SARS

 

 


J'étais au Vietnam entre le 28 janvier et le 27 février (2003).

La pneumonie commençait son travail de sape qui fait grand bruit dans les média occidentales, mais dont ici on ne parle pas en dehors du milieu des expatriés.

Que sont une cinquantaine de morts à Hanoi, et, je crois 200 dans le monde ? Alors que 29, 34 enfants sur 1000, nés vivants, meurent dans ce pays et dans les pays environnants. (statistiques 2002 de la CIA, contre 4, 41 en France selon ces mêmes statistiques. Ce qui revient à dire clairement
que sur les 713500 enfants qui naissent vivants chaque année au Vietnam, il en meurt presque 21000). On pourrait développer à perte de vue sur cet écart de vision.

Ce qui scandalise l'Occident, c'est cette impossibilité finale de transformer la nature. Alors, la mort est ressentie comme un échec stupéfiant. L'extrême Orient, lui, semble reconnaître que l'humain, partie intégrante de la nature, ne peut la violenter. Nous taxons cette vision de la passivité.

Mais, eux disent : regarde "ce qui est" (traduit en concept occidental : regarde la réalité profonde de toute chose).

Bref, l'incubation étant de 4 à 5 jours ... je suis bien vivant et pas du tout traumatisé.


Réponse :

Nous faisons trop cas de notre mort ? soit ! nous faisons trop cas de notre vie ? soit ! mais  en faire si peu cas ne m'enthousiasme pas davantage, ne me satisfait pas intellectuellement non plus.

Revenons à vous qui ne cessez de regarder, de comprendre, d'analyser, le corps toujours en mouvement et l'esprit tout autant. Toutes ces théories orientales qui vous agréent mais qui en fin de compte, nolens volens, débouchent sur le rien , le néant, peuvent-elles vraiment dessiner une ligne de force ?

Curieusement, cela ne me semble absolument pas être  la vôtre, où "l'action" et le "vouloir agir" sont au coeur des choses. Me trompé-je du tout au tout ?

Il est un autre détail qui m'intéresse ; vous pensez que les Vietnamiens qui ont subi invasions et colonialisme son restés eux-mêmes et  cela vous conforte dans l'espoir que vous avez pour les Irakiens....Eh bien, je n'y crois pas une seconde, tant j'ai pu voir par expérience, combien un peuple entier peut être altéré par une dictature, par une situation extrême ; tous les instincts de délation (cf. les Alsaciens pendant la guerre et ensuite au moment de l'épuration) de nuisance meurtrière, manifestés à ciel ouvert montrent que l'être est aussi pervertible que... perfectible ? Reste à savoir dans quelle proportion ?

Je lisais il y a peu un article sur le sujet et l'aveu d'un Irakien: "nous sommes des loups déguisés en agneaux" m'a rendue bien songeuse. Je sais aussi, au sens fort, de quoi ont été capables certains Roumains de ma connaissance, "victimes" et sans doute l'étaient-ils, de Ceaucescu qui aimait l'or dans les salles de bain et les sous-terrains comme Saddam, mais qui a su surtout construire un système de mailles fines où les innocents prêtaient main forte aux autres, ce qui laisse des traces dans l'âme, ne croyez-vous pas ? E.