Les personnages
Alexandre de Chaumont
Alexandre, chevalier puis marquis de Chaumont, naît vers 1640. Dune famille calviniste, il abjure très jeune sa religion pour devenir catholique dévot, voire même bigot. Une carrière de marin commencée en 1669 le mène à Toulon, puis lélève au grade de major de larmée du Levant en 1672. Sans avoir rien fait pour cela, il est pressenti par le marquis de Seignelay, ministre de la marine, pour conduire lambassade au Siam en 1685, à la grande déception de l'abbé de Choisy qui multipliait pourtant démarches et intrigues afin d'obtenir ce poste. « Or souvenez-vous que depuis quon parle de cette affaire, jai toujours été incertain de ma destinée. Dabord jai espéré avec quelque fondement dy venir ambassadeur. Jai vu nommer à la barbe de moi qui y songeais fort, M. le chevalier de Chaumont qui ny songeait pas. » (journal de Choisy 7 octobre).Le choix n'est guère heureux, car les qualités dambassadeur dAlexandre de Chaumont sont plus que discutables. Lacune fâcheuse pour un diplomate, il ne parle aucune langue étrangère. Cest un homme raide, sans humour, sans imagination. Sottement entêté, imbu de son rôle, il sempêtre dans d'insignifiants détails de protocole, il discute interminablement de la façon dont il remettra la lettre de Louis XIV à Phra Naraï et manque suffisamment de tact et de diplomatie pour infliger une grave humiliation à celui quil est chargé de convertir. Labbé de Choisy lui-même, pourtant peu enclin à dénigrer son prochain, ne peut sempêcher den faire la remarque : « Monsieur lambassadeur est emprisonné dans son caractère. » (journal du 5 juin), et le 19 novembre : « Il y a quelques jours que le roi de Siam, en causant avec M. Constance, lui demanda sil avait souvent des conférences avec M. lambassadeur. Il lui dit que oui, et encore plus souvent avec moi, parce que M. lambassadeur avait un caractère à soutenir qui empêchait la familiarité. »
La mission de Chaumont est à la fois religieuse et économique. Il doit obtenir, si possible, la conversion du roi Naraï et des garanties pour les missionnaires et les jésuites qui demeurent ou se rendront au Siam, et négocier des avantages commerciaux pour la Compagnie française des Indes orientales. Il obtient des engagements du roi Phra Naraï, mais se heurte aux manigances de Phaulkon qui s'ingénie à atténuer les promesses accordées verbalement par le roi. Peu intelligent, l'ambassadeur ne pèse pas lourd face à ruse et à la rouerie du Grec. Fêtes, divertissements, spectacles, banquets et parties de chasse, Monsieur Constance sort le grand jeu et met tout en oeuvre pour différer encore et toujours le véritable but de l'ambassade : la conclusion d'avantageuses négociations. Les traités ne sont signés qu'à la toute dernière minute, alors que sur le point de mettre à la voile, le chevalier n'a plus le loisir de négocier. Le protocole religieux ne sera jamais appliqué ; quant au traité commercial, de l'avis de l'abbé de Choisy, il est fort décevant. Toutefois, on peut penser que ces arrangements nétaient pas si mauvais puisque, même si les acquis étaient faibles pour la France, ils étaient encore à sens unique. Le Siam ny gagnait strictement rien en échange.
De retour en France, le chevalier de Chaumont est reçu à la cour sans grand ménagement (le père Tachard, à présent investi d'occultes missions et de mystérieux pouvoirs, nest sans doute pas étranger à cet accueil mitigé). On lui reproche notamment la faiblesse de son traité économique. Il rédige comme un pensum une morne relation de son ambassade, où curieusement, certaines pages sont presque mot à mot identiques à celles de la relation de labbé de Choisy.
Il se marie en 1689 et disparaît à peu près complètement de la scène politique. Il meurt à Paris le 28 janvier 1710.
2 feuilles format A4
Page mise à jour le 16/08/02