Repères historiques
Les missionnaires
En 1652, le père Alexandre de Rhodes, infatigable missionnaire qui a obtenu destimables succès au Tonkin, publie l« Histoire du royaume de Tonkin et des grands progrès que la prédication de lEvangile y a fait depuis lannée 1627 jusques à lannée 1646. » Cet ouvrage avance notamment lidée que, pour éviter les fréquentes et parfois sanglantes réactions de rejet et de xénophobie, lévangélisation des populations indigènes ne peut être menée à bien que grâce à la création de clergés autochtones, lordination de prêtres du cru, en un mot, de lintérieur. Il préconise à cet effet lenvoi dévêques chargés sur place dordonner ces prêtres. Le retentissement du livre dAlexandre de Rhodes est considérable et suscite de nombreuses vocations, notamment chez les « Bons Amis » de Paris.
Ceux quon appelle les Bons Amis, ou les Bons Enfants ou encore lAssociation dAmis ont pour noms entre autres François Pallu (1626-1684), Pierre Lambert de la Motte (ou de la Motte-Lambert - 1624-1679), Ignace Cotolendi (1629-1662), François de Laval (1623-1708), et pour directeur spirituel le père Bagot, confesseur de Louis XIV. Ce sont de jeunes ecclésiastiques à la foi ardente qui brûlent de se lancer dans ces périlleuses missions avec le soutien dAnne dAutriche et de la Compagnie du Saint-Sacrement. Ils sont à lorigine de la création de la Société des Missions-Étrangères de Paris (MEP) en 1658.
« Vous savez que les Portugais, suivant une concession du pape Alexandre VI, prétendent que les Indes, et même la Chine, sont de leur domaine et quils ont droit seuls dy envoyer des missionnaires : cest ce qui fait que depuis vingt-cinq ans ils sopposent aux vicaires apostoliques. Ils sont en cela fort mal fondés. La bulle ne leur accorde ces pouvoirs que dans les lieux où ils sont les maîtres, comme à Goa, à Macao. Or jamais ils nont été maîtres à Siam, au Tonkin, en Cochinchine, à la Chine. Comment donc peuvent-ils empêcher le pape denvoyer des missionnaires dans des pays abandonnés quils ne sont pas en état de secourir ? Ils ne laissent pas de le faire autant quils peuvent et larchevêque de Goa a ici un vicaire qui ne veut point connaître les vicaires apostoliques. » (Journal de Choisy 13 novembre). Ce monopole, qui remonte à la fin du XVe siècle (Bulle du 14 mai 1493) est connu sous le nom de « Padroado » (Patronnage) et remet entre les mains des seuls Portugais ou Espagnols le pouvoir denvoyer des missions dévangélisation en Asie. Il embarrasse fort Rome, à présent que la position du Portugal sest considérablement affaiblie et ce que pays na plus, de fait, les moyens de sa politique. « Les Portugais sont à présent si faibles dans les Indes, quon peut tout craindre pour eux. Le Gouverneur de Daman écrit la même chose. » (Journal de Choisy 14 novembre) Le moment est donc venu pour Rome de reprendre en main les missions et, concrétisant lidée dAlexandre de Rhodes, le pape nomme parmi les membres des Missions-Étrangères des évêques apostoliques chargés daller organiser un clergé local en Asie. Toutefois, pour ménager au mieux les susceptibilités portugaises, il nest pas créé de nouveaux diocèses pour ces évêques qui sont nommés « in partibus » (cest-à-dire quon leur attribue des diocèses tombés précédemment entre les mains des musulmans ; ainsi, Pierre Lambert de la Motte est sacré évêque de Bérythe (Beyrouth), Ignace Cotolendi évêque de Métellopolis (Motella, ville de lantique Phrygie), et François Pallu évêque dHéliopolis (Baalbek).
Pierre Lambert de la Motte arrive le premier presque par hasard à Ayutthaya en 1662. Ce nest pas sa destination première, mais laccueil bienveillant de la population et la tolérance religieuse quil rencontre lincitent à y demeurer. Rejoint par François Pallu en 1664, il fonde une première mission, et le roi Naraï, nullement hostile, offre même un terrain et des matériaux pour la construction dune église. Les ecclésiastiques portugais déjà sur place et l'archevêque de Goa manifestent un évident mécontentement.
En 1669, un bref du pape Clément IX autorise les évêques apostoliques à étendre leur juridiction au Siam. Ils vont peu à peu sintégrer dans le paysage diplomatique siamois et nouer des relations avec la cour. Lidée a-t-elle germé en eux quil serait un jour possible dobtenir la conversion du roi Naraï au catholicisme ? Quoi quil soit, François Pallu de passage en France évoque cette possibilité auprès de Louis XIV.
Pour en savoir davantage :
Illustration musicale : Cantate - Nicht soll uns scheiden von der Liebe Gottes (Röm.8,39) - Dietrich Buxthehude (1637-1707)
3 feuilles format A4
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Page mise à jour le 20/08/01