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Voyage dans le Nord Ouest
(novembre 2004)
le site d'Alain Bottu mérite un long détour :
http://bottu.org/index.htm
Chaing Mai :
http://bottu.org/chiangmai.htm
Mae Hong Son - Mae Sariang :
http://bottu.org/lanna-pai-yuam.htm
Mae
Hong Song
(Alain Bottu)
images de clikthai.de :
temples
- fête
du Poi Sang Long
une autre carte postale
Karen
Pwo Eastern
Karen
S'gaw
Kahya
Eastern
images
sur
la route de Ban Nai Soi
Sop
Pong
le
thé de ban Mae Aw
Mae
Sariang
Mae
Sam Laep
Ban
Sob Moei
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Nous avons, la voiture, Kung et moi rendez-vous le 14 novembre
2004 en fin d'après-midi quelque part sur la gauche, entre Mae
Taeng et Chiang Dao, respectivement à 36 et 78 Km au nord de Chiang
Mai. À nous de trouver avec ces quelques explications que j'ai
pu arracher à C., mon amie belge flamingante, après plusieurs
conversations téléphoniques. Un centre privé où
l'on protège des éléphants ! Concis, mais parfaitement
inutile quand on sait qu'il y a assez de centres de ce type dans cette
région pour ne jamais trouver le bon lorsqu'on en connaît
pas même le nom. Avec la grande habitude des Thaïs de répondre
toujours " noon " (par là) et de répondre, quoi
qu'il arrive, n'importe quoi pour ne pas perdre la face, il nous reste
à croire aux miracles dont on ne sait pas grand-chose en pays bouddhiste.
Mais qui sait ! J'ai trouvé sur Internet l'adresse de l'agence
qui lui a fourni ce lieu indéfinissable.
Deux jours de voyage et plus de 1000 Km pour arriver à Chiang Mai
en début d'après-midi du jour fatidique. Peu importe que
ce soit dimanche, tout est toujours ouvert, à la condition de découvrir.
Chiang Mai, seconde ville du royaume, est un second Bangkok pour sa circulation
indescriptible. Rater une rue, c'est partir pour un tour complet ou presque
de ville le long des douves qui l'enferment et c'est se résigner,
à défaut de pouvoir s'en sortir, à suivre le flot
dans une brume d'échappements. Normes antipollution, ils ne connaissent
pas ! Arrivé dans le périmètre supposé idoine
par plusieurs agents de la circulation au bord de l'asphyxie, le nom de
l'agence prononcé sous toutes les intonations possibles ne dit
rien à personne. " Noon " est pour une fois efficace
tout à fait par hasard. Dans un soi (ruelle), assez bien cachées
derrière une vitrine qui parle de tout sauf d'éléphants,
des jeunes filles tout sourire aux lèvres attendent. Quoi, je me
le demande. Pas une ne paraît remarquer mon entrée, elles
pépient. Après le temps d'attente requis, je me lance dans
une explication anglo thaï que toutes ces demoiselles écoutent
avec la plus grande attention. Il semble du moins. Il ne faut pas plus
de 5 minutes de réflexion pour qu'une réponse tombe qui
pourrait se traduire par : " moi, connaisse pas ". Nouvelle
explication, non moins longue réflexion : " moi, connaisse
; moi par dire où ; toi, aller demain, 1000 baths ". C'est
sans appel. Arrivée opportune d'un Britannique ; l'accent est terrible
, il est au moins de Londres. Il revient visiblement du camp. " Ah,
oui, C., je connais ". " Ok, je veux une carte pour m'y rendre
". Débute une explication qui à tout coup m'expédiera,
je ne sais où. Il y a des tournants, une côte, une piste
mais aucune précision. En clair, c'est quelque part par
là, après Mae Taeng, sur la gauche. La carte, qu'il finit
par arracher aux donzelles, est pire encore. Pas de doute, il reste à
trouver la route vers Mae Taeng et à se remettre entre les mains
de Buddha.
Ses voies sont, elles aussi, impénétrables.
Départ vers l'inconnu. Autant faire le plein d'essence pour ne
pas rester planté au milieu de rien. Et là, à la
station perdue sur un bord de route, un automobiliste qui fait, lui aussi,
le plein : " Vous venez de Prachuap ?! " En thaï naturellement.
" J'en suis aussi ! ". Ce sudiste émerveillé de
voir un compatriote, interrogé -pourquoi pas-, lui sait. Il donne
les deux points de repère utiles et nous voila partis. Kung, certain
; moi, dubitatif. La nuit va tomber d'un coup dans une petite heure.
Une côte, des tournants, un peu au hasard, un des chemins sur la
gauche
Bout de route, une piste sans fin -plus de 9 Km- , une entrée
interdite, ce qui nous intrigue au milieu d'une nature vierge
, nous
arrivons juste à temps pour le bain des éléphants.
La petite plaine fermée de toutes parts et traversée par
la rivière Mae Taeng relève de l'image d'Epinal. Sur un
prospectus, la photo donnerait l'impression d'avoir été
retouchée tant elle serait idéale. Un paysage à peine
voilé par la brume de chaleur du soir et le léger brouillard
du matin, des collines envahies d'une jungle exubérante, des taches
vertes très clair, restes de brûlis passés, une cuvette
plantée de quelques arbres centenaires, des huttes bâties
sur pilotis à l'ombre des arbres, et des éléphants
en liberté
surveillée
L'image idyllique d'un
paradis pour éléphants
corrigée par une main
humaine intéressée.
J'aborde là un sujet qui fâche.
Retour en arrière. L'Eléphant blanc ou même gris ou
noir est un symbole important en Thaïlande. Il a été
l'une des composantes du drapeau national jusqu'en 1917. Deux raisons
à cela. Longtemps le mastodonte, équivalent du char d'asseau
actuel, était une des pièces maîtresse des armées
asiatiques et pas une victoire n'était possible sans sa horde.
Il a aussi été omniprésent comme bête de somme
dans les campagnes où vit encore 80% de la population.
Au début du siècle précédant, on estime à
plus de 100 000 le nombre des éléphants qui travaillent
sur le sol siamois. Selon des statistiques officielles, il en reste 13
397 en 1952. Ils devraient être environ 3 800 actuellement (dont
1500 auraient du travail et 700 à 1000 seraient utilisés
à des fins touristiques) sans décompter les 1200 à
2000 qui vivent à l'état sauvage ; une aire de 100 hectares
de forêt est le minimum nécessaire à un éléphant
sauvage pour survivre.
L'opinion essentiellement touristique s'est emparée du " drame
" des éléphants depuis quelques années sans
doute pour la plus grande joie des profiteurs qui en ont fait un fond
de commerce rentable. Il ne fait pas l'ombre d'un doute qu'un problème
se pose pour la survie des éléphants domestiques. Alors
qu'ils étaient nécessaires pour le transport des grumes
dans l'exploitation des forêts, ils sont devenus inutiles. La forêt
pillée est actuellement protégée autant que faire
se peut par la loi et l'exploitation en est officiellement interdite.
Ce qui n'empêche pas la destruction massive par les brûlis
interdits eux aussi que pratiquent les ethnies montagnardes.
Que faire des éléphants au chômage ? Il faut à
ce point, évoquer le problème humain du cornac et de sa
famille. L'animal appartient à son cornac ; le cornac et les siens
ne vivent que de la location de l'attelage homme-éléphant.
(L'empailleur de rêves ; Nikom Rayawa ; 1984 ; Edit. L'aube ; Isbn
2-87678-427-0. Merveilleuse traduction de Marcel Barang qui vit en Thaïlande
depuis 30 ans) Or, ce binôme est devenu pratiquement inutile. Il
en découle deux conséquences. Sans ressources, l'homme néglige
son animal, ou même pour survivre l'abandonne et va grossir le prolétariat
urbain. Ou bien, le couple tente son va-tout et émigre. On voit
de plus en plus souvent à Bangkok, mais aussi dans les grandes
villes, des éléphants quêtant leur nourriture. La
pitié ou la compassion, mais bien plus l'attachement des Thaïs
au pachyderme, permet à celui-ci et à la famille de son
cornac de mal survivre. Pour tenter de palier à cet état,
le gouvernement a mis en place un nombre certain de " centres "
ou l'animal est racheté, soigné, protégé avec
la plus grande rigueur. Endroits où il sert aussi à l'éducation
de la jeunesse et à préserver la mémoire collective.
J'ai visité un de ces centres ; nos zoos ont tout à leur
envier.
Passons au sujet qui fâche : le " centre " privé
où je viens chercher C. à la fin de son apostolat de 15
jours. À l'origine, le caprice d'un Anglais et de sa femme ou compagne
Thaï. L'endroit est magnifique tel une île de beauté
perdue en pleine jungle à proximité d'un hameau. Aucune
image pour en témoigner ; mon appareil décide de ne produire
que des images floues, sans doute pour garder au lieu sa magie évocatrice.
Argent et intrigues permettent l'acquisition des terres. Les gens du village
et les autorités -les suivantes- n'en sont toujours pas remis.
C'est du moins ce que j'ai cru comprendre. Se crée un petit paradis
où l'éléphant qui vaque donne tout le merveilleux.
Monsieur quitte Madame qui garde le tout puisque la loi interdit à
un Étranger d'acquérir des terres. Je n'ai pas vu Madame,
elle était à Chiang Mai où elle surveillait la construction
d'une résidence de ville, lassée semble-t-il de vivre dans
l'inconfort. Mais pendant ce temps sur place les touristes, appelés
pudiquement des volontaires remplissent le tiroir-caisse qui se vide sans
aucun doute pour une grande partie dans les murs et le marbre en ville.
Volontaire à 10 000 baths la semaine pour travailler et améliorer
de ses propres deniers la vie des éléphants. À titre
indicatif, un employé travaillant dans un magasin 10 heures par
jour, 7 jours par semaine gagne 3 000 à 4 000 baths. Les cornacs
qui travaillent là ne gagne pas naturellement ce minimum et semble
émarger à 1500 baths par mois. Lors de mon passage 5 volontaires
à la semaine, 2 ou trois volontaires à l'année avec
femmes et enfants et 6 ou 7 jeunes venu pour la journée -celle
que l'on voulait m'imposer - contre 1000 baths. Une belle affaire basée
sur la sensibilité débilitée de ces Occidentaux qui
s'émeuvent et tombent heureux dans le panneau de vendeurs d'illusions.
Une conclusion : se trouve là une vieille américaine plus
proche de 80 ans que de 70, volontaire de caractère comme sortie
d'un salon de beauté et qui m'explique qu'un jour, à 70
ans passés, elle décide devant le malheur des éléphants
d'en sauver quelques-uns. Idée fort louable qu'elle met en pratique
en venant vivre là plusieurs semaines par an pour déverser
des dollars dont elle ne comprend pas le véritable usage. Après
un long exposé sur le malheur de ces pauvres animaux abandonnés
- sans même remarquer que sur place, on pousse ces animaux condamnés
à l'inutile à se reproduire - elle me demande mon avis,
tel un oracle approbateur. La seule réponse non blessante que je
trouve : " Je comprends, mais je suis plus attiré par le sort
des enfants abandonnés ". Cette femme est visiblement mieux
élevée que notre Bardot nationale. " Ah bon ? ".
Malgré tout ce que C. avait pu dire de celui qu'elle appelle le
" vieux fou ", je retombe parmi ce commun, sans doute un peu
borné, qui ne comprend rien à rien aux drames " animaliens
". Pour le plus grand malheur des marchands profiteurs.
Nous décidons de ne plus parler éléphant pendant
les 15 jours qui vont suivre à découvrir d'autres réalités
tout aussi fondamentales du Nord de la Thaïlande.
http://www.elephant.tnet.co.th/index_21.1.html
pour les plus pressés : page concernée
http://www.elephant.tnet.co.th/
pour les autres
*****
Nous avons 15 jours pour effectuer un vaste périple dans le Nord,
le plus loin possible des concentrations touristiques. L'un des avantages
de la voiture et du conducteur autochtone, c'est avant tout cette capacité
d'aller où l'on veut et quand l'on veut sans s'interroger sur l'important
problème des transports dont les subtilités, trop souvent,
échappent à qui n'est pas du cru. Et surtout aidé
par la langue convenablement parlée, arriver à bon port.
Ce qui n'est pas toujours évident avec la tradition du " noon
".
Selon Lonely Planet qui, une fois de plus prouve qu'il n'est plus ce qu'il
a pu être si toutefois il a été -la longue pratique
d'un guide rend sévère lorsqu'on découvre sur place
toutes ses carences par manque de mise à jour -, la route qui relie
Chiang Mai à Mae Hong Song via le Nord par Mae Taeng, Pai et Soppong
est une piste, puis un route empierrée . Nenni ! A la lecture innocente
de cette contre-vérité, jamais je n'aurais imaginé
une seconde de me lancer dans une aventure où les 236 Km de Chiang
Mai à Mae Hong Son se parcourent en 7 à 8 heures, à
la moyenne de 30 Km/h. Ce n'est plus de l'âge de mon dos. La voiture
permet de tenter l'expérience ; on peut facilement rebrousser chemin.
Quelle expérience ! Elle nécessite le détour.
La route 107 quittée (33 Km), débute vers la gauche la route
1095. Une route féerique en plein zone protégée d'un
parc national. Le Wildlife Sanctuary, s'étend au nord et à
l'ouest jusqu'à la frontière avec le Myanmar et au sud sur
une très grande profondeur. Seules les plaines de Pang Mafai, de
Pai et de Mae Hong Son en sont exclues pour permettre les cultures sur
ces rares espaces où elles sont possibles. Le reste est laissé
à la nature vierge et quasiment impénétrable sauf
pour les ethnies qui s'y sont glissées depuis le Myanmar, qui y
vivent et ignorent totalement les interdits de brûlis.
La route s'enorgueillit de 1860 et quelques tournants qui valent à
tout conducteur, qui le réclame, un certificat de bonne conduite
s'il est arrivé indemne à bon port de Mae Hong Son. Les
seules lignes droites de plus de 100 mètres sont concentrées
dans les trois bouts de plaine. Partout ailleurs, la route part à
l'assaut des montagnes et n'hésite pas à attaquer des pentes
à rendre ridicules nos panneaux " attention 10% ", ignore
avec superbe l'épingle à cheveux chaque fois qu'elle ne
devient pas inéluctable, se précipite au bas des pentes
dans une impression de montagnes russes, tourne autour des obstacles à
en faire perdre la direction, coupe le souffle devant les précipices
mais tout autant devant des points de vues dont on n'ose rêver.
Entre la féerie et l'angoisse, l'émerveillement et le désir
d'en finir avant une catastrophe. Je n'ai de ma vie jamais rien parcouru
de tel. Je ne suis pas certain que je souhaitais recommencer en arrivant
au but, exténué de regarder et de me cramponner. Et je ne
suis toujours par certain d'être tenté à nouveau,
sauf pour atteindre des lieux perdus aux ethnies authentiques que l'on
ne peut rejoindre que par ce ruban noir entortillé. 5 heures de
route inoubliable pour le meilleur et pour le pire. Nous aurions du couper
l'étape par une nuit à Pai (prononcer paille), mais rien
que la vue de ce bourg transformé en zoo de routards nous fait
fuir et manquer, qui sait, quelques découvertes essentielles comme
les sources d'eau chaude de Tha Pai.
Mae Hong Son
Au bout de la route entortillée, la paisible vallée de Mae
Hong Son s'organise autour de la Mae Pai, la rivière de Pai, qui
a coulé par un chemin loin de la route pour arriver là.
Coincée au milieu des montagnes à l'extrême ouest
du pays, Mae Hong Son a été longtemps prospère de
son commerce de riz et de marchandises de bases nécessaires aux
trafiquants de la drogue qui vivent de l'autre côté de la
frontière. Alliance profitable a tous qui se transforme ou s'élargit
peu à peu, grâce à l'ouverture de l'aéroport
et à l'arrivée des touristes attirés par la découverte
des tribus. Karen S'gaw, dits Karen blancs ou Pakeryor, Shan appelés
aussi Tai Yai, Hmong, Lisu, Lahu dits aussi Museo, Karen Palaung, les
femmes girafes, si peu girafes et surtout matériel de zoo. J'y
reviendrai.
Deux camps de réfugiés regroupent des Karen S'gaw, des Karen
Pwo eastern et des Kahya Eastern dits aussi Karenny. Ils ne sont pas situés
sur les cartes ; ils sont au nord à Ban Pang Qwai et au sud à
Ban Mae Surin et comptent respectivement 17 255 et 2 990 réfugiés
selon les chiffres du HCR en décembre 2004. Le chiffre ne cesse
d'augmenter et aussi la charge pour l'Etat, ce dont on parle peu dans
les sources occidentales.
Pour se faire une idée sur la seule province de Mae Hong Son :
les diverses sources annoncent environ 45 000 habitants pour la province
qui en fait s'étend depuis le nord de Mae Hong Son jusqu'à
90 Km au sud Mae Sariang. Ce chiffre qui ne tient pas compte des réfugiés.
Il suffit de comparer avec les chiffres du HCR pour cette même province.
Tous humains confondus (45 000 + 47128), un peu plus de la moitié
sont des réfugiés politiques ! L'accueil à débuté
en 1950 sous la haute autorité morale de la famille royale et ne
paraît pas devoir cesser. Entre Mae Hong Son et Mae Sot séparés
par une route de 382 Km, 104 250 réfugiés sont répartis
en 7 camps que l'état prend en charge et tente d'intégrer
! Choix d'intégration qui soulève des polémiques
chez certains Occidentaux. Comment reprocher la scolarisation obligatoire,
que d'aucuns appellent forcée, source d'intégration et clef
de sortie des camps pour les jeunes " siamisés ". Au-delà
de l'imprécation, il y a des réalités plus immédiates.
Reste à trouver dans l'idéal un équilibre qui respecterait
la culture des uns et celle des autres. Je ne peux cependant m'empêcher
de remarquer que la jeunesse ethnique, tout comme la jeunesse siamoise
se précipitent sur les biens de consommation. Ils semblent n'avoir
pas d'autre but que de trouver l'argent nécessaire pour acheter
un " jean " ou un téléphone portable. La télévision
n'est déjà plus un rêve depuis longtemps. Faut-il
rappeler enfin que l'école obligatoire est un des " acquis
" des pays dits développés ?
******
www.peoplesoftheworld.org/text?people=Karen
http://www.karenpeople.org/
: carte
des camps de réfugiés - répartition
par âges (sources UNHCR)
Selon le HCR -fin janvier 2004- les camps de réfugiés
se répartissent comme suit en Thaïlande à la frontière
du Myanmar :
| région de Mae Hong Son |
Ban Pang Qwai
Ban Mae Surin
|
17255
2990
|
| région de Mae Sariang |
Mae Kong Kha
Mae Ra Ma Luang
|
17418
9465
|
| région de Mae Sot |
Mae La |
32984
|
| région de Umphang |
Umphium
Nu Po
|
15546
8592
|
| région des Trois Pagodes |
Ban Don Yang |
3620
|
| région de Kanchanaburi |
Tham Hin |
8943
|
| |
Total
|
116813
|
| |
dont Karen (Pwo Eastern - S'gaw)
|
96569
|
| |
dont Karenni (Kahya Eastern)
|
20245
|
kilomètre 93

******
Dans le gros bourg, le Nong Jong Kham, ancienne pièce d'eau qui
servait au bain des éléphants, l'une de principales ressources
au début du siècle précédant, est devenu un
joli lac où se mirent les ors de Wat Jong Kham et de Wat Jong Klang,
deux pagodes de type birman. Ce coin paisible attire en fin de journée
et le coup d'il sur Wat Phra That Doi Kong Mu qui domine la ville
sur son piton à 1 500 mètres entouré de montagne
est un charme compémentaire. Y monter le matin et découvrir
la vallée noyée dans la brume qui se lève ou s'étend.
C'est féerique. (toujours pas d'images, ou bien floues). Nous décidons
de rester après avoir découvert à la périphérie
de la ville un guest house où nous sommes seuls et bien heureux
de l'être dans un jardin de verdure. Sortir de ce havre devient
tout de suite difficile.
Les villages situés à l'est, dans les montagnes, sont difficiles
d'accès. Là vivent, hors des camps, les Karen S'gaw (Karen
blanc) implantés depuis longtemps dans la région. A l'ouest,
trois villages font recette : Ban Nam Phiang Din, Ban Huai Sua Tao et
Ban Nai Soi. Les " réserves " des femmes Padaung
(ou Padong, ou femmes au long cou
). Nous allons à Ban Nai
Son, perdu dans la foret tropicale à la fin d'une piste qui bute
devant une barrière surveillée par l'armée. Dernier
contrôle sur le chemin du no-mans-land qui mène à
la frontière, 5 Km plus loin. A droite, un parking et quelques
huttes magasin, buvette. A gauche, une voie qui s'enfonce dans la foret.
Nouvelle hutte, barrière. Pour aller au-delà, le touriste
doit présenter son passeport et débourser 250 baths en contrepartie
d'un reçu. Le passage est gratuit pour les Thaïs. Nous refusons
de payer, et donc d'entrer dans le zoo malgré les kilomètres
parcourus. Cela n'empêche pas d'autres touristes bardés d'appareils
de photo d'entrer sans état d'âme. Question de sensibilité.
Notre réaction n'est pas unique. Trois jeunes canadiens qui sont
pourtant venus là à Vtt, puis à pied - ce qui représente
aller-retour une petite journée - réagissent de la même
façon. Nous passons un long moment à échanger, en
pleine jungle, nos impressions devant une tasse de thé. Kung est
entré. Il revient plus tard fier des photos qu'il a faites avec
un appareil découvert dans l'unique magasin de photo du bourg.
Il comprend mal notre réaction. Il rie de bon cur en expliquant
que c'est comme sur scène, les femmes attendent devant des magasins
de souvenirs et s'occupent dès qu'arrive un visiteur. Autre culture,
autre réaction.
Cela n'enlève rien à la beauté de la route qui serpente
le long de la Mae Soi, au brin d'aventure au passage à gué,
à l'étonnement de découvrir des charrettes prenant
le lit de la rivière comme chemin carrossable, à la découverte
de la vie paysanne dans ce coin loin de tout, que l'on ne peut pas dire
reculé. Il ne manque aucun des services de l'Etat. Télévision
et portables fonctionnent.
Vers le nord, les villages sont Shan
(75% de la population de la région)et parfois Hmong.
Je n'ai pas remarqué de différence. L'uniformisation de
l'habitat, celui des vêtement de tous les jours pour les hommes
et aussi pour les femmes a l'exception des plus âgées, est
en bonne voie. Au terminus d'une des routes vers le nord, à la
frontière avec la Birmanie, le village de Ban Mae Aw que l'on dit
aussi Ban Rak Thai, " le village ami des Thaïlandais ",
est peuplé de chinois, militaires du Guomindang, venus se réfugier
là à la chute de Tchang Kaï Check. Ils cultivent le
thé qu'ils vendent sous forme de thé vert quand ils ne se
battent pas -ce qui est devenu rare à présent - avec la
Mong Tai Army, armée créée par Khun Sa, seigneur
de l'opium, à présent retraité. (voir note ) Un bout
de Chine émigré en terre thaïe. Jaune clair des peaux,
rouge et or des enseignes, idéogrammes, commerçants qui
n'ont pas de temps à perdre et que l'on dérange, absence
de regard ou regard chargé d'un léger mépris ( ?).
Ici, on est entre chinois ; c'est un lieu de pèlerinage pour les
Chinois " devenus thaïs " nostalgiques d'un certain passé.
Mae Sariang
A 140 Km au sud, dans la vallée de la Mae Nam Yuam, Mae Sariang.
Autre pôle d'attraction de la région sur la route du sud
vers Chiang Mai. (Mae Hong Son - Chiang mai, par le sud, 359 KM).
Autre région de camps de réfugiés : Mae Kong Kha,
17418 individus , Mae Ra Ma Luang, 9465. Ces camps au sud-ouest de la
ville n'apparaissent pas non plus sur la carte touristique de la province.
En revanche, cette carte bien faite, indique que le sud-ouest situé
entre la Mae Nam Yuan, et, la rivière Thanlvin Myit ou Mae Nam
Salavin pour le Thaïs et son affluent la Mae Nam Moei qui font la
frontière, est essentiellement peuplé de Karen émigrés
là depuis longtemps. Ils peuplent même le parc national de
Salavin.
Mae Sariang est un gros bourg construit le long de la rivière
Mae Nam Yuam à qui il doit son charme et quelques belles vues.
Il n'y a là rien à voir. C'est le point de départ
pour Mae Sam Laep, à 50 Km, par la seule route qui permette au
bout d'un ruban noir noyé dans toutes les harmonies de vert et
du rouge de la latérite d'atteindre la rivière frontière.
A elle seule, cette route 1194, qui est, peut-être, le trait d'union
avec les camps ( ?), vaut le déplacement. Ancienne piste recouverte
de macadam, discrète, elle découvre la plaine ; elle pénètre
dans les collines et la foret sans ces habituelles dommages qui tuent
le naturel. Presque à destination,on la quitte pour traverser une
ruelle sans fin bordée de huttes grouillante de vie et arriver
sur une sorte de promenade qui domine la rivière barrée
de rochers à cet endroit. En face, quelques huttes cachée
dans la foret mais pas le moindre village : le Myanmar. Un poste militaire
veille sur les allées et venues entre les deux rives. On est visiblement
entre soi. L'arrivée du 4x4 d'où sortent deux étrangers
soulève un vague intérêt lucratif. Les touristes sont
rares mais attendus au tournant. Inutile de se précipiter. On nous
délègue un " assistant ". Inutile aussi qu'il
sache trois mots d'anglais. Si on vient jusque là, c'est pour aller
par la rivière jusqu'à Ban Sob Moei. Son prix est, dans
sa tête, le notre. Il n'y a pas à discuter. 5 fois le prix
maximum que le guest house de Mae Sariang nous a donné en référence.
Il attend goguenard. Le marché est bloqué. Je n'aurai la
clef que le soir au retour de cette magnifique équipée.
Iil reste à prendre son mal en patience. Comme une traînée
de poudre, notre refus fait le tour du quartier. Le salut vient d'une
famille de Bangkok qui se rend sur ses terres et d'un futé qui
sait qu'il aura son " tip "(pourboire). Nous voila partis sous
le regard chargé de ceux qui ont raté leur coup. Je repère
juste avant le départ que le conducteur du " longue queue
" est allé s'entretenir avec la police. Il doit y avoir là
un début de réponse.
Descendre la rivière pendant une heure est une découverte
en tout genre. Je prends conscience de ce que devait être le travail
d'observation d'un Garnier ou d'un Mouhot lorsqu'ils parcouraient les
routes liquides pour entrer dans les profondeurs asiatiques et découvrir
des voies d'accès. Ces voies parcourent des contrées inaccessibles,
noyées dans les forets primaires et offrent des visions du monde
à sa création, ou du moins d'un monde qui n'a pas été
manipulé. Tout est à l'état brut et la plage de sable
que l'on dépasse, les rochers jaillis comme des tuyaux d'orges,
les remous de la surface de l'eau que l'on découvre faussement
plane semblent sortis d'un monde de science fiction. Sans doute est- ce
du au jamais vu qui défile de part et d'autre.
Au but, dans une ample courbe qui pénètre au Myanmar, une
vaste plage de sable où normalement on accoste, le temps de se
dégourdir les jambes avant de remonter vers le point de départ.
A première vue, il n'y a là rien d'autre qu'une porte sans
battants et une masure. Comme un dernier poste avancé abandonné
à son sort.
La famille part vers la masure avec les provisions du déjeuner
(il est environ 13 heures) et nous dit : " départ du retour
pour 16 heures ". L'ancien, dans ce havre de paix, va utiliser ce
temps à vérifier la progression de trois nouvelles huttes
sur pilotis. Luxe hors du commun pour un Bangkokien. Trois heures devant
nous, à la périphérie de rien, sans eau, sans nourriture
et visiblement avec fort peu de chance d'en découvrir. A moins
que le carton de sachets de nouille en quittant la barque ne se soit arrêté
dans les environs immédiaits. Tels Garnier quittant sa chaloupe,
nous partons à la découverte du chemin qui passe sous la
porte. Au fond de cette allée qui a pu être triomphale, une
porte plus modeste ouvre sur un beau jardin tropical planté de
huttes. Le poste de l'armée où s'occupent à jardiner
les quelques membres de la troupe en place. Un peu plus loin en bord d'eau,
les restes encore tentants de ce qui fut un guest house de jungle planté
dans un paysage si vrai qu'il pourrait être reconstitué en
studio. Vaste courbe de la rivière qui plonge vers un pays inconnu,
plage de sable blond au creux de la boucle où un fois ou deux passent
des femmes d'une ethnie chargées d'une provision de bois dans leurs
hottes et suivies d'hommes les mains libres, affluent qui vient de la
gauche pour donner un peu plus de mystère ...
Devant ce décor à faire pâlir Hollywood, un sculpteur
thaï sur bois crée ; il y a même une vierge Marie !
A table un Indien et sa compagne anglaise, leur guide et
un soldat
bardé de munitions, un fusil à la main, terminent un repas
sommaire. Voila la clef ! L'étranger ne se déplace qu'avec
l'accord des militaires, accompagné d'un soldat bien astiqué
et armé. Cela fait plus aventure et permet le partage d'un pactole
avantageux. N'était que d'y penser. Dans la réalité
vraie, s'il y avait le moindre danger, tout accès à Mae
Sob Moei serait interdit. Les Occidentaux de passage ignorent que les
Thaïs redoutent au plus haut point le moindre incident à l'encontre
des touristes, trop anxieux de perdre l'image du Pays au Sourire Serein.
Autre clef, le guide, bon prince, nous donne le chemin de la caverne d'Ali
Baba où attendent les pâtes arrivées avec nous. Quant
à l'eau, il en a assez pour nous dépanner et faire préparer
par la femme du sculpteur les pâtes en sachet-portion. Heureux comme
Crésus dans un espace vierge où le vrai, tout vrai, est
possible.
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