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INDE 2001-2002


Au long du Gange sacré
Varanasi - Bénarès

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KALI

 

 

 

 

Au long du Gange sacré : Varanasi - Bénarès

(21 septembre - 1er décembre 2001 -- 15 janvier - mars 2002)





KALI


Divinité féminine dont le culte est prépondérant dans le nord-est de l'Inde (particulièrement au Bengale), l'emportant sur les nombreuses formes que prend la vénération de la Déesse dans L'Hindouisme classique et contemporain. Représentée sous la forme d'une femme de couleur noire, entièrement nue, Kali semble danser sur un cadavre humain qu'elle écrase de ses pieds ; ses nombreux bras brandissent des armes et des têtes coupées (souvent une seule, détachée du cadavre que Kali foule aux pieds). Son visage est horrible à voir; grimaçante, la Déesse découvre des dents acérées; et sa langue pend, ensanglantée ; elle porte autour du cou un collier fait de crânes, et l'on dit que le cadre de sa danse est le champ crématoire, lieu impur par excellence du point de vue du brahmanisme orthodoxe. Le même caractère d'impureté rituelle apparaît dans le type d'offrandes que son culte requiert : des animaux sont immolés devant son image (des chèvres, le plus souvent), on asperge de sang sa statue et ses dévots.

Des traits de cette nature ont fait penser qu'il s'agissait là d'une déesse non aryenne artificiellement intégrée dans L'Hindouisme ; on a dit aussi que Kali était une divinité tutélaire des plus basses castes, ou encore qu'elle était l'expression mythologique d'une forme particulière de religion "propre aux seules femmes". En fait, L'Hindouisme le plus ancien a connu un culte de la divinité sous sa forme "terrible" : dans le Veda déjà, on cherchait à se rendre propice une déesse de la Destruction, Nirriti (nirrti), et l'on chantait les louanges du dieu Rudra. Plus tard, dans L'Hindouisme proprement dit (à partir du T VIe s.), Shiva hérita des caractéristiques propres à Rudra et son épouse (sous de nombreux noms : Parvati, Durga, etc.), de celles de Nirriti ainsi que d'autres divinités féminines (par exemple, Ratri, la "Nuit"). De plus, le nom de Kali apparaît en sanskrit comme une forme féminine de Kala, le Temps, auquel l'Atharva-Veda dédie plusieurs hymnes (ce qui fait penser au culte de Zurvan, en Iran).

Tout cela autorise les théologiens brahmaniques (surtout tantriques) à célébrer en Kali la toute-puissance du temps destructeur, la nuit cosmique ("nuit des temps"), la mort (ainsi s'expliquent ces attributs sinistres, le cadavre, les crânes). Ils font également remarquer que deux des mains de la déesse font des gestes bénéfiques (l'un symbolise l'apaisement, l'autre le don), signe que par-delà sa cruauté apparente (le temps qui détruit tout, la mort et son cortège sanglant et macabre) se manifeste la grâce rédemptrice de la déesse : de la nuit cosmique surgit inéluctablement (selon la loi de succession des cycles) un autre univers qui débute par un âge d'or ; de la même façon, la mort est une délivrance pour le fidèle qui quitte cette "vallée de larmes" pour gagner le paradis de Siva.

Il est certain, en tout cas, que les dévots de Kali la célèbrent avec lyrisme : les chants religieux du Bengale sont parmi les plus beaux de l'Inde moderne; Kali y est appelée "mère", et la mystique qu'elle inspire a été diffusée, à partir de Calcutta, dans l'Inde entière. On sait, par exemple, que Ramakrishna était un dévot de Kali, en qui il voyait la toute-puissance divine à l'œuvre dans le monde.

Jean Varenne - Encyclopeadia Universalis.

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