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Voyage en
Isan
(25 décembre 2003-14 janvier 2004)
LES
KHMERS
Cambodge
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Voyage en Isan (25 décembre 2003-14 janvier
2004)
Pour les " grands " voyageurs eux-mêmes, le temps qui
précède un départ vers de nouvelles découvertes
est un temps d'hésitation. Pourquoi prendre à nouveau son
bâton et aller loin de ses habitudes, sommes toutes douillettes
dans le cadre monacal que l'on s'est fait, se confronter à toutes
sortes de nouveautés qui souvent relèvent du défi.
Une amélioration considérable me rassure cependant en ce
qui concerne le transport. Cette fois-ci, je pars en voiture et avec un
chauffeur. Terminés les bus glacés où la sono hurle,
les attentes et les difficultés pour aller là où
l'on veut aller lorsqu'on parle peu et mal une langue et que les autochtones
ne parlent pas l'anglais et ne paraissent pas se rendre compte que l'on
tente de balbutier leur langue. Sans doute finie aussi une forme de contact
humain. Il est un temps pour chaque chose dit l'Ecclésiaste. Parole
de sagesse. Elle-ci me fait prendre conscience que j'ai réalisé,
il y a peu encore, ce que je ne ferai plus rien qu'à l'idée
de toutes les contraintes. Amollissement de l'âge, embourgeoisement,
besoin d'un certain confort même si la curiosité n'est toujours
pas vacillante ? Un peu de tout cela sans doute et plus encore la difficulté
d'abandonner un balcon merveilleusement situé devant la baie de
Prachuap Khiri Khan, ce petit trou de rêve qui, malheureusement
à mon goût, attire de plus en plus les farang (les étrangers)
et avec leur arrivée débute la perte d'une forme d'innocence.
[Un fait pour me faire comprendre. De plus en plus souvent depuis que
la saison est revenue au beau, des mâles occidentaux m'apostrophent,
lorsque je suis sur le balcon, pour me demander où et comment ils
peuvent louer une maison. Pourquoi pas. Mais, presque immédiatement,
suit le constat qu'une si belle petite ville avec une si belle baie manque
de bars devant la mer !!! Naturellement leur rêve, pour améliorer
l'esthétique du coin et sans doute leurs revenus, est d'en ouvrir
un. Le rêve du petit-bourgeois, voyageur intrépide, qui se
voit les deux pieds sur un tabouret, agrippant une bière fraîche
d'une main et lutinant de l'autre un autochtone de sexe plus ou moins
défini. Ce cliché d'horreur, il a fini par l'imposer, dollars
aidants, dans des endroits qui furent merveilleux et qui sont devenus
depuis des bordels à ciel ouvert. À quand le tour de Prachuap
et mon départ, à regrets, vers d'autres lieux plus sauvages
?]
J'ai donc décidé de me donner une date buttoir, - le 25
décembre au matin -, pour partir en direction de l'Isan (que l'on
écrit aussi I-san, Issan ou Isaan), cet immense plateau qui couvre
presque un tier du pays au Nord-Est de Bangkok. Pourquoi vers l'Isan délaissé
et par les Thaï et par les touristes ? Il y a là selon les
spécialistes au moins 230 temples ou bâtiments khmers ; plus
qu'au Cambodge ! Par trois fois, j'ai séjourné à
Siem Réap, pour y découvrir les célèbres temples
d'Angkor qui ont fait les grands moments de Loti, Malraux et tant d'autres.
Je suis malgré tout resté sur ma faim. Angkor, grâce
au travail prodigieux de l'École française d'Extrême-Orient
est devenu l'un des lieux mythiques du monde. On en rêve, on veut
le voir. Et l'on s'enferme dans une vision partielle d'une culture qui,
alors, vient d'on ne sait où, pour disparaître un beau jour
vers le XIVe siècle, en laissant des traces éblouissantes.
Mais, on n'élève pas de tels monuments pendant six siècles,
à partir de rien. Il faut pour cela un passé et un présent
à défaut d'avenir.
Lectures aidant, j'ai petit à petit découvert l'étonnante
extension de cet " empire ", ces combats pour survivre et dominer
l'Asie du Sud-Est, depuis le Viet-nam actuel, en passant par le Laos du
Sud, le Centre et surtout le Nord-Est de la Thaïlande. Un espaceplus
vaste que la France. J'ai remarqué, aussi, combien l'Isan semble
autonome par rapport au reste de la Thaïlande. Elle a sa langue propre
considérée à présent comme un dialecte, ses
coutumes, les individus plus foncés de peau ont une morphologie
différente,
et la pauvreté (actuelle) de la région
les force à émigrer. Ces sont les gens d'Isan que les touristes
rencontrent dans les hôtels et dans les bars.
Les liens me manquaient pour relier Angkor au passé et au présent,
et sortir alors du musée.
Pour reconstituer ces liens, je me suis mis en chasse des restes de "
l'empire " dans les livres, les guides et surtout sur Internet. Le
TAT (Tourism Autority of Thailand) très organisé possède
des renseignements détaillés sur un certain nombre de sites,
Prasat, Prang ou Ku, mais souvent ne donne pas toutes les précisions
nécessaires pour les découvrir. Google, l'irremplaçable,
répond sur Internet en quelques secondes à toutes les questions
qu'on lui pose. Quatre jours de travail pour situer les temples repérés
(45 au total plus ou moins bien conservés ou restaurés sur
plus de trois cents lieux, souvent réduits à l'état
de tas de cailloux ou de monticule herbeux) et préparer un itinéraire
(1 600 Km aller-retour et 3 000 Km en Isan, le tout en 21 jours).
Le voyage en Isan doit me permettre aussi de participer au mariage de
Too et de Beurte qui font la cuisine et le ménage à la maison.
Beurte vient de l'Isan et tente, sans doute, une meilleure vie loin de
sa région d'origine. Le " sans doute ", car en soi Too,
gros consommateur de bière et tout petit travailleur comme beaucoup
d'hommes thaïs, ne vaut sans doute pas le déplacement.
Départ le 25 au matin et approche pendant toute une journée
sur les " voies rapides " avec un grand contournement de Bangkok,
qui, aux yeux de Thaïs eux-mêmes, est un enfer automobile.
Je ne m'y aventurerais pas pour le moment certain de tourner en rond jusqu'à
épuisement du combustible.
Tout le long de ce parcours, la végétation est luxuriante,
l'eau stagne ou coule en abondance. C'est l'image classique que l'on connaît
de la Thaïlande centrale, verte, noyée dans les cocotiers
et les palmeraies (palmiers à huile), aux immenses champs d'ananas
ou de canne à sucre, où tout l'espace est noyé dans
une végétation débordante. Pas un endroit qui ne
laisse comprendre qu'à la première négligence, la
nature reprendra ses droits pour tout submerger de verdure galopante.
Les Thaï ont trouvé un moyen pour se protéger. Ils
bétonnent pour vaincre cette nature. Elle n'a plus alors le droit
dans les horribles zones urbanisées que de s'exprimer dans des
pots. Un des premiers constats, qui surprend quand on observe le pays,
est cette façon de faire pousser les plantes décoratives
dans des pots alors que la logique voudrait qu'on les plante en pleine
terre. Voilà sans doute, expérience faite, le seul moyen
trouvé, ici, pour imposer une certaine volonté humaine.
Au fil des kilomètres, un deuxième constat se dessine dans
ce Centre riche : de part et d'autre des voies rapides s'étale
un long cordon de béton où règne la plus grande anarchie
et la non-moins grande laideur. Apparemment, chacun construit à
sa guise et jette devant sa porte, sur le terrain public, tout ce dont
il veut se débarrasser. Le trop plein s'entasse là comme
une nature en expansion. Mais, ces décharges ne sont pas biodégradables.
La beauté de la nature en souffre. Du moins, j'en souffre. Les
Thaï ne semblent pas voir ou percevoir le problème. Tout comme
je l'avais constaté en Inde, on jette chez le voisin ce dont on
veut se débarrasser. Ou bien l'on entasse devant chez soi, dans
la rue ou sur le trottoir, toutes les rognures de la maison en attendant
que les vaches jouent le rôle des poubelliers. Ici pas de vaches
sacrées. À croire que le visible devient invisible par le
transfert de propriété !
La course du lendemain va m'ouvrir un monde totalement différent.
Le monde de la luxuriance s'arrête à Saraburi, à 150
Km au Nord Est de Bangkok. Pour qui aura la curiosité de consulter
une carte, il constatera grâce aux niveaux d'altitude colorés
que la ville de Saraburi, encore dans la plaine, jouxte l'angle Sud-Ouest
des collines-montagnes qui ferment l'Isan. Une ligne droite vers le Nord,
suivie par la route 21 puis 203, bute sur le MéKong (Me nam kong),
une autre ligne droite vers l'Est, suivie par la route 33 bute sur la
frontière actuelle de Cambodge. C'est frappant. Le plateau s'élève
à environ 200 mètre au-dessus de la plaine du Mae Nam Chao
Phraya (le fleuve qui traverse Bangkok). Il me reste à faire une
autre découverte que je ferai plus tard au cours de ce voyage.
L'Isan est fermé en une ligne continue vers l'Est depuis Saraburi
(ce qui dessine en fait le sud de l'Isan ) jusqu'à la frontière
avec le Laos et surplombe le Cambodge par des falaises abruptes de plus
de 200 mètres comme la visite du célèbre temple de
Preah Vihaer permet de le constater. Enfin, non moins étonnant,
l'Est de l'Isan, vers le Mékong, est aussi fermé par des
collines montagnes. À l'exception d'une petite partie du Nord-Est,
le plateau de l'Isan, qui domine de 200 mètres tout ce qui l'entoure,
est fermé de toutes parts par ces collines. Les passes modernes
sont rares : 4 routes à l'Est dont une seule voie rapide de pénétration,
2 au Sud-Est, aucune route officielle avec le Cambogde, 4 points de passage
sur le Mékong avec le Laos. Difficile d'être plus enfermée
pour une surface qui s'étale d'Est en Ouest sur environ 500 Km
et du Nord au Sud sur environ 550 Km. Au centre de tout cet appareil de
collines, une plaine que je suis venu visiter pour y découvrir
les implantations khmères.
Dire que l'Isan est fermé de toute part n'est pas une image de
style. Y entrer par l'unique voie rapide qui la relie à la capitale
le démontre. J'avoue que je ne m'attendais pas à changer
de décor en si peu de kilomètres. La deux fois deux voies
donne l'impression de chercher un passage entre les deux lignes des premières
collines qu'elle contourne. Puis elle tente un défilé et
monte à l'assaut du barrage qu'elle arrive à vaincre pour
s'enfoncer dans un paysage où l'exubérance devient rare.
Comme pour donner à l'explorateur un répit, elle longe une
retenue d'eau, le Lam Taklong Dam, qui incite à s'arrêter
-ce que font visiblement tous les véhicules - pour un en-cas, sait-on
jamais
Ce sera la dernière masse liquide avant bien longtemps.
Un coup d'il sur la carte Michelin 751 Thaïlande (car elle
existe et pour qui veut suivre, l'investissement devient nécessaire)
apporte toutes les données modernes : deux retenues d'eau à
l'Ouest, quatre à l'Est. C'est peu pour une surface approximative
de 275 000 Km2, alors que le pays tout entier couvre environ 600 000 Km2.
Un constat s'impose, l'Isan, Centre du Sud-Est asiatique est fermé
sur soi et n'est géographiquement rattaché à aucun
des pays qu'il l'entoure. Son rattachement politique relève d'un
autre domaine.
On ne sait pas grand-chose de ce plateau. Solange Thierry (Les Khmers,
Éditions du Seuil, 1964), en parle sans le nommer comme tel, lorsqu'elle
évoque le Tchen La, " royaume " des terres par opposition
au Fou-Nan, " royaume " de l'eau, qui, réunis vers la
fin du VIe siècle, sont à l'origine de " l'Empire "
Khmer. Le Fou-Nan recouvrait le delta du Mékong. Le Tchen-La, dont
parle les chroniques chinoises, se situait aux confins Sud-Est de l'actuelle
Isan
" Royaume ou principauté du moyen Mékong, aux confins
nord de l'actuel Cambodge, le Tchen-La ainsi nommé par les chinois
sans qu'on ait pu encore découvrir l'origine exacte de cette appellation,
était probablement vassal du Fou-Nan. Son territoire apparaît,
sans délimitation précise, comme l'arrière-pays ou
la haute région, la " brousse " des terres intérieures
étirées vers les régions méridionales du Laos
d'aujourd'hui. C'est par ses princes que le Tchen-La fait parler de lui.
Apparentés aux rois du Fou-Nan, ils prirent la relève d'une
gloire et d'une économie déclinantes au VIe siècle.
Déjà indianisés, ils portent des noms sanscrits (
),
ont des rapports obscurs, mais très étroits, avec les chefs
du Champa, leurs voisins de l'est. Le culte des montagnes et l'emblème
phallique du linga est attesté dans le pays, accompagné
de rites de fondation auxquels les sacrifices humains ne sont pas étrangers.
"
Il n'y a donc rien d'étonnant que les souverains khmers, descendant
des princes du Tchen-La, gardent en mémoire ces terres du Nord-Est
lorsqu'ils s'implanteront dans la région d'Angkor. Malgré
les falaises abruptes des Monts Dangkrek qui dominent le Cambodge, la
pénétration se faisait par trois passes à l'Est dont
celle de Preah Vihear . Le fameux temple de Preah Vihear (appelé
aussi Khao Phra Wihan ou Khao Phra Viharn ou Khao Prea Vihar) perché
sur sa falaise, qui domine la " brousse" cambodgienne, sera,
sans doute en souvenir de ce temps, le temple d'État du royaume
d'Angkor sous le règne de Suryavarman I (1002-1050). De nos jours
encore la passe existe. Son approche est interdite pour des raisons de
sécurité. Elle a servi aux Khmers rouges pendant l'offensive
menée contre eux par le gouvernement cambodgien entre 1993 et 1997.
Leur implentation dans le temple est à l'origine de graves dégradations
; non contents de le dégrader, ils l'ont dépouillé
pour en vendre les sculptures.
Plus à l'ouest, là où les monts sont plus accessibles,
il existait six passes. Ces passes, qui ont provoquées l'essor
du royaume khmer dominant vers le Nord et vers l'Ouest, ont permis plus
tard aux Thaïs lors de la dégradation du pouvoir de s'inflitrer
jusqu'au cur de cet empire, de le vaincre et de créer à
la place le fameux Siam. Mais c'est là une autre histoire.
[Juste le temps de
vous dire que je n'ai pas encore écris la seconde partie du voyage
"autour de ma chambre" qu'est le monde, plongé que je
suis dans la rédaction -parle-t-on de rédaction dans le
cas de la création de pages Internet (une réponse me serait
agréable sur ce sujet pour parfaire mon vocabulaire)- imagée
de la visite des temples khmers (les Thaïs disent Khe-men) de l'I-san.
J'ai entre temps lu et étudié une thèse américaine
sur la réalité politique et historique de cette région
méprisée par les Thaïs. Le plus amusant est que la
cuisinière qui vient du Nord de l'I-san parle avec une certaine
hauteur des habitants du Sud de la région qu'elle appelle les khe-men
(khmer) comme s'ils étaient une demi race. Il y en toujours un
pour se croire supérieur à l'autre. J'ai dévoré
tous les documents que j'avais rapporté du voyage. Un vrai travail
d'ermite à raison de 8 à 10 heures par jours et qui va se
prolonger un certain temps puisque j'ai encore plus de 30 temples à
mettre en place. Heures passionnantes devant la mer déchaînée
qui n'arrive pas depuis des mois à retrouver sa languidité
naturelle.]
Il devient difficile de raconter. Comment dire ce qui devient uniforme
ou du moins ce qui semble l'être. Entré en Isan, je vais
baigner (mot non voulu, venu naturellement, mais immergé parlerait
aussi de liquide, alors que c'est ce qui manque le plus) pendant trois
semaines dans un même et unique paysage. Une vaste plaine de type
savane par la couleur et par l'implantation anarchique des arbres. Ils
poussent solitaires là où bon leur semble sans tenir compte
d'une quelconque organisation humaine. En décembre-janvier, la
récolte du riz est achevée, les chaumes qui restent sur
pied colorent les espaces en jaune-gris. Tout paraît à l'abandon,
sec, sans vie. La saison des pluies s'est achevée il y a à
peine deux mois.
Me revient en mémoire " Fils de l'I-Sân " de Kampoon
Boontawee (Fayard, Isbn 2.213.302.652.1) qui décrit au travers
du regard d'un enfant la difficile vie des gens de cette région
où l'eau manque, absorbée immédiatement par une terre
poreuse. L'un des hauts moments du récit est le déplacement
d'une partie du village moribond vers une rivière lointaine, sorte
d'eldorado de l'abondance par la verdure, les poissons et l'eau.
Cette haute plaine enfermée dans des collines ne garde pas l'eau
qu'elle reçoit de la mousson et se transforme en four à
la saison sèche. Ceci observé, on comprend comme une évidence
le pari khmer du binôme " temple-eau ", pari que les autorités
actuelles semblent vouloir faire sien par des vastes barrages sur les
principaux cours d'eau qui, paradoxe, ne manquent pas (tout le bassin
de l'Isan Sud s'écoule vers le Mékong).
Pour les Khmers, cette région de l'Isan devait être bien
irriguée ou du moins permettre une bonne irrigation en comparaison
avec la plaine nord du Cambodge où les cours se comptent sur les
doigts d'une main. On pourrait s'attendre à voir une concentration
de vestiges le long du bassin de la Mae Nam Mun qui coule au nord de Khorat,
Surin, Si Sa Ket pour traverser Ubon Ratchathani à l'est. Ce n'est
pas le cas, l'essentiel des temples est réparti entre le sud de
la ligne des villes évoquées et l'actuelle frontière
avec le Cambodge. Les cours d'eau y sont plus rares mais sans doute assez
présents pour remplir les multiples " baray ". On peut
se dire aussi que la culture du riz pratiquée une fois l'an suivait
la mousson. L'eau des baray n'avait-elle alors d'autre but pratique que
de garantir une réserve tout au long de l'année ?
Ce sont les questions que je me pose en regardant défiler le paysage
pendant que Kung conduit et interroge souvent pour s'y retrouver dans
le dédale qui nous fait souvent tourner en rond autour du lieu
recherché. Les Thaïs interrogés sur une direction disent
toujours " noon ", là-bas, même s'il faut alors
faire un cercle pour revenir au point de départ. La marche arrière,
ils ne connaissent pas ; pas plus que la largeur des chemins. Peu importe,
pourvu que ce soit dans la direction. C'est comme cela que nous avons
découvert des espaces identiques à eux-mêmes pour
atteindre des bourgs par des chemins de traverse qui serpentaient dans
la plaine. Passant du bitume, aux pavés, des pavés à
la terre damée, à la terre défoncée et à
la trace herbeuse
pour finir par arriver par un procédé
inverse de qualité vers des labyrinthes dont il fallait trouver
l'issue pour déboucher enfin dans un centre que l'on pouvait atteindre
par des voies plus bouddhistes mais moins poétiques !
Route 24 d'ouest en est : 362 km ; route 226, d'est en ouest : 312 km,
route 23 et 202 : 377 km , plus toutes les routes nord sud, sud nord.
Et, de tant à autre au bout d'une route, d'un chemin ou d'un piste,
dans un paysage toujours égale à lui-même, un baray
parfois minuscule et un temple ; un temple et un baray. Parfois, le village
alentour. Mais souvent le temple est loin de tout, perdu, devenu solitaire
parce que les villes et les villages, dont il porte parfois le nom, se
sont déplacés.
C'est une des constantes ; l'eau et l'édifice religieux. Et cela
même si les grands baray dont les dimensions sont considérables
sont souvent dénués de constructions religieuses. L'autre
constante moins surprenante est que ces lieux sacrés ou qui le
furent sont englobés une fois sur deux ou trois dans des "
wat " modernes, souvent avec une respectueuse indifférence,
tout aussi souvent avec volonté d'"intégration"
iconoclaste quand le département des Beaux Arts n'y a pas mis bonne
ordre.
Constante absolue, tous sans exception servent encore de lieux de culte
Theravada. On y vénère Buddha. On y vénère,
sans aucun doute, aussi les " esprits " qu'il faut se concilier.
Les temples ou ce qu'il en reste, les baray difficiles à apercevoir
sauf si l'on peut dominer donnent mal une idée de leur nombre et
du " chaînage " qu'ils constituaient. À titre d'exemple,
la province de Buriram, l'une des 19 provinces d'Isan. J'y ai rencontré
12 temples ; les très sérieux services du Département
des Beaux Arts ont dénombrés 145 baray, pour les plus nombreux
dans le nord et 50 sites religieux, en revanche eux plus nombreux dans
le sud ! Cela peut s'expliquer par la grande voie, la voie royale, qui
reliait Angkor à Phimai et qui passait par le sud de cette province
actuelle.
Tout au long de ce périple, jesuis émerveillé, au
plein sens du mot chaque fois que l'eau sera présente. Comme les
habitants de ces contrées, j'arriveà en rêver et à
chercher cette eau partout où elle peut se nicher. Heureux de la
découvrir. Heureux de la sentir au point de la palper. Cette eau
nécessaire dans une région déjà étouffante
au début du mois de janvier.
[Pourquoi ce long
silence ? Un excès d'activité comme au temps de ma vie antérieure.
Autre paradoxe pour qui est en éternelles vacances.
De retour d'Isan, le 15 janvier dernier (2004), j'ai, - à peine
terminé le temps de me remettre de ce long voyage de 4500 Km à
la poursuite des temples khmers -, sombré dans la sur-activité.
Tout comme lorsque j'étais en Inde absorbé dans le fêtes
d'après les moussons (octobre-décembre 2001), je me suis
lancé dans la "rédaction" de mes découvertes
en Isan. Deux mois complets, au moins huit heures par jour pour arriver
au bout de ce catalogue mémoire des restes d'une civilisation passée.
C'est à présent sur le site Rencontre d'Espaces pour éviter
qu'un incident d'ordinateur ne me fasse perdre le tout. Je suis assez
content de ce travail inutile, sans doute, puisque jamais réalisé
par le très sérieux département de Beaux Arts de
Thaïlande. J'ai en effet découvert in situ, puis au travers
de l'étude et du rattachement des lieux à des époques,
des souverain, des styles ...les toujours même folies des hommes
: conquêtes, asservissement et épuisement de peuples et de
leur art, mégalomanie des plus forts devenus princes. Mais aussi
une vue prospective pour assurer et maintenir la puissance, une réflexion
sur l'utilisation de l'eau et son conditionnement (ce que l'on remet enfin
à l'honneur), la création de toute pièce à
partir de l'Hindouisme d'une religion qui déifie le roi et le justifie,
et aussi une fois, une seule, l'intérêt porté par
un roi souffrant (le roi dit lépreux, Jayavarman VII) pour son
peuple en créant 102 hôpitaux et plus encore de gîtes
d'étapes le long des grands axes du royaume. J'ai touché,
là, dans cette reconstruction à la "griserie"
que doit connaître l'historien lorsqu'il visite une époque
avec les données qu'il a et les conclusions qu'il en tire. Pour
ceux qui m'entourent, j'ai du paraître très absent pendant
tout ce temps.]
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