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Mémoires du baron de Breteuil
Réception des ambassadeurs du roi de Siam en 1686
L'ambassade de Kosa Pan dans les
Annales Officielles Siamoises

La deuxième ambassade siamoise

« Nos ambassadeurs contentent ici tout le monde au-delà de ce que je puis vous en mander ; ils sont honnêtes gens, courtois, polis, enfin ils sont diamétralement opposés dans leur conduite, dans leurs manières aux deux premiers mandarins, qui vous ont donné tant de peine. Nous croyons qu'ils auront leur audience jeudi prochain ; ils demeureront quatre ou cinq jours au logis qu'on leur fait meubler superbement, ce qui est une distinction qu'on ne fait point aux autres ambassadeurs. Selon ce que nous pouvons juger, la Compagnie continuera toujours son commerce à Siam, et même l'augmentera. Dieu lui inspire de faire un bon établissement à Singor. »

M. de Lionne à M. Vachet - 19 août 1686 - Archives des Missions-Étrangères, vol. 10 page 319.

LA SOLENNELLE AMBASSADE DU ROI DE SIAM AU ROI POUR L'ETABLISSEMENT DU COMMERCE AVEC CES PEUPLES D'ORIENT - ALMANACH DE 1687Lorsque les navires l'Oiseau et la Maligne arrivent à Brest le 18 juin 1686, ils amènent les trois ambassadeurs du roi Naraï qui vont demeurer en France jusqu'au 1er mars 1687, date à laquelle ils repartiront pour le Siam avec l'ambassade Céberet - La Loubère. Cette ambassade siamoise est en fait la troisième, puisque la première ne parvint jamais à destination.

Pendant les huit mois et demi qu'ils passent en France, les trois envoyés du roi de Siam, Kosapan, Kanlaya Ratchamaïtri et Siwivan Wacha, séduisent par leurs bonnes manières, leur humour, la finesse de leurs réparties, et leur respect du roi Louis XIV. Soumis à un emploi du temps rigoureux, où pas une minute n'est perdue, ils s'acquittent au mieux de leurs obligations, et font oublier les incidents qui émaillèrent deux ans plus tôt l'ambassade de Khun Pichaï Walit et Khun Pichit Maïtri (voir sur ce site les mémoires de Bénigne Vachet)

De Brest à Paris, où ils arrivent le 2 août 1686, de Paris à Versailles, qu'ils visitent de fond en comble et où ils ont audience solennelle avec le roi le 1er septembre 1686, ils suscitent partout sur leur passage un engouement considérable. Il n'est pas une personne de qualité qui ne s'invite un jour ou l'autre à leur table, par curiosité et parce qu'il est à la dernière mode d'aller voir les Siamois, et de le raconter longuement. On imprime des almanachs, des gravures, on frappe des médailles, et chacun de leurs déplacements provoque des attroupements et, dans les rues étroites de l'époque, d'inextricables embouteillages. Le peuple de Paris, frondeur et railleur à son ordinaire, et sans doute aussi révolté par les dépenses somptuaires réalisées pour l'occasion, ira jusqu'à les prendre à partie et à rosser leur cocher.

A partir de la mi-octobre 1686, ils entament un périple dans le Nord pour visiter les places fortes du royaume, et passeront par Amiens, Béthune, Lille, Douai, Cambrai, Saint-Quentin, Soisson, avant de revenir à Paris le 22 novembre. Ils ont audience de congé le 14 janvier 1687. C'est au cours de cette audience que Kosapan prononce la harangue qui est reproduite à la page « la harangue de Kosapan »

Pendant leur séjour, les ambassadeurs accomplissent leurs devoirs avec une grande conscience. Toutefois, ils sont écartés des négociations politiques, domaine réservé du père Tachard. On peut penser que Kosapan n'était pas très favorable, dans son for intérieur, à une présence militaire française au Siam. Il ralliera en tout cas sans état d'âme la cause de Petratcha dès que celui-ci prendra le pouvoir, à la grande indignation des Français.

Le détail du séjour des ambassadeurs siamois en France nous est surtout connu par les numéros spéciaux que Donneau de Visé rédige pour son journal, le Mercure Galant (entre septembre 1686 et janvier 1687). Le Journal du marquis de Dangeau nous donne également quelques repères précieux. Moins connues, les mémoires du baron de Breteuil constituent toutefois un document fort intéressant qui couvre la première période du séjour des ambassadeurs en France, depuis leur arrivée à Brest jusqu'à l'audience solennelle du 1er septembre 1686.

Pour en savoir davantage :

LES RELATIONS FRANCO-SIAMOISES dans le Journal du marquis de Dangeau.

L'AMBASSADE SIAMOISE DE 1686 dans un journal anonyme du XVIIe siècle.

Illustration musicale : Rondeau de Jean-Joseph Mouret (1682-1738)

 
2 feuilles format A4

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Page mise à jour le 6/03/03