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La pagode Tran Quoc



Le temple de la Littérature

 

La pagode des ambassadeurs

 

La pagode But Thap

 

Le temple Ngoc Son

 

Rue Ly Quoc Su

 

Quan

 


21 novembre 2002

Retour du Vietnam où je viens de vivre seul 8 jours, puis 7 jours, accompagné de M.A. caractère de 82 ans qui a souhaité que nous nous retrouvions là pour découvrir ensemble la baie d'Along.

Départ vers le Vietnam.

Vendredi, 17 heures, je me présente à l'embarquement de l'avion pour Hanoi sans visa préalable, convaincu que des douaniers zélés me le fourniront arrivé à destination. C'est oublier la particularité socialiste du Vietnam ! Un vendredi ! Je ne pourrai obtenir le sacro-saint tampon que mardi matin en confiant mon passeport à une agence. Les tamponneurs ne travaillent pas pendant le week-end. Mais pourquoi se laisser abattre ? Je ne suis plus un excité qui exige selon son bon vouloir. Je suis largement en avance sur le rendez-vous avec M.A. Elle arrive le 11 novembre. Je souhaite passer ces quelques jours seul pour prendre le temps de me situer dans l'espace vietnamien et pour préparer un peu ce voyage avec une dame âgée dont je sais qu'elle voudra " courater " dès sa descente d'avion malgré ses difficultés de marche.

…Je pars en attendant vers Pattaya, si proche de Bangkok pour laisser filer le temps et profiter (?!) de la mer. J'ai envie de revoir ce "bordel à ciel ouvert", ses flons flons, ses néons, sa populace mélangée. L'opposé de ma petite ville si tranquille.

Mardi après midi, vrai départ muni de tous les viatiques requis.

Hanoi.

Hanoi est un chef d'oeuvre de l'architecture coloniale française qui a gardé tout son charme. Vieille ville commerçante très active, belles avenues, fraîcheur des nombreux lacs, des arbres dans la moindre rue, jardins publics verdoyants, accueil souriant dès l'aéroport, gentillesse, volonté de rendre service, plaisir de parler le Français avec des vieux mais aussi et surtout avec des étudiants qui n'hésitent pas à interroger. Soirées sans fin à flâner en cyclo-pousse dans les 36 rues de la vieille ville autour du Petit Lac ( Hoan Kiem). Quand on découvre la ville, celle que je découvre, on peut imaginer combien cela a du être difficile pour les colons français, qui se croyaient chez eux, de la quitter. Et pourtant pendant une longue période Hanoi a été considérée comme la ville à éviter par les touristes tant le harcèlement de la police et des autorités contre tout ce qui était blanc de peau était vifs. Vieilles hargnes passéistes qui ont disparu avec les fonctionnaires partis en retraite remâcher leur vision étriquée pour le plus grand bonheur d'une population enfin libérée après avoir été soumise à un régime policier impitoyable. Mais aussi, cinquante ans après la guerre, par cette volonté d'ouverture des jeunes qui n'entendent plus faire les frais d'un passé révolu.
Je suis complètement sous le charme même si, comme partout en Asie, je souffre de ce bruit permanent qui envahit tout comme s'il était nécessaire à la vie.

Chua Huong, la Pagode des Parfums.

En attendant M A, je découvre la pagode des Parfums. Trois heures de route pour 60 Km de distance. Il y a tellement de motos qui roulent dans tous les sens que je me se demande comment la circulation n'est pas totalement bloquée. Aux heures de pointe, cela tient du fleuve qu'il faut parfois remonter à contre courant. Arrivé à destination, changement de décor et nouveau moyen de transport.
Après la pollution, la poésie champêtre et l'eau. Assis à quatre dans une barque plate nous remontons une plaine d'eau poussés à la perche par une femme. Cette pérégrination d'une heure et demie sur le rivière Yên révèle une suite de paysages karstiques dignes des plus belles estampes chinoises. L'eau claire, la végétation, les oiseaux et les humains peuplent ce parcours privilégié qui malgré les visiteurs est resté identique à ce qu'il a toujours été. Un vrai régale qui se termine trop rapidement mais laisse l'espoir d'autant de plaisir lors du retour en sens inverse.

Puis l'on grimpe pendant deux heures sur un sentier rocheux vers le sommet du mont Huong Tich, la Montagne de l'Empreinte parfumée, pour atteindre Thiem Chu, la pagode du Chemin du Ciel et Giai Oan Chu, la pagode du Purgatoire, où les dieux purifient les âmes, effacent les souffrances et accordent des enfants aux couples sans descendance. Enfin, Huong Tich Chu, la pagode de l'Empreinte parfumée, le saint des saints où Buddha repose au fond d'une caverne immense. Pagodes aux noms poétiques. Hors du commun.

Sapa.

Trois jours en solitaire à Sapa, à 1650 m, pour découvrir après une nuit de train et trois heures de routes en réfection les montagnes, les rizières étagées et les tribus que l'on distingue par leurs habits, soit noirs, soit rouges ou même panachés. Ancienne station climatique française construite en 1922 dans une vallée superbe proche de la frontière chinoise, elle était tombée dans l'oubli à la suite des différentes guerres et pratiquement abandonnée. Il s'y mène une vie rustique et colorée qui tend à disparaître sous la pression de la télé et de l'arrivée nouvelle des touristes. Le marché du samedi est devenu le haut moment de la semaine et pour le visiteur un étonnement sans fin de couleurs. Les montagnards cultivent de moins en moins leurs champs. Ils vivent de tissages souvent bâclés qu'ils vendre aux touristes. La prostitution fait son apparition. Reste les promenades, les villages ancestraux, les cultures étagées, parcourues avec un jeune guide de langue française heureux d'échanger et d'expliquer le mode de vie et les coutumes qu'il voit se désagréger sous la pression du tourisme. Sapa est une vitrine sacrifiée pour protéger les régions alentour de l'invasion qui, pour celles-ci du moins n'est pas pour demain. L'essentiel des découvertes au Vietnam se fait encadré par les voyages organisés au travers des organismes d'état. Il ne faut pas s'en plaindre si cela permet de préserver un équilibre fragile.

La baie d'Along.

L'une des merveilles du monde ; Patrimoine de l'Humanité.
Féerique. On aurait envie d'y rester indéfiniment pour prendre la dimension de cet autre "monde" hors de l'espace et du temps. Aucun inutile, aucun superflu, rien que le nécessaire. Poésie du minéral et du végétal.
L'île de Cat Ba, en dehors du périmètre protégé, accueille les touristes la nuit. De jour, errance au milieu des "pains de sucre", des passages, sur l'eau quelques villages modernes de pécheurs…

 

Les descriptions d'Yvonne Schultz


Le guide du Routard

 

Hanoi. Quelques temples et pagodes et autres lieux.

Dans et autour d'Hanoi découverte de temples (on y vénère des hommes illustres) et de pagodes (on y vénère Bouddha et les Boddhisattva ; le bouddhisme est Mahayana au Vietnam).

La Pagode Tran Quoc, Défense de la patrie, l'une des plus anciennes du Vietnam - VI° siècles- a été restaurée au XV° siècle puis en 1842. Elle se reflète dans Ho Tay, le lac de l'Ouest au nord de la ville, entourée de tombes de bonzes en forme de tours. Il ne faut pas hésiter à aller tout au bout de la presqu'île que forme le temple pour jouir de la grande beauté des lieux.

Le temple de la Littérature, érigé en 1070 par l'empereur Ly Thanh Tong a été dédié à Khong Tu (Confucius en vietnamien). Depuis cette époque, on y honore les lettrés et les grands écrivains. Ce complexe, divisé en cinq cours intérieures qui se succèdent, a été sous le nom de Collège National la première université du pays où l'on formait princes et mandarins à la pensée et à la morale de Confucius. Elle est célèbre pour ses 82 stèles encore debout (il y en avait 116 en 1778). C'est en 1484 que l'empereur Le Thanh Tong donna l'ordre de consigner sur des stèles les noms, origines et faits marquants des lauréats du concours de doctorat qui se tenait tous les trois ans à compter de 1442. Entre 1442 et 1778, date du dernier concours et du transfert de l'université à Hué, il s'est tenu 116 cessions.

La pagode des Ambassadeurs -son nom provient de ce qu'au XVII° siècle, les ambassadeurs des pays bouddhiques y étaient logés dans un bâtiment adjacent, a été reconstruite en 1936 et restaurée en 1942. Une douzaine de bonzes y vivent. Elle est le siège officiel du bouddhisme de Hanoi. Les femmes âgées y viennent prier en foule pendant les fêtes du Têt.

La palme revient à la pagode But Thap perdue en pleine campagne à l'est de Hanoi. Miraculeusement préservée, elle date de l'an 1037 et a été restaurée au XVII° et au XVIII°. Encore un lieu de beauté où je pourrais entrer en monastère ; aussi prenant que certaines abbayes cisterciennes. Dans la pagode principale, une statuaire de bois de laqué croque de façon hyperréaliste des moines tels qu'ils devaient être dans leur vie quotidienne : boudeurs, bons vivants, ascètes, une femme telle une vierge Marie du XVIe siècle…

Le lac Hoan Kiem, dit le petit lac au centre ville.
Cœur de Hanoi, le lac dont le nom veut dire l'Épée restituée est d'une beauté romantique avec son petit temple au sud sur l'îlot de la Tortue. Dernier vestige du plus ancien temple de la ville. Une belle légende du XV° siècle concerne Hoan Kiem. Chacun vous la raconte. Lê Loi, un pauvre pêcheur, s'était vu remettre par la tortue sacrée qui vivait dans le lac, une épée magique afin de défendre le royaume contre les envahisseurs chinois (les Ming). Armé de son épée, il souleva le peuple et tint en respect les Chinois pendant une dizaine d'année. Devenu le souverain, il se promenait un jour le long du lac. L'épée sortit de son fourreau et fut récupérée et emportée au fond par la tortue au moment où elle allait tomber dans l'eau. Façon de dire que toute chose a une fin et que la modestie est primordiale ? On a récupéré dans le lac il y a quelques années la carapace d'une tortue comme pour accréditer la légende.

Le temple Ngoc Son, la Montagne de Jade, construit au nord dans le lac date du XIII°, a été remanié au XIX° siècle mais n'en garde pas moins un charme tout particulier. Il est dédié à trois grandes figures : Tran Hung Dao, vainqueur des Mongols au XIII° siècle, La To, grand guérisseuret Van Xuong considéré comme un génie des lettres. Le temple est relié à la berge par un magnifique pont -le pont du Soleil levant- de bois rouge en dos d'âne.
" Reflétant l'âme sacrée de la patrie,
l'épée miroite comme les ondes du rivage.
Communiant avec ciel et terre,
Les lettres persistent avec l'âge des montagnes. "

Trois musées méritent une visite : le Musée d'Histoire, le Musée des beaux Arts, installés en ville dans des bâtiments coloniaux et le Musée d'Ethnographie du Vietnam, à dix kilomètres du centre.

Impressions.

Je suis admiratif de l'accueil qui nous est fait malgré 100 ans de colonisation et une guerre terrible. Les jeunes réapprennent le Français et le manient fort bien. J'en ai fait l'expérience au moment de la préparation des examens où le Français était langue obligatoire et les mémoires écrits dans notre langue.

En primeur : j'ai un enfant vietnamien. Quan (prononcer couenne), 22 ans, il passe ses examens de maîtrise en français en mai prochain. Il est gardien de nuit à l'hôtel Prince (à titre de comparaison avec son salaire : le prix de la chambre est de 25 $), où nous logons. Son salaire de 60$ par mois lui permet d'assurer son strict quotidien : 20 $ pour les droits d'inscription à l'université, 20 pour avoir une chambre, qu'il partage à trois, où travailler, 20 pour tout le reste. En fait de quoi manger et pas un liard pour un vêtement ou un extra. Il ne connaît même pas le plaisir de manger dans un de ces petits " restaurants " ouverts à même le trottoir.
Il n'y a pas de hasard. Je le dis depuis longtemps. Surpris de ne pas l'apercevoir depuis deux jours, alors qu'il est aux petits soins pour M.A., qu'il a été notre guide pour un tour organisé en taxi par l'hôtel, je demande à le rencontrer la veille au soir de notre départ. Mutisme du personnel, puis comme j'insiste sans lâcher prise, le (nouveau) gardien de nuit avoue qu'il ne travaille plus là, mais qu'il a annoncé sa visite pour nous dire au revoir.
Il ne sait pas le précieux renseignement qu'il me donne. Un Asiatique, quoiqu'il survienne, ne parlera jamais à un étranger de ses problèmes ou de ses difficultés. Si je n'avais pas ces indices, Quan nous dirait au revoir en souriant, impénétrable.
Il arrive à 9 heures du soir ; il sort de la fac. Sourire, courtoisie. Questions qu'il élude. Souhaits de longue vie … Poussé dans ses retranchements, il finit par avouer la catastrophe. " Le patron m'a dit : j'ai besoin de toi la nuit et toute la journée. Tu cesses tes études ou tu prends la porte ". " J'ai pris la porte."
60 $ par mois ! À peine plus que deux nuits d'hôtel. Buddha dans son ineffable sagesse a sans aucun doute suggéré l'installation des distributeurs bancaires qui fonctionnent aussi de nuit.
Quan me rappelle Cha, par sa générosité et sa volonté d'en sortir quoiqu'il en coûte de privations. Je vais vivre avec Quan les fêtes du Têt, le nouvel an vietnamien (du 28 janvier au 5 février 2003) dans le village de ses parents. Une porte s'est ouverte sur la vie du Vietnam profond, celle qui s'ouvre sur le monde paysan, les oubliés de la richesse en route.