Lettres patentes données par le roi Louis XIV pour l'établissement du séminaire des Missions-Étrangères
Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous présents et avenir, salut. Depuis qu'il a plu à la bonté divine de Nous donner la paix si nécessaire au culte de la religion et à la tranquillité publique, nos principales vues ont été par la reconnaissance que nous devons aux soins de la Providence sur notre personne et notre maison royale, de réprimer autant qu'il Nous a été possible le progrès de l'hérésie que les misères du temps ont à notre grand regret fait tolérer dans ce royaume, empêcher le cours des erreurs naissances et nouvelles sectes, et d'étendre la relation chrétienne au-delà de ses bornes ordinaires, pour en porter les lumières jusque dans les extrémités du monde.
Pour cela, nous avons procuré auprès de notre Saint Père le Pape d'envoyer des Évêques dans la Nouvelle-France, en Perse, au Tonkin, la Chine et la Cochinchine, et contribué de nos libéralités royales aux fonds des voyages si hasardeux, et entreprises si chrétiennes et généreuses pour la conversion des âmes ; mais comme l'on était en peine de chercher des personnes qui aient toutes les qualités nécessaires pour les aller secourir, et travailler sous leurs ordres à des emplois si apostoliques et avoir pour cet effet quelque lieu de retraite et hopice charitable pour les accueillir : la Providence, qui ne manque jamais en ces occasions, a donné le mouvement à notre très cher et féal Bernard de Sainte-Thérèse, Évêque de Babylone, conseiller en nos conseils, qu'elle avait appelés des premiers à cet emploi, d'en consommer heureusement le dessein et d'autant sur les instances du défunt roi notre très-honoré Seigneur et Père il aurait été ci-devant envoyé en Babylone et en Perse pour y travailler à la conversion des âmes, il a depuis son retour appliqué tous ses soins à bâtir un séminaire pour loger, accueillir et entretenir les ouvriers missionnaires qui seraient destinés à cet emploi au service de l'Église dans les Missions Étrangères : en sorte que les lieux étant en état de servir à un si pieux dessein, il aurait par contrat du 16 mars dernier, ci-attaché sous le contre-scel de notre chancellerie, fait avec les sieurs de Morangis, conseiller en tous nos conseils et directeur de nos finances, et de Garibal, président en notre grand conseil, et maître ordinaire de notre hôtel, dont le zèle et la piété sont très-connus et nous sont très-agréables, donné par donation irrévocable et entre vifs, en faveur des Missions Étrangères, et par préférence de la Perse, et pour la conversion des infidèles hérétiques et schismatiques desdits États et pays, lesdits sieurs de Morangis et Garibal et les notaires acceptant ladite donation à l'effet de l'accomplissement d'icelle, tous les emplacements, logements et bâtiments à lui appartenant situés au faubourg Saint-Germain de notre bonne ville de Paris, sur les rues du Bacq et de la Frenaye ou petite Grenelle, derrière les Incurables, tant ceux par lui occupés que donnés à loyer et par lui acquis et bâtis de temps en temps des deniers de son épargne, ensemble de sa bibliothèque, chapelle et meubles qui se trouveront lors de son décès ; et encore les maisons et emplacements situés en la ville d'Hispaham, capitale de Perse, à lui appartenant et aussi acquis de ses deniers, bibliothèque et chapelle ; à la charge de procurer par les soins desdits sieurs de Morangis et de Garibal dans lesdits logements et emplacements du faubourg Saint-Germain, l'établissement d'un Séminaire de personnes ecclésiastiques ou aspirantes à l'ordre ecclésiastique, de même de laïques qui seront jugés capables et utiles au bien de l'œuvre, lesquels seront instruits aux études, sciences, langues et de connaissances nécessaires pour lesdites missions ; le tout à la charge payer 3000 livres de pension viagère audit seigneur Évêque la vie durant, et 1000 livres après sa mort aux personnes y dénommées, et autres clauses et conditions par ledit contrat : lesquels sieurs de Morangis et de Garibal auraient par notre contrat du 18 du même mois, aussi attaché sous notre contre-scel, fait remise de tout le contenu au susdit contrat de donation aux sieurs Poitevin et Gazil, prêtres et docteurs en théologie, dont la vertu et les emplois pour les Missions Etrangères nous sont très connus ; lesquels tant pour eux que pour leurs associés en une si bonne Oeuvre, se seraient obligés de satisfaire au contrat à leur décharge, ayant toutes le correspondances nécessaires avec les sieurs Évêques de Pétrée, d'Héliopolis, de Bérithe et de Métellopolis, et étant leurs procureurs pour les affaires de leurs Églises, et parce qu'un établissement de cette qualité, si important au bien de la religion et à la subsistance et perpétuation des Missions Étrangères que nous avons procurées, ne se peut faire sans notre agrément et permission, ledit seigneur Évêque de Babylone, ensemble lesdits sieurs de Morangis et de Garibal, pour la décharge de leur obligation, et lesdits sieurs Poitevin et Gazil pour les en acquitter, nous ont très humblement supplié de leur accorder nos Lettres nécessaires.
A ces causes, après avoir fait examiner en notre conseil ledit contrat de donation et remise d'icelui auxdits sieurs Poitevin et Gazil à l'effet dudit séminaire, et trouvé qu'il était avantageux pour le bien de la religion et soutien des Missions Étrangères, et convenable au dessein de Nous avons toujours eu de le procurer : de l'avis d'icelui, et de notre pleine puissance et pleine autorité royale, Nous avons confirmé et confirmons par ces présentes ledit contrat de donation fait par ledit sieur Évêque de Babylone auxdits sieurs de Morangis et de Garibal en faveur dudit Séminaire, ensemble le contrat de remise par eux fait auxdits sieurs Poitevin et Gazil à l'effet de l'érection dudit Séminaire, l'un et l'autre attaché à ces Présentes sous notre contre-scel, et tout le contenu en iceux, ensemble l'établissement dudit Séminaire en faveur desdits sieurs Poitevin et Gazil et leurs associés pour les Missions Étrangères, et par préférence de la Perse ; et pour le distinguer des autres Communautés et Compagnies qui s'appliquent très utilement aux mêmes emplois pour lesquels on ne saurait avoir trop d'ouvriers, la moisson étant ouverte à tous et suffisante pour tous, Nous voulons qu'il soit appelé le Séminaire pour la conversion des Infidèles dans les pays étrangers, et que l'inscription en soit mise sur la porte principale d'icelui. Avons amorti et amortissons lesdits emplacements, logements, et acquisitions ci-dessus exprimées, à la charge de l'indemnité envers les seigneurs particuliers, si aucuns sont, les déchargeant et leur faisant don de ce qui se trouvera relever de Nous ; nous leur avons permis d'accepter par ci-après, les cas y échéant, toutes sortes de donations et legs de choses mobiliaires et fonds roturiers seulement, sans payer aucun amortissement, en nous bailant toutefois homme vivant et mourant, et payant aux seigneurs de qui lesdits biens relèvent les droits d'indemnité tels que de raison, et d'agir en tout ce qui regardera le bien de l'œuvre dudit Séminaire, ainsi qu'ils aviseront pour le mieux ; à la charge de se pourvoir par devers le sieur abbé dudit Saint-Germain, supérieur spirituel pour l'établissement dudit Séminaire, en ce qui regarde le spirituel et règlement de la police de ladite maison.
Si donnons en mandement, etc.
Donné à Paris au mois de juillet 1663.
Ce texte est extrait des Documents historiques relatifs à la Société des Missions-Étrangères - par Adrien Launay.
3 feuilles format A4
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Page mise à jour le 6/1/02