mortiers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Batu Caves

 

 

 

 


C’est en traînant les pieds que je suis parti le 11 mars 2006 vers la Malaisie. J’ai repoussé ce départ à la suite de l’affaire des caricatures sur Mohammed qui a fait tant de bruit médiatique et dont on ne parle déjà plus. Le CPE prend tout l’espace français à présent et le reste du monde a disparu. Puis, départ lorsque j’ai lu dans le Monde que la Malaisie prêchait la sagesse aux états excités en rappelant que la religion n’est pas un objet de politique.

De la Malaisie, si proche, je ne sais rien, si ce n’est ces clichés que, même les plus ouverts dont je crois faire partie pour avoir côtoyé assez longtemps l’Islam au Maroc, portent en eux comme indélébiles. Islam, foulard ou tchador, société étouffée, interdits multiples, agressivité. Et comme pour augmenter cette vision, une sourde rancœur des Thaïlandais à l’égard de leur voisin du sud.
Mes lectures sont sommaires. Quelques guides dont l’incontournable Lonely Planet. L’impression générale que m’en laisse la lecture est morose. Rien à voir à l’exception des paysages. L’Islam triomphant du XIV° a détruit tout le passé. Mosquées de béton et ennui certain avec fermetures des lieux nocturnes (que je ne fréquente pas ; c’est trop bruyant) dès 21 heures. Le conseil suprême : emporter plusieurs bons livres et surtout partir accompagné pour rendre les jours et les nuits supportables. Sur le plan littéraire, le prix Goncourt 1930, Malaisie d’Henri Fauconnier qui chante sa vie d’homme libre dans des paysages tropicaux de rêves. L’exotisme dans toute sa splendeur. Celle que l’on retrouve dans la littérature du début du XX° colonial que je me suis efforcé de retrouver - merci Internet- pour comprendre la vision que la France avait pu avoir de ce monde lointain dont elle réclamait en partie la propriété là où les Anglais n’avaient pas déjà implanté leur puissance. Pas grand-chose pour m’encourager, alors que les cultures khmères et chams, si riches, prennent l’essentiel de mon temps.

En fait, si. Un point. En étudiant l’implantation de la culture indienne en Asie du Sud-Est –point de départ pour comprendre les cultures qui en découlent- j’ai découvert l’importance de l’isthme malais qui a abrité les premiers ports indiens au II – IV° siècles de notre ère, ports qui permettaient de traverser par voie de terre la pointe et de réembarquer vers la Chine. Cela pour des raisons de sécurité, le détroit de Malacca ou Melaka a été et reste un des lieux de prédilection des pirates que l’on dit chinois. Les écrits anciens notent un certain nombre de ces points de passage ; la plupart du temps, il n’en reste rien qu’une évocation. Des recherches Internet m’ont permis de découvrir un centre archéologique (Lembah Bujang au pied du Gunung (mont) Jerai) dans le nord-ouest de la Malaisie qui expose quelques fondations de temples hindous, ainsi que les quelques sculptures et poteries trouvées sur place. Autant aller voir in situ ce qui reste de cette époque. La vision des lieux organise inconsciemment ce qu’on a pu emmagasiner et donne souvent des clefs qui avaient échappé à la lecture.

Départ, donc le 10 mars vers le sud, libre de regarder autour de moi puisque Kung (Crevette) conduit la voiture comme un vrai thaï -ce que je peux difficilement lui reprocher- c'est-à-dire souvent comme un fou … mais notre Buddha, qui trône sur la plage avant et que l’on honore régulièrement de colliers de fleurs, est un Buddha puissant puisqu’en trois ans de conduite, Kung n’a enfoncé que deux fois le pare-chocs arrière (!). Preuve qu’avec l’aide de notre Buddha, il est doué pour la marche avant et moins pour la marche arrière.

Contrairement au passage en voiture vers le Laos ou même vers le Cambodge, traverser la frontière malaise pose un réel problème. Si l’on y fait pas attention et que l’on ne s’arrête pas volontairement, on entre en Malaise comme dans un moulin sans même que les douaniers en service et pourtant attentifs ne fassent le geste de vous arrêter. Explication simple : les frontaliers traversent la « gare frontière » sans avoir à présenter un passeport et les voitures thaï de même. À chacun de connaître sa catégorie et de faire le nécessaire. Pour moi, visa gratuit, à présent de trois mois ; pour la voiture, rien, mais tout de même en cas d’accident la preuve que l’assurance thaïe couvre les dommages hors territoire. Simple ; pas même besoin d’exporter la voiture pour la réimporter ensuite. Trop simple.
 
Passé la frontière, l’influence thaïe reste très vive dans les deux états (pour qui voudrait en savoir plus sur la confédération des états malais, se reporter à Encarta) du Kerlis et du Kedah qui ont été sous le contrôle thaï au XIX°. Mais déjà tous les temples (Wat) ont définitivement disparu au profit des mosquées, alors qu'avant la frontière, dans une région musulmane à 98 %, il y a encore des wat. Cela n’a rien d’étonnant, ce nord-ouest de la Malaisie est très profondément musulman et a souvent réagi contre les décisions centrales jugées trop peu orthodoxes. C’est en général là que ce sont retranchés les opposants fondamentalistes au pouvoir en place. On dit même que la Thaïlande les a aidés en sous-main à une époque pour déstabiliser son voisin. Elle le paye cher à présent que cette poignée de fondamentalistes répartis de part et d’autre de la frontière combat le gouvernement de Bangkok pour obtenir l’autonomie ou le rattachement des provinces du sud thaïlandais à la Malaisie.

[pour information : l’Islam, religion d’état, est pratiqué par les Malais, environ 50 % de la population globale ; les autres religions sont reconnues et protégées par la constitution de la confédération : les Chinois, 23 % de la population pratiquent le Bouddhisme et le Taoïsme, les Hindous, 7 %, les indigènes animistes, 11 % et les chrétiens. Dans les dernières élections en 2004, le parti islamiste fondamentaliste a été laminé. De 27 sièges au parlement, il n’en a plus que 7 sur 219. L’alliance des partis démocratiques représentant 91 % des sièges).

Le second point, qui me frappe, est l’extrême propreté, qui, dès la frontière, saute aux yeux. Il faut un moment pour comprendre ce changement de décors. Puis cela devient évident, comme une révélation. Ici, le bord des routes est entretenue. L’espace libre entre la route et les maisons est vierge de papiers ou de sacs en plastique, pas de gravats entassés. Le Cambodge, le Laos et même le Vietnam parcourus, ne permet pas de prendre conscience de cette différence. Tout comme en Thaïlande, ces pays donnent une impression de laisser-aller et de poussière. En Malaisie, le monde change. Il est organisé. Je ne doute pas une seconde de l’influence britannique, avec cette forme de civisme qui lui est naturelle. Tout au long de ce voyage, à l’exception de la région frontalière du Kelantan au nord-est du pays qui est aussi « folklorique » que l’est son voisin thaï, je vais admirer (Kung sera un peu plus long, raison de face à ne pas perdre trop rapidement) le pays. Un jardin entretenu, et, qui pousse le charme jusqu'à transformer sa capitale Kuala Lumpur en un vaste parc arboré dans la grande tradition britannique qui m’avait déjà tant frappé dans le New Delhi façonné par les Anglais. En comparaison, Bangkok –que je fuis – est une vaste poubelle sans aucun espoir de la vider un jour.

Kung, quant à lui, il ne peut pas imager que « autre pays, autres mœurs » et que, Buddha, peut-être, n’est pas tout puissant la frontière passée. Il poursuit sa course sans un regard pour les panneaux de signalisation, de limitation de vitesse, les bandes d’interdiction ou les conducteurs malais visiblement effarés de sa conduite … Me reste à intervenir malgré le nii-ngao (bouderie) qui va s’en suivre. Les Malais respectent les « rules », il doit en faire autant.  Rude tâche et le nii-ngao durera plusieurs heures. Il est comme enragé de ne pas pourvoir à tout moment dépasser tout ce qui le précède, de se voir contraint de régler sa vitesse sur celle des autres – qui je dois le dire ne sont pas des forçats de l’accélérateur et cheminent bien en dessous des vitesses limites – (mais que c’est reposant !),  de devoir constater qu’une double bande blanche au milieu de la chaussée a été peinte là pour quelque chose et justement pour ne pas la franchir. Il s’adapte, mais il va ronger son frein -c’est le cas de le dire- pendant tout le voyage au point qu’à peine la frontière traversée pour regagner la Thaïlande, il ne décrochera plus du 130 Km/h, certain que notre Buddha ayant comme lui retrouvé sa patrie, je n’ai plus rien à dire. Que c’est fatiguant quand on a vécu 15 jours loin de la folie de la conduite thaïe. Depuis pour être juste, il m’a plusieurs fois fait remarquer que sur les routes malaises, il n’y a pas de chiens qui déboulent, pas des vaches qui traversent car elles sont tenues en laisse, pas de motos qui coupent le passage sans crier gare, ou même pas d’enfants rieurs, certes, qui transforment les routes en aire de jeu.

Voilà pour les toutes premières impressions. Celles qui suivent relèvent de la vie quotidienne pendant ces 15 jours.

La langue ! Oui, la langue ou si l’on préfère ce véhicule qui permet de comprendre et de se faire comprendre. 90 % de la population sait lire et écrire et ces 90 % ont appris l’anglais de façon obligatoire comme deuxième langue principale sur les quatre qu’ils sont censés apprendre. À ce rythme, partout on répond en anglais et si par hasard l’interlocuteur est pris au dépourvu, il trouve à l’instant même son traducteur. Le passionné de contacts y trouve son compte et se sent libéré du fardeau que sont les périphrases, les gestes et mimiques qui imposent la superficialité. Là, c’est clair. On pose la question, on vous répond. Les journaux en anglais sont là pour informer, il suffit de les lire. Je ne m’en suis pas privé, sevré de ne pas comprendre une traître phrase des journaux thaïs. Allez donc comprendre une phrase qui n’a aucun espace entre les mots ! Les journaux donnent le pouls d’une nation, même si justement les Malais se plaignent de n’être pas encore une vraie nation. Un long article déplorait ce phénomène bien britannique du communautarisme et constatait chagrin que si 78 % de la population disait avoir au moins un ami ou plusieurs amis dans une des autres communautés, 17 % seulement avaient partagé un repas. Le lendemain, en première page à l’honneur, un restaurateur qui depuis plus de 10 ans avait mis au point des repas « intercommunautaires » qui permettaient à tous de se retrouver autour d’une même table tout en respectant les obligations de chacun. Il n’était pas dit, en revanche, si le repas restait comestible. Il y avait bien longtemps que je ne m’étais pas senti comme un poisson frétillant dans l’eau, certes, britannique. Mais quelle liberté, accentuée encore, comme au Vietnam (où malgré tout, si la lecture est possible le sens reste caché) par l’utilisation de l’alphabet latin pour écrire le Malais. Comme la langue est truffée de mots anglais, cela donne une phonétique qui permet avec un peu d’imagination de comprendre un nombre certain de mots : bas (bus), sekola (school), restoran ... et de lire sans se demander si l’on a bien compris les panneaux de direction.

L’habit qui fait le moine. La sortie des écoles malaises, où vont les Malais musulmans, est le triomphe du voile-foulard et de la tenue camouflante (chemisier ample que tombe à mi-cuisse et robe sac à mi-mollet) pour les filles. L’uniforme des garçons ressemble à tous les uniformes du monde, le calot de velours noir en plus. C’est le moins que l’on puisse faire avec une religion d’état. Les citoyennes musulmanes, elles, affichent avec le plus grand naturel toutes les tenues possibles depuis le très rare (2 en 15 jours) strict tchador, en passant pas la tenue des élèves et en allant vers des tenues que nos « libérées » occidentales ne bouderaient pas et qui mettent en valeur de beaux corps. Si l’on ajoute les tenues indiennes, sikhs … le foulard « antirépublicain », qui a fait couler tant d’encre -même ici où l’on s’est étonné qu’une démocratie éclairée, phare du monde (? puisse se lancer dans une telle croisade-, parait banal. Et les femmes et les jeunes filles en foulard qui ne laissent rien voir des cheveux n’en oublient pas une seconde d’être femmes donc coquettes. Mais, il est vrai que quelque part, ce foulard chargé de tant de maux en Occident, dérange nos habitudes, nos croyances de liberté et de modernité. Je n’y échappe pas, moi non plus. 

Les mœurs strictes et rabat-joie. Bien conditionné –quelle idée- je m’attendais à ce côté puritain (apparent) comme je l’ai rencontré au Maroc. Eh bien non. Les filles en foulard n’oublient pas une seconde qu’elles sont jeunes et souvent belles. Les amoureux se tiennent par la main et comme partout cherchent des coins solitaires. Tout comme en Thaïlande, le catoï (lady-boy ou en français la folle qui n’est pas une drag queen mais bien une femme outrée) se porte bien, merci pour elle et vit sa vie aussi dans les endroits où on l’y attend le moins. Aucune réaction de sourire méprisant, pas ou plus en apparence de réaction policière. En revanche, je n’ai pas aperçu de bar où les filles sont ostensiblement à l’étalage, pas de salon de massage où l’on massage l’extase et, Buddha merci, aucuns de ces vieux Occidentaux affublés d’une minette qui encombrent la Thaïlande touristique. Ce sont sans doute ces absences qui font dire que l’on s’ennuie dans ce pays. Ce qui peut se concevoir, puisque pour le plus grand nombre, voyager dans la région se résume à ça.  Allez savoir. Les gays et les lesbiennes ne cachent pas leur option sexuelle qu’ils aillent seul ou à deux. Cela ne veut pas dire sans doute que tout se passe pour le mieux en ce qui les concerne. Quinze jours de lecture des journaux ne m’ont rien appris de particulier en ce qui les concerne, pas plus d’ailleurs sur les tensions inter-communautés que je n’ai pas ressenties alors que cette violence sourde prête à exploser m’avait tant frappé à l’île Maurice.

En revanche, les journaux s’inquiètent comme une forme de déficit démocratique que plus de 60 % des citoyens restent attachés à la peine de mort (400 personnes sont dans « le couloir de la mort » mais en 10 ans, seules 10 exécutions ont eu lieu).

Et pour achever de déstabiliser les images toutes faites, bière et alcools sont en vente libre, à prix élevé –le double de la Thaïlande- partout dans le pays et même dans les hôtels où le prix du pac est annoncé. Si le magasin ou le restaurant n’en fournit pas, on vous le dit avec cette formule qui jamais n’est arrogante mais relève du constat et éventuellement d’une forme d’excuse : « nous sommes musulmans ». Tout est concentré dans cette formule et dans la façon de l’exprimer. Au Maroc, le rappel est la plupart du temps un signal agressif ou au moins de tension. Dans le sud de la Thaïlande, c’est une marque d’opposition qui respecte toujours le farang (l’étranger) pour le moment.

.La seule agressivité, du regard, que j’ai ressenti est celle de l’Indien qui, comme il le fait en Inde, arrogant, regarde l’intouchable, comme une quantité négligeable qui a ordre de se retirer de son espace. La violence est souvent à deux doigts d’exploser.

Quelle serait la réaction d’un musulman malais devant un étranger arrogant et agressif ? Ce que j’ai vécu ne le dit pas.

Ces remarques sont nécessaires pour rendre justice de nos préjugés. Il y en aurait bien d’autres sans doute, mais elles ne me viennent pas directement à l’esprit. Ce qui précède est déjà bien long et, qui sait, risque décourager le lecteur.

Malaisie 2

Après les impressions, les découvertes. Des paysages et des ambiances. Du Nord-Ouest vers le Sud avec Singapour, sous l’équateur, comme point extrême. Puis retour pas la côte Est vers le Nord.

Découverte de la montagne Jeraï (1271 m) et à son pied du site archéologique des temples hindous de Lembah Bujang.


R éponse au pourquoi - ici et au comment. Ces questions concernent la recherche que j’effectue sur l’implantation du monde indien en Asie du Sud-Est.

En arrivant de la côte centrale et sud de l’Inde, poussés par les vents de mousson ouest-est, les marchands du II°-IV° siècle ont dû rechercher un mouillage et un point de repère facile à discerner sur le plan de l’horizon. Le Gunung Jeraï est repérable avec ses 1271 m, dépassant de 400 m les points culminants dont le Penang (l’île est connue sous le nom de sa ville, George Town) qui se situe à 40 km plus au sud. La rivière Sungai Muda, qui atteint la mer au Sud du Jeraï, forme plusieurs estuaires profonds et bien protégés. Double raison nécessaire et suffisante. Cette voie d’eau –la Sungai Muda- est facile à remonter avec ces petits esquifs tels qu’ils ont été retrouvés sur place, taillées directement dans un tronc. Rien à voir avec les transports actuels. Du transport en petite quantité, toute petite quantité. La rivière atteint l’actuelle frontière avec le Thaïlande, là où se fait le partage des eaux. À très peu de distance, la Mea Nam Pattani coule vers Yala et atteint le golfe de Thaïlande par un vaste estuaire à Pattani. Reste alors à traverser le golfe de Thaïlande pour atteindre Oc-Eo sur le delta du Mékong et la Chine.

Je n’ai pas encore découvert l’aventurier moderne qui a tenté ce passage. Mais tout laisse à penser que l’hypothèse est plausible, puisqu’on retrouve de part et d’autre de la péninsule thaïlo-malaise des mouillages en correspondance qui sont à l’origine des états-cités qui vont prospérer et disparaître au profit d’entités plus puissantes. Il est par ailleurs certain que la traversée de l’isthme en ces divers points était plus rapide et plus sûr que le contournement par le détroit de Malacca et l’actuelle Singapour infestés de pirates.

Le site, au pied du Jéraï est vaste. Il regroupe une quarantaine de temples disséminés dans la forêt et souvent réduit à l’état de tumulus. La mise en place du site archéologique, unique en son genre en Malaisie, démontre un changement d’attitude des autorités. Le passé non musulman, qui était complètement occulté, prend une plus juste place comme le démontre le parc lui-même. Autour du temple retrouvé sur place ont été déplacés et reconstruits certains socles des temples de la région et transportées dans un petit musée bien fait avec explications en malais et en anglais les trouvailles modestes mais pleines d’intérêt. 

Fin ou presque du voyage-étude que les studieux retrouveront plus tard sur le site Rencontre d’Espaces. (chose faite en février 2007).

L’île de Penang et sa ville, George Town dite aussi Timur Iaut par les Malais. La malheureuse rivale de Singapour. 285 Km carrés, dominés par le Penang Hill et ses 830 m.

Voici ce qu’en dit Roland Dorgeles dans Partir écrit en 1926.
« On rencontre sans doute, de par le monde, des paysages heureux, mais Penang, c’est le bonheur même. Après Ceylan, on croirait impossible de rencontrer plus enchanteur : si, il y a Penang, cette parcelle de l’Inde qui plante son bouquet à l’entrée du détroit de Malacca. Un  petit domaine de 15 lieues de tour, à quelques milles seulement de la presqu’île malaise. Un port de plaisance, une capitale minuscule, des jardins toujours verts, une population de toutes les couleurs qui va de l’ocre au safran, des villages pour rire blottis sous les palmiers, des pagodes dont les bonzes vous tendent aimablement la main, un point de vue sur une colline qui se prend pour un mont, des voitures malabars qui tiendraient tout attelées dans un taxi de chez nous, des chinois trottinant le fléau sur l’épaule, les deux plateaux remplis de pamplemousses et de mangoustans, des enfants nus qui rient, des cochons noirs qui crient, et tout cela réduit, charmant, taillé juste à la mesure des sept heures d’escale : comme le pied d’Hassan, on croirait que le créateur l’avait fait tout petit pour le faire avec soin. »

Va pour l’exotisme, c’est d’époque. 80 années plus tard, toutes proportions gardées les lieux ont toujours du charme, mais le monde a changé tout en y devenant très organisé. Les Britanniques sont passés par là. Il fait bon y vivre dans une ambiance feutrée en dehors des heures de grande circulation. On y tourne sans doute en rond dans un monde où se côtoient plus de 400 000 habitants parfaitement rangés dans leurs communautés respectives et qui se partagent l’espace en secteurs bien étanches dans la verdure. Le monde des très grandes affaires est à présent à Singapour, mais les Chinois sont toujours sur la place et tiennent le port, tout le négoce et dit-on, ont la main haute sur les actions de piratage dans le détroit. Apparence de gentille ville de province au passé plus glorieux, Georges Town et l’île sont devenus le pôle d’attraction des riches retraités qui se partagent la vue depuis leurs immeubles cossus implantés au nord le long de la mer. La vie s’y poursuit sans doute selon le rythme sacro saint du club à heure fixe, de golfe et du yachting et avec cette façon distante de ne pas y toucher que j’imagine avoir été la distinction obligatoire de « l’élite coloniale » britannique devenue « l’élite financière » chinoise.  Je mets dans cette remarque une certaine admiration car je serais incapable de m’ennuyer à heure fixe et avec distinction dans ce passé colonial maintenu et restauré à grands frais comme l’est par exemple le Eastern & Oriental (E&O) Hotel. À y vivre plus longtemps, je planterai avec plaisir mes pénates dans quelque village « perdu » le long de la côte nord s'il existait encore quelques petits coins oubliés.

Kuala Kangsar : une petite ville où vit le sultan de la région.

Il n’y a strictement rien à faire et tout ce qui est à découvrir (palais massif XX° du sultan dont on fait le tour en voiture ; musée des trésors personnels du sultan fermé pour réparation) prend environ une demi-heure. Le but, découvrir la vie de tous les jours dans un espace qui bénéficie d’un certain privilège pour avoir été la ville royale de l’état du Perak et qui partage encore aujourd’hui son espace avec le sultan. C’est là que les Britanniques ont débuté leur « perfide » politique de l’aide pour annexer la péninsule malaise. Tout y est propre, léché, royal en quelque sorte. L’un des deux hôtels domine la rivière. Havre de paix. Pas plus ni moins de foulards qu’ailleurs et tout autant de jeunes filles coquettes qui affirment leur féminité et attirent dans les coins l’élu. Vu de mes yeux vu. Promenade dans le jardin public qui longe l’eau, observation de la vie au moment de la relative fraîcheur du soir, lumière changeante, calme absolu entre les appels à la prière. Mais le routard lamda doit à tout prix éviter l’étape au risque de déprimer « grave ». Kuala Kangsar relève incontestablement de la suggestion : livres et accompagnement et quelque part au fond du sac la réserve d’alcool. 

Les montagnes : Cameron Highlands.

À une bonne centaine de kilomètres de la mer, perché à une altitude de 1300 à 1829 m, les Cameron portent le nom de leur inventeur qui vint s’y rafraîchir vers 1885. Surplombant la région, le gunung Brinchang pousse à 2031 m. [ pour ceux, qui comme moi l’ignorent, le plus haut sommet dépasse les 4 000 m.] La nouvelle route qui y mène depuis Ipoh, serpente et escalade dans la forêt tellement inaccessible qu’elle est restée vierge avec toute la splendeur que l’on peut imaginer. Station climatique par excellence, noyée dans la jungle des hauteurs tropicales où la température oscille entre 10 et 21°. On imagine ce que cela a dû être, difficile d’accès au bout de la route, qui l’atteignait par le sud, sans doute piste à l’époque. Réservé naturellement à la bonne gentry coloniale et aux collèges d’altitude de leurs enfants débilités par le climat. [ entre 30° et 35° toute l’année, une hydrométrie qui varie entre 200 et 700 mm par mois ( !) et un degré d’humidité qui dépasse les 90%] Les Cameron d’aujourd’hui sont devenus plus populaires avec des enclaves réservées et rappellent les stations de demi-altitude où l’on vient louer un studio ou un appartement à la semaine ou au mois pour respirer pendant la saison chaude (précisément mars et avril) avec à portée de main, des golfs et des kilomètres de sentiers noyés dans la forêt. L’une des plus belles forêts tropicales que j’ai pu admirer. Encore vierge et à peine perturbée par les serres où poussent fraises, tomates et autres fruits si peu exotiques.

Lonely recommandait le father’s guesthouse, un peu en hauteur du village. Cette ancienne propriété enfermée dans un grand terrain pentu, sans doute collège climatique, malgré le caractère froid de sa construction est un vrai havre de paix et la clientèle sac à dos et couchage en dortoir –mais, il y a aussi des chambres sommaires avec douche pour les plus délicats- impressionnée par la beauté et le recueillement des lieux reste aphone malgré la bière engloutie. Sans chaussures idoines –une bonne excuse- je me suis plongé une journée complète dans une lecture béate et assez peu attentive, tout captivé par cette beauté luxuriante à la brise fraîche. Luxe suprême sous ces latitudes. Mais pour les marcheurs, ce sont des heures et des heures de liberté vers les sommets.   

Retour vers les plaines et le bord de mer : Kuala Selangor

Pas tout à fait par hasard. Estuaire profond, colline abrupte en bord d’eau. Tout ce qu’il faut pour avoir été un mouillage. Indien ? Peut-être. Hollandais, c’est certain, en 1784, avant que les Anglais ne les boutent hors de la place.  Il reste la colline aménagée en parc, les soubassements des bastions et un point de vue sur la mer au-delà des mangroves. De l’autre côté de l’estuaire, des restaurants sur l’eau pour y déguster dans une foule familiale compacte la marée avec une bière fraîche. La vie de la province profonde groupée autour de quelques rues à angle droit avec juste ce qu’il faut de modernité pour retenir les habitants et accueillir en cas d’extrême besoin (basic, basic, super basic) le touriste qui s’arrête pour visiter un parc naturel de mangroves où folâtrent les oiseaux. Mais pour compenser, cette gentillesse naturelle et souriante de la bouche et des yeux qui font passer tout avec bonne humeur et même humour.

Kuala Lumpur , la capitale.

Inutile de tenter de s’y retrouver dans les voies rapides et les rues à sens unique. C’est sans espoir. Le plus simple et la voie du salut reste de demander à un taxi de faire le chemin. Avec un grand sourire.

Un parc bien entretenu. Je l’ai déjà dit. Je le répète. Le pays est riche de son pétrole et l’affiche haut et fort avec ses deux tours Petronas qui seraient les plus hautes du monde. La capitale en profite. J’ai cru en arrivant me trouver au centre d’un immense échangeur d’autoroutes, de voies rapides et d’avenues. C’est impressionnant. Ce qui l’est plus encore, c’est cette impression de passer sur ces voies de parc en parc, de verdure en verdure, sans fin. Le quartier du triangle d’or où se concentrent la nouvelle génération des hôtels, restaurants, grands magasins, et le quartier des affaires qui y jouxte en jettent plein les yeux et sont plus sympathiques que l’équivalant à Singapour. Grands et beaux quartier « occidentaux » noyés dans la verdure. Le quasi désert sur le plan culturel. Ce n’est pas l’affaire des Chinois. Eux, ils font de l’argent, du commerce, pas de l’art. La visite guidée de la ville, en taxi spécialisé, prévoit un arrêt au musée ethnographique, certes, le plus grand du pays, mais tristounet comme les autres. Le reste du temps, on s’empresse de demander la suite : l’entrée de la résidence du premier ministre, les mosquées de béton, la gare aux mille minarets … tous monuments passionnants pour japonais qui veut pouvoir dire en montrant ses photos : « moi, devant… ». Nous sommes repartis plus loin vers le sud sans avoir pu grimper au 41° étage des Petronas. Le seul endroit de la ville où la queue dure des heures, même à 8 h 30 le matin !

À Kuala Lumpur comme partout ailleurs, la vie est pleine de vie, les foulards sont à peine moins nombreux et aussi peu oppressants. Les mélanges des genres sont à peine plus accentués et la drague un peu plus présente. Le summum reste tout de même de voir des moines, sans doute faux moines (?), en robe safran vendre des bracelets aux tables des restaurants en plein air. J’ai bien été le seul, intolérant, à réagir vertement. Se méfier des étrangers, ils sont imprévisibles.

Melaca ou Malacca

Mouillage indien ? Il semblerait. Port sous l’influence d’un prince indien de Sumatra au XIV°, pris par les Portugais en 1509, par le Hollandais en 1611.

Sans aucun doute l’endroit le plus étonnant de la Malaisie. Dans sa partie historique, cette toute petite ville, qui vit de son passé, est un mélange étonnant d’Occident et d’Orient. La citadelle Famosa et le quartier chinois se font face séparés par la rivière. Deux mondes. Sur quelques milliers de mètres carrés, ce n’est plus l’Asie mais le Portugal, que le Portugal avec ce qu’il reste de la forteresse –les bâtiments de la résidence du gouverneur, l’église …- que les Anglais ont démantelée en 1807. Dominée par sa « cathédrale » en ruine, toute la colline et ce qui fut la citadelle sont consacrées à des musées. Celui du Stadthuys vaut le détour par sa richesse. On contemple là, un peu gêné, les merveilleuses porcelaines chinoises incomparables au regard des plats de faïence grossière de facture européenne, une magnifique collection de kriss … Les bâtiments peints en rouge brique sont majestueux et donnent bien l’idée de ce moment de la grande aventure vers l’Orient. J’ai apprécié et j’ai pris tout mon temps. C’est étonnant tout de même ce côté culture !  

Johor Bahru. Le bout de la Malaisie continentale.

On ne s’arrête pas à Johor Bahru, on passe en général directement le pont pour Singapour. Pourquoi ne pas voir l’arrière-pays où Singapour vient débonder le samedi soir ? Rien à en dire. C’est un cul-de-sac qui bute contre une double douane paperassière mais largement ouverte dans les deux sens. Le quartier du pont qui est aussi le quartier vivant est un vaste champ clos de restaurants, d’hôtels assez minables et de bars. Ce qu’il faut techniquement pour l’usage qu’on en fait. En semaine, c’est calme et « villageois ». En fin de semaine, c’est une autre affaire. Une réflexion à l’accueil de l’hôtel (convenable) qui nous a servi de gîte : « Vous repartez quand ? Samedi matin ? Ah bon … » Car samedi soir, c’est la débauche. Singapour se déverse et les vases communiquant, Johor Bahru se remplit des travailleuses et des travailleurs saisonniers honorés à l’heure ou bien à moins, question d’endurance. En fin de semaine, il y a deux tarifs dans les hôtels ; ceux de jours (à l’heure, moitié du prix de la nuit) et ceux de nuits. Le quartier est en délire.

On passe le pont pour trouver en Malaisie ce que l’état de Singapour (77,3 % de Chinois, 14 % de Malais, 7 % d’Indiens pour 3,1 millions d’habitants), plus prude et faux cul que la perfide Albion de la gracieuse Victoria n’offre pas ou à un prix exorbitant. Je parle, bien sûr des consommations. De l’extraordinaire ironie du commerce. Singapour la jaune prude jette sa gourme et se rince le gosier en pays musulman ! Et ça fonctionne à plein rendement. À temps partiel ; voilà le hic pour les Chinois. Des caricatures en jaune et foulard sous un œil attendri et l’autre choqué du muezzin. De quoi régaler les humoristes et faire crier les foules frustrées.

Singapour.

L’intérêt de loger à Johor Bahru est de se rendre à Singapour avec les moyens qu’utilisent les habitants de Johor. Le transport est bien rodé. Les bus ont des voies réservées ou presque qui évitent le « jam » qui bloque les accès du pont, puis de la douane dès 5 heures du matin. Je ne sais combien de mobylettes passent le pont chaque jour, mais cela tient du délire et ressemble trait pour trait à la marée qui envahit les rues de Hanoi, le matin et le soir. Pas un pouce carré d’espace libre à perte de vue et de 2 à 4 heures pour faire le trajet.

Pour le passager des bus, plusieurs étapes. Premier bus qui parcourt moins d’un kilomètre. Passage de la douane malaise avec une séparation entre les riverains qui s’écoulent fluides au rez-de-chaussée et les autres qui au premier étage passent en douane normalement. Retour vers un autre bus, qui part dès qu’il est plein et traverse le pont. Douane gigantesque à Singapour sur deux étages comme précédemment mais avec cette fois des queues et l’interrogatoire : première venue ?, pourquoi ?… Coup de tampons, retour vers un bus, qui va déposer ses colis en presque centre-ville. De porte à porte, deux heures pour 20 km.

La ville engloutit une grande partie des 646 km2 de l’île (-42 Km de long sur 23 de large-). Il reste 300 hectares de forêt primaire (soit 0,0046 % de la jungle d’origine) et 1800 h de forêt secondaire au centre de l’île. Le reste : port, industries, autoroutes surchargées et immeubles de banlieue en périphérie. Et le nec plus ultra le long de la rivière : les grattes ciel du centre financier. À vivre sur place, climat excepté on ignore que l’on est en Asie pour se croire dans quelque grand centre américain standardisé. Un « paradis » ou son contraire plus exact, un « enfer » où se fabrique le dollar et où la consommation exhibe ou confirme le statut des goldens. L’incontestable avantage du Printemps ou des Galeries Lafayette, c’est que lorsqu’on « s ’» en sort, on peut découvrir des merveilles. Ici, quand on sort d’un store, il n’y a rien d’autre à faire que d’entrer dans le suivant pour y regarder l’œil morne tout ce que nous avons dans notre modeste Europe à des prix raisonnables – si l’on compare. Pour moi qui vit à l’horaire asiatique, je n’arrive même plus à comprendre mentalement le sens des 0 alignés. Pour s’en remettre, il y a bien pour les courageux, un musée d’art. Il n’est pas interdit d’aimer les pâles copies des impressionnistes barbouillées par des amateurs locaux.

Mais ces Singapouriens que peuvent-ils faire là ? Réponse élémentaire : se précipiter tous les WE sur le continent de l’autre côté du pont pour y retrouver les odeurs, les saveurs et les sensations et tenter d’échapper à la stérilisation définitive. Johor Bahru, une entreprise de salut public ? Cette découverte vaut le déplacement. Pas plus de deux ou trois heures. Car, il ne faut pas oublier que le retour en demande encore deux supplémentaires.

La côte est.

850 Km, quelques rares plages, mangroves, immenses étendues insalubres de marécages et le pétrole (770,000 bbl/day (2005 estimation.) dont 230,200 bbl/day (2003) pour l’exportation) en plein champs marécageux. Le contraste est frappant entre les deux côtes avec un lien cependant qui me sert de conclusion.

Chératin, petite plage au 45 Km au nord de Kuantan.

Un bijou pour quelques années encore avant que le tourisme ne la découvre. Déjà le Club Med s’est installé à quelques kilomètres au nord. À moins que le manque des plaisirs aidant ... Trois jours à ne rien faire, à regarder la plage, le sable blond se couvrir et se découvrir, à regarder les autochtones –pas du tout en pagne, tout à fait normaux- vivre et accueillir les égarés de mon type et des familles malaises pour le WE. Une vie de famille où l’on prend ses habitudes du petit déjeuner, ici, que dès le second matin on vous sert selon ce que vous avez aimé ; du déjeuner, là, servit en thaï, en voile et en gentillesse par une femme de Pattani et le dîner, là-bas, chez le Chinois parce que c’est si bon. Du bonheur en barre et une admiration sans borne pour ce savoir recevoir vrai, pour ces yeux qui sourient, les lèvres à l’unisson, ces petits rien qui viennent du cœur. Point d’orgue, comme pour confirmer ce qui est devenu évident. Les Malais sont des gens de cœur. Les gens de cœur ne sont pas des fanatiques dangereux !

Le palmier à huile comme trait d’union.

On pourrait s’attendre à ce que je reparle, encore de la forêt primaire ou secondaire qui couvre 75% du territoire. Elle est à peu près visible partout. Ce qui frappe plus cependant, c’est la présence des alignements sans fin le long des routes et lorsque la vue le permet sur d’énormes portions de territoire des palms (palmier à huile) Un seul chiffre suffit : 45% (7,2 millions de tonnes) de la production mondiale produite sur environ 15% du territoire national. Introduit vers 1860, la première plantation industrielle date de 1917. Ce qui devrait être monotone prend une allure un peu fantomatique. Les fûts sont couverts de fougères, d’orchidées, de toutes sortes de parasites qui modifient en permanence la vision de cette quasi-monoculture. Les toupets ( ?) des palmes très fournis et d’un vert émeraude foncé sont agrémentés à leur base par de gros fruit aux grains orange. C’est actuellement le temps de la récolte.  Comparé à une plantation de cocotier dont les fûts ne sont pas d’une rigidité parfaite et souvent penchent sans ordre, dont les palmes d’un vert jaune clair sont peu fournies en comparaison, on peut hasarder un rapprochement avec une sapinière pour l’impression de densité sombre qui s’en dégage. Parcourir 30 à 40 Km entouré de la sorte, donne tout le temps de se plonger dans une rêverie qui a quelque chose à voir avec l’atmosphère des contes de notre enfance. Et dans cette organisation sans faille, rien n’est jamais identique.
Retour à la triste réalité économique. Gênant, très gênant pour les huiles américaines. Alors le lobby de l’Us sunflower oil industry a obtenu le classement de l’huile de palme dans les huiles interdites à la consommation humaine. Pourquoi pas. Parfois les histoires économiques ont une morale et un happy end. Que faire avec une production déclassée pour laquelle les investissements ont été considérables. L’industrie pétrolière malaise sous l’impulsion de l’État vient de mettre au point (les journaux l’annonçaient pendant mon séjour) un procédé pour introduire 5% d’huile de palme dans l’essence diesel. Du bio-diesel, sans augmentation de prix à la pompe, dont la consommation va imposer d’augmenter de 50 000 hectares les plantations de palmier. Un exemple d’intelligence à méditer parmi d’autres dont un au moins mérite d’être cité.

Le pays a connu de grandes et dramatiques tensions interethniques qui de l’avis de tous ceux qui sont interrogés ont disparu. Les différents chefs des 13 états qui ne sont pas tous musulmans, les politiques se sont penchés sur le problème pour constater la relation directe entre violence et pauvreté… et ont décidé d’utiliser une partie de la richesse de la confédération à éradiquer la grande pauvreté. Sans commentaire, mais à méditer.

Arrivé avec des préjugés inconscients, je ne suis pas devenu pour autant un doux innocent comme peut l’être le néophyte converti à un nouveau dieu. Que ceux qui pourraient par mégarde le croire se rassurent, seules la réalité vécue fait rendre gorge aux idées toutes faites et tenaces.

Reste, alors, à le dire.