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Voyage dans le Nord - Est
(novembre 2004)
Lamphun :
Musée
Wat Cham
Devi
Ratana
Ghedi
Wat
Phra Tat Haripunchai
images
de www.clikthai.de
Wat Phra Tat Lampang
Luang
images
de www.clikthai.de
Phrae :
Wat Luang
Phae Meuang Phii (terre des fantômes)

Enfants Mlabri
http://bottu.org/lanna-nan.htm
Nan :
Musée
Wat Nong Bua
Wat Phumin
images
de www.clithai.de
Ban Toie
Mae Sai
sur la route
de Chiang Khong
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Passer du Nord-Ouest au Nord-Est ramène vers Chaing
Mai à travers des monts modestes avant de remonter le long de la
Mae Nam Ping qui baigne la capitale régionale.
Ce voyage est destiné à découvrir la nature, mais
l'appel des monuments est fort.
Nous découvrons Lamphun, centre administratif d'une toute petite
province qui, entre 750 et 1281, a été indépendante
sous le nom de Principauté Môn d'Hariphunchai (Haripunjaya).
Le Wat Chama Thewi (Wat Kukut) dont le Chedi, de styles mélangés
à cinq étages de trois Buddha, a été reconstruit
en 1218 ; le Wat Phra Tat Hariphunchai (1044 ou 1108 ou 1157) de style
post-dvaravati, le musée national, mais aussi la ville elle-même,
mérite le détour.
Avant Lampang, à Ko Kha, le Wat Phra Tat Lampang Luang est considéré
comme le plus beau Wat de tout le Nord. Il est de style Lanna. On assure
que bâtiment central, le grand Vihan Luang est la plus vieille construction
en bois de toute la Thaïlande. Le Chédi daté de 1449
est haut de 45 mètres ; sa base mesure 24 m. Un petit Buddha, dit
d'émeraude, y est vénéré tous les 13 avril,
date de la nouvelle année traditionnelle ( pour mémoire
: pour des raisons pratiques le millésime de l'année change
au premier janvier selon le calendrier occidental). C'est un site remarquable
couru par les Thaïs qui viennent y faire leurs dévotions.
L'Occidental se sent frustré par le manque de documentation dans
une langue compréhensible.
Lampang. Cette ville modeste garde aussi le témoignage de l'influence
d'Hariphunchai. Le Wat Phra Keaw Don Tao a abrité de 1436 à
1468, le fameux Buddha d'Emeraude que l'on peut apercevoir à présent
au Wat Phra Kaew de Bangkok.
La petite ville de Phrae, trop loin déjà de Chiang Mai
est boudée par les touristes. Fondée au XII° - XIII°
siècle, endormie depuis, Phrae a une forme ovale enfermée
par des douves dont la restauration est en cours. Ses Wat, sa maison princière
en bois, ses rues, tout a gardé un charme désuet surprenant
que le modernisme n'a pas radicalement entamé. Mais me dit un professeur
qui m'arrête pour parler l'anglais, il n'y a rien à faire
ici, et chacun rêve d'en partir pour jouir de la vie moderne.
Ces concessions faites à l'architecture, nous nous précipitons
vers la partie Est du Nord de la Thaïlande. Nous entrons dans une
aire où le touriste est pratiquement absent.
Nan. C'est visiblement le seul centre urbain de la région considérée
comme " province reculée " infestée de bandits
et d'insurgés communistes jusque dans les années 1980. Il
va servir de base pour rayonner. La ville, au centre d'une plaine de 30
Km de long, 20 de large, arrosée par la Mae Nam Nan, est entourée
de monts. Toute l'eau y converge.
Il est toujours difficile de parler de la nature dans sa réalité
simple. Que dire qui puisse exprimer en dehors de mots concrets : plaine,
collines, montagnes, climat tropical tempéré par l'altitude
qui dépasse 1000 mètre en moyenne et grimpe jusqu'à
2077 m., eau abondante, populations ethniques. Le Nord et l'Est de la
province forment frontière avec le Laos. 50% du territoire est
livré à la forêt vierge, ¼ seulement des terres
sont cultivables et la moitié seulement de celles-ci l'est de manière
intensive. La population d'environ 360 000 personnes se concentre sur
le parcours de la Mae Nam Nan. On y trouve des Iu
Mien, des Hmong,
des Thaï
Lü (Lü) d'origine du Xishuanbann ou Sipsongpanna, venus
à la suite d'un conflit avec leur seigneur local chinois s'installer
là vers 1836 avec l'autorisation du roi Phra Jao Atityawonget.
Leur influence a été et reste forte sur la culture du pays
(Wat Nong Bua) ; leurs tissus sont recherchés. Toujours parmi les
ethnies présentes, des Khmu
excellant métallurgistes, des Htin
(Mal) célèbres pour leurs outils, matériels
et instruments de musique en bambou. Enfin, les Mlabri,
ethnie des " esprits des feuilles jaunes " (phii tawng leuang).
C'est un concours de circonstance qui me permet d'approcher ces derniers.
Si l'on sait qu'ils existent, rien ne permet, malgré la publicité
faite par la province, de découvrir où ils vivent. Le secret
en est volontairement bien gardé. La propriétaire du guest
house où je loge souhaite que je rencontre une Philippine en mal
de parler l'anglais, sa langue véhiculaire. Celle-ci réalise
un travail photographique sur les derniers Mlabri avec l'accord des autorités
en charge des tribus (Hill Tribs).
Ils sont environ 300 en Thaïlande dont une petite partie sous la
coupe autoritaire d'un pasteur américain dans la région
de Phrae et 24 au Laos. Sans voiture, elle a du mal à s'y rendre.
Je lui propose mes services, à elle d'obtenir une autorisation
complémentaire
Le lendemain, faux départ, départ,
tours, détours, fausse " route ", retour au point de
départ, nouvelle route vers
(je me suis engagé à
ne pas révéler le lieu et à ne pas y retourner sans
autorisation), découverte enfin du bon croisement, chemins, piste
Impossible de découvrir sans un guide tout mauvais qu'il
soit. Je serais passé à côté sans rien voir.
Cela évite que ces derniers nomades en voie de sédentarisation
et sans doute d'extinction ne soient la proie des touristes en mal de
souvenir.
Nous restons 5 à 6 heures dans le hameau de huit huttes à
regarder discrètement, à parler - il suffit de peu de mots
pour se comprendre dans l'essentiel. Le thaï hésitant des
uns et des autres sert de relais sans l'aide des deux Thaïs présents
qui regardent ce monde " arriéré " comme une incongruité.
Une tranche de vie hors de notre temps, en train de disparaître.
Les Mlabri sont encore "innocents " - ils n'ont aucun sens de
la notion d'argent - si démunis devant les réalités
du temps contemporain qui détruit les forêts dont ils ont
besoin pour survivre, que cela en devient angoissant pour leur futur immédiat.
La Thaïlande cherche à les sédentariser, à leur
apprendre les rudiments de l'agriculture et à donner à leurs
enfants les connaissances de base nécessaires. Ils vivaient auparavant
de cueillette et ne restaient sur place pas plus de 3 semaines, temps
d'épuisement des ressources du lieu et du jaunissement de leurs
appentis de feuillage. Sans l'intervention de l'État, ils étaient
en passe de devenir les esclaves des tribus évoluées qui
les font travailler gratuitement, profitant de la croyance qui semble
leur interdire de cultiver la terre pour eux-mêmes.
On sait peu de chose les concernant. On a constaté que la femme
Mlabri change de partenaire tous les 5 ou 6 ans et garde tous ses enfants
avec elle. Leur connaissance des herbes médicinales paraît
considérable dans des domaines comme la fécondité,
la contraception, les morsures de serpents. Ils n'enterrent pas leurs
morts, mais les placent sur un arbre et laissent les oiseaux faire leur
office funèbre.
L'un des deux derniers vieux, - 60 ans qui en valent plus, encore vêtu
à l'ancienne d'un cache-sexe de cuir agrémenté d'un
polo - pétillant d'intelligence dit par son sourire indéfinissable
son désarroi devant un monde fini (traduction du rédacteur).
Il est sans doute le dernier à avoir vécu depuis l'enfance
l'errance à la cueillette de sa nourriture. Il regarde étonné
(?) Les enfants qui vont à l'école à 4 km de là,
chez des Hmong (c'est pour lui incompréhensible, le Hmong est l'ennemi
qui les rend esclaves) pour apprendre le Thaï, à lire, à
écrire, à compter.
Comment ne pas espérer ce mieux pour ces enfants que je suis allé
voir dans leur école-pensionnat rustique mais déjà
le luxe quand on vient d'une hutte où il n'y a rien ou presque.
Le pensionnat, non l'école, est géré par un Thaï,
pasteur de son état, qui a le grand mérite d'avoir transcrit
avec les lettres thaïes une partie de la langue non écrite
de Mlabri. Il espère au travers de la langue codifiée préserver
la culture.
Et pourtant... Je suis reparti, décidé à regarder
mieux ces humains qu'on nous présente sur papier glacé pour
vanter la beauté de leurs habits et qui sont en passe de devenir
un folklore touristique.
[ Commentaires :
Je viens de terminer (fin février 2005) la mise en place d'un module
sur les Ethnies des pays du Nord
de la Péninsule indochinoise. Cela couvre le Nord et l'Est
du Myanmar (Birmanie) et le Nord de la Thaïlande, du Laos et du Vietnam.
J'en suis venu à m'intéresser plus particulièrement
aux Ethnies après la rencontre de la " famille " Mlabri.
Il restait à imaginer une méthode pour parvenir à
bonne fin. Chaque pays, chaque auteur francophone ou anglophone, chaque
ethnie pour parler des autres utilise des noms différents. Seules
les langues permettent, à la réflexion, de s'en sortir.
Il n'est pas évident de trouver sur Internet le site de toutes
les langues parlées dans le monde quand on ne sait pas s'il existe.
Au fil des méandres, je le découvre : www.ethnologue.com
Et constat étonnant au premier abord, les sites des églises
protestantes évangélistes (site Joshua) peuvent être
des sources de renseignements. Ma première réaction à
leur sujet est le rejet quand je remarque que " ces braves gens "
ne répertorient tous ces " sauvages " que pour comptabiliser
leurs convertis " nos chrétiens " et garder " l'espérance
" pour ceux qui pourraient le devenir un jour. Est-ce leur façon
de prouver leur supériorité en matière de rentabilité
de conversion ? On croit rêver ! Certains - pas tous heureusement
; il en suffit d'un pour sauver tous les autres - en sont encore à
vouloir imposer la " bonne " parole et l'on frémit en
pensant que cette vision " correcte " a fait l'élection
d'un président des Etats-Unis. Je croyais que le temps des oncles
missionnaires était de l'histoire ancienne relevant des époques
archaïques et que les conversions pour un bol de riz étaient
à présent du folklore littéraire. Je ne peux m'empêcher
de livrer les observations de Norman Lewis dans " La
Nuit du Dragon " paru en anglais en 1951 et en français
en 1993 aux éditions Olizane. (Isbn 2-264-02197-7)
Plus de 6 semaines, 8 à 10 heures par jour pour réunir
une base, comprendre les familles linguistiques, les langues (138 et quelque
dans cet espace restreint) les différents noms, le pourquoi de
tous ces mouvements de population. Il y a ceux qui viennent du Nord (Chine
du Sud - Tibet) pour aller vers le Sud (recherche de terre nouvelle, fuite
devant l'idéologie
) Il y a ceux qui partent de l'Ouest pour
fuir vers l'Est. Ce sont essentiellement les minorités Karen
du Myanmar. Elles s'entassent dans des camps de réfugiés
en attendant des jours meilleurs et la très éventuelle reconnaissance
de leur peuple. L'un des ravages des Occidentaux, les Britanniques, mais
nous n'avons pas fait mieux dans la région.
Il reste à peaufiner. Cela va se compter en années. Une
recherche parmi les autres, pour comprendre.]
La rencontre avec les Mlabri est le temps fort. La découverte de
la nature de la région est l'autre moment important. Sorti de la
plaine de Nan, on escalade tout de suite les monts le long de petites
routes, qui, comme pour le sous-préfet aux champs de Daudet, appellent
à l'école buissonnière. Et créent le regret.
La forêt équatoriale ne se laisse pas pénétrer
en dehors des routes et des sentiers battus. Les perspectives, les points
de vue, les à pics de part et d'autre, tout concourre à
l'exceptionnels. Grimper dans le brouillard, après la pluie, se
sentir sur un aplomb entre deux failles, apercevoir le soleil noyé,
les verts intenses
inoubliables.
Nous avons vu le monde s'engloutir dans la brume du soir et émerger
peu à peu au soleil du matin qui étanche le brouillard,
depuis Ban Toei, village Lawa-Thaï,
perdu entre ciel et terre de brûlis à la limite du parc national
de Doi Phu Kha. Un monde immobile ou l'Étranger est encore une
abstraction que l'on ignore même quand on le croise dans un raidillon
humide ou le passage est impraticable à deux.
Par des petites routes musardes toutes dignes du vert des cartes Michelin,
nous avons traversé montagnes et vallées en des écarts
d'altitude de 1000 m. Je serai incapable malgré la carte bien faite
de retrouver ces lieux hors du commun (le mot n'a rien d'exagéré)
et sans Kung, jamais nous n'aurions osé parcourir certaines de
ces voies, assurés qu'aussi bucoliques, elles n'allaient nulle
part. En quittant cette " province reculée " pour aller
vers Chiang Rai et Mae Sai, nous avons l'impression de retomber dans un
présent envahissant et dans les contraintes touristiques. Le "
Triangle d'Or " n'est pas loin. Combien de touristes venus pour ce
triangle doivent être dépité. Belle affiche publicitaire
pour la jonction d'une rivière, la Nam Ruak et du Mékong
et pas le moindre frisson. Il y a beau temps que le trafic de l'opium
n'est plus visible et que la débauche anarchique des constructions
a tout banalisé.
Mae Sai, poste frontière vers le Myanmar, que l'on peut éviter
en traversant " à pied " la rivière comme le font
les Birmans, regorge de magasins d'objet produits au Myanmar. Les touristes
sont plutôt absents. Les escarmouches entre les deux pays tendent
à devenir rares, mais
des obus sont tombés, il y
a deux ou trois ans, sur certains quartiers de la ville. Les vues depuis
les monts alentour sont éblouissantes et l'on retrouve là
cette solitude souveraine de la région de Nan.
C. est repartie vers ses frimas belges. À deux, nous poursuivons
notre route. Un peu plus bas sur le Mékong, Chiang Khong, est devenu
célèbre pour avoir été le point de passage
que nous avons emprunté pour traverser le Mékong vers le
Laos. Là débute l'Aventure attendue depuis plusieurs années.
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