Pouvoir

 


L'essence réelle du pouvoir.

Vous vous souvenez d'un monologue où je disais, à moi sans doute et à vous témoin, les raisons qui m'ont fait saisir les dangers et la folie possible du pouvoir et les décisions qui en ont découlé. Je vous ai aussi parlé de mes réactions bouleversées quand j'ai eu à vivre le cynisme de l'économie au regard du sida. Cela a été la deuxième raison de mes décisions. Je n'avais plus beaucoup d'illusion sur la nature humaine aux prises du pouvoir et de l'argent (l'économie). Je ne peux pas dire que j'en ai moins encore. Ce qui se passe dans le monde est une résultante prévisible dont j'ai l'impression que la plupart des gens ne veulent pas prendre conscience. Sans doute pour ne pas désespérer définitivement. Quant à la notion du Bien et du Mal. Quant à celle de l'hégémonie.
Ce ne sont que des mots qui couvrent une monstrueuse hypocrisie qui nous convient. Nous prenons position et quelle que soit cette position, elle recouvre une idéologie démocratique, politique, religieuse. Elle recouvre un mode de pensée et ce mode nous coupe de la réalité profonde. Elle nous coupe de "ce qui est".
C'est une formule utilisée par Krishnamurti qui se refusait à toute idéologie religieuse. On y sent toutefois une forte tendance orientale (Inde ; Extrême Asie). Il y a d'un côté "ce que l'on veut" et de l'autre "ce qui est". Ce n'est pas si simpliste que cela apparaît d'emblée. Je vous laisse vous exercer sur la déclinaison du principe. "Ce que l'on veut" impose une certitude pour le pire ou pour le meilleur. Et cela est toujours qu'on le veuille ou non une agression qu'elle soit selon l'idéologie religieuse ou civile (ce qui revient au même) négative ou positive. "Ce qui est" n'impose rien de plus que ce qui est. Car, si je comprends bien la pensée de Krishnamurti, "ce qui est" ne tient pas en compte l'intervention de l'homme qui est ramené à un infime élément du Tout, parmi le Tout. C'est naturellement une vision philosophique.
Mais il y a des réalités, il y a de la souffrance et de la mort ... imposée par ceux qui veulent à ceux qui subissent ce vouloir. Et pourtant !
Je suis émerveillé devant les réactions des "honnêtes gens" -beaucoup de jeunes et de très jeunes - qui de par le monde disent en substance : mais de quel droit !
J'y vois le début d'une conscience mondiale grâce pour une fois à la télévision qui raccourcit ce monde et le transforme en "grand village". Dans un village on prend conscience -à défaut de prendre en compte- de ce qui arrive à l'autre car cet autre, c'est la porte d'à côté et à une porte près, cela pourrait être soi. Ne voyez-vous pas poindre un début de "ce qui est" non pas philosophique mais humain ? Les innocents (?!) ,nos enfants, par une forme de réalisme "égoïste", nous donneront-ils la leçon nécessaire. Pourquoi faire aux autres, ce que l'on ne voudrait pas pour soi. Je n'ai pas l'impression que les jeunes réagissent par idéologie, ils me paraissent plus concrets. Peut-être parce qu'ils ne croient plus en rien de divin.
Comment, vous et moi, ne pas rire (jaune) lorsqu'une certaine Amérique puritaine ose invoquer la volonté de ce dieu anglo-saxon, blanc et protestant (Wasp) qui ne mérite pas une majuscule et dont pourtant ils l'affublent. Si Dieu est mort pour les jeunes, on ne peut que s'en réjouir. Une idéologie de moins. En attendant que disparaissent les autres. N'est-ce plus qu'une question de temps ? Au regard de l'éternité, sans doute. Au regard du présent que de drames encore à venir.
Les conservateurs belges tentent de modifier la loi de compétence universelle de leur droit criminel pour éviter qu'un "plaisantin" ne dépose une plainte contre G.W. Bush. Les populations ont donc bien, présente à l'esprit, cette notion qui émerge de crime contre le genre humain.

Depuis avant le début de la guerre je m'interroge. Est-ce bien le moment d'envoyer une relation de voyage ? Aujourd'hui, je me décide. Non pas parce que la guerre va durer mais parce que, à la réflexion, il faut parler des humains. Ceux dont je parle ont connu les guerres coloniales puis la guerre civile, la dictature du prolétariat. Aucun de ces désastres n'est parvenu à transformer ce peuple. C'est, au delà du drame présent, un signe qui me fait garder espoir du futur pour les Irakiens.

J'étais au Vietnam entre le 28 janvier et le 27 février. La pneumonie commençait son travail de sape qui fait grand bruit dans les média occidentales mais dont ici on ne parle pas en dehors du milieu des expatriés. Que sont une cinquantaine (?) de morts à Hanoi -et je crois 200 dans le monde - alors que 29, 34 enfants sur 1000 nés vivants meurent dans ce pays et dans les pays environnants. (statistiques 2002 de la C.I.A. ; contre 4, 41 en France selon ces mêmes statistiques. Ce qui revient à dire clairement que sur les 713500 enfants qui naissent vivants chaque année au Vietnam, il en meurt presque 210000). On pourrait développer à perte de vue sur cet écart de vision. Ce qui scandalise l'Occident, c'est cette impossibilité finale de transformer la nature ; alors, la mort est ressentie comme un échec stupéfiant. L'extrême Orient paraît reconnaître que l'humain, partie intégrante de la nature, ne peut la violenter. Nous appelons cette vision de la passivité. Eux disent : regarde "ce qui est" (traduit en concept occidental : regarde la réalité profonde de toute chose).

Bref, l'incubation étant de 4 à 5 jours ... je suis bien vivant et pas du tout traumatisé.

Le mois de mars, d'habitude très chaud (34° à 38° le jour) n'a jamais été noyé sous la pluie comme cette année : 12,5 cm en un mois, soit, et j'ai du faire les calculs pour le croire, 1250 litres par m2 ! On parle ici, dans le monde des pécheurs, d'un record de mémoire d'homme pour le mois de mars. Et pourtant, on a déjà oublié que l'an dernier, en un seul jour en mars, il est tombé 16,5 cm d'eau (soit la bagatelle de 1650 litres au m2 en une seule journée !!!). A décharge, il n'a plu effectivement qu'une fois, contre une fois en moyenne tous les trois jours cette année. En réalité le record est qu'ils n'ont pu cette année travailler que deux jours sur trois.

Officiellement Songkan (nouvel an Thaï), qui marquera le 13 avril (changement de signe du zodiaque) le passage de la saison sèche à la saison des pluies, est en avance d'un bon mois et demi. Les restes de l'ouragan Nino, d'il y a 2 ans, y seraient pour quelque chose.

Mis à part ces considérations très rationnelles, je passe l'essentiel de mon temps en contemplation de ce qui m'entoure, toujours pas lassé de regarder la vie depuis le balcon que je quitte souvent pour, non plus regarder, mais participer. Encore beaucoup de travail de sonorités (les fameux tons de la langue thaï) avant d'échanger par les mots. Pour le moment chaque fois que j'ouvre la bouche, autour de moi, les gens rient. Mais certains commencent à faire l'effort de traduire en bons sons mes gargouillis. Il y a donc de grands progrès.

Mars 2003