Rencontre d'Espaces




 


INDE 2001-2002


Au long du Gange sacré
Varanasi - Bénarès

(retour au sommaire)





L'IMAGE DE LA GRANDE DE DEESSE

Alain Daniélou

LES MANIFESTATIONS DES TROIS TENDANCES FONDAMENTALES
Tamas
Sattva
Rajas

LA GRANDE DEESSE :
MAHÂ LAKSHMÎ
MAHÂ KÂLÎ

LA GRANDE DEESSE SOUS L'ASPECT DES DIX MAHÂ VIDYA :

TARA
SHODASHI
BHUVANESHVARI
CHINNA MASTA
TRIPURA BHAIRAVI
DHUNUVATI
BAGALA
MATANGI
KAMALA
LALITA
KAMESHVARI

DESCRIPTIONS DE LA DEESSE DANS LE DEVI SUKTA

LE RITUEL DE VENERATION

L'HYMNE À LA DEESSE

 

 

 

 

Au long du Gange sacré : Varanasi - Bénarès

(21 septembre - 1er décembre 2001 -- 15 janvier - mars 2002)





L'IMAGE LA GRANDE DE DEESSE

Alain Daniélou

 

"Elle, dont Brahmâ et les autres dieux ne connaissent pas la forme, est appelée l'Inconnaissable. Elle, à qui on ne connaît pas de limite, est appelée Infinie (anânta). Présente partout elle est appelée l'Unique."

"Parmi les formes de connaissance, elle est le pouvoir transcendant de la conscience. Parmi les formes de vide, elle est la nature du non-être. Celle, au-delà de qui rien n'existe est connue comme Durgâ, l'Inatteignable, de laquelle les mots et la pensée retombent, ne pouvant rien saisir. "

La première (prathamâ) parmi les déesses, elle est la divinité suprême de la multiplicité (Mahâ Lakshmî) qui est le principe de l'expansion de l'univers (prapancha) et des incarnations divines (avatâra). Elle représente l'état d'équilibre des trois tendances fondamentales et l'aspect de l'être suprême. Elle apparaît sous deux aspects étant définissable ou indéfinissable (alakshya).
En toute chose se trouvent cinq aspects, trois dérivés du Brahman, et deux qui font partie de Mâyâ. Les trois dérivés du Brahman sont existence (asti), éclat (bhâti) et amour (priya) et ceux dérivés de Mâyâ sont le nom (nâma) et la forme (rûpa).
En vérité c'est par amour pour ses fidèles que la Grande Déesse inqualifiable, réelle et éternelle qui est le principe de toutes choses apparaît sous des formes descriptibles.

Parmi ses innombrables formes neuf sont prédominantes. Ce sont:

La fille de la montagne (Shaila Putrî)
La vierge (Brahmachârinî)
La cloche du temple (Chandra Ghantâ)
La formule sacrée (Kushmândâ)
La mère du Skanda (Skanda mâtâ)
La veuve (Kâtyâyanî)
La nuit de destruction (Kâla râtrî)
La Grande Déesse blanche (Mahâ Gaurî)
La réalisatrice (Siddhidâ)

"Bien que sans qualités c'est afin de permettre des réalisations que tu apparais avec des qualités.
Tu es la forme apparente du Brahman, tangible, durable, éternelle.
Tu es la forme de toutes choses, la souveraine de tout, la base de tout, au-delà de l'au-delà.
Tu représentes la semence de tout, la racine de tout, indépendante de quoi que ce soit.
Tu sais tout, tu es toujours favorable, tu es le bonheur dans toutes les joies.


LES MANIFESTATIONS DES TROIS TENDANCES FONDAMENTALES

a : Tamas, la tendance centrifuge et l'obscurité

La Grande Déesse primordiale, la divinité transcendante de la multiplicité (Mahâ Lakshmî), voyant que l'univers manquait de base, s'incarna dans la tendance centrifuge, adoptant une nouvelle et merveilleuse apparence. Nombreux sont les noms et les formes attribués à la divinité transcendante de la multiplicité quand elle assuma la tendance centrifuge car elle personnifie toujours les états du temps. C'est pourquoi dans les conditions d'instabilité de la nature potentielle elle prit, parmi d'autres formes, celle de la puissance transcendante du temps (Mahâ Kâlî) et, comme telle, devint la mesure de la durée du planificateur Brahmâ et des autres dieux ainsi que leur destructeur. Quand elle apparut, la puissance du temps demanda à la divinité transcendantale de la multiplicité : " Dis-moi quel est mon nom et mon travail ". Mais Mahâ Kâlî n'est pas réellement distincte de Mahâ Lakshmî, la Déesse primordiale, bien qu'il y ait une différence dans leurs images. Mahâ Kâlî est décrite noire comme du Kohl pour les yeux avec de belles dents et un charmant visage, de longs yeux et la taille mince. Elle tient une épée, une cruche, un crâne et un bouclier et porte un collier de joyaux et de crânes, parfois seulement de crânes.
Parce qu'elle pouvait duper Brahmâ et les autres dieux Mahâ Lakshmî fut aussi appelée Mahâ Mâyâ, la grande illusion. Toujours prête à tout dévorer elle fut appelée la faim (Kshudhâ). Toujours anxieuse de boire aux sources du savoir et de gagner l'affection de ses fidèles elle fut appelée la soif (Krishnâ). À cause de ses hauts-faits, elle est l'unique héros (Eka vira).

b : Sattva, la tendance cohésive (source de lumière)

Toutefois lorsque la divinité transcendante de la multiplicité revêtit la pure tendance cohésive elle apparut sous une autre gracieuse forme. Brillant doucement comme la lumière de la lune, elle apparut comme une femme céleste tenant un chapelet, un crochet à éléphant, une Vînâ et un livre.
Divers noms et fonctions lui furent attribués. Elle était le grand savoir (Mahâ Vidyâ), la parole transcendante (Mahâ Vânî), l'éloquence (Bhârati), le verbe (Vâk), la dame du lac (Sarasvatî), la noblesse (Aryâ), la compagne de Brahmâ (Brâhmî), la vache d'abondance (Kâma Dhénu), la semence du foetus (Bîjagarbhâ), la Déesse de la richesse (Dhaneshvarî).

c : Rajas, la tendance gravitationnelle

Mais puisque la divinité transcendante de la multiplicité représente l'état d'équilibre des trois tendances fondamentales elle est aussi présente dans la gravitation. Elle est alors décrite comme de couleur rouge, la couleur de la tendance gravitationnelle.
S'étant incarnée dans la tendance gravitationnelle Mahâ Lakshmî s'adressa à Mahâ Kâlî et Mahâ Sarasvatî et leur dit: " Chacune de nous doit maintenant se manifester sous l'aspect d'un mâle et d'une femelle en copulation (rûpa mithuna) ".
Ayant ainsi parlé, Mahâ Lakshmî, la transcendante divinité de la multiplicité, assise glorieusement sur le trône fait du lotus de la pure connaissance, prit une double forme mâle et femelle. Ses formes masculines étaient appelées Brahmâ, le grand ou Bhâtâ, le support, et ses formes féminines Shrî (prospérité), Padmâ ou Kamalâ (la dame au lotus) ou Lakshmî (la fortune) et autres.
La puissance transcendante du temps Mahâ Kâlî prit un double aspect. La forme masculine avait le cou bleu, les bras rouges, les cuisses blanches et la lune comme diadème. La femme était blanche et belle. Les noms de l'homme étaient Rudrâ (le terrible), Shankara (le pacificateur), Sthânu (l'arbre sec), Kapardî (aux cheveux en broussaille), Trilochana (aux trois yeux). Les noms de la femme étaient Trayi vidyâ (le triple savoir), Kâma Dhénu (la vache d'abondance), Bhâshâ (le langage), Aksharâ (l'alphabet), Svarâ (l'intonation et le son musical), etc.
Dans le couple issu de Sarasvati, les aspects masculins étaient appelés Vishnou (l'omniprésent), Krishna (le noir), Hrishika Isha (le seigneur des sens), Vasudéva (le résident en toutes choses), Jarnârdana (le tourmenteur des êtres). Les noms de l'aspect féminin étaient Umâ (le calme de la nuit), Gaurî (la Déesse blanche), Satî (la fidélité), Chandî (la furieuse), Sundarî (la belle), Subhâgâ (la féconde), Shivâ (Le à long indique le féminin ) (la bénéfique).
La Grande Déesse de la multiplicité donna Brahmâ (le planificateur) en mariage à Sarasvatî (le savoir), le terrible Rudrâ à la Déesse blanche, Gauri à Vasudéva, l'omniprésent à Lakshmî, la fortune. Brahmâ avec Sarasvati façonna l'univers, Rudrâ avec Gaurî le détruisit et Vishnou avec Lakshmî le préserva.

Pour créer, l'activité et le savoir sont nécessaires. L'activité de la gravitation et le savoir de la force de cohésion de l'univers (Sattva) permettent la création. C'est pourquoi, c'est avec l'aide de Sarasvati que Brahmâ peut créer.

C'est à travers la force d'expansion (Tamas) liée à la gravitation (Rajas) que le monde subsiste. C'est pourquoi, c'est avec sa partenaire Lakshmî que Vishnou protège. La destruction a lieu par le rapport entre la lumière, effet de tendance cohésive (Sattva), et l'obscurité de la tendance à la dispersion (Tamas). C'est pourquoi, c'est avec l'aide de Gaurî, la Déesse blanche, que Shiva détruit le monde.

LA GRANDE DEESSE DE LA MULTIPLICITE, MAHÂ LAKSHMÎ

La Grande Déesse qui jaillit du corps de tous les dieux a mille bras, c'est-à-dire innombrables. Toutefois ses fidèles la vénèrent avec dix-huit bras. Son visage est blanc, formé de la lumière issue de Shiva. Ses bras issus de Vishnou sont d'un bleu sombre. Ses seins arrondis formés de Soma, l'élixir immortalité, sont blancs. Sa taille faite d'Indra, le roi des dieux, est rouge. Ses pieds, issus de Brahmâ sont en conséquence rouges eux aussi. Ses mollets et ses cuisses formés de Varuna, dieu des eaux, sont bleus. Elle porte une jupe de couleurs gaies, un voile et de brillants colliers.
Elle porte les attributs suivants partant de la plus basse de ses mains gauches : un chapelet, un lotus, une flèche, une épée, une hache, une massue, un disque, un trident, une conque, une clochette, un lacet, une lance, un bâton, une peau de bête, un arc, un calice et un pichet.
Celui qui vénère la grande divinité de la multiplicité, Mahâ Lakshmî, devient le maître de tous les mondes.


LA GRANDE DEESSE DU TEMPS, MAHÂ KÂLÎ

C'est sous cette forme que la Grande Déesse de la multiplicité (Mahâ Lakshmî) apparaît comme le sommeil de réintégration (Yoga nidrâ) de Vishnou. Brahmâ lui intima de réveiller Vishnou. Elle a dix visages, dix bras, dix pieds et trente-trois grands yeux qui terrifient ses ennemis. Pour ses fidèles sa forme représente l'essence, la base de toutes choses.

LA GRANDE DEESSE DU LAC DU SAVOIR, MAHÂ KÂLÎ

Sous cet aspect, la Grande Déesse de la multiplicité est parfois représentée avec huit bras portant huit attributs : une flèche, une massue, une lance, un disque, une conque, une clochette, une charrue et un arc. Celui qui la vénère acquiert un savoir universel.


LA GRANDE DEESSE SOUS L'ASPECT DES DIX MAHÂ VIDYA : DIX OBJETS DE SA CONNAISSANCE TRANSCENDANTE

Mahâ Kâlî, le super-pouvoir du temps est lié à la destruction universelle. Elle est donc de couleur noire. Elle est debout sur un cadavre car elle se tient sur l'univers mort et sans force. La puissance qui détruit les ennemis inspire la peur. Le rire du guerrier qui a tué son rival est encore plus terrifiant. La Grande Déesse, ayant humilié la fierté de l'univers réduit à l'impuissance, rit violemment.
Le carré représente la totalité, elle a donc quatre bras. Quatre bras sont toujours le symbole de la totalité. Elle ne connaît pas la peur et ceux qui prennent refuge en elle ignorent la peur. C'est pourquoi elle montre le geste de protection. Le bonheur dans le monde ne dure qu'un instant. Elle représente le bonheur transcendant. Elle est le soutien de l'univers, vivant ou mort. Elle seule peut secourir les morts. Ceci est indiqué par le collier de crânes autour de son cou. L'univers est le vêtement de la Grande Déesse dont la substance est le Brahman, l'être non-qualifié. Au moment de la destruction tout disparaît et la Déesse reste nue. C'est en passant au-delà du bûcher funèbre de tous les mondes que les êtres atteignent la Déesse faite de Tamas, la tendance à la dispersion. C'est pourquoi on dit qu'elle réside sur les lieux de crémation.

" Montée sur un cadavre, terrible à voir avec ses dents effrayantes, elle rit. Elle a quatre
bras : deux tiennent une épée et une tête de mort les deux autres montrent les gestes de protéger et de donner. Elle est la divinité favorable du sommeil. Portant un collier de crânes, sa langue tirée au-dehors, la Déesse resplendissante est vêtue seulement d'espace. Telle est la forme sous laquelle on doit imaginer Kâlî qui réside sur les lieux de crémation. "

La nature de Mahâ Kâlî, le suprême pouvoir du temps, est la béatitude au-delà de l'au-delà qui est la forme du bonheur absolu du Brahman, l'être transcendant.

TARA L'ETOILE

Dans l'Embryon d'or (Première localisation cosmique à partir de laquelle le monde se développe.) (Hiranyagarbha), le corps subtil de l'univers, brille une lumière. Dans la nuit du temps, l'état de dissolution de l'univers, cette lumière apparaît comme une étoile révélant l'existence du monde subtil et le moyen de l'atteindre. C'est cette lumière ou énergie de l'Embryon d'or qui est appelée l'étoile (Târâ).
Au début, incité par la faim, l'Embryon d'or était terrible mais il se calma quand il eut trouvé sa nourriture. L'étoile Târâ représente l'énergie de l'aspect terrible de l'Embryon d'or. Quand il est pressé par la faim l'Embryon d'or devient destructeur. Son énergie est par conséquent destructrice.

" Debout sur un cadavre décomposé qu'elle piétine en riant très fort, elle est au-delà de tout. Elle tient dans ses mains une épée, un lotus bleu, un poignard et un bol de mendiant. Elle lance son cri de guerre, le Bîja Mantra HOUNG. Ses cheveux jaunâtres, en désordre, sont liés par de venimeux serpents bleus. Telle est Târâ la terrible qui frappe sur leur tête les trois mondes inclinés devant elle. "

Ses quatre bras sont également entourés de serpents qui suggèrent la destruction alors que ceux qui entourent ses cheveux hirsutes montrent à quel point sont dangereuses ses émanations venimeuses. Quand on la montre tenant une coupe et une tête tranchée, ceci indique que, dans sa fureur, elle boit la sève du monde.
Les Jainas et les Bouddhistes vénèrent cette Déesse mais ce sont surtout les Bouddhistes qui connaissent le secret de ses rites.

" La juste manière de me vénérer est la manière bouddhiste, Ô Jarnadana, tortureur des êtres ! Seule une personne en connaît le secret et nul autre. " (Lalitâ Upakhyâna)

C'est surtout sous son aspect bénéfique de bonne étoile (Sutârâ) qu'elle est vénérée par les Jaïnas.
Représentant ce qui est impérissable (akshobhya), elle est appelée le dieu-visible (AvalokitaIshvara).

" 0 Grande Déesse ! Sans aucun dommage, Shiva but le terrible poison Halâhala ; c'est pourquoi il est appelé impérissable. Sa moitié la grande Mâyâ sous la forme de l'étoile se divertit avec lui. "

LA FILLE DE SEIZE ANS, SHODASHI

L'aspect paisible de l'Embryon d'or, corps subtil de l'univers, identifié au principe solaire est appelé Shiva. Sa représentation visible a cinq visages et en lui les seize degrés de l'être total sont complètement développés. Il est donc appelé le garçon de seize ans et la Shakti de ce dieu aux cinq visages est appelée la fille de seize ans (Shodashî).

" Brillante comme l'orbe d'un soleil naissant, elle a quatre bras et trois yeux. Elle tient un lacet, un crochet à éléphant, une flèche et un arc. Je te salue, Déesse de bon augure. " (Shodashî Tantra)


LA SOUVERAINE DES SPHERES, BHUVANESHVARI

La base de l'univers conçu comme étant une évolution est le dieu aux trois mères (Triambaka). Sa Shakti est la souveraine des sphères.

" Brillante comme l'aurore avec la lune comme diadème, les seins hauts, ayant deux yeux, souriante. Ses mains faisant le geste de protéger et d'accorder des faveurs et tenant un crochet d'éléphant et un lasso. Je te salue, Souveraine des sphères. "

Avec le Soma, l'ambroisie de l'offrande sacrificielle qui est l'essence de la lune, elle calme la soif du monde entier. C'est pourquoi la Grande Déesse porte la lune comme diadème. Elle prend soin des trois mondes, c'est pourquoi elle fait le geste d'accorder des dons (vara mudrâ). Son sourire montre sa bienveillance. Les emblèmes de son pouvoir sont le crochet à éléphant et le lasso.
La souveraine des sphères est aussi représentée avec d'autres attributs. Dans la plus basse de ses mains droites elle tient une coupe, dans la plus haute une massue. Dans celles de gauche, en haut un bouclier et dans celle du bas un fruit de Bilva (Shrîphala), le fruit de la fortune. Sur sa tête se trouvent un serpent, un Linga et un Yoni. Ayant la couleur délicate de l'or fondu, la Grande Déesse porte une guirlande céleste et des ornements de la même couleur. Son merveilleux rayonnement illumine l'univers. Le fruit dans sa main est celui des actions, la massue, le pouvoir d'agir. Le pouvoir de connaître (jnâna shaktî), est représenté par le bouclier, la tendance vers le quatrième stade (turîya vritti) est la coupe. Le Linga sur sa tête représente Purusha (le principe ordonnateur), le Yoni la Nature (prakriti tattva). Le serpent représente le temps. Le fruit dans la main de la Déesse signifie que c'est elle qui accorde le fruit des actions ; la massue indique qu'elle est la base du pouvoir de dispersion (vikshepa shakti), c'est-à-dire le pouvoir d'ation (kriyâ). Le bouclier indique qu'elle est la base du pouvoir de connaître, la coupe signifie qu'elle est l'essence de l'existence qui est le bonheur de l'être absolu. Le serpent, le Linga et le Yoni montrent qu'elle est la forme apparente de l'être transcendant, le Para-Brahman, base de la trilogie de Prakriti Purusha et Kâla (la nature, la personne et le temps).
La souveraine des sphères représente aussi la totalité des versets des textes sacrés. Elle est identique à la Grande Déesse de la multiplicité bien que leurs attributs soient différents.

LA DECAPITEE, CHINNA MASTA

La conscience qui préside à l'évolution de l'univers est représentée comme un corps sans tête (Kabandha) dont l'énergie est la tête coupée (Chinna mastâ). Le progrès et la décadence ont lieu constamment dans le monde. Lorsque le déclin est faible et le progrès important, la Déesse des sphères apparaît, mais quand le progrès est faible et le déclin important, c'est le règne de la décapitée. sa formule à méditer est comme suit :

" Son pied gauche toujours en avant dans le combat, elle tient sa tête coupée et un couteau. Nue, elle boit avec volupté le nectar du sang jaillissant de son corps. Le joyau de son front est tenu par un serpent. Elle a trois yeux, ses seins sont ornés de lotus. Sensuelle, elle se tient debout sur le dieu de l'amour. Elle ressemble à une rose rouge de Chine. Ses yeux sont bleus, elle porte une guirlande de lotus bleus. "

LA TERRIBLE DEESSE DES TROIS CITES, TRIPURA BHAIRAVI


Le dieu qui préside au déclin du monde est la Personnification du Sud (Dakshina Mûrti) ou le terrible seigneur du temps (Kâla Bhairava). Sa Shakti est la terrible Déesse Bhairavî. Sa formule de méditation est comme suit :

"Je te salue souriant doucement, rayonnant de l'éclat rougeoyant de mille soleils levants, vêtue de soie tu portes un collier de crânes. Ta poitrine est tachée de sang. Ton visage de lotus est orné de trois yeux voluptueux. La lune est ton diadème. Tes mains de lotus font les gestes de victoire, de savoir, d'accorder des faveurs et de calmer la peur. " (Bhairavî Tantra)


LA FUMEUSE, DHUNUVATI


La divinité qui préside au désastre total de l'univers est la fumeuse (Dhumâvatî). Parce qu'elle n'a pas de contrepartie masculine, elle est considérée comme veuve. Un élément mâle Purusha reste non-manifesté. La conscience et le savoir restent complètement cachés.
Sa formule de méditation (Dhyâna) est comme suit

" Une femme d'apparence malsaine, agitée, perverse, avec des vêtements sales et des cheveux flottants. Elle a des dents qui manquent et ressemble à une veuve. Elle est montée sur un char sur lequel flotte une bannière marquée d'un corbeau. Ses seins sont flasques. Elle porte un panier de vannage dans sa main. Ses yeux sont cruels, ses mains tremblent. Elle a un long nez. Elle est trompeuse et a l'air fourbe. Toujours affamée et assoiffée elle inspire la peur et suscite les conflits. "

LA PERFIDE, BAGALA

L'énergie qui préside dans l'individu à un désir de détruire ses ennemis, et dans l'être universel au désir de détruire le monde, est appelée Bagalâ, la perfide. Sa formule de méditation est la suivante

" Je salue la Déesse aux deux bras qui, de sa main droite, saisit la langue de son ennemi et le torture de sa main gauche. Elle est vêtue de jaune et tient une massue. "

L'ELEPHANTE, MATANGI

Shiva est appelé l'éléphant (Matanga). Celle qui incarne son pouvoir est Matangî, l'éléphante. Sa formule de méditation est comme suit:

" Nous méditons sur Matangî, la puissance de l'éléphant, qui réjouit les coeurs. Elle est noire, portant un collier en forme de croissant. Elle a trois yeux de lotus. Assise resplendissante sur un trône incrusté de joyaux, elle comble les désirs de ses fidèles. Les phalanges des dieux s'inclinent à ses pieds. Elle rayonne comme un lotus bleu et ressemble à l'incendie de forêt qui consume la forêt des démons de la nuit tenant dans ses quatre belles mains de lotus un lacet, une épée, un bouclier et un crochet d'éléphant, elle accorde tout ce qu'ils désirent à ceux qui la vénèrent. "

LA FILLE-LOTUS, KAMALA

La Shakti de la personnification de Shiva éternel (Sadâ Shiva Purusha) est la Fille-Lotus Kamalâ. Sa forme de méditation est comme suit :

" Au teint doré, baignée par l'ambroisie versée de vases d'or tenus par les trompes de quatre éléphants blancs, elle ressemble à la montagne neigeuse. Ses mains accordent des dons, écartent la crainte et tiennent deux lotus. Elle porte un brillant diadème. Ses hanches pareilles à des fruits mûrs sont drapées dans un léger tissu de soie. Nous la saluons debout sur un lotus. "

LALITA, LA CHARMEUSE

Lalitâ, qui représente l'univers, correspond à l'aspect bienveillant de l'être suprême.

LA DEESSE DE LA VOLUPTE, KAMESHVARI

L'aspect favorable de l'être suprême dépourvu d'attributs est le seigneur suprême des rites tantriques (Mahâ Vâma Ishvara) tandis que l'aspect favorable de l'être suprême qualifié est la Déesse de la volupté Kâmeshvari qui emplit les membres du dieu des plaisirs de l'existence.

Shiva, lui-même au-delà de toute qualification peut, quand il est uni à la Déesse de la volupté, accomplir des actes tels que de créer l'univers.

" Shiva, quand il est uni à Shakti, est capable de créer ; mais sans elle le dieu est incapable même de se mouvoir. "

Sans leurs Shaktis, leurs pouvoirs, le planificateur Brahmâ, l'omniprésent Vishnou et le destructeur Rudra (Shiva) ainsi que leur forme réunie le dieu suprême Ishvara et, au-delà de lui Sadâ Shiva l'aspect transcendant de Shiva, sont considérés comme des abstractions. Les quatre premiers dieux forment les pieds du lit de la Déesse de l'érotisme (Kâma-Ishî) et Shiva transcendant constitue les planches de son lit.
Dans les divines mains de la Déesse de l'érotisme qui réside dans le Brahman, l'être non-qualifié, sont un lacet, un crochet d'éléphant, un arc fait de canne à sucre et une flèche. L'attachement est le lacet. L'inimitié est le crochet d'éléphant, le mental. L'arc de canne à sucre représente les mots et les objets des sens sont les flèches de fleurs. Dans une autre version :

" Le piège est la force du désir, le crochet d'éléphant le savoir. L'arc et la flèche qui sont la capacité d'agir sont resplendissants. "

 

DESCRIPTIONS DE LA DEESSE DANS LE DEVI SUKTA


Le but du Devî Sukta est de montrer que c'est l'être transcendant le Para-Brahman, qui est représenté sous la forme de la Déesse.

Il fait dire à la Déesse :
" C'est moi qui erre sous l'aspect de Rudra, le terrible, ou de celui qui réside en toutes choses (Vasu). Je suis le soleil (Aditya) et les gardiens du monde (Vishva Deva). Indra (le roi du ciel), Agni (dieu du feu) et les jumeaux à tête de cheval (AshviniKumâra) sont sous mon contrôle. C'est moi qui donne le bénéfice de leurs actions à ceux qui accomplissent les rites des sacrifices, qui nourrissent les dieux avec leurs offrandes.
C'est moi qui règne sur le monde, qui accorde les biens matériels, qui connaît la nature essentielle des choses. Je suis vénérée en premier dans les rites de sacrifices. L'univers manifesté est mon corps. C'est pourquoi tous les dieux me suivaient car ils voulaient pénétrer dans le soleil. La forme de l'espace est ma forme. Tout ce qui est accompli m'appartient partout et toujours.
C'est de moi que vient votre nourriture, tout ce que vous voyez, que vous respectez, tous les mots que vous entendez. Ceux qui ne me reconnaissent pas sont détruits. Si tu connais les textes sacrés écoute avec respect mes paroles.

C'est moi qui domine le Brahman, le principe de toutes choses, que dieux et hommes vénèrent. Je deviens ce qu'il me plaît de devenir, terrible ou majestueuse. Je deviens Brahmâ, le façonneur du monde et les voyants (les Rishis), et le merveilleux savoir. Au moment de la conquête des Trois Cités, c'est moi qui tire la corde de l'arc de Rudra contre le féroce titan Brahmadvit. Pour réjouir ceux qui jouent, je combats leurs ennemis. Je deviens la sphère de l'espace, la plus haute forme de l'être suprême. L'éther et tous les éléments sont la trame de l'être suprême, comme un tissu est fait de fils.
Je suis les eaux primordiales (Ap) emplissant comme une pensée l'océan de l'être suprême et c'est moi, la Grande Déesse, qui suis la cause consciente et éternelle de l'univers qui se développe à l'intérieur, au milieu et au-dehors de cet océan.
Je réside dans tous les êtres que j'imprègne. Mon corps dont la substance est le pouvoir d'illusion atteint les limites de l'espace (Dyu-loka) et toutes les autres limites. Je suis l'origine de toutes choses. Au-dessus du monde terrestre, c'est moi qui crée le père qui est l'espace qui engendre. La vision imprégnée d'eau qui m'engendre se trouve au milieu des eaux de l'océan. Devenant sa fille, je vois cette Devi Sukta comme une vision. Ceci veut dire que ma cause, le principe de la faculté de conscience (Brahma chaitanya) se trouve dans l'océan, c'est-à-dire la sphère de l'espace intermédiaire (antariksha) qui est le corps aqueux des dieux.
Je suis l'origine de tout ce qui existe et de toute action. Comme le vent qui agit de lui-même sans instigation, moi, l'énergie transcendante, accomplis des actions à ma fantaisie. J'existe au-delà de l'espace et de la terre. Je suis l'origine de la conscience loin de tout, indifférente. "


LE RITUEL DE VENERATION

L'eau

L'eau offerte pour laver les pieds (pâdya) de la mère divine représente la perception de la triple nature divine, l'existence, la conscience et la joie qui imprègnent toutes les formes et les noms qui constituent l'univers en mouvement.
L'offrande d'eau (arghya) symbolise la perception de l'être absolu, le Brahman qui imprègne le monde subtil. La perception du principe en tant qu'imprégnant la perception elle-même est l'eau offerte pour rincer la bouche. L'eau employée pour baigner l'image symbolise la perception de la conscience et la joie qui imprègne les trois qualités fondamentales. La méditation sur la Déesse de la volupté (Kâmeshvarî) qui personnifie la conscience, qui inclut tous les mouvements de la pensée, est la consécration de l'eau.

Les ornements
Les ornements offerts symbolisent les qualificatifs de la divinité tels que d'être sans artifices (niranjana), incorruptible (ajaratva), sans tristesse (ashokatva), immortelle (amritatva), etc.

Les parfums
L'offrande de parfums représente la perception de la pure conscience qui imprègne la terre, l'élément dont est formé le propre corps de l'adorant.

Les fleurs
L'offrande de fleurs représente la pure conscience présente dans l'élément éther.

L'encens
L'offrande d'encens représente la pure conscience présente dans l'élément air.

La lampe
L'offrande de lumière représente la pure conscience présente dans l'élément feu.

Les nourritures
L'offrande de nourriture représente la perception du principe d'immortalité.

Les grains de riz
L'offrande de riz correspond à la perception dans toute chose de l'existence, la conscience et la joie.

Les louanges
L'offrande de louanges représente la dissolution de la parole dans l'être absolu, le Brahman.

Le balancement des lumières
Le balancement des lumières représente le rejet des objets de la pensée, c'est-à-dire du monde matériel.

La prosternation
La prosternation évoque la dissolution de la pensée dans le Brahman, la conscience universelle.

 

L'HYMNE À LA DEESSE


" Chantant tes louanges, je m'arrête lassé, ne trouvant pas de mots pour décrire tes mérites mais non pas parce que tes mérites sont limités. "

Tous doivent constamment demander à la Mère les choses qu'ils désirent.

" Donne-moi la beauté, donne-moi le succès, donne-moi le renom, détruis mes ennemis. "

" Ô Mère ! Les dieux et les titans effleurent tes pieds avec les joyaux de leurs diadèmes. "

" Tu es chantée perpétuellement par Krishna avec dévotion comme une Mère, Ô Déesse. "

La Grande Déesse est inconnaissable, infinie, une et multiple. Elle est tout. Le célèbre Shankarâchârya a décrit superbement le double aspect de la Déesse qualifiée et non-qualifiée.

" Quand tu ouvres ou fermes tes paupières, les mondes sont détruits ou renaissent. C'est pourquoi, Ô Fille du roi des montagnes !, les saints te prient puisque les mondes naissent quand tu ouvres les yeux et sont détruits quand tu les fermes. Pour nous délivrer de la crainte garde toujours tes yeux ouverts. "

" Tu es appelée le verbe, la Déesse, fille du créateur. Femme-lotus tu es la compagne de Vishnou c'est-à-dire de Hari, le consolateur. Fille des montagnes tu erres avec Shiva, c'est-à-dire Hara, le libérateur. Ton corps est le quatrième stade d'existence, l'incréé, difficile à atteindre. Ta grandeur est incommensurable. Comme la grande illusion, tu fais tourner le monde. Tu es la compagne de l'être suprême. "

La dévotion envers elle est essentielle. À travers elle son fidèle tient l'être absolu en son pouvoir. Son culte est en soi un aspect de la Déesse. En dehors du fait qu'elle représente l'énergie, la piété, la connaissance transcendante, la volupté suprême, le goût merveilleux de l'ambroisie qui est la nature de l'être suprême est aussi un de ses aspects.

Certains expliquent de la façon suivante les pratiques de la main gauche dont les noms commencent par la lettre M et qui sont en rapport avec le vin (Madhya), la viande (Mansa), le poisson (Matsya), le geste (Mudrâ) et la copulation (Maithuna).

" Buvant le vin qui coule de la coupe de la lune dans le centre des mille pétales ; tuant avec l'épée de la connaissance les animaux démoniaques que sont la lascivité, la colère et l'erreur ; cuisant le poisson de la perfidie, de la calomnie, de l'envie, montrant les gestes de l'espoir, du désir et du mépris ; et jouissant des créatures voluptueuses qui se trouvent le long de la colonne vertébrale, un homme atteint l'équilibre. " (Sama rasya).

" Celui qui le comprend passe au-delà de la souffrance. "

retour au sommaire Shakti
retour au sommaire