SADDHU


Nishadraj Ghât : le père de Bomay, batelier
Alain Perreau

Saddhu : nom donné aux ascètes et aux saints hommes qui se sont retirés de la vie mondaine, renonçant à leur caste, à leurs biens et au pouvoir dans le but de se consacrer la réalisation de l'Absolu. Ils occupent une place particulière. On les considère comme supérieurs aux brahmanes, la renonciation valant plus que la pratique de tous les rites et de toutes les cérémonies. Mais beaucoup sont appelés, peu sont élus. Beaucoup profitent de la culture ambiante pour mener une vie vagabonde en dehors de toute contrainte, ce qui rend plus admirables encore les authentiques renonçants.
L'apparence du saddhu s'inspire des représentations de Shiva avec sa chevelure abondante emmêlée et parfois son corps couvert de cendres. La chevelure et la barbe des saddhu ne sont jamais coupées ni démêlées. Leur front est marqué de trois lignes faites de cendres ou de pâte de santal. Elles sont verticales ou horizontales selon la secte vishnouïste ou shivaïste à laquelle ils appartiennent. Ils portent rosaire et trident ou tout autre marque distinctive. Les sectes des deux obédiences sont innombrables. Et les "contrefaçons" encore plus nombreuses.

Les sectes shivaïtes et vishnouïtes sont les plus importantes en nombre :

Saddhu Shivaïtes
Shankaracharya a créé les Dasnami, (les dix noms, les dix ordres monastiques) qui font autorité à travers toute l'Inde. Ces ordres pratiquent des rites tantriques et shaktiques. Certains consomment, pour leurs rites, des drogues ou de la viande, d'autres pratiquent des rites érotiques. Chaque ordre possède des militants armés appelés Naga.
Les Gorakhanathi se reconnaissent à leurs lourds anneaux d'oreille ; les Aghori vivent sur les terrains de crémation et se couvrent de cendres ; les Lingayat (fondés par Basava au XII° siècle) adorent le linga, symbole de Shiva ; les Shaiva, stricto sensu, sont les adorateurs du symbole linga - yoni ; les Shakta sont les dévots de la Shakti identifiée à Shiva, et parfois aussi des différentes Shakti (énergie divine féminine) identifiées à Krishna et Rama ; les Ganapati, dévots de Ganesh, fils de Shiva ...

Saddhu Vishnouïtes
Ils appartiennent à des sectes plus récentes. Appelés Vairagi (ceux qui ont renoncé au monde), ils font partie des mouvements engendrés par la doctrine de la Bhakti (adoration de la Mère universelle) tels les Madhva, les Vallabhacharya ou les Chaitanya. Ils ne pratiquent pas l'ascétisme extrême des sectes Shivaïtes.
Les Vishnouïtes se divisent en deux sectes principales : les Gokul, dévots de Krishna, (8° incarnation de Vishnou), lui rendent un culte avec ou sans son épouse Radha, certains adorent uniquement Radha ; les Ramanuji, dévots de Rama, (7° avatar de Vishnou), l'adorent avec ou sans son épouse Sita, certains vénèrent exclusivement Sita.
Les saddhu vishnouïtes marquent leur front d'une à trois lignes verticales blanches avec selon le cas un point rouge au centre. Ils sont généralement habillés de blanc et portent des perles de tulsi (basilic sacré). -

Saddhu Surya, adorateurs de Surya (Soleil).

Les saddhu voyagent d'un lieu sacré à l'autre et ne restent en principe pas plus de trois jours au même endroit. À la différence des autres hindous, ils ne sont pas brûlés mais enterrés généralement en position assise ou immergés dans le Gange. Le site où ils sont enterrés devient un lieu sacré.

Marques sectaires apposées sur le front :

Les saddhu shivaïtes apposent généralement sur leur front deux ou trois lignes blanches horizontales qui sont souvent coupées en leur milieu par un point représentant le troisième oeil de Shiva


(quelques images)

Les saddhu vishnouïtes se reconnaissent aux deux ou trois lignes verticales qui ornent leur front. Elle peuvent être marquées d'un point ou d'un petit cercle. D'autres marques typiques sont le disque (chakra) et divers dessins triangulaires et coniques dont le point est tourné vers le bas symbolisant l'eau (symbole de Vishnou).


(quelques images)

Dans les deux cas, le point symbolise l'Être Suprême.

Les rares saddhu de Brahma portent un triangle enfermé dans un cercle ou bien un double triangle. Cela relève de la théorie plutôt que de la pratique puisque Brahma n'a pratiquement aucun temple donc peu d'adeptes




la vie d'un saddhu
en guise de jeu : charlatan ou saddhu ?
le privilège du saddhu



textes :

ascètes et autérités : la crainte des dieux    -   Alexandra David Néel    -    un sadhou de Bénarès

les ordres monastiques     -     Alain Daniélou     -     conseils à un mléccha aspirant à l'initiation shivaïte

 

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