DIEU ou LES DROITS DE L'HOMME

 

 

 

 

Il ne m'appartient pas de juger, tout au plus puis-je vous dire mes réactions à la lecture de cet article de désespérance et de foi.
Je n'adhère pas à son contenu. Cela ne vous surprendra pas. Poser la notion de "fin des temps" est faire référence à un principe supérieur qui gérerait l'univers et se moule dans la pensée traditionnelle de l'Occident chrétien. Proposer de remplacer cette déité par les droits de l'Homme, c'est tout simplement remplacer un Dieu dépassé par une autre utopie dont le contenu est identique. D'un côté Dieu, de l'autre l'Homme déifié. C'est une façon de déplacer Dieu de ses nuages vers ce bas monde. Rien ne change. L'idée humaine de Dieu au lieu de créer l'espoir ne crée que malaise du futur et désespoir du présent. Car Dieu n'est au fond que l'expression de ce qui nous dépasse de façon incommensurable, de l'incompréhensible insondable que nous tentons d'apprivoiser par une image à notre propre image quand bien même on lui attribuerait toutes les qualités que nous n'avons pas. Ce Dieu là ne peut être qu'un dieu limité comme nous le sommes nous mêmes. Toutes les religions buttent sur le même problème : le construction d'une image de Dieu chargée d'un contenu qui varie avec le temps et l'espace et n'apporte pas de solution. Rien que de très humain.
Quand aux droits de l'Homme, que sont-ils ? Une vision occidentale du monde et du vivant (le seul aperçu étant l'homme qui n'est après tout qu'un animal dans le règne animal). En somme toutes les religions se veulent "catholiques, apostoliques et romaines" (en clair trois fois universelles) et les droits de l'Homme, - vision dont la France se glorifie alors que lesdits droits apparaissent pour la première fois en Angleterre - , décidés par l'Occident se veulent tout aussi universels (car la notion d'Occident dans beaucoup d'esprits occidentaux recouvre celle d'universel). Dans ce cas aussi, il y a angoisse et désespoir car le modèle utopique ne correspond à aucune réalité tangible. C'est le cas de toute utopie.
Pourquoi développer plus avant. Il est possible de polémiquer, d'arguer sur des idées, sur des chiffres …. Là n'est pas le fond du problème.
Tout repose sans doute sur une vision du monde. La votre est religieuse au sens de croyance en une force immanente. Votre écrit a donc sa logique interne. Une logique désespérée, celle d'une dernière tentative pour sauver l'humanité et logiquement le monde qui la supporte (aux deux sens du terme).
C'est pour ma part donner beaucoup d'importance à un animal qui pense et qui, dans sa logique cartésienne, est. Ego sum
J'ai une vision plus modeste de l'homme (toujours h, et rarissimement H) après de nombreuses années à le regarder tel qu'il est (tel que je suis) dans sa stricte réalité tout ce qu'il y a de plus terre à terre, sans prétendue élévation grâce à l'esprit. Car l'homme sans doute se croit autre qu'il n'est. Il n'est après tout qu'un des individus du règne animal qui par accident a pris conscience qu'il avait conscience. Il est en apparence le seul du règne animal dans ce cas, c'est donc bien un accident par rapport à la loi naturelle de l'espèce. Hasard ou nécessité ? Je penche pour le hasard, pour l'accident. Le reste du monde animal qui a la conscience (mais pas apparemment la conscience de la conscience) n'est en aucun point aussi négatif. Il agit naturellement selon la loi de l'espèce qui est la nécessité de survie (au sens de perpétuation de l'espèce) et ce qui en découle. Notre loi de l'espèce animal-humain s'est dévoyée grâce ou à cause des conséquences du "je pense donc je suis". Ce qui est une façon occidentale de s'attribuer une place supérieure que nous n'avons pas.
Car que sommes nous si ce n'est quelques millièmes de seconde du temps de l'éternité du monde concret. Pas grand-chose, pour ne pas dire rien. Et pourtant avant ce bref instant l'univers a fonctionné dans un mode de survie (nécessité concrète de perpétuation). Ce qui laisse entendre qu'après (s'il y a un après l'humanité) l'univers poursuivra sa course sans s'être même rendu compte de cet accident momentané.
A regarder autour de soi, loin du monde occidental qui lui aussi est un accident si on le compare à ce qu'est 80% de l'humanité partageant la planète, qui perçoit-on ? Déjà une absence du mode " je pense donc je suis " sauf quand les occidentaux ont fait de leur système un mode de vie à copier (hélas). Ce serait plutôt le mode : " pourquoi penser puisque je suis ". Je suis frappé lorsque je lis des phrases comme celles-ci produites par des Orientaux : " la pensée se satisfait très bien de n'avoir rien à penser " " la conscience est une sorte d'ignorance, elle cesse avec notre mort ; Upanishad ". Deux parmi tant d'autres.
Là où je me trouve actuellement -il y a sans doute une raison- l'homme fait partie d'un tout, il n'est pas supérieur à ce tout, il y participe humblement. De là découle une absence de cette forme d'ego qui fait l'agressivité, l'orgueil et toute ces variantes qui sont qualités en Occident. On y forme les jeunes à la compétition, à l'autoritarisme, à la domination, à ce que nous appelons le " combat pour (dominer) la vie ". D'autres civilisations cultivent plutôt le peu ou pas d'ego, grâce à une hiérarchisation très précise et poussent à concevoir que l'homme fait partie intégrante d'un tout et en tant que tel il n'a pas de pouvoir personnel sur ce tout. Ceux là agissent en laissant à la nature (petit n car il n'y a pas de N) ses droits, lui reconnaissant une vaste expérience, celle même qui ne préserve que l'utile et laisse disparaître ce qui est devenu inadapté à la vie.
L'Occident est sans doute à ce point. Sans en être conscient. Il veut continuer à penser qu'il transforme le monde alors que c'est le monde qui (nous) transforme. Il prétend le transformer (l'assujettir) pour garder sa puissance de nanti qui entend bien le rester (20% d'individus pour 80% des richesses). Mais tôt ou tard sans qu'il y ait besoin d'une fin des Temps, il y aura une fin du temps de la domination de cette pensée. Et si ce n'est pas le cas, la nature se débarrassera de l'homme occidental ou de tout autre devenu inutile pour passer à autre chose de façon naturelle ou accidentelle.
Cela ne me dérange pas, j'ai une absolue confiance en la nature qui est tout sauf divine, qui a fait ses preuves depuis une belle éternité. Pour autant je n'ai aucun mépris pour l'Occident qui croit bien faire et qui se justifie à vouloir bien faire et à imposer son mode de pensée sans comprendre que l'on peut penser autrement sans être ni débile ni arriéré.
Quid alors dans ma vision des catastrophes présentes et à venir provoquées par les humains ? Elles sont dans l'ordre des choses, au delà de la notion de bien et de mal. Ont-elles une nécessité pour amener, un jour peut être, l'humain à se découvrir humain, si tant est qu'il en soit capable (ce n'est pas du pessimisme mais du réalisme sans jugement de valeur) ? A découvrir qu'il fait partie intégrante du tout, ni plus, ni moins. Faut-il pour autant se boucher les yeux et les oreilles ? Fait-on tant de cas d'une rougeole qui provoque 150 000 morts dans la région de Niamey, loin des télévisions à larmes " humanitaires " ? Et pourtant on commence à pleurer des larmes de crocodile sur les 38 millions de morts potentiels en Afrique en 2003. Tout en se battant à coup de chiffres. L'individu a si peu de poids dans cette affaire de pouvoir et d'argent. Il en est de même dans le comptage des humains, les écoles s'affrontent et les théories qui ont fait la une plus aucun journaliste n'ose y faire référence tant elles se sont révélées erronées.
Ne rien faire et regarder depuis sa tour d'ivoire ? On nous a trop conditionnés pour en arriver au recul absolu du sage oriental qui regarde car il sait qu'il n'y a rien d'autre à faire et pourtant il ne croit pas à la prédétermination. Alors il nous faut agir pour continuer à respirer. Je n'y échappe pas. Mais je m'astreint selon la pensée de Marc-Aurèle qui dit à peu près ceci : [Dieu,] permets moi de faire la différence entre ce que je peux changer et ce que je ne peux pas changer et donne moi la force de changer ce que je peux changer et la sagesse d'accepter de ne pas changer ce que je ne peux pas changer. Et malgré ce qu'il m'en coûte, je ne cherche plus à modifier ce qui ne l'est pas. Certains ont parlé de compassion. Je préfère sagesse agissante. La nature s'est toujours chargée de s'autoréguler et je ne sache pas que ceci ait été modifié par l'homme.
Sans attendre rien en retour, je fais ce que je peux modestement là où je suis, avec le regard de l'humain (un regard aimant) et je laisse la nature suivre son cours.
Je sais en revanche que le contenu de cette réponse est capable de soulever les plus grandes indignations pour qui pense avoir une mission. Mais une mission de quoi, au nom de quoi et pour qui ? Au nom de principes qui ne gouvernent que 20 % du globe et que ces 20% ne sont pas capables de déterminer et d'appliquer d'une seule voix dans leurs propres nations dites civilisées. De quel droit nous prétendons nous civilisateurs alors que nous connaissons les désastres de nos prétentions passées et de nos actes présents. De quel droit imposer une morale chrétienne plutôt que celle de Bouddha tout aussi valable. Et de surcroît nous imposons notre arrogance de gens nantis parfaitement ignorants de ce qui les entoure à cause de cette arrogance même.
La crise de notre civilisation occidentale reste la crise de cette civilisation et non pas une crise universelle. Nos angoisses du présent et du futur ne sont que celles de l'Occident, assez peu celle des non Occidentaux qui pourtant pensent aussi. Et c'est bien cela qui me réconforte, cette relativité qui remet toute chose à sa place. Je ne suis pas très optimiste sur les capacités humaines conscientes mais en revanche je ne suis pas du tout pessimiste sur les capacités de la nature.
Il y a dans ce qui précède aucune provocation, aucun jugement. Il n'y a que la réflexion mûrie au regard et à l'écoute de l'autre monde et de ce que j'en connais. Un monde où la vie est état et non une action. Un monde au fond où l'on est conscient sans prétendre " Je suis ".
Je ne peux refouler cette image facile sans doute : un monde où l'humain conscient mais pas encore révolté n'a pas été chassé du paradis terrestre …

***

L'an nouveau est passé, mais cependant, je reste, à la lecture de votre article et à ma réponse, avec une impression de lourdeur d'estomac comme toute personne qui digère mal. J'ai parlé " éthique ". Si l'on parlait statistiques. En clair, sans chercher à vous convaincre, il me paraît intéressant de vous fournir, à titre documentaire, les statistiques de la Cia, faciles à obtenir sur Internet tant pour la France que pour la Thaïlande ou tout autre pays d'ailleurs :

Pour la France : http://www.odci.gov/cia/publications/factbook/geos/fr.html

Pour la Thaïlande : http://www.odci.gov/cia/publications/factbook/geos/th.html

Pourquoi, ces références : les deux pays ont à peu près la même superficie, la même population ; la Thaïlande est l'un des pays asiatiques avancés et somme toute avec des aspirations comparables aux nôtres. Nous voulons rester dans le peloton de tête, ils aspirent à s'en rapprocher autant que possible et en prennent les moyens.
De plus ces deux pays sont dans deux régions bien différentes et les réflexes culturels assez dissemblables.
J'ai retenu deux rubriques de la fiche de la Cia : la population et l'économie

Population
France
Thaïlande
Remarques
Réf : Juillet 2002
59 765 983
62 354 404
 
Thai : population estimée qui tient compte des effets du sida
% d'accroissement /an
0,35 %
0,88%
 
Soit par an
209181
548719
Différence : 339538
Donc : 3 395 380 en dix
Estimation de vie
H : 75,17
F : 83,14
H : 66,00
F : 72,51
Dif moyenne : 9,87% (*)
Fertilité
1, 74
1,86
Différence : 0,12 %
 

(*) : Il serait intéressant de faire une étude selon la production des uns et la durée de vie des autres. Plus un pays s'enrichit moins il produit d'enfants

Main on peut utiliser les statistiques différemment et craindre et espérer ( ?!) pour le futur :
Ces gens produisent 16,39 enfants pour 1000 individus, nous 11,94. Mais, il faut tout de même constater qu'il meurt 29,5 enfants sur 1000, chez nous, 4,41. On peut toutefois ne voir que les progrès médicaux du futur, et alors lever les bras au ciel : un calcul brut donne, s'ils arrivent un jour à 5 décès d'enfants pour 1000 nés vivants : soit un accroissement de 1 527 673 enfants vivants par an.
Pour nous rassurer, si besoin est : ils avaient 66 000 décès dus au sida en 1999, nous 2000 ! Et pas de solution sérieuse en vue avant 2015, qui en principe sera la sortie du vaccin, mais de là à ce qu'il soit répandu dans le monde ! (le chiffre 2015 n'est pas une invention de ma part ; j'ai eu le triste privilège en 1988 d'accéder de très près à la mise en place des contrats entre la France et les Usa au moment de la grande bagarre pour s'attribuer le découvreur).
De même, nous avons en France en 1999, 130 000 personnes séropositives ; ils en ont 755 000. Les nôtres bénéficient de la trithérapie remboursée par la sécurité sociale, les leurs n'ont ni trithérapie, ni sécurité sociale et le préservatif coûte le même prix que chez nous, alors que la différence est de 1 à 13 environ. (smig : environ 6500 F brut , salaire de base entre 2000 et 3000 baths = 333 F et 500 F). Pas un ne doit survivre. Et combien de morts à venir
Si l'on regarde les deux statistiques économiques concernant l'une l'accroissement économique en 2001 (nous : 2,1 %, eux, 1,4%, ce qui rend la différence gigantesques si l'on jette un coup d'œil sur nos productions respectives) et les ressources per capita en dollar ( 25 400 pour nous, 6 600 pour eux), on peut se dire que nos populations vieillissantes ont peu de soucis à se faire quant à l'allongement de la durée de leur vie (en moyenne 3 mois de plus par an) et que leurs populations jeunes (23,3 % pour eux, contre 18,5 % pour nous) ont quelques soucis à se faire pour passer dans la tranche des 15 à 64 ans. Inutile de parler du seuil de pauvreté (12,5 % pour eux ; 0 pour nous) pour accentuer encore l'écart.
Ces statistiques de la Cia ont un grand avantage, elle donne une réalité brute (production humaine et matérielle) et ne font pas de part à l'émotion qui dans ce domaine ne devrait jamais entrer en ligne de compte. Car nous sommes bien dans le domaine du décompte.
Cette deuxième réflexion ne se veut pas autre chose que la suite d'une réflexion antérieure, que vous avez provoquée, appuyée cette fois sur un autre plan. J'y retrouve cependant un thème commun : les conditions naturelles des lieux qui produisent des effets en chaîne sur lesquels nos prétendues techniques ont assez peu d'emprise et ne permettent aucunes certitudes.