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Le Vat Thammo : Le Mékong au nord, les grottes de Pak Ou
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Laos - mai 2001
Première étape, le 5 mai : Vientiane. La capitale. Dans sa réalité quotidienne,
une petite sous préfecture, qui sent bon la France profonde du
début du siècle, calme et sans doute identique à
ce qu'elle était lorsque les Français y régnaient
pour un temps en maîtres. On a peine à se croire dans la
capitale (140 000 h) d'un pays de 5, 5 millions d'habitants tant la campagne
envahit la ville avec les maisons traditionnelles entourées de
petits jardins clos de palissades. Il subsiste des maisons coloniales,
certaines à l'abandon, d'autres rénovées avec bonheur.
Partout des enseignes en lao et en français, mais depuis 5 ans,
l'anglais est devenu la première langue étrangère.
De nombreux de temples renfermant d'innombrables Buddhas dorés
parsèment la ville. Ce qui me frappe avant tout c'est une atmosphère
de douceur de vivre et de douceur des gens qui rend le Laos différent
de ce que j'ai remarqué depuis le début de mon voyage en
Asie. Je saisis pourquoi les coloniaux ont tant aimé ce pays. Et
plus je m'enfonce dans la découverte plus je constate cette différence.
Non pas à cause du régime communiste - on ne s'en rend pas
compte en tant qu'étranger - mais sans doute grâce au caractère
serein de la population qui n'est pas uniquement sourire mais facile aussi
d'abord et dont on sent qu'elle n'a pas d'arrière-pensée
ou de crainte dans son contact avec les étrangers. Deuxième étape, le 9 mai : le lac artificiel de Ang Nam Ngum, à 90 km au nord de Vientiane. La nature et les populations à l'état vierge. Il ne faut pas moins de trois heures pour arriver à destination. Un peu d'énervement avec le conducteur du tuk-tuk qui joue à l'idiot au départ de Vientiane et cherche, roublard comme le sont la plupart des chauffeurs de la ville, à tripler le prix de sa course et à toucher une commission sur la camionnette qui me conduira vers Thalat et le lac de Ang Nam Ngum. Conserver son sang-froid est le maître mot en Extrême-Orient pour ne pas perdre la face, mais parler avec énergie remet les choses à leur place et crée le respect alors que le calme béat est pris pour de la faiblesse. Les transports sont comme partout ce qu'il y a de plus difficile à gérer. Problème de langue, manque de tarifs connus, marchandage insupportable à recommencer sans cesse. Le moyen le plus sûr reste de faire jouer la concurrence chaque fois que cela est possible. Il ne faut compter que sur soi car jamais un autochtone ne donnera des indications sur les prix. Nous sommes perçus comme des gens riches qu'il est normal d'alléger. Et cela essentiellement dans les villes où certains expatriés des organismes internationaux ou autres uvres non gouvernementales ont fait leurs ravages de gens nantis et méprisants. La campagne est restée vierge des intrusions intempestives de leurs 4x4 tous neufs dont les émigrés distributeurs des richesses occidentales jaillissent comme des Zorros. Ces certains restent heureusement confinés en ville, accrochés à leurs cafés et à leurs restaurants où ils reconstituent nos hiérarchies sociales dans la distribution de nos surplus. Les autres, que j'ai rencontré dans les lieux les plus reculés, soulèvent en revanche l'admiration comme ce médecin rencontré tout au nord. À peine quitté le centre de Vientiane la campagne
prend instantanément le dessus ; elle efface les reliefs de la
standardisation en marche. Coups de Klaxon - une des plaies de l'Asie-
pour avertir de l'arrivée du transport ; accélération
pour dépasser le concurrent qui de toute façon doublera
à son tour pour arriver le premier à l'arrêt suivant
; chargement, déchargement des objets et des gens ; essaims d'enfants
à la sortie des écoles qui transforment la camionnette en
volière et me confirme une fois de plus que, dès leur plus
jeune âge, les demoiselles cherchent à séduire. La
vie de la route, seul lien des contrées éloignées.
Ang Nam Ngum, tel est le nom du lac artificiel construit il y a trente ans par les Japonais en réparation des faits de guerre. 250 km² noyés sous les eaux. Étonnante nature qui avait prévu un tout petit goulet en attendant que l'homme y pose le bouchon de fermeture. Immense panorama de hautes collines posées là en prévision et éloignées jusqu'à 20 km pour donner de la majesté au site et accrocher les nuages à la période des pluies. J'y arrive à la fin de la saison sèche qui abaisse le niveau des eaux d'au moins 10 mètres et ajoute la couleur brique de la terre découverte à toute la palette des verts et des bleus. Avant la création du lac, il y avait là une vaste aire de forêts vallonnées. À pleines eaux, à présent, des taches vertes surnagent : c'est tout ce qui reste visible de cette forêt et qui n'a pas été noyé. Ces éminences sont devenues des îles écrasées sous la forêt tropicale luxuriante. À basses eaux, les îles sont ceinturées de terre dénudée, vierge de toute végétation ou à peine verdie par l'herbe qui prolifère à nouveau avant de nourrir noyée, d'une couleur ocre-rouge. Elles sont entourées du jade de l'eau et coiffées de verdure enchevêtrée. À perte de vue, dans des jeux incessants de lumière : acier, émeraude, jade, outre-mer, bleu-roi de l'eau ; bleu clair du ciel parsemé de nuages blancs, gris-perle, roses, noirs ; ocre, blond, rouge soutaché de vert tendre ; entre ciel et eau, séparés par la bande rouge, tous les verts entremêlés et des noirs pour créer les profondeurs. Á même l'eau, sans qu'on en comprenne le sens, des bâtonnets émergent, tendus vers le ciel qui, par endroits, lient les iles entre elles. Une promenade en barque indigène révèle l'énigme. Tendus vers le ciel, ce sont à basses eaux, les troncs pétrifiés de la forêt lacustre qui attestent les fonds immergés. Surprenante navigation au milieu de ces doigts tendus, de ces ramures défoliées, de ces troncs glauques qui affleurent, de ces arbres oubliés depuis trente ans et qui attendent que des plongeurs viennent sous l'eau les tronçonner, faisant démonstration par la preuve que le bois de tecks est imputrescible. Cette nature est restée si authentique et protégée malgré la construction du barrage que dans l'un des trois villages du pourtour où ont été regroupés les habitants des terres noyées les enfants n'avaient encore jamais vu un étranger. Á 90 km de la capitale, vingt kilomètres d'eau sont une frontière étanche. Les touristes -car il y en a parfois - sont-ils si peu curieux qu'ils se contentent de regarder un instant depuis le bout de la route qui relie au monde et repartent après avoir aperçu ? Ils perdent l'occasion d'un moment émouvant. Ces enfants, qui découvrent l'étranger dont la pilosité est remarquable par rapport à celle de leurs parents, restent d'un naturel discret, sans timidité particulière, sans fanfaronnade. Ils découvrent la différence comme si cela allait de soi, sans indifférence pourtant puisqu'ils demandent, posent des questions et veulent comprendre et même toucher. Les parents, qui reçoivent pour la première fois eux aussi, ne laissent rien percer de leur curiosité sous le sourire et me préparent avec quelques pâtes la soupe chinoise que j'ai commandée par gagner du temps et me laisser entraîner dans ce monde si proche et si lointain. Le passeur s'enquiert de ces gens qu'il ne connaît pas pour n'être jamais venu, à 20 km d'eau ! Il y a au village 41 familles (au total 261 habitants), une école que dirige un jeune monté à la ville et revenu, quelques champs, un peu de pêche et dans l'unique épicerie, où je mange, des produits de base, de la bière et du vin. Enfin, comme une concession à la modernité, quelques installations d'électricité solaire et la télévision sur batterie. La réponse est là : les enfants savent, ils ont déjà vu à la télé. Je ne suis pour eux qu'une leçon de chose qui est venue et qui va repartir vers le village du bout du lac relié à la route. Une heure de temps que la plupart n'ont jamais franchie.
Quatrième étape, le 15 mai
: Luang Prabang. (10 000 habitants à l'époque
coloniale, 16 000 à présent) Pour l'atteindre, 230 km parcourus en 8 heures dans des
paysages somptueux où la forêt vierge et les montagnes dominent
et qui font oublier l'état de la route. Luang Prabang, l'ancienne
capitale royale, est devenu depuis peu Patrimoine de l'Humanité
sous l'égide de l'Unesco. C'est une façon de sauver un joyau
où foisonnent des temples laos du XV° siècle qui ont
survécu aux différents envahisseurs mais avec tout ce que
cela comporte de revision dans un concept muséal. Là où
il y avait de ruelles de terre boueuse en saison des pluies, on pave de
brique, on restaure d'anciennes résidences pour en faire des hôtels
de luxe, restaurants, échoppes
, toute la " modernité
" du tourisme de consommation. Je ressens la même impression
de tristesse qu'à Baktapur à laquelle j'ai consacré
plusieurs textes lors du voyage au Népal. La vie y est devenue
l'otage de la mémoire, ce concept occidental dont nous avons tellement
besoin pour marquer nos références, alors que la vie ne
demande qu'à évoluer pour le meilleur et aussi pour le pire.
Ce que nous considérons comme le pire et qui n'est que ce que nos
parents ont rêvé après la guerre : le Formica et la
télé. Vouloir sauver. Mais pourquoi ne pas sauver aussi
la boue, les rues devenues lacs, les maisons délabrées,
qui ne sont pas autre chose que l'expression de la pauvreté du
pays. Un musée occidental, c'est beau, c'est propre, mais cela
donne une image idéalisée du passé. Dans quelques
années, Luang Prabang sera proprette, aseptisée, normalisée
et, sans doute dans nos concepts, sauvée. Mais dans quel état
pour ses habitants qui ne se reconnaîtront plus, là pourtant
où ils ont toujours vécu. Tout comme à Baktapur faudra-t-il
payer un droit pour entrer dans la ville par l'un des guichets ménagés
à cet effet ? La normalisation est en marche : la liaison aérienne
avec Bangkok est ouverte, manque la liaison directe avec Angkor pour économiser
le temps des touristes pressés. Il faut venir avant qu'il ne soit
trop tard. Il y a à admirer et à ressentir avant que tout
ne soit devenu images à coucher sur du papier glacé. Il est dans la tradition de se rendre par bateau à
2,5 km au nord de la ville pour visiter les grottes de Pak Ou.
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