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Mémoire des présents que le roi de Siam a envoyés en France
Ce Mémoire est indexé à la Relation de l'Ambassade de M. le Chevalier de Chaumont à la cour du Roi de Siam.
Deux pièces de canon de six pieds de long, de fer battu à froid, garnis d'argent, montés sur leurs affûts aussi garnis d'argent faits à Siam. (1)Une aiguière (2) de tambac (3), plus estimé que l'or, avec sa coupe propre à laver les mains, qui a été faite à Siam à la mode du pays.
Une aiguière d'or, ouvrage relevé sur quatre faces, avec sa soucoupe au plat pour son soutien, de même ouvrage faite au Japon.
Un navire d'or, qu'on appelle somme, (4) à la façon chinoise, avec tous ses agrès.
Deux flacons d'or, d'ouvrage relevé, du Japon, pour servir ou sur un buffet, ou pour transporter dans l'occasion, dans un coffre du Japon, où leurs places sont destinées.
Un dard (5) couvert d'ouvrage relevé en façon du Japon.
Deux petites coupes d'or avec leurs petits bassins, sur un pied assez haut, ouvrage du Japon relevé très riche.
Deux petites coupes d'or accotées, sans couvertures, bien travaillées d'un ouvrage relevé du Japon.
Une cuillère d'or du plus bel ouvrage du Japon.
Deux dames chinoises, chacune sur un paon, portant entre leurs mains une petite tasse d'argent, le tout partie d'argent, et émaillées, lesdits paons pouvant par ressort marcher sur une table de la manière qu'on les dispose ; leurs coupes sont droites et sur leurs mains.
Deux coffres d'argent, relevés du plus bel ouvrage du Japon, dont une partie est d'acier.
Deux grands flacons d'argent avec deux lions dorés pour couverture, avec deux grands bassins, le tout de même ouvrage, les deux plus beaux du Japon.
Deux grandes coupes couvertes, sur deux bassins, le tout d'argent, et du plus fin ouvrage du Japon.
Une grande coupe découverte avec son bassin d'argent.
Une aiguière d'argent à quatre faces avec une soucoupe de même du Japon.
Deux vases d'argent à la façon des Anglais à boire de la bière, avec deux soucoupes, de même ouvrage du Japon.
Deux paires de chocolatières (6) avec leurs couvertures d'argent, ouvrage du Japon.
Deux tasses assez grandes, ouvrage du Japon.
Deux autres tasses plus petites avec leurs bassins d'argent, pour boire des liqueurs, toutes deux couvertes d'un rameau d'argent, et de même ouvrage.
Deux grandes gargoulettes (7) d'argent à la chinoise, avec leurs bassins de même ouvrage du Japon.
Deux cavaliers chinois portant en main deux petites coupes qui marchent par ressort, le tout d'argent, à la façon de la Chine.
Deux aiguières sur deux tortues, le tout d'argent, et ouvragées, pour mettre de l'eau à laver les mains, ouvrage de la Chine.
Deux couverts d'argent, ouvrage du Japon, qui marchent par ressort, et qui portent chacun une petite coupe.
Deux grands cabinets (8) du Japon, fleurdelisés par-dedans, garnis d'argent partout du plus beau vernis et ouvrage du Japon.
Deux coffres d'une grandeur médiocre, garnis d'argent, et du même ouvrage, sans fleurs de lis.
Deux petits cabinets d'écaille de tortue, garnis d'argent, d'un ouvrage fort estimé du Japon.
Quatre grands bandèges (9) garnis d'argent, ouvrage du Japon.
Un petit cabinet d'argent, enjolivé d'un ouvrage du Japon.
Deux pupitres, vernissés, garnis d'argent, ouvrage du Japon, dont un est d'écaille de tortue.
Une table vernie, garnie d'argent, du Japon.
Deux paravents de bois du Japon ouvragé à six feuilles (10), qui est un présent que l'empereur du Japon a envoyé au roi de Siam.
Un autre paravent de soie sur un fond bleu, de plusieurs oiseaux et fleurs en relief, d'ouvrage fait à Siam, il est aussi à six feuilles.
Un grand paravent plus grand que les deux autres, pour tenir de jour et de nuit, à douze feuilles, ouvrage de Pékin.
Deux grandes feuilles de papier en forme de perspective, dans l'une sont toutes les sortes d'oiseaux de la Chine, et dans l'autre, les fleurs.
Un service de table de l'empereur du Japon, ouvrage très curieux et très difficile à travailler.
Un service de campagne pour un grand seigneur du Japon, et du plus beau vernis.
Vingt-six sortes de bandèges du plus beau vernis du Japon.
Un petit cabinet du Japon, qui passe pour une curiosité.
Une petite table vernie du Japon.
Deux petits coffres pleins de petits bassins vernis, du Japon.
Deux coffres de bois vernis, couleur de feu par le dehors, et noirs par-dedans, ouvrage du Japon.
Douze différentes sortes de boîtes, ouvrage du Japon.
Une grande boîte ronde, rouge, vernie, ouvrage du Japon.
Deux lanternes de soie à figures, ouvrage fort curieux du Tonkin.
Deux autres lanternes rondes, la grande d'une seule corne, chacune avec leur garniture d'argent.
Deux robes de chambre du Japon, d'une beauté extraordinaire, l'une couleur de pourpre, et l'autre couleur de feu.
Un tapis de Perse à fond d'or, de plusieurs couleurs.
Un tapis de velours rouge, bordé d'or avec une bordure de velours vert aussi bordée d'or.
Un tapis de la Chine à fond, couleur de feu, avec plusieurs fleurs.
Deux tapis d'Indoustan, fond de soie blanche à fleurs d'or et de soie de plusieurs couleurs.
Neuf pièces de bézoard (11) de plusieurs animaux.
Deux coffres de bois vernis noir à fleur d'or, du Japon.
Deux manières d'ablerdos, dont le fer a été fait à Siam, garnies de tambac, le bois est du Japon, dans un étui de bois doré du Japon.
Il y a quinze cents ou quinze cent cinquante pièces de porcelaines des plus belles et des plus curieuses de toutes les Indes ; il y en a qu'il y a plus de deux cent cinquante ans qui sont faites, toutes très fines, et toutes des tasses et assiettes, petits plats et grands vases de toutes sortes de façons et grandeurs.
Présents du roi de Siam à Monseigneur.
Deux calanes du Japon, garnies de tambac, qui sont deux lames de sabre très larges, au bout d'un bois bien long.Une aiguière avec son bassin d'or, ouvrage du Japon.
Un bouilli d'or pour le thé.
Une petite coupe d'or entourée d'un rameau, ouvrage du Japon très curieux.
Une coupe d'or, ouvrage du Japon.
Une coupe avec son petit plat d'argent, du Japon.
Une chocolatière d'argent, fleurs d'or.
Une autre chocolatière d'argent, fleurs d'or, d'un ouvrage fort relevé, du Japon.
Deux pots d'argent couverts.
Deux écritoires d'argent, ouvrage du Japon.
Deux tasses couvertes d'argent avec des ornements d'or.
Une grande tasse d'argent, avec des ornements d'or, ouvrage curieux du Japon.
Deux tasses d'argent, du Japon.
Deux petites tasses avec leurs petits plats d'argent, avec des ornements d'or.
Deux autres petites tasses entourées de rameaux avec leurs bassins, le tout d'argent.
Deux autres petites tasses d'une autre façon.
Une petite tabatière d'argent, ouvrage du Japon.
Un grand vase avec un bassin d'argent, du Japon, fort beau.
Deux dames du Japon qui portent chacune dans leurs mains un petit plat et une tasse d'argent, et quand la tasse est pleine d'un cordial, les dames vont à la promenade.
Un crabe d'argent, qui porte sur le dos une coupe, et qui marche par ressort.
Une coupe faite d'une seule pierre avec un feuillage autour, ouvrage de la Chine.
Une coupe couverte de rameaux, chargée de fleurs et de fruits.
Une petite coupe de pierre, entourée d'un serpent.
Deux petites coupes de pierre, d'un ouvrage admirable.
Un lion de la Chine, fait d'une seule pierre.
Une petite aiguière d'une seule pierre.
Deux robes de chambre du Japon, bien travaillées.
Un tapis de velours vert à fleurs, d'Indoustan.
Un tapis de soie à fleurs, de diverses couleurs.
Un tapis de soie et velours, couleurs d'or, d'Indoustan.
Un tapis de drap à fleurs, aussi de diverses couleurs.
Deux cabinets d'argent, garnis, ouvrage du Japon.
Un petit coffre partie de cuivre rouge, partie de vernis, du Japon.
Deux pupitres garnis d'argent, l'un d'écaille de tortue, et l'autre de vernis du Japon.
Quatre grands bandèges bordés d'argent.
Un petit coffre garni d'argent.
Vingt et une sortes de bandèges grands et petits, très beaux, du Japon.
Deux salières d'écaille de tortue, et trois autres de vernis, du Japon, une garnie d'argent.
Une petite table de vernis, du Japon.
Un petit coffre plat d'écaille de tortue.
Une petite salière du Japon.
Un tiroir couvert à compartiments.
Un petit coffre où il y en a douze autres de vernis du Japon.
Une grande boîte avec son bandège, de vernis noir à fleurs d'or.
Deux petites boîtes de vernis rouge.
Un service d'un grand du Japon, pour sa maison.
Deux lanternes de soie à diverses fleurs, garnies d'argent.
Un petit cabinet du Japon.
Deux paravents de soie du Japon, ouvrage admirable.
Trois coffres, deux rouges et un noir, vernis, du Japon.
Six livres et demie d'aquila.
Outre cela il y a quatre-vingt quatre pièces de porcelaine, tant grandes que petites, toutes très belles.
Présents que la princesse reine de Siam envoie à Madame la Dauphine.
Une aiguière d'or, ouvrage du Japon.Une boîte ronde couverte d'or, du Japon.
Une petite chocolatière d'or du Japon.
Une petite boîte ronde couverte d'or, du Japon.
Une petite coupe d'or avec un plat d'argent, ouvrage du Japon.
Un grand flacon d'argent, un lion au-dessus, ouvrage relevé du Japon, avec un grand bassin d'argent.
Deux autres vases de même, plus petits.
Deux chocolatières d'argent, ouvrage relevé du Japon.
Deux autres chocolatières d'argent, du Japon.
Deux grandes tasses d'argent, du Japon.
Deux petites tasses avec leurs bassins d'argent, du Japon.
Deux autres plus petites tasses avec leurs bassins d'argent enlacés de fleurs, du Japon.
Un grand cur d'argent, du Japon.
Deux dames du Japon, d'argent doré et émaillé, qui portent chacune une petite tasse à la main, et vont par ressort.
Une petite boîte à manche d'argent, du Japon.
Un paravent à douze feuilles, de bois du Japon, avec des oiseaux et des arbres de pièces de rapport, avec les bords dorés.
Un paravent plus grand à douze feuilles, de soie, fond violet, avec des animaux et des arbres de plusieurs couleurs, de pièces de rapport.
Un autre plus petit paravent de soie, avec des peintures de la Chine très belles.
Deux cabinets de bois vernis blanc, à fleurs de diverses couleurs, avec des ornements de cuivre doré.
Deux robes de chambre du Japon, d'une beauté extraordinaire, et une autre plus commune.
Une écritoire d'écaille de tortue à compartiments.
Deux porte-livres de vernis, bordés d'argent.
Vingt et une sortes de bandèges d'ouvrage du Japon.
Quatre doubles petites boîtes de vernis du Japon.
Une boîte plate, et deux autres petites, de soie du Japon.
Deux écritoires d'écaille de tortue, du Japon.
Deux autres de vernis, du Japon.
Une boîte ronde, rouge, garnie d'argent, du Japon.
Sept petites boîtes différentes, vernies, du Japon.
Une boîte carrée avec douze autres petites, du Japon.
Un service d'une dame du Japon, d'écaille de tortue.
Un coffre à huit côtés, du Japon, plein de petites boîtes très curieuses.
Un autre service rouge de vernis, pour une dame du Japon.
Une tablette d'écaille de tortue ornée d'argent.
Une petite table de vernis rouge du Japon.
Un cabinet de vernis très beau.
Trois autres cabinets de vernis du Japon, garnis de cuivre doré, très beaux.
Une grande boîte ronde double, à fleur d'or.
Un tiroir couvert à plusieurs compartiments.
Deux grands bandèges garnis d'argent.
Deux autres grands de vernis, du Japon.
Deux coffres de vernis rouge, garnis d'argent.
Deux boîtes de vernis à fleurs d'or et vert.
Un éventail de bambou et de soie.
Deux coffrets de vernis noir, de cuivre doré.
Il y a outre cela six cent quarante pièces de porcelaines très belles.
Il faut également évoquer les deux éléphants qui durent demeurer au Siam, faute de place dans les deux vaisseaux déjà surchargés.
EXTRAIT DES MÉMOIRES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LOUIS XIV de l'abbé de Choisy :« Un mois après que je fus arrivé à Paris, les ambassadeurs du roi de Siam y arrivèrent. Le roi les fit défrayer partout, et leur donna audience dans la grande galerie de Versailles. On y avait élevé un trône magnifique. Ils firent une fort belle harangue, que l'abbé de Lionne, missionnaire, expliqua en français. Ils marquèrent au roi des respects qui allèrent presque jusqu'à ladoration ; et en s'en retournant ils ne voulurent jamais tourner le dos, et allèrent à reculons. Les présents qu'ils avaient apportés étaient rangés dans le salon au bout de la galerie. M. de Louvois, qui n'estimait pas beaucoup les choses où il n'avait point de part, les méprisait extrêmement. « M. l'abbé me dit-il en passant, tout ce que vous avez apporté là vaut-il bien quinze cents pistoles ? » « Je n'en sais rien, monsieur, lui répondis-je le plus haut que je pus, afin qu'on m'entendit ; mais je sais fort bien qu'il y a pour plus de vingt mille écus d'or pesant, sans compter les façons ; et je ne dis rien des cabinets du Japon, des paravents, des porcelaines. » Il fit en me regardant un sourire dédaigneux, et passa. Quelqu'un apparemment conta au roi cette belle conversation ; car dès le soir même, M. Bontemps me demanda de la part de sa Majesté, si ce que j'avais dit à M. de Louvois était bien vrai. Je lui en donnai la preuve en lui donnant un mémoire exact du poids de chaque vase d'or, et je l'avais fait faire à Siam avant que de partir : je suis persuadé qu'on le vérifia dans la suite. Cette bagatelle ne laissa pas d'irriter M. de Louvois contre moi : il ne maimait pas déjà, parce que j'étais des amis du cardinal de Bouillon, sa bête. »
11 feuilles format A4![]()
NOTES :
1. Dans son ouvrage Louis XIV et le Siam, Dirk Van der Cruysse nous rappelle que ces canons tombèrent un siècle plus tard entre les mains des révolutionnaires pendant la Révolution française et allaient être utilisés pour la prise de la Bastille. retour2. Vase où l'on met de l'eau pour le service de la table. Littré retour
3. Apprenez que le Tambac est une matière composée de sept parts d'or sur trois parts d'une espèce de cuivre qu'on trouve dans les montagnes de Siam ; et ce cuivre est huit fois plus fin que le cuivre ordinaire, est fort rare, et donne à l'or un éclat brillant qu'il n'a point tout seul. Vous en verrez un grand vase parmi les présents du roi ; et l'on en fait au Japon une chaise à bras pour le pape, dont le roi de Siam lui veut faire présent : on l'attend incessamment. Pour moi, je ne trouve point cela si beau qu'ils disent. Journal de Choisy 4 décembre 1685 retour
4. C'est un grand bâtiment à trois mats fort relevé de bord, et fait à plate varangue, afin d'entrer facilement dans toutes les rivières qui sont au-delà des détroits, lesquelles sont toutes barrées à leur embouchure. Vollant des Verquains La révolution de Siam. Selon La Pérouse, somme est un synonyme de jonque ou de sampan. retour
5. Sorte d'arme qui est un bâton garni d'une pointe de fer et se lance avec la main. Littré retour
6. Vase où l'on prépare le chocolat pour le prendre en boisson. Littré retour
7. Ou gargouillettes : sortes de vases. retour
8. Buffet à plusieurs compartiments. retour
9. D'après La Loubère, les bandèges étaient des plateaux à bords relevés, sans pied. Selon Nicolas Gervaise, ce sont des guéridons fort bas, et beaucoup plus larges que les nôtres, leurs bords sont de la hauteur de cinq ou six pouces, afin que ce qui est servi dessus ne soit point sujet à tomber par terre. N. Gervaise - Histoire Naturelle et Politique du Royaume de Siam. retour
10. On appelle feuille chaque partie d'un paravent qui se replie. Littré retour
11. Le bézoard est une concrétion calculeuse qui se forme dans l'estomac, les intestins et les voies urinaires de certains animaux, autour de laquelle se forment des couches concentriques. Lorsqu'il atteint ou dépasse la grosseur d'un uf de poule, le bézoard constitue un objet d'immense valeur. C'est la grande curiosité du XVIe siècle, d'autant plus que la découverte du Nouveau Monde en a fait connaître de nouvelles espèces. Au XVIIe siècle, on distingue le bézoard oriental, connu en Europe depuis le XIIe siècle comme un excellent remède contre les poisons, du bézoard occidental provenant d'Amérique. Ce dernier est souvent de taille plus importante mais moins efficace sur le plan curatif. Pour l'usage médical le bézoard est broyé en poudre et ingurgité. Même réduit en poudre il vaut extrêmement cher. On explique les vertus médicales du bézoard par le fait que les animaux chez lesquels il se forme consomment de grandes quantités d'herbes vénéneuses et fabriquent ainsi le précieux antidote concentré dans le calcul. Dans les cabinets princiers ils sont parfois ornés de monture d'or ou d'argent comme par exemple ceux de la collection de Rodolphe II à Prague. Antoine SCHNAPPER, Le géant, la licorne, la tulipe: Collections françaises au XVIIe siècle, Paris, Flammarion, 1988. retour
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Page mise à jour le 24/10/2003