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INDE 2001-2002


Au long du Gange sacré
Varanasi - Bénarès

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VISHNU

Krishna
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Au long du Gange sacré : Varanasi - Bénarès

(21 septembre - 1er décembre 2001 -- 15 janvier - mars 2002)





VISHNU

Krishna

Krishna, huitième incarnation de Vishnu est la plus importante de toutes. On le représente le teint foncé (bleu ou noir), une jambe croisée devant l'autre, jouant de la flûte. Ses vêtements de couleur vive sont richement ornés. Il tient parfois une conque ou une houlette. Il est souvent représenté en compagnie de Radha son épouse. Élevé parmi les bouviers, il est souvent entouré de vaches. Les scènes les plus courantes le montrent lors de son adolescent, en train de danser avec les vachères, pendant son enfance, il est occupé à manger du beurre, et adulte, il conduit le char d'Arjuna sur le champ de bataille.
Vishnu prit la forme de Krishna afin de tuer le cruel roi Kansa. Le Roi fut averti qu'il serait tué par un des enfants de Devaki. Il jeta alors Devaki en prison, et massacra un à un ses nouveaux nés. Le septième enfant, Balaram, fut sauvé par ses courtisans. Lorsque le huitième enfant naquit, un violent orage éclata ; les portails de la prison s'ouvrirent, les gardes s'assoupirent et son père Vasudeva, saisissant l'occasion, emporta l'enfant qui n'était autre que Krishna pour le remettre à Yashoda, la bergère, auprès de laquelle il passa son enfance.

Divers mythes sont associés à cette incarnation de Vishnu qui décrivent l'enfance, l'adolescence et la vie adulte de Krishna. Bien que plusieurs exploits surnaturels soient attribués à Krishna, les mythes dévoilent aussi les aspects pleinement humains de sa nature.

La poésie et la danse indiennes (notamment le Kathakali du sud de l'Inde) ont exploité avec bonheur les légendes représentant Krishna, dans un décor pastoral, jouant de la flûte, entouré de bouvières (gopika) charmées.

Le teint bleu particulier à Vishnu et à ses manifestations est, sans doute, lié à l'association de la divinité avec l'eau. La peau bleue est également associée aux êtres qui font preuve de profondeur de caractère et d'endurance dans le combat.

Janamastami

L'anniversaire de Krishna est célébré pendant bhadrapada (août-septembre). Les temples de Krishna sont décorés, on fait sonner les cloches, on souffle dans des conques et l'on chante des hymnes de louange en Sanskrit. Les dévots jeûnent pendant vingt quatre heures et cessent à minuit, heure de la naissance de Krishna. Sa statue est purifiée avec du lait et son nom est psalmodié 108 fois. Dans la plupart des villes, en particulier à Mathura et à Brindaban, on représente les épisodes de la vie de Krishna. Des sucreries spéciales sont préparées à l'occasion de cette fête.


Marie-Simone Renou - Encyclopaedia Universalis

De toutes les incarnations (avatara) animales ou humaines par lesquelles Visnu (Vishnou) accepta de se manifester sur la Terre pour la sauver, celle de Krsna (Krishna), qui est la huitième, plus encore que celle de Rama, constitue la plus populaire.

À la fois dieu et héros, sa légende qui constitue la geste de Krsna se déroule longuement à travers le Mahabharata, où il se manifeste comme l'allié et le conseiller des Pandava, et à travers plusieurs Purana. Ainsi dans le Harivamsa-Purana, comme dans le Bhagavata-Purana, destiné aux adorateurs de Visnu, le Seigneur " Bhagavant ", où la biographie mystique de Krsna contient notamment le récit de ses aventures au milieu des bergères. Dans le Visnu-Purana, qui entre le IIIe et le Ve siècle constitua un important recueil de textes et de légendes où les sectes vishnouites trouvèrent leurs sources, il est relaté que la Terre, lasse de supporter le poids des désordres imposés par la domination des démons, supplia les dieux de rétablir l'équilibre des forces. Visnu s'arrachant alors deux cheveux de la tête, un sombre et un clair, les envoya sur la Terre pour y devenir l'un Krsna et l'autre Rama. C'est ainsi que Krsna exterminera le démon Kalanami, naguère anéanti par Visnu et réincarné sous la forme du mauvais roi Kamsa. Mais, pour les théologiens, il est le souriant maître de sagesse, venu révéler aux hommes la supériorité de l'acte sans désir, chemin de la délivrance. Ainsi apparaît-il dans la Bhagavad Gita.

Figure dominante de L'Hindouisme en laquelle l'Inde se reconnaît volontiers, Krsna, révélation de l'Être suprême, sous les traits d'un enfant volant du beurre ou d'un pâtre jouant de la flûte, a son image présente dans chaque foyer hindou. Des temples où lui est rendu un culte, les plus sacrés se trouvent à Mathura, ville particulièrement chère aux dévots de Krsna, et à Puri, en Orissa.
Une princesse Krsna, " la Noire ", appelée encore Draupadi, héroïne du Mahabharata, choisit Arjuna, qui seul de ses prétendants a réussi à tendre l'arc prodigieux, en atteignant par cinq fois le but assigné, et devint alors l'épouse commune aux Cinq frères Pandava.

1. La naissance et l'adolescence du dieu-héros

D'après la tradition classique recueillie dans les Purana, Krsna " le Noir ", ainsi nommé par suite de son teint sombre, naquit à Mathura (Uttar Pradesh), un peu au nord d'Agra, à la fin du " troisième âge " du monde. Il se rattache au clan des Yadava, qui est cité dès le Veda et dont le nom deviendra celui d'une tribu rajpute. Il eut pour mère la très belle princesse Devaki, l'épouse de Vasudeva. En ce temps régnait sur Mathura le cruel Kamsa, frère de Devaki, qui savait par une prédiction qu'il appartiendrait à son neveu, huitième enfant de sa sœur, de le faire périr. Il retint donc la princesse en captivité, et chaque fois qu'il lui naissait un fils, il le faisait tuer. Cependant le septième, Balarama, " Rama à la force " appelé encore Halayudha " porte-soc ", lui échappa ; il devint le compagnon de Krsna et s'illustra par ses exploits. Il devait notamment châtier la rivière Yamuna pour lui avoir refusé de modifier son cours, la labourant d'un soc de charrue jusqu'à ce que, épuisée, elle demandât grâce.

Quant à Krsna, selon le Bhagavata-Purana, il confirma la prédiction et naquit le huitième mais secrètement " tandis que minuit sortait des ténèbres... du sein de Devaki divinement belle... Enfant merveilleux, avec ses yeux de lotus, ses quatre bras, ses armes - la conque, la massue et le disque -,... vêtu de jaune, beau comme un nuage sombre, les mille boucles de ses cheveux nimbées par l'éclat du diadème et des pendants d'oreilles en précieux lazuli, étincelant sous les bracelets, les anneaux et la ceinture lâche. "

Cependant, pour le soustraire à la cruauté de Kamsa et le sauver de la mort, la fille du pâtre Nanda et de sa femme Yasoda, née au même moment, lui est immédiatement substituée. Aussi est-ce au milieu des bergers et des bergères accourus de partout et chargés de dons que de grandes réjouissances célèbrent la naissance de Krsna. Et dès cette naissance, à maintes reprises, il manifeste sa divinité par des interventions d'ordre surnaturel. Ainsi lorsque Putana, pour le tuer, lui présente son sein d'où s'écoule un lait empoisonné, il boit, mais jusqu'à ce que s'épuise la substance même de la vie de la démone ; il extermine Trnavarta qui voulait l'emporter dans les airs... Kamsa, pour l'atteindre, ordonna l'extermination de tous les enfants doués d'une grande force. Nanda prit alors avec lui Krsna et Balarama, et ils s'enfuirent jusqu'aux environs de Mathura, à Gokula ou Vraja, " l'enclos ", où ils se dissimulèrent pendant sept ans avant de gagner la forêt du " basilic sacré ", qui devait devenir un lieu saint.

Durant cet exil, les prodiges se multiplièrent. Krsna réduira tour à tour, en se jouant de leurs ruses ou de leurs métamorphoses, le monstre Baka sous l'aspect d'une grue, le serpent Agha, Pralamba qui cherchait à l'enlever, Arista et Kesin, qui, pour le tromper, avaient pris l'un la forme d'un buffle, l'autre celle d'un cheval. Afin d'anéantir le Mal, il se mesura avec bien d'autres encore, et notamment avec le roi des serpents, Kaliya, dont le souffle impur empoisonnait les eaux de la Yamuna. Le piétinant, il dansa sur sa tête une danse démesurée, mais lui accorda sa grâce, car Kaliya n'avait fait qu'obéir aux lois propres à son espèce. Il se contenta de lui enjoindre de demeurer dans l'immensité de l'Océan, lui interdisant à jamais la Yamuna.

Ayant invité les bergers à remplacer une traditionnelle fête d'Indra par un sacrifice aux divinités des montagnes et des forêts, il dut les protéger, eux et leurs troupeaux, de la colère du dieu qui s'exprima par le déchaînement d'un formidable orage. Durant sept jours, il tint le mont Govardhana soulevé au-dessus de leurs têtes, à la manière d'un immense parapluie. Indra le reconnaît alors pour Visnu.

Devenu adolescent, tandis que les bergers l'adorent comme leur dieu, il prend plaisir aux danses des gopi, " les bergères ", dont il accompagne de sa flûte la ronde ardente. Un épisode très populaire conte qu'un jour où elles se baignaient, il cacha leurs vêtements, les obligeant ainsi à se présenter nues devant lui pour venir reprendre ceux-ci. Mille d'entre elles deviendront ses épouses; et des huit qui sont spécialement mentionnées se détache Radha, " celle qui plaît ", la favorite. Elle est décrite dans le Gitagovinda, chant d'amour d'un poète bengali du XIIe siècle, dont se réclament toutes les sectes krishnaïtes. Son thème, d'apparence érotique, prend une valeur mystique, comparable à celle du Cantique des cantiques, pour exprimer l'état de l'âme envahie par le désir d'amour divin, sa recherche de son Seigneur, sa souffrance, sa solitude avant d'atteindre la plénitude de l'union divine. C'est le chemin de la bhakti, participation toujours plus passionnée de l'homme au divin.

2. L'achèvement de la mission divine

Krsna dut encore triompher de nouveaux adversaires que lui suscita Kamsa, avant de l'exterminer lui-même, selon la prédiction, ainsi que son beau-frère, le roi Jarasandha du Maghada, devenant ainsi le maître du royaume. Toutefois, il s'en éloigna au bout de peu de temps, peut-être dans la crainte d'une attaque des Yavana, " les Grecs ", et s'en alla fonder, aux bouches de l'Indus, la ville mythique de Dvaraka. Secrètement, les siens vinrent l'y rejoindre. C'est là qu'il épousa par rapt Rukmini-Lakshmi, fille du roi des Vidarbha. Ces noces donnèrent lieu à des fêtes splendides dont le récit se trouve dans le Bhagavata-Purana: " Grande fut dans chaque maison la joie des habitants, dont le cœur était voué exclusivement à Krsna... La ville resplendissait sous les bannières d'Indra haut dressées, sous les arcs de triomphe formés des guirlandes, des étoffes et des pierreries les plus belles, sous les apprêts de fête disposés à chaque porte, sous les vases débordants, sous l'encens du bois d'aloès et des lampes. "

Krsna mena alors une existence fastueuse près de Rukmini, la première de ses innombrables épouses - on en compte seize mille cent - et de ses non moins innombrables fils: cent quatre-vingt mille ! Cependant, ne pouvant se contenter d'une existence riche et paisible, il l'interrompit par de nouveaux combats contre les démons, par la lutte consécutive à la révolte de son cousin le roi Çiçupala, qu'il tua en duel, par sa participation à la guerre des Bharata aux côtés de ses cousins les Pandava.

Enfin, une querelle au sein du clan des Yadava déclencha une lutte furieuse où tous périrent, même Balarama. Comme le remarque Barth, " c'est en souriant que [Krsna] préside à toutes ces destructions, qu'il voit approcher la fin de son peuple et qu'il la prépare ". Mais, alors qu'il se retirait dans la forêt, un très vieux chasseur, Jaras, croyant atteindre une antilope, le blessa d'une flèche au talon, son seul point vulnérable. C'est ainsi que s'achève son destin sur la Terre.

3. Krsna et la " Bhagavad Gita "

Krsna assume, dans le Mahabharata, deux rôles bien différents. Allié des Pandava, il se révèle un chef de clan rusé, doué d'un savoir-faire purement humain, assurant le triomphe de ses cousins par des moyens assez déloyaux et sans grandeur. Mais, dans la Bhagavad Gita, " Chant du Bienheureux ", qui s'intègre dans l'épopée, il devient le cocher d'Arjuna, le plus célèbre des Pandava, et se manifeste comme le dieu suprême, incitant le héros à l'action. Arjuna, en effet, est paralysé par la conscience qui l'étreint soudain de l'horreur d'une guerre fratricide :
Ainsi la pitié l'envahit et ses yeux baignés de larmes, se troublaient......Si je tue mes maîtres avides de richesses, Ici-bas je mangerai des aliments teints de sang. Et nous ne savons lequel des deux vaut le mieux Si nous vainquons ou s'ils nous vainquent Ceux-mêmes dont la mort me ferait ne plus désirer vivre.
Mais le Bienheureux lui dit:
Tu pleures où point n'est à pleurer, et tu tiens de savants discours. Les sages ne pleurent ni les morts ni les vivants...Si tu ne fais pas ce combat que prescrit le devoir, Tu délaisseras alors ton devoir et la gloire, tu t'acquerras le crime. Ta honte impérissable publieront les êtres Et pour le noble la honte est pire que la mort....Résous-toi au combat. Bonheur, malheur, qu'ils te soient égaux; gain, perte, victoire, défaite....De ta pensée dépose tous les actes en moi, pense à moi seul...Quand par égoïsme tu te dis " Je ne combattrai point ",Vaine est ta résolution.
Et le Bienheureux livre alors le secret ultime :
Que ton cœur soit moi, ton adoration moi, ton offrande moi, devant moi prosterne-toi.
Cependant, il ne convient pas de transmettre ce message à " l'homme sans mortification, sans adoration, sans obéissance ", mais " avec foi et sans malveillance si un homme l'écoute, il est délivré ".
Ainsi la Bhagavad Gita apparaît comme l'évangile du krishnaïsme, révélation de l'Être suprême et moment dominant la mystique indienne.

4. L'interprétation du mythe de Krsna

Rarement attesté aux temps védiques, Krsna est cependant divinisé avant Rama. De l'association du nom de Vasudeva, celui de son père selon les Purana, avec le sien propre n'y aurait-il pas lieu de conclure à une assimilation avec un dieu Vasudeva, objet d'un culte plus ancien ?
N'aurait-il pas hérité aussi des traditions orales, que bien antérieurement à l'ère chrétienne se transmettaient les bergers de Mathura, avant qu'elles ne soient fixées littérairement ? Elles célébraient un dieu bucolique et végétal qui n'est pas en désaccord avec l'appellation, fréquemment donnée à Krsna, de Govinda, " le trouveur de vaches ", ou, peut-être, le " gardien de vaches ".
J. Gonda voit en lui " un héros populaire élevé au rang de dieu ", " personnage légendaire " qui " prêcha ou réforma une religion " essentiellement monothéiste, " puis reçut lui-même peu à peu les honneurs divins ". Pour S. Radhakrishnan, " en tant qu'individualité, Krsna n'est que l'une des millions d'âmes à travers lesquelles l'esprit universel se manifeste... L'avatara est la démonstration des ressources spirituelles et de la divinité latente qui sont en l'homme, non par la contraction de la majesté divine dans les limites de la créature humaine, mais par l'exaltation de la nature humaine au niveau de la divinité quand elle s'unit avec le divin. "
L'ambassadeur grec Mégasthène, aux environs de 300 avant J.-C., donna sur le culte rendu à Héraklès à Mathura des détails qui correspondent à la légende krishnaïte, mais dont certains pourraient, selon J. Filliozat, convenir à Siva.
Au XIXe siècle, aux premiers temps de l'indianisme occidental, des analogies étranges entre le krishnaïsme et le christianisme ont été relevées, depuis la naissance de Krsna et l'assonance même de son nom avec celui du Christ jusqu'à l'exaltation de l'amour-foi. Elles ont fait penser à des influences occidentales, hypothèse qui semble aujourd'hui abandonnée. Mais les analogies avec le bouddhisme sont telles que, d'après W. Ruben, les motifs principaux de la vie de Buddha et de Krsna coïncident.
La popularité de Krsna, en répandant sa légende, l'a déformée et même parfois corrompue. Les Jaina l'ont à ce point annexée que, sur soixante-trois de leurs " grands hommes ", vingt-sept sont d'origine krishnaïte, et Krsna lui-même se trouve naturalisé en un pieux souverain jaina participant aux mêmes aventures.
Héros mythique ou semi-historique, dieu éternellement jeune et toujours souriant, Krsna reste le vainqueur du Mal, maintenu vivant par la diversité même de ses aspects.


le Krishna Leela
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