Au long du
Gange sacré : Varanasi - Bénarès
(21 septembre - 1er
décembre 2001 -- 15 janvier - mars 2002)
Conseils à
un Mlécchâ aspirant à l'initiation shivaïte
par Sâdhu Shambhudâsâ
in Alain Daniélou
Les règles de l'initiation monastique concernent surtout ceux
qui se destinent à la vie ascétique des moines errants.
Pour les autres les rites d'initiation shivaïte sont très
simples et se pratiquent dans la forêt ou sur la rive d'un fleuve.
Pour s'y préparer l'aspirant doit toutefois observer certaines
règles de conduite. Ceci est important en particulier pour un
Mlécchâ, c'est-à-dire quelqu'un né en dehors
du territoire sacré que constitue le continent indien.
A la demande d'un disciple étranger Sadhu Sambhudâsâ
avait indiqué quelques règles de comportement qui préparent
l'individu à une réintégration dans la tradition
shivaïte.
Ce n'est que par un retour aux valeurs et aux pratiques représentées
par la tradition shivaïte que l'humanité peut espérer
retarder l'échéance. Mais une réintégration
dans la tradition exige une préparation pour laquelle l'observance
de certaines règles de vie est importante, même si elles
vont à l'encontre de vos modes de pensée habituels.
1. Le Yogâ.
La pratique du Hathâ Yogâ comme discipline physique et comme
moyen d'explorer l'univers intérieur de l'homme permet de contrôler
les énergies vitales sans se laisser dévier vers de vagues
aspirations négatives de méditation transcendantale ou
autre.
2. Le respect de la création.
L'homme respectueux du plan de la création doit s'opposer à
la destruction des espèces végétales et animales
à des fins commerciales. Il doit vénérer les arbres
et les esprits qui les habitent. Chacun doit choisir un arbre particulier
et chaque jour pratiquer un rite de vénération (pujah)
près de ses racines, comme le font les villageois indiens. Le
taureau est le véhicule, le symbole de Shivâ. On doit soigner
et vénérer tous les bovins et chercher à vivre
dans une atmosphère de confiance et d'amitié avec les
animaux.
3. Le sacrifice
Le sacrifice du taureau ou d'autres animaux devrait être accompli
selon les rites locaux (mithraïques ?). La consommation de la chair
des victimes doit être accomplie dans un repas sacré communautaire.
Il est essentiel de sacraliser le sacrifice. L'homme ne vit qu'en sacrifiant
la vie; qu'il soit végétarien ou carnivore, il tue. Il
doit considérer cet acte comme un acte sacré. Il doit
en principe participer lui-même à l'acte de tuer l'animal
dont il se nourrit. Éviter l'hypocrisie qui fait feindre d'ignorer
l'horreur des abattoirs. Il doit s'opposer à toutes les tortures
pratiquées dans les élevages de masse et ne jamais se
nourrir de chair torturée.
L'homme sage s'excuse auprès de l'esprit de l'arbre dont il doit
couper une branche et offre aux dieux les prémices de toute nourriture.
4. Les esprits
Il faut rester attentif aux présences surnaturelles, honorer
les esprits qui résident dans les sources et les forêts.
Quand on rencontre des signes maléfiques, on doit, par des gestes
appropriés, conjurer le mauvais sort. Les moines bouddhistes
et les prêtres chrétiens sont de mauvais augure, comme
tous ceux qui prétendent renoncer à l'expérience
divine du plaisir au nom de douteuses valeurs morales.
5. La danse
On doit pratiquer la danse collective. Le rythme provoque un état
de transe qui rapproche l'être humain de Shivâ, le danseur
cosmique.
6. L'érotisme
La perception de l'état divin, qui est existence-conscience-volupté
(sat-chit-ânandâ), est possible sur trois plans qui sont
l'union (Yogâ), la connaissance (Sâmkhyâ) et l'orgasme
(Maïthunâ). La volupté est la seule expérience
immédiatement accessible. On doit pratiquer l'érotisme
en prenant conscience de ce que la volupté est une approche du
divin. On doit invoquer Shivâ au moment de l'orgasme. Il n'existe
pas de tabous ou d'interdits concernant les variantes de l'érotisme.
7. La procréation
Il est impératif de respecter la lignée des ancêtres
et d'éviter dans la procréation le mélange des
races qui altère l'ordre divin et provoque la régression
de l'espèce. Qu'il s'agisse des rites du mariage ou des rites
de la procréation, ceux-ci doivent être accomplis avec
la conscience de la responsabilité de la transmission de la vie,
ayant en vue uniquement la qualité du produit, de l'enfant, selon,
les règles de sélection génétique définies
par les textes des Agamâ.
8. Le couple
Les règles de vie sont différentes pour les hommes et
pour les femmes. Eviter la vie de couple et rechercher la famille collective.
9. L'intouchabilité
On doit éviter les contacts physiques accidentels avec les gens
d'une autre race ou d'un autre clan. L'homme doit éviter le contact
des femmes durant leurs règles. Les femmes doivent s'isoler durant
toute la période où la déesse, la Shakti se manifeste
sous la forme du sang menstruel et se purifier ensuite. L'homme doit
lui aussi pratiquer des purifications après une émission
de sperme. Chacun doit pratiquer des purifications après un contact
avec la mort.
10. Les purifications
Les purifications consistent en un bain en eau courante, dans une rivière,
sous une douche ou un robinet (jamais dans une baignoire), suivi d'une
vénération de l'image d'une divinité et de l'application
sur le front de pâte de santal utilisée dans le rite.
On doit se laver les mains sept fois soigneusement après les
fonctions naturelles.
11. Les ablutions
Avant de prendre de la nourriture, de parler ou d'accomplir des rites,
chacun doit pratiquer des ablutions matinales quotidiennes en invoquant
le soleil, source de vie et de lumière et revêtir ensuite
un vêtement propre.
12. La vénération des Maîtres
Chacun doit respecter le travail qui lui est dévolu, l'accomplir
avec amour et vénérer ses outils et ses maîtres.
On doit honorer son maître, une fois par an, lors du Guru Puiah
et vénérer ses instruments de travail le jour indiqué
pour la fête de Sarasvatî, déesse des sciences et
des arts. Ne pas utiliser ses outils ce jour-là.
13. Nourrir les Errants
Les errants sont les bien-aimés de Shivâ. Chacun devrait
pratiquer une période d'errance si possible en visitant des lieux
sacrés. (La pratique de l'errance est difficile dans le monde
moderne bien que cette tendance soit très évidente dans
la jeunesse actuelle.) Tout homme de bien doit honorer et nourrir les
errants, qu'ils soient auto-stoppeurs ou mendiants, moines ou fugitifs.
Le mérite est dans le don. La qualité du récipient
est sans importance qu'il soit un sage ou un vagabond.
14. Les breuvages sacrés
L'usage de certains breuvages hypnotiques, tels que le Bhang, l'infusion
de chanvre indien, est conseillée pour faciliter la perception
du monde subtil et la concentration mentale. La plupart des autres drogues
sont nocives en particulier les opiacés. Le Bhang doit être
absorbé, de préférence en compagnie de quelques
amis, dans un lieu tranquille et suivi d'une période de discussions,
de réflexion et de jeux. On ne doit jamais consommer le Bhang
dans des moments d'activités physiques et si l'on n'observe pas
les autres règles de conduite.
On ne doit pas non plus fumer le hashish.
15. La vénération du Lingâ
Chacun, homme ou femme doit vénérer le phallus, image
de Shivâ, avoir un Lingâ installé dans sa demeure
et pratiquer un Pujah, un rite de vénération quotidien,
avec des fleurs, de l'encens, des offrandes, des Mantrâ. On doit
porter sur soi un Lingâ et également un chapelet de graines
de Rudrâkshâ de cent huit grains, utilisé pour la
récitation des Mantrâ. On peut alternativement vénérer
le Yoni, l'organe féminin, ou le Shâlagrâmâ
en forme d'oeuf, et invoquer la déesse, la Shakti, sous la forme
du Shrî Yantrâ. Les rites shaktâ, s'adressant à
Prakriti, au principe de la matière, exigent des sacrifices et
demandent une initiation particulière.
La déesse est présente sous de nombreuses formes, son
principal aspect est Kâlî, le principe du temps et de la
mort. C'est sous l'aspect de la mère et non de la partenaire
que l'on invoque la déesse.
16. Les rites funèbres
On doit observer les rites funèbres, ne pas chercher à
emprisonner l'esprit des morts, ne pas prélever d'organes ni
congeler les morts. On doit disposer du corps le plus tard possible,
soit en le plaçant directement dans la terre, soit en l'incinérant.
Eviter cercueils et sépulcres.
En observant ces règles de vie, l'être de chair retrouve
sa place dans la création et peut vivre en harmonie avec le monde.
Il se qualifie peu à peu pour devenir un réceptacle des
enseignements des tenants du savoir. C'est alors que l'initiation (dikshâ)
devient possible.
Ce n'est ni dans le Vishnuisme dévot et puritain des classes
commerçantes et politiques, ni dans les ashrams, ni auprès
des Brahmanes que l'on peut rencontrer l'ambiance de joie de vivre et
de décontraction du peuple shivaïte gai et tolérant.
Les ascètes enduits de cendres qui vivent en fraternité
avec les arbres et les animaux, sont restés proches du monde
mystérieux des esprits et des dieux et connaissent les règles
de vie qui peuvent retarder l'échéance du Kali Yugâ.
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