil qui voit tout. Le symbole de la Nature (Prakriti) dont
la substance est l'énergie (Shakti) et dont l'univers est issu
tel un uf (15), est représenté comme une matrice
ou parfois comme une coupe (Argha), ou une urne (Jalahari) (16). Il
ne peut y avoir de création par l'Homme-cosmique seul ni par
la Nature seule. Il est indispensable pour que la création ait
lieu que survienne l'union de ce qui perçoit et de ce qui est
perçu, c'est-à-dire de l'Homme-cosmique (la conscience)
qui est immuable, immobile, et de la Nature (la substance) qui est inconsciente
et passive. " Le principe organisateur de la matière (Mahat Brahma), c'est-à-dire la Nature (Prakriti), est le vagin dans lequel je dépose le germe dont sont, issues toutes les formes de vie. " (14). On appelle Purusha (l'Homme-cosmique), le principe ordonnateur du monde considéré comme un principe mâle. Prakriti, la substance du monde, est considérée comme un principe passif, féminin. La substance de la matière est l'Energie, Shakti. La matière n'est donc qu'une apparence appelée Mâyâ, l'Illusion. (15). Prakriti est représentée comme une
matrice qui produit un oeuf, qui enfante l'univers comme un oeuf. (16). Dans ce cas on la représente quelquefois seule, sans le Linga, sous l'aspect d'un vase sacrificiel ou d'un calice en forme de conque dont le symbolisme équivaut à celui du vagin.
(17). Les Tantra décrivent le Linga sous la forme d'un phallus tandis que dans les Purâna, le Linga Purâna en particulier, on présente le Linga comme ayant la forme d'un oeuf. (18). La conscience (chit) est un substrat qui est présent partout dans la matière, dans les êtres, dans les astres et qui est donc immanent. Ce principe de la conscience, donc de la perception, est présent partout, c'est-à-dire qu'il n7existe pas d'objets matériels inconscients. Cela est expliqué dans le Sânikhya : c'est ce qui fait, par exemple, qu'un atome d'hydrogène est conscient d'être un atome d'hydrogène et qu'il ne se confond pas à un atome d'azote. Chacun a sa notion d'individualité. Et du fait que la conscience est partout présente, il n'y a rien d'inconscient dans l'univers.
(19). Purâna abondent en histoires de conceptions attribuées à un regard, un contact ou un aliment. Quand Diti, la mère des démons, demanda à son époux, le sage Kashyapa, des fils capables de vaincre Indra, le roi du ciel, il plaça la main sur sa tête et elle conçut. Dans le Râmâyana la mère de Râma l'avait conçu en mangeant du havi, le riz des sacrifîces, etc. Cette idée n'est pas exclusivement hindoue, la conception du Christ eut lieu aussi sans union physique. D'après les Purâna, au commencement du monde, l'union sexuelle n'existait pas en tant que moyen d'engendrer une descendance. Les sages avaient l'habitude de produire des enfants par le pouvoir de leur volonté. Comme la reproduction restait insuffisante dans la création, le dieu Brahmâ s'en préoccupa sérieusement. C'est alors que le sage Daksha (que l'on appelle le progéniteur Prajâpati) inventa la copulation comme moyen de procréation. A partir de ce jour toutes les espèces se propagèrent avec vigueur et, pour le récompenser, Daksha fut nommé Premier de tous parmi les seigneurs du monde, les Prajâpatis. (20). S'ils peuvent produire les conditions de création, ils peuvent créer. Ces conditions, c'est la relation des contraires, représentée par le linga et le yoni. Ces lingas et yonis véritables ne sont pas les organes physiques
ordinaires, lieux de leur manifestation, leurs organes apparents. Les
gens ordinaires croient que la vision réside dans l'oeil mais
l'oeil n'est que l'organe par lequel se manifeste le phénomène
subtil de la vision et la vision est une chose distincte de l'organe.
De même le nez et l'oreille ne sont pas les sens de l'odorat et
de l'ouïe mais leurs organes. Les sens eux-mêmes sont des
choses subtiles que les yeux ne peuvent voir. Ils sont simplement manifestés
plus particulièrement dans des organes particuliers mais, si
le pouvoir de perception diminue, bien que les organes restent les mêmes,
il n'y aura ni vision, ni audition, ni odeur. Les Yogis peuvent voir
et entendre à distance sans utiliser leurs yeux, leurs oreilles,
leur nez. De même les choses appelées linga et yoni ne
sont que des organes apparents. Le linga et le yoni véritables
qui se manifestent dans les organes sont invisibles. C'est pourquoi
les organes de procréation ne ont pas l'aspect principal mais
celui qui voit et ce qui est vu (les principes de l'esprit et de la
matière), qui sont plus subtils, qui se manifestent en eux et
qui sont Shiva et Shakti. (21). C'est la lumière du conscient qui rend sa réalité à l'inconscient. C'est un reflet en tant que lumière, c'est-à-dire, illuminé par la lumière de Purusha.
(22). Un mantra est une formule qui crée un
lien avec des éléments Surnaturels et qui a un pouvoir.
Le nom divin est une formule magique en ce sens. Ram est le nom du feu,
en le prononçant, on peut donc créer le feu. C'est équivalent
au Yantra (le diagramme magique), que l'on ne peut séparer du
Mantra. Dans le sens où il est opérant, le mantra n'est
pas simplement une formule sacrée, c'est une formule sacrée
qui a un pouvoir. Le soleil est appelé l'oeil universel par le pouvoir duquel
existent tous les yeux individuels car, sans le soleil, il n'y aurait
pas de visibilité donc pas d'organe de la vue. De même
c'est le principe appelé Shiva, qui se manifeste dans tous les
pouvoirs générateurs, qui est évoqué dans
sa totalité par le Linga de Shiva. Les gens n'adorent pas un
oeil particulier ni n'en font une idole mais ils vénéreront
le soleil, somme de tous les yeux ; de même c'est la totalité
de Shiva qui est adorée et dont on fait des images. D'après le Brihad Aranyaka : Selon la tradition krishnaïte, c'est dans le septième ciel, le ciel du berger, que l'Être suprême appelé Krishna, incapable d'accomplir l'acte d'amour parce qu'il était seul, se manifeste sous une double forme, l'une faite de lumière noire et l'autre de lumière blanche. De la lumière blanche, Râdhâ, fécondée par la lumière noire, Krishna (24), naquirent l'Intelligence Universelle (Mahat), la Nature (Prakriti) et l'Embryon d'or (Hiranyagarbha, principe et somme de tous les corps subtils (25)). Cette allégorie est similaire à celle de l'union de l'Homme-cosmique et de la Nature, de laquelle l'univers graduellement émerge en commençant par l'Intelligence Universelle. (24). Le noir est la couleur de Krishna, le blanc est la couleur de Râdhâ. Ce rapport entre une lumière sombre et une lumière claire est une formulation très ésotérique. Cela va beaucoup plus loin qu'un simple aspect tamasique par rapport à un aspect sattvique. La lumière noire, c'est l'essence même de la lumière qui est issue de l'obscurité. C'est la lumière transcendante que l'on peut appeler noire parce que la lumière apparente en est issue. C'est une formulation très subtile et très profonde au sujet de laquelle existent des textes précis. (25). Mahat, le grand principe, est la première
forme de la manifestation. Il est considéré comme le principe
d'intelligence qui précède donc l'apparition de la nature
des choses, de leurs formes subtiles puis de leurs formes grossières.
(26). Selon le Védânta, lorsque du principe
absolu non-manifesté, uni à la Nature Prakriti, qui est
son pouvoir de manifestation, surgit la création en tant qu'un
" tout indivisible ", ceci constitue le principe divin du
monde, le seigneur, lshvara, dont tous les êtres vivants, les
Jiva, sont des fragments. Les êtres vivants comme Ishvara sont
faits d'un corps matériel et d'un corps subtil, le corps matériel
d'Ishvara étant l'univers. (27). La différence qui existe entre l'Illusion (Mâya) et l'ignorance (Avidyâ) est la suivante : l'Être universel, par l'intermédiaire de l'Illusion (Mâyâ), donne lieu à la manifestation universelle alors que par l'intermédiaire davidyâ, de l'Ignorance, ont lieu les manifestations individuelles c'est-à-dire les êtres vivants, les Jiva. Tous les êtres vivants habitent dans la sphère de l'ignorance
(Avidya) " qui dépasse de lui de la largeur de dix doigts
" (28). (28). Dans le microcosme (l'homme), la largeur de dix doigts représente la distance entre le nombril, centre du monde manifesté, et le coeur, centre de la conscience. Par analogie, dans le macrocosme, cette expression signifie que la conscience absolue, immuable, existe en dehors des limites de l'univers manifesté, que son centre est à l'extérieur de l'univers, indépendant de ses formes perceptibles. La largeur de dix doigts représente également la longueur de laquelle le sexe dressé de l'homme dépasse du corps ou l'univers de son créateur. (29). c'est un flot, ce n'est pas l'eau calme d'un lac, c'est un lieu de passage. Il s'agit d'évolution, c'est pour cela que l'on représente l'objet de forme allongée. La coupe vient d'abord pour pouvoir recevoir cette " masse informe ", qui dans certains cas est représentée comme une bouillie de lentilles.
Le Linga Purâna explique la structure symbolique du Linga (30) : " A sa racine est le créateur Brahmâ, au centre Vishnou, le Seigneur-des-troisMondes, au-dessus s'élève le Grand-Dieu, Mahâ-deva, dont le nom est la syllabe magique AUM. L'autel du Linga est la Grande-Déesse Mahâdevi. L'ensemble représente donc la divinité totale. En le vénérant les dieux et la Déesse sont vénérés. " (30). Selon les traités d'architecture, le Linga
de Shiva est divisé en trois parties. La partie la plus basse
est carrée et cachée dans le piédestal, on l'appelle
Brahmâ, le constructeur. La seconde partie, qui est octogonale,
enserrée par le Yoni, et qui est donc aussi invisible, est appelée
l'Immanent, Vishnou. Seule la troisième partie, qui est cylindrique,
émerge libre du Yoni ; on l'appelle Rudra, le terrible, la force
centrifuge qui détruit tout.
31 La libération totale Shuddha Moksha - qui est aussi appelée Nirvana ou Kaivalya - est le quatrième, le dernier degré de la libération, de l'union avec le principe, quand la personnalité individuelle disparaît complètement et qu'il ne reste que l'Être unique. 32 Les trois Gunas correspondent à la tendance à l'expansion (Tamas), à la concentration (Sattva) et à la gravitation (Rajas). Pour l'homme, debout dans une plaine, l'espace au-dessus de la terre
apparaît comme la moitié d'un oeuf l'espace sous la terre
ayant la même forme, ces deux moitiés ensemble correspondent
à un oeuf entier. " A l'origine il n'y avait ni existence ni non-existence (33) ni le non-né ni le vivant (Jiva) (34), ni l'espace apparent ni l'espace éternel. " (Rig Véda 2,7, 7) " Il n'y avait alors ni existence ni non-existence, rien de matériel ni de subtil, mais seulement Shiva. " De lui a surgi l'Intelligence Universelle appelée l'Homme-cosmique (Purusha) apparu spontanément comme un éclair. De Purusha sont nées les divisions du temps (35). 33. Ceci peut aussi vouloir dire : rien de subtil (Asat),
ni de grossier (Sat) ; Sat et Asat signifient existant et non-existant
(et non pas être et non-être). Ces termes sont souvent utilisés
pour exprimer l'invisible et le visible et aussi le subtil et le matériel.
Ce que nous ne pouvons voir n'existe pas pour nous, est non-existant,
Asat ; alors que ce que nous pouvons toucher existe certainement t c'est
donc pour nous Sat, c'est-à-dire physique. 34 Le principe du monde (le Brahman) et le principe de la vie (Jiva) sont considérés comme éternels. La Bhagavad Gita décrit le principe de vie, Jiva, comme jamais engendré, éternel, immortel, sans âge, jamais détruit même lorsque le corps est détruit. 35 D'après Manu Smriti, les divisions du temps sont les suivantes : un jour et une nuit = 30 Muhurta (1 Muhurta = 48 minutes), un Muhurta = 30 Kalâ (1 Kalâ = 1 minute et 36 secondes), un Kalâ = 30 Kasthâ (1 Kashtâ = 3 secondes et 12 tiers), un Kasthâ = 18 Nimesha (1 Nimesha = environ 1/6e de seconde). Cet Homme-cosmique, pareil à un éclair (Vidyut), est
le Linga de lumière dont personne n'a pu déterminer les
limites, le commencement, la fin ou le milieu. D'après le Shiva Purâna " Le Linga est aussi envisagé comme un symbole de la nature fondamentale (Mûla Prakriti), c'est-à-dire du pouvoir d'illusion (Mâyâ) ou de la voûte céleste (Gagana). " La masse informe (Pinda) qui constitue l'oeuf du monde est recouverte par les sept voiles de la Nature qui forment le Yoni. D'après le Shiva Purâna : " On doit vénérer le dieu suprême sous la forme du Linga de Shiva. Le soleil donne vie au monde. Ce qui donne la vie est son symbole. C'est le porteur du Linga, le Lingi, que l'on vénère dans " l'organe de génération". " Le signe distinctif par lequel quelque chose peut être reconnu
est appelé Linga. Ceci explique pourquoi la signification du
mot Linga est synonyme d'homme, Purusha (36). (36) Purusha a le sens à la fois d'homme-cosmique
et d'homme ordinaire masculin (en opposition à la femme). En lui on doit vénérer le générateur du monde. On le nomme Linga parce qu'à travers lui on pénètre - on viole le principe suprême appelé Shiva. La syllabe AUM (Pranava) étant l'un des instruments de la connaissance, est appelée un Linga, un signe. Le Mantra initiatique de cinq lettres (38) en est la forme grossière. " Le premier des Linga est la syllabe AUM sous sa forme indivisible, Nishkalâ. Sa forme extériorisée est représentée par le Panchakshara, le Mantra initiatique de cinq lettres. C'est au cours de la grande nuit de Shiva, fêtée le quatorzième jour de la lune décroissante du mois de Maghâ (39), que le Linga apparut resplendissant comme mille soleils (40). " (38) C'est un mantra très connu qui a une forme différente suivant les castes. Beaucoup de gens écrivent ce mantra de façon erronée, c'est-à-dire qui ne leur appartient pas, parce qu'ils l'écrivent de la façon dont seuls les brahmanes peuvent l'utiliser initiatiquement. (39) Le mois lunaire Mâgha (Janvier-Février) est le dernier mois indépendant de l'année qui, quelquefois, fusionne avec le mois suivant, Phalgun, pour rattraper la différence entre l'année solaire et l'année lunaire. Le nouvel an commence à la fin du mois de Phalgun. (40) Le soleil représente l'Être universel (Shiva) et la lune l'être individuel. Le jour de la nouvelle lune, la lune et le soleil s'unissent : et la lune disparaît absorbée par le soleil. Ceci est pris comme une image de la libération. Le jour précédant le quatorzième jour est le dernier jour où la lune, encore distincte, individuelle, se dirige vers sa réabsorption dans l'absolu. On le considère comme symbole de la libération. D'après le Shiva Purâna (Vidyeshvara Samhitâ, 3ème
chap.) seul Shiva, représentant la Cause-première, est
indivisible (Nishkalâ). D'autres dieux, parce qu'ils possèdent
une forme, sont " composites " (Sakalâ). L'informel
est adoré dans le Linga parce que le Linga est indivisible alors
que d'autres dieux sont représentés sous une forme anthropomorphique
liée à certaines proportions de caractère numérique.
Shiva est à la fois commensurable et incommensurable, Sakalâ
et Nishkalâ ; par conséquent il est adoré à
la fois comme un Linga sans forme et sous une forme anthropomorphique.
D'autres divinités ne représentent pas directement l'absolu
divin, l'Être-total, et ne sont donc pas vénérées
sous la forme abstraite du Linga. " La base (Pitha) est la Mère-universelle, le Linga de Shiva est la Pure-conscience. La partie qui émerge du Yoni est hors atteinte de la Nature. " " Un quart de lui représente l'univers comprenant tous les êtres ou éléments, les trois autres quarts, situés au-dessus, représentent ce qui est immortel (Amrita). " La partie de l'Être suprême, qui prend des formes multiples, au contact de la Nature, est le créateur de tout. Le reste, ce qui n'est pas en contact avec la Nature demeure indifférent (Udâsin), n'ayant ni ami ni ennemi. Le principe abstrait de Shiva est au-delà des trois tendances, de la Nature, mais dans la Trinité, Shiva devient le souverain de l'obscurité, Tamas. Il est beaucoup plus difficile de régner sur l'obscurité que sur la lumière car l'obscurité détruit tout ; la suprématie de Shiva qui peut la contrôler est évidente.
Shiva, qui est la connaissance immuable, absolue, qui anime et remplit la Nature, est représenté par le Linga. Il symbolise la quatrième dimension dans toutes les bases triangulaires (Pitha) qui, dans l'être vivant, sont : le corps physique, le principe vital et la conscience (Vishva, Taijâsa, Prajnâ) et dans l'Homme-universel : l'univers matériel, le principe ordonnateur et la conscience (Virât, Hiranyagarbha, Vaishvanara), correspondant aux états de veille, de rêve et de sommeil profond (Jagrat, Svapna, Sushupti), où il apparaît comme le quatrième stade, la libération. (41). La philosophie Sâmkhya reconnaît vingt-cinq éléments dont vingt-quatre sont inconscients, et un principe souverain Ishvara, qui est la conscience. La théorie du Yoga admet vingt-six éléments, le vingt-sixième étant appelé Purusha, l'Homme-cosmique, qui représente la conscience. Dans le langage né d'une vision intérieure (42) (Pashyanti),
une formulation (Madhyama) et une extériorisation sonore (Vaikhari),
il est la pensée informulée (Para vâk) etc. " Le Seigneur suprême, sous les formes partielles de Linga individuels, pénètre, entre dans chaque Yoni, donnant naissance aux corps physiques recouverts par cinq enveloppes (43). D'après le Linga Purâna, le monde entier a surgi du rapport entre un sexe mâle et une matrice ; par conséquent on retrouve partout la marque du Linga et du Yoni. Dans les Véda, les Upanishad, le MahâBhârata, le Râmâyana, les Purâna ou les Tantra, qui parlent de la grandeur de Shiva, tous les dieux vénèrent le Linga de Shiva. On comprend facilement l'importance des organes féminins et masculins pour l'expansion de la création, mais on ne devrait pas les envisager seulement en tant qu'instruments de possession sexuelle ou de plaisir. (42). C'est l'un des quatre stades de la formulation
de la pensée. Dans un magma informel apparaît tout d'un
coup une forme d'idée que l'on cherche à circonscrire
puis à extérioriser. (43). Dans le Védânta on considère le corps comme composé de cinq enveloppes (Kosha) qui entourent l'âme. Pour créer le monde Shiva tua d'abord la luxure et alors seulement
s'accoupla. (44). La capacité de créer l'idée,
la pensée. (cf note " p. 101) Par conséquent on parle du Linga à ce stade comme d'un
non-signe, A-linga. On peut aussi le présenter comme un Linga
supérieur, Mahâ-linga, transcendant la différenciation.
Du non-manifesté (Avyakta), est d'abord issu le principe inné
et comme il apparaît spontanément, on dit qu'il est un
signe auto-engendré (Svayambhu linga). " Dans le Mulâdhâra (46), le Linga représente le principe de non-dualité situé au centre du triangle formant le Yoni. " D'après ce symbolisme, le Linga auto-engendré de Shiva,
qui représente la lumière de la conscience, apparaît
dressé dans le Yoni triangulaire fait de désir, savoir
et action. Ce Linga, qui resplendit comme mille soleils, est omni-présent
et prend toutes sortes de formes : dans le corps les six centres nerveux,
Chakras, sont appelés des Yoni. (46). Premier Chakra situé dans le rectum. La Déesse demanda un jour à Shiva : Tel est le sens du Yoni formé par l'énergie enroulée, le Kundalini Yoni, qui entoure le Linga de Shiva. Ce symbole est similaire à celui de l'arbre sec étreint par une liane sans feuilles qui est la Déesse, l'immuable Brahman étant l'arbre sec pareil à un phallus. (47). Le quatrième stade, qui représente l'unité avec le principe, est souvent représenté comme un demi-état symbolisé par la demi lettre, qui vient après les trois lettres de AUM, ou par le dernier demi-anneau de la Kundalini.
" Celui qui laisse s'écouler sa vie sans avoir honoré le phallus, a perdu son temps. Après la mort, il n'atteindra pas un monde meilleur. Son intelligence se dégradera. Si l'on met en balance d'un côté l'adoration du phallus et de l'autre la charité, le jeûne, les pèlerinages, les sacrifices et la vertu, c'est l'adoration du phallus, source de plaisir et de libération, qui protège de l'adversité, qui l'emporte. " (Skanda Purâna) Quoique le Linga de Shiva et sa vénération aient toujours
existé, les Purâna parlent de leur première apparition. Pârvatî, la bien-aimée de Shiva, est représentée par une flèche. " Le Yoni et la flèche ont pour symbole le nombre 5 (52). Le mot " flèche " évoque le dieu Eros Kâma, à cause de ses cinq flèches, mais le nombre cinq représente aussi Shiva à cause de ses cinq visages ainsi que Pârvatî, la Dame de la montagne, à cause des cinq-principes-des-éléments. La force magnétique est présente dans tous les éléments mais plus particulièrement dans l'eau et au sommet des montagnes. Parce que Pârvatî représente les cinq éléments, elle évoque une flèche, le sommet d'une montagne. Le Linga de feu la pénètre. Lorsque la foudre tombe dans son Yoni, c'est-à-dire sur la terre ou dans l'eau, elle est pacifiée ; autrement elle réduit en cendres toute chose, homme ou arbre. Le dieu dit: 52 (=le nombre 5) Le nombre 5 est caractéristique de toutes les structures vivantes. Les mots bâna, shara, ishu, etc. qui tous signifient " flèche ", sont les expressions symboliques du nombre 5 parce que les flèches de Kâma Deva, le dieu de l'amour, sont au nombre de cinq. Les noms de ces flèches sont des noms de fleurs : lotus, Ashoka, fleur de manguier, jasmin et lotus bleu. Les effets de ces cinq flèches sont de rendre fou, d'enflammer, de dessécher, de pétrifier et d'exciter. En astronomie et dans les Tantra, les mots qui signifient "-flèche " sont aussi utilisés pour décrire les cinq étoiles principales. " Elle est la matrice de tout ce qui est matériel ou subtil. " (Yaiur Veda) " Elle existe dans toutes les espèces ou Yoni. " (Shvetâshvatara Upanishad) " Elle est la matrice du monde dans laquelle la nature mûrit. " (ibid.) L'oeuf du monde, symbole perceptible du non-manifesté, fut divisé en deux parties par suite de l'inégalité résultant de l'alternance des forces d'attraction et de répulsion dans les Bhrigu et la terre. " Les Bhrigu, qui sont l'air (Vayu), l'eau (Apa) et la lune, l'ont divisé en deux parties. " (Gopatha Parva 2,8) " C'est à cause de la malédiction d'un Bhrigu que le Linga de Shiva, le Dispensateur-de-la-joie, qui était allé dans la forêt, est tombé sur la terre. " " Celui-qui-donne-la-félicité, le Souverain des mondes, Shiva lui-même, installa un Linga du Seigneur de l'univers et le vénéra. " " C'est seulement après qu'ils ont installé le Linga (dans leur esprit) que Brahmâ, Vishnou ou Rudra ou n'importe quel autre être peut entreprendre des rites. Quand j'ai dit que Shiva lui-même avait installé le Linga appelé le Seigneur de l'univers, que pourrais-je ajouter d'autre comme raison de l'installation des Linga de Shiva. "
(53). Roi-prêtre, auteur d'un grand sacrifice.
" Qu'ils soient par ailleurs adorateurs de Shakti ou de Vishnou, du soleil ou de Ganapati ou de toute autre divinité, ceux qui n'adorent pas Shiva ne peuvent atteindre la perfection. " (Mahânirvana 7hntra) Si, ignorant Shiva, on vénère quelque autre dieu, ce dieu s'éloigne, proférant une malédiction. " Quand les adorateurs des autres dieux, Ô Déesse, ne me vénèrent pas, ces dieux refusent leurs incantations en les maudissant. " Bien que selon tous les systèmes philosophiques, et les théologiens,
le Linga de Shiva soit éternel et que son culte ait toujours
existé, c'est pour souligner l'importance de ce culte que la
première apparition du Linga de Shiva et les débuts de
son culte ont été décrits dans une parabole (Arthavâda).
Les incarnations d'Eros, Râma et de Krishna, qui sont aussi considérés
comme éternels, étaient vénérées
avant que leurs incarnations ne soient réellement manifestées.
Ceci est possible parce que aucun avatar n'est nouveau. Création
après création, éon après éon, ils
apparaissent. Pareillement, quoique le Linga de Shiva soit éternel,
l'ordre de sa manifestation peut varier d'âge en âge. Le
principe appelé Shiva, qui représente la totalité
du pouvoir de procréation, est le Linga total (Samashti Linga).
De lui provient la manifestation de toutes les matrices et de tous les
sexes individuels. Dire qu'à partir de la semence qui tomba lors
de l'accouplement de Shiva et de Shakti tous les Linga et tous les Yoni
se sont manifestés, est une illustration de ce mystère.
C'est l'union de l'Homme-cosmique et de la Nature qui est représentée
par la copulation (Maithuna) de Shiva et de Shakti. De leurs semences
mélangées sont issus d'innombrables êtres vivants.
Les Linga individuels proviennent du Linga total. Les Yoni des Linga
individuels sont aussi les Yoni du Linga total. C'est la signification
secrète du " mystère " de Shiva jouant dans
la forêt de Daruka. " Sa forme non-manifestée est la plus facile à décrire mais nul ne peut comprendre ses formes manifestées. Nombre de ces actions paraissent simples quoique en réalité elles soient si compliquées que même les sages n'y comprennent rien. " (Tulsi Das) " Ô Rama, quand ils voient et entendent parler de ta conduite, le sage se réjouit mais les fous sont choqués. " (Ibid.) L'Être suprême, la conscience infinie est Shiva. C'est lui qui, quand il est enclin à la procréation, devient le phallus. Son support est la matrice de la Nature. Shiva est le père représenté par le Linga. La Nature est la mère représentée par le Yoni. " L'Intelligence universelle (Mahat) est ma matrice. " (Gîta et Upanishad) " Il divisa son corps en deux parties, l'une devint mâle, Purusha, l'autre devint femelle, Nârî. Dans cette femme le Seigneur procréa Virât, le corps de l'univers. " La représentation de Shiva par une matrice et un phallus est
l'équivalent de l'hermaphrodite primordial. Shiva se révèle
sous la forme du phallus suprême qui émet la semence de
la création dans la matrice qui est la Nature. Sa relation avec
elle est celle du principe actif au principe passif ; il est enveloppé
par elle. La dénomination de Père et de Mère de
l'univers se réfère à une telle relation. Pour
l'être humain le but de l'union sexuelle n'est pas seulement le
plaisir mais un moyen de repayer la dette que l'on a envers les ancêtres
(55) " Parce qu'elle est à l'origine de toute connaissance la Nature est appelée Bhaga (56), matrice. " " La matrice (Bhaga) est la Grande-Nature et le possesseur de la matrice (Bhagavan) est Shiva. C'est Bhagavan qui donne la jouissance, il n'y a pas d'autre dispensateur. " (55). L'homme a trois dettes à payer : (56). Le Seigneur Bhagavan est celui qui possède les six pouvoirs merveilleux, Bhaga, qui sont : la splendeur, la vertu Dharma, la gloire, la beauté, le savoir et le détachement.
Le Linga est un symbole, conçu comme un moyen de rendre un culte à la forme universelle. Au commencement et à la fin, l'univers a la forme d'un oeuf. Le Linga de Shiva représente cet oeuf cosmique. Grâce à la coopération de Shiva et de Shakti, naissent les animaux, les vers, les oiseaux et les insectes. Shiva lui-même n'a pas de signe distinctif, pas de Linga ; la distinction, le Linga, jaillit de lui. Il est le " possesseur du Linga (lingi) " ; en réalité c'est la Déesse qui représente ce signe apparent qu'est l'univers qui est le signe, le Linga. On l'appelle un signe, un Linga, parce qu'il montre la voie de la connaissance, qu'il est le refuge de tous les êtres ainsi que le maître de leur destruction, car: " Tout doit un jour avoir une fin et se dissoudre dans son principe. " Le Lingâ ou phallus est le principal symbole de la divinité vénéré par les Shivaïtes. Mahéshvarâ, le Grand Dieu est la personnification de Purushâ, l'homme universel du Sâmkhyâ. C'est de lui qu'est issu le modèle abstrait, les archétypes qui vont peu à peu prendre corps, s'incarner dans la matière. La semence, le code, s'incarnant dans l'ovule, trouve sa substance dans la matière femelle. C'est cet aspect qui est envisagé dans le symbole du phallus emprisonné dans la vulve. Lorsque le plan (Purushâ) pénètre la matière (Prakriti), le monde apparaît. Lorsque la conscience (Chit) pénètre la substance (Sat) la volupté (Anandâ) apparaît. Le monde n'est que volupté. Sa splendeur, sa beauté, sa diversité sont le plus merveilleux des spectacles. Il est illusoire, éphémère, irréel comme la volupté. Il est cependant la seule réalité. C'est de la jouissance que vont naître tous les êtres vivants. Le culte du phallus nous rappelle que chacun de nous n'est q,u'un être éphémère et de peu d'importance, que notre seul rôle est d'améliorer le chaînon que nous représentons pour un moment dans l'évolution de l'espèce et de le transmettre. Le culte du phallus est donc lié à la reconnaissance de la permanence de l'espèce par rapport à l'impermanence de l'individu, du principe qui établit les lois dont nous sommes issus et non pas de leurs applications accidentelles et temporaires, du principe de la vie et non de l'être vivant, de l'abstrait et non du concret. Il a des implications sur tous les plans qu'il s'agisse de morale, de rites, de cosmologie, de société, etc. Renoncer au culte du phallus pour vénérer une personne, fut-elle divine ou humaine, est le principe de l'idolâtrie, de l'outrage au principe créateur.
Ganéshâ, le dieu à tête d'éléphant, est le fils de 1a seule déesse. Il représente l'Unité apparemment impossible du grand (l'éléphant) et du petit (l'homme), du macrocosme et du microcosme. Dieu de la sagesse c'est lui qu'on invoque avant toute entreprise.
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